CHAPITRE III
Des . Luxations de la JSLâchoire inférièuTe .
'P ARMi les articulations que les os de la tête forment entr’eux , celle de la mâchoire inférieure est la seule qui soit susceptible de luxation proprement dite. L’altération que les rapports articulaires des autres os .de la même partie peuvent éprouver , est bien plus exactement exprimée par les mots écartement ^ diduc^ tion.
* Les sujets de tous les âges ne sont pas également exposés à la luxation de la mâchoire inférieure : nous verrons bientôt que pour que cette luxation ait lieu, il faut que la ligne de direction du col des condyles qui , dans l’ordre naturel , et dans l’état de rapprochement dçs mâchoires , forme avec la base du crâne , un angle aigu et rentrant en devant ; il faut , dis-je , que cette ligne prenne une disposition contraire j c’est-à-dire , qu’elle forme , avec la base du crâne , un angle obtus et rentrant en devant , ’ce qui ne peut arriver qu’autant que l’écartement des mâchoires a été porté à un point ex- -trême. Or , on sait que dans les enfans , les branches de la mâchoire inferieure forment avec son corps , ou bien avec le plan de sa base , un angle extrêmement ouvert , et que -ces parties sont presque sur la même ligne. A •la faveur de cette disposition , les condyles de la mâclioire inférieure s’articulent avec la. base
DÉS L U X A t I Ô A' S
du crâne sous un angle très-aign , dont le sinus est tourné en devant ; en sorte que ]>cmr former un angle obtus en devant avec cette même base f il faudrait que la mâclioire inferieure s’abaissât à un degré auquel elle ne peut jamais atteindre, et que ne pourraient permettre ni la longueur des muscles élévateurs, ni l’ouverture naturelle de la bouche , ni même la situation de la colonne vertébrale. Aussi oI>serve-t-on que la luxation de la mâclioire inférieure n’a jamais lieu dans les très- jeunes sujets , malgré les fréquentes occasions qu’ils auraient d’eprouver ce déplacement , en présentant à leur bouche des corps de toute espèce de dianif tresj et en por* tant ainsi leurs mâchoires à un point extrême d’écartement , et qu’elle ne se voit communément qu’à l’époque de la vie où le développement de l’arcade dentaire est complet,, et où la forme définitive de la mâchoire inferieure est fixée.
Cet os ne peut être luxé qu’en se portant au-devant de l’apophyse tranisverse ou articulaire du temporal : si l’on considère la nature des rapports des surfaces articulaires, on verra que pour que les condyles pussent se luxer en arrière , et passer pour cela au-dessous de la saillie formée par la paroi inférieure du canal auditif osseux et par la crête vaginale du temporal , il faudrait, que la mâchoire inférieure pût s’élever bien au-delà de son contact avec la supérieure. On verra de même , que l’un des condyles ne peut se porter en dehors, qu’autant que le condyle opposé se porterait en dedans ; et que pour que ce dernier pût exé^ cuter ce mouvement latéral , il faudrait qu’ü passât au-dessous de la saillie formée par l’apophyse épineuse de l’os sphénoïde 5 efiet qu’au-
DE LA MACHOÏRE IKFÉLIEÜRE. 7^
Cime cause ne peut produire : ou bien que cette dernière éminence fût Iraqturée par la même violence qui tendrait à la luxer ; ce qui ne pourrait jamais avoir lieu que par l’action d’un coup porté directement sur Tune des branches de la mâchoire , et qui produirait bien plus facilement une fracture de la mâchoire ellcinême , soit dans l’une de ses branchés, soit même dans son corps.
Le plus ordinairement les deux condyles sont luxés en même temps. Il peut arriver cependant que l’un des deux soit seul luxé, le com dyle du côté opposé ayant conservé ses rapports naturels. Ces deux espèces doivent être distinguées entr’elles , en donnant à la dernière le nom de luxation du condyle droit ou gauche de la mâchoire inférieure , et reservant celui de luxation de la mâchoire pour la première t dénominations bien plus exactes que celles de luxation incomplète, ou pomplète , qui ne sont propres qu’à donner une idée fausse de l’état des choses, et à faire croire qu’il peut y avoir des déplacemens de cet os où les Condyles n’auraient pas entièrement abandonné les surfaces articulaires des terhporeaux.. - '
Toute cause capable de porter l’écartement des mâchoires , au-delà des limites naturelles , est aussi capable de produire la luxation de l’inférieure* De ce nombre sont les baillemens> les efforts du vomissement , les chutes ou les coups portés avec force sur le menton , etc. Pouf concevoir le mécanisme de ce déplacement , il faut rappeler sommairement la disposition des surfaces articulaires , et le mécanisme des mouvernens de la mâchoire.
On sait , i.° que le grand diamètre des con-
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dyles de la mâchoire inferieure , a une direction oblique qui se rapproche beaucoup de la transversale ; que leur surface s’étend beaucoup plus en arrière qu’en devant , et que le col qui supporte ces éminences est sensiblement recourbé en devant 5 a.® que la surface articulaire du temporal est composée de deux parties , une postérieure , concave , bornée en arrière par la scissure de Glaser et par le conduit auditif et une antérieure , convexe de derrière en devant , formée par ce qu’on appelle la racine transversale de l’apophyse zygomatique j
3. ° qu’une lame fi bro -cartilagineuse contenue dans l’articulation , suit constamment les mouvemens du condyle , et transporte , pour ainsi dire^ avec lui, la cavité avec laquelle il est effectivement articulé j que le ligament latéral externe , Iç seul qui puisse être compté au nombre des moyens d’union des pièces osseuses, fixé d’une part , à l’extrémité externe du condyle. , et de l’autre , au tubercule de la base de l’arcade zygomatique , est dirigé obliquement de bas en haut et de derrière en devant , quand .les mâchoires sont rapprochées , et dans un sens opposé quand la bouche est ouverte, j
4. ® que la ligne moyenne de direction du mus- ^cle masséter forme , avec la base de la mâchoire, un angle aigu en devant, et un angle , obtus en arrière , par" où ce muscle tient une .direction à-peu-près moyenne entre le corps et .les, branches de la mâchoire , et doit porteç. cet os en haut et légèrement , en devant j que la direction du muscle ptérygoïdien interne est exactement ia même j qu'’il en est de même encore du muscle crotaph i te , lequel , à raison -du levier représenté par l’apophyse coronoïde
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à laquelle il s'insère, produit invariablement lin efïet analogue à cette direction j que le ptérygoïdien externe, dirigé de devant en arrière, et attaché au col du condyleet au hbro-cartilage intcr-articulaire , a manifestement pour usage de porter ces parties en devant. On sait encore que l’écartcment des mâchoires résultant de l’abaissement de l’inférieure , n’est pas le produit d’un mouvement simple de cette dernière , mais bien celui d’un mouvement composé , dont le centre se trouve un peu audessus de là partie moyenne des branches de cet os , et dans lequel le menton se portant en bas et en arrière, et les condyles en'devant, décrivent ensemble deux arcs de cercle opposés et de grandeur inégale ; en sorte que tandis <^ue le menton se porte en bas et en arrière , les condyles se placent au-dessous de l’éminence transversale des temporaux , et qu’ils rentrent dans la cavité glénoïde de ces os , lorsque le menton se porte en haut et en devant.
Celà posé, il est nécessaire de distinguer les casfoù l’abî^issement de la mâchoire , considéré comme cause de luxation, est produit par l’action des muscles, d’avec ceux où le môme mouvement est déterminé par une violence extérieure , comme un coup , une chute sur la menton , etc. * . ,
' Dans le premier cas , qui a lieu dans le bâillement, dans le vomissement, la contraction, ‘des muscles qui«s’incèrent à l’os hydide , opère •l’abaissement de la mâchoire inferieure j à ■ mesure que ce mouvement augmente, le ptérygoïdien externe agit, et en portant le condyle en devant , au-dessous de l’apophyse trans- 4- 6
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verse de l’os temporal , il détermine la double révolution circulaire en sens inverse , que doir vent exécuter le menton d’une part , et les condyles de l’autre. D’un autre côté , à me-r sure que les condyles avancent sous l’éminenc« transverse , et que le menton se porte en arrière , la surface yxistérieure des condyles se présente au-dessous de la convexité de l’éiiiinence transverse; et l’inclinaison, de la première détermine d’autant plus facilement le déplacement du coiidyle en devant ^ que le muscle ptérygoïdien externe agit avec plus d’ér ner^e , et se livre plus fortement à la contraction spasmodique qui caractérise le bâillements Dans le second cas, lorsqu’une violence extérieure agit sur le menton, et le porte en bas et en arrière, comme il arrive , par exemple^ dans une chute en descendant un escalier , ou dans toute autre circonstance semblable , le mouvement de la mâchoire a lieu selon un mécanisme différent : les condyles roulent d’abord fsur leur point central dans la cavité glénoïde , n’étant point amenés en devant par les muscles ptérygoïdiens externes , dont la contraction n’a point lieu dans cette circonstance : l’abaissement de la mâchoire devenant plus considérable par l’action continue de la cause extérieure , la résistance des ligamens latéraux externes et l’obliquité de leur direction , et même lia contraction involontaire du masséter et du ' ptérygoïdien interne, déterminent et dirigent le . déplacement. Cet effet a* lieu d’autant plus facilement dans ce cas , sans le concours de l’action du muscle ptérygoïdien externe , que les muscles masséter et ptérygoïdien interne entrent eji contraction pendant l’action de la cause^.exté-
rleure qui produit violemment l’abaissement de la mâchoire , que ces muscles , à raison die leur obliquité , tendent à porter la jnâchoire en devant, en la rapprochant de la supérieure , et que , de' son côté , le col de la mâchoire inférieure est sensiblement recourbé en devant. A raison de cette dernière circonstance , l’axe vertical du condyle et de la partie supérieure du col qui le supporte, ne $e confond point avec celui des branches de la mâchoire 5 la ligne qui représenterait le premier , si elle était prolongée 'en bas, passerait derrière l’angle de la mâchoire, et formerait avec le bord postérieur de la branche un angle de 35 degrés : en sorte que rinclinaison des condyles , par rapport au plan de l’éminencé transverse du temporal, ne doit point être estimée par la direction des branches de la mâchoire , et conséquemment par le degré d’ouverture de la bouche , mais seulement par l’inclinaison de la surlace articulaire postérieure du çondyle. D’un autre coté , la capsule articulaire ne peut pas manquer d’être entraînée par la rotation du condyle, et avec elle le corps fibro-cartilagineux inter-articnlalre , dont lo lég«r déplacement rend plus aisé le passage du condyle sous l’éminence transverse du temporal. On sent que lés choses étant ainsi disposées , si , pendant qu’une cause extérieure fait efïort sur le menton pour le porter en bas et en arrière , les muscles releveurs de la mâchoire viennent à agir , comme il doit arriver le pluè souvent par l’elfèt de la crainte , etc. , le condyle deviendra le point mobile de l’os , et cédera seul en se portant en devant , de la même manière que dans une chute sur le côté , la don-
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traction du grand pectoral , du grand rond et du grand dorsal y lorsque le coude est retenu par le sol , produit la luxation de rhuinériis , en faisant efïbrt pour rapprocher le bras du tronc.
On voit que le mécanisme que nous venons d’exposer diffère de celui selon lequel les Physiologistes et les Pathologistes les plus modernes ont pensé que cette luxation avait lieu. Nous ne parlerons pas de l’opinion dans laquelle on suppose que, pendant l’ouverture forcée de la boucne^ les apophyses coronoïdes étan^ portées au-dessous de l’éminence malaire, elles deviennent le centre du mouvement par lequel les muscles ptérygoïdiens internes et masséters enfoncent les condyles dans les fosses zygo-' raatiques. Outre que cette opinion ne conviendrait qu’aux cas de luxation par l’action des muscles, elle a l’inconvénient de supposer d’ar vance >de la part de la mâchoire, un déplacement qui constitue la luxation elle-même.
On pense généralement que dans, l’abaissement de la mâchoire inférieure , les condyles se portant en devant sous les éminences temporales, l’obliquité des branches de la mâchoire devient telle , qu’elles croisent la ligne moyenne de direction des muscles masséters et ptérygoïdiens internes , en sorte que l’attache inférieure de ces muscles se trouvant alors placée derrière les condyles, ces mêmes muscles agissent sur les angles de la mâchoire, qu’ils portent en liant et en arrière , en chassant les condyles plus loin en devant.
Cette opinion , qui se présente d’abord avec une apparence de vérité frappante , a été adoptée généralement , et nous l’avons nous-mêmes
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professée long- temps. Cependant , si l’on examine les choses attentivement , on trouvera qu’elle manque d’exactitude ; en effet , que l’on divise le bord inférieur de l’arcade zygomatique . en cinq portions égales , depuis le tubercule où s’insère le ligament latéral externe de l’articulation temporo-maxillaîre , jusqu’au bas de la suture malaire ; les quatre cinquièmes antérieurs de cette division marquent l’étendue de l’attache supérieure de masséter : que l’on marque le point central de cet espace , et que l’on tire de ce point une ligne horizontale passant par la région gutturale, et l’on verra que cette ligne tombe exactement sur le fond de la fosse ptérygdide , c’est-à-dire dans le point où se tait l’attache supérieure du muscle ptérygoïdien interne. Or , pour que , dans le mouvement d’abaissement forcé de la mâchoire , les branches de cet os pussent croiser effectivement la ligne moyenne de direction des muscles ptérygoïdiens internes etmasséters, il faudrait que les condyles fussent portés en devant au point d’atteindre , et même de dépasser la la ligne dont il s’agit. Mais un déplacement aussi étendu n’a jamais lieu ; il suppose entre les mâchoires un degré d’écartement que l’on ne rencontre jamais en pareil cas : un déplacement moitié moindre ne peut pas exister sans luxation. Il nous paraît donc susceptible de démonstration , qu’à moins de supposer que les condyles de la mâchoire se déplacent en devant , au point de se porter jusqu’à la partie antérieure de la fosse zygomatique , et presque derrière la fente sphéno - maxillaire , ce qui n’a point été vérifié jusqu’à présent , et ce qui paraît même contredit par certaines notions
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anatcTnnciues j il paraît , tl'is-je , presfpie démontré f[ue, dans la Inxation de la niaclioire , les muscles rnasséters et ptérygoïdieiis internes restent constamment devant les condyles,et que leur rôle dans la production de cette luxation , ne diffère pas notablement de celui des* grand pec.toral et grand dorsal dans la luxa- ‘tion en bas de riiumérus, si ce n’est peut-être par l’obliquité de leitr action. On voit d’ailleurs que , dans toutes les suppositions , l’influence dû crotaphite , quant au déplacement , est nulle î et s’il pouvait en avoir une , ce serait de le contre-balancer et de lui résister ; mais dans le cas dont il s’agit, toute l’énergie de •sa contraction ne saurait agir eflicacement contre la violence d’un choc , où contre la résistance du sol , appli(pié au menton.
■ Quoi qu’il en soit , toujours est-il vrai que, pour tjue la’luxation de la mâchoire inférieure ait lieu, il faut que l’abaissement de cet os soit porté au point que la jtartie la plus élevée et la plus convexe de la surface articulaire de ses condyles , forme avec le plan de l’apophysé transverse du temporal un angle fort aigu , dont le sinus soit touriié en arrière , et que dans Cette disposition les condyles» reçoivent une impulsion en devant , capable de surmonter la résistance de la partie antérieure de la capsule articulaire.
L’expérience semble démontrer qu’avec les prédispositions doiU jious venons de parler, cette impulsion des condyles en devant peut être suffisante, <iuoi(pie inédiocre : on sait que le bâillement. suffit pour' donner lieu à la luxation de la mâchoire f on l’a vue survenir plusieurs fois de suite , pendant les efforts du
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vomissement, chez des sujets dont l’ilge et la bonne cohstitution paraissaient excku'e l’idée de toute prédisposition maladive. Dans ces cas , l’action du muscle ptérygoïdien externe paraît avoir été suffisante pour déterminer le déplacement , à moins que l’on ne veuille admettre un effort combiné des muscles abaisseurs et des releveurs , ce qui n’est pas sans quelque vrai^semblance.
On ne connaît pas de recherches dans les- ■quelles on ait constaté par l’inspection anatomique, la distance à laquelle les condyles de la mâchoire se portent en devant, en abandonnant la cavité glénoïde des temporaux •. à en juger par les apparences sur les sujets vivans , ut pendant que la luxation existe,' il paraît que ‘ces éminences ne s’éloignent guère de l’apophyse transverse des temporaux , et qu’elles s’arrêtent immédiatement au-devant de cette dernière j c’est aussi ce que l’on obtient sur l« cadavre , en produisant des luxations artifi- ‘cielles. La capsule qui , dans cette articulation, né mérite guère le nom de fibreuse , et dont la structure est presque entièrement cellulaire , est assez lâche pour permettre ce léger déplacement sans se déchirer, au moins clans la plupart des cas. Il paraît également certain c|ue le ligament latéral externe n’est point rompu : son insertion supérieure étant située })lus en devant que l’inférieure , il offre assez* de longueur pour permettre le passage du condyle soùs l’éminence trailsverse du temporal j etlorscjue la première de ces deux parties est passée au-devant de la seconde, la longueur du iigathent suffit encore , parce que le condyle remonte un peu.
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Il est fort rare qu’un seul condyle^oit luxé. Dans ce cas , qui exige égaleiuent un grand abaissement de la mâchoire » l’un des candyles exécute dans la cavité glénoïde , ou sous i'’apophyse transverse , une sorte de rotation , ou de conversion , en vertu de laquelle son extrémité interne est pt>rtée en devant , tandis qiie le condyle opposé se porte au-devant de l’apophyse transverse de son côté , en se dirigeant un peu en dedans. Dans ce mouvement, le condyle luxé s’éloigne davantage du tubercule auquel s’insère le ligament latéral externe, qui doit être fortement distendu , ou même rompu.
Dans le moment où la luxation de la mâchoire inférieSVire vient d’avoir lieu , l’ouverture de la bouche est très-grande , et la distance qui sépare les deux arcades dentaires est considérable ; mais peu de temps après , cette distance diminue, les deux inâchoires se rapprochent , et les dents incisives de l’une et de l’autré se fixent à une distance d’environ un pouce et demi. Ce phénomène, qui a quelquefois lieu immédiatement après la luxation , ne peut être attribué qu’à l’action du muscle crotaphite , dont l’efïét est d'autant plus efficace , que son insertion à l’apophyse coronoïde se fait alors sous un angle presque droit , et que rien ne peut porter .obstacle au mouvement dont il s’agit. Cependant ce mouvement ne peut aller jusqu’à remettre les dents en contact j et si l’on examine l’état des choses, les mâchoires étant arrêtées à la distance qui les sépare ordinairement dans ce cas , on trouvera que la fixité de l’inférieure vient de ce que le sommet de l’apophyse coronoïde appuie sous le bord
inférieur de Tos de la- pommette , près de la suture malalre. Cette remarque n’avait pas échappé au célèbre Moriro. Quand la lüxation n’a lieu que d’un seul côté , le rapprochement immédiat des mâchoires conduit le sommet de l’apophyse coronoïde vers la base de l’éminence malaire de l’os maxillaire supérieur qu’elle touche le plus souvent j et en même temps la dernière dent molaire supérieure du côté de la luxation , appuie sur la partie la plus déclive du côté interne du bord antérieur de l’apophyse coronoïde. Quelquefois le contact qui borne le rapprochement des mâchoires , n’a lieu que dans ce dernier point , l’apophyse coronoïde étant trop courte pour que son sommet atteigne en même temps l’éminence malaire.
Quand la luxation de la mâchoire inférieure a lieu , cet os est abaissé et fixé dans cette position , et les arcades dentaires sont séparées par un espace plus ou moins considérable ; mais qui n'’est guère moindre qu’un pouce et demi , et qui ne dépasse guère cette étendue. Les dents des deux mâchoires ne se correspondent plus : les incisives de l’inférieure sont situées plus en devant , et l’on voit que si le rapprochement des mâchoires pouvait être complet , ces mêmes dents se porteraient audevant des incisives supérieures. Iæs dents molaires présentent le même défaut de rapport , et chacune des inferieures répond à la moitié postérieure de la dent précédente de la mâchoire supérieure. La distance qui sépare les dents molaires de l’une et l’autre mâchoires est médiocre , et dans quelques cas , à peine peut-on introduire le pouce entre les dernièfés
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de ces dents. La salive , dont la secrétion est augmentée par l’irritation et la compression des glandes parotides , n’est plus retenue dans la bouche et coule involontairement , les lèvres ne pouvant pas se rapprocher au point de se toucher. L’articulation des sons est difficile , et la prononciation des syllabes dans lesquelles entrent des consonnes labiales, est impossible. En examinant attentivement la conformation des parties , on trouve immédiatement au-devant du canal audilif et sous l’extrémité postérieure de l’arcade zygomatique, une dépression formée par le côte externe de la cavité glénoïde du temporal, au lieru de la saillie que forme , dans Létat naturel , le côté externe du condylej les joues et les tempes sont aplaties par l’alongement des muscles qui les forment ; on sent à travers la joue , et sur- tout à l'intérieur de la bouche , une saillie formée par l’apophyse coronoi‘4e* Tels sont les signes qui caractérisent la luxation des deux côndyles de la mâchoire inférieure j mais lorsque l’une de ces déux éminences est seule déplacée , aux 'signes que nous venons d’indiquer et qui existent pareillement , il faut ajouter q\ie le menton est porté sensiblement du côté opposé à celui de la luxation , que les dents de la mâchoire inférieure ont éprouvé un déplacement semblable , que' la dépression prodidte par le déplacement du condyle ne se distingue que devant le conduit auditif du coté luxé , et que l’articulation des sons est encore possible , quoique très-défectueusé ; les malacles ne parlent qu’en balbutiant. Un ensemble de symptômes aussi évidens semblerait ne devoir permettre aucune méjnise j cependant il s’est trouvé des
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praticiens assez peu exercés pour s’en laisser imposer , et prendre les symptômes de la luxa- ’tion de la mâchoire inférieure pour les signes de l’apoplexie , et quelquefois pour ceux d’une contraction spasmodique des muscles qui s’attachent à l’os hyoïde.
Lorsque la luxation de la mâchoire inférieure n’est pas réduite , voici ce qui arrive : dans le premier temps , la mâchoire restje fixée inébranlablement dans la situation où ëlle à été portée par la luxation j la salive s’écoule involontairement , d’abord en abondance , puis en moindre quantité j la mastication est impossible , mais la déglutition des alimens liquides et des l^oissons peut avoir lieu en renversant la tête en arrière. On a même vu des exemples d’une telle immobilité de la mâchoire , dans la situation où la luxation l’avait placée, que l’ankylose en a été la suite- Cepen- 'dant les choses ne se passent pas toujours ainsi ; Monro a vu un cas où la luxation n’ayant été ni reconnue , ni réduite , au bout de quelque temps la malade avait recouvré la faculté de Taire exécuter à la mâchoire des mouvemens d’abaissement et d’éFévation , sans néanmoins pouvoir remettre en contact les dents de5 deux mâchoires. On a vu d’autres exemples où la mâchoire inférieure s’est relevée peu-àpeu , au point que les lèvres pouvaient être rapprochées sans effort et retenir facilement la salive , et que le malade pouvait avaler sans difficulté. Il est probalile que sans l’obstacle que l’apophyse corondide trouve de la part de l’os de la pommette à rentrer dans la fosse zygomaticjue , l’élévation complète de la mâchoire iiiiérieure aurait lieu peu -à -peu, qt
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qu’à la faveur d’une sorte d’articulation entre les condyles et la partie antérieure de l’apophyse transverse du temporal y la faculté de la mastication se rétablirait et s’exercerait assez facilement. Ravaton assure même avoir • vu un jeune recrue , qui , deux ans après une luxation de Tun des condyles de la mâchoire qui n’avait point été réduite, et qui ne put' jà'mais l’être à cette époque , mâchait et parlait , quoicju’avec difficulté j ce qui est bien plus étonnant que dans le cas de luxation des deux condyles. Du reste , tous les inconvéniens de la luxation de la mâchoire inférieure méconnue se réduisent à la perte de la faculté d’articuler certains sons , et à la nécessité de vivre d’aliinens , liquides ou de potages , pendant un temps plus ou moins long , après lequel on voit la mastication se rétablir. On ne peut concevoir d’où a pu venir l’assertion attribuée au Prince de la médecine , que si cette luxation n’est pas promptement réduite , il faut s’attendre à des accidens graves , au tétanos et ^ à la mort. C’est inutilement que quelques auteurs se sont donné beaucoup de peine pour expliquer ce passage ; le muscle crotaphite n’est pas plus sujet à s’enflammer que tous les autres organes de la même nature qui entourent un os luxé ^ et l’observation n’a pas démontré que l’inflammation de ce muscle fût plus redoutable que celle de tout autre. Il est impossible que cette assertion soit le résultat de l’observation positive , et par conséquent le passage qui la contient doit être considéré ceinme apocryphe J il ne porte point les caractères de naïveté et d’exactitude qui distinguent les écrits d’Hippocrate. Ordinaîroment la réduction de
la luxation de la mâchoire inférieure est facile , mais la récidive est fréquente. Cependant , si l’on en croit certains auteurs , et même à en juger par certains faits , cette réduction est accompagnée quelquefois de très-grandes difficultés : nous verrons bientôt sur quoi repose cette opinion , et à quoi tient l’apparence démonstrative des faits sur lesquels elle paraît être fondée»
Il n’existe guère que deux indications à remplir pour le traitement de cette luxation : il est bien rare que l’on ait des accidens à prévenir ou à combattre , à moins que la luxation ne soit survenue à l’occasion de quelque lésion extérieure , et qu’il n’y ait eu en même temps quelque contusion , laquelle ne peut jamais être bien grave. Il ne s’agit donc que de réduire la luxation , et de la maintenir réduite.
- Pour réduire la luxation de la mâchoire inférieure , le malade étant assis sur un siège bas, sa tête assujettie contre la poitrine d’un aide dont les deux mains sont appliqués fortement sur le front, le chirurgien placé en face du malade , porte ses deux pouces enveloppés de linge , le plus avant qu’il peut entre les dernières dents molaires des deux mâchoires , et applique la face palmaire de ces deux doigts sur la couronne des dernières molaires inférieures. Le corps de l’os étant embrassé parles trois doigts suivans ramenés obliquement sous la base de la mâchoire , le chirurgien presse directement en bas avec les pouces , de manière à communiquer à toute la mâchoire une impulsion en bas , dans laquelle les condyles sont un peu séparés de la partie antérieure
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de l’apopliy se trans verse du temporal, tandis que la tête est tenue ferme et bien assujettie. Ce mouvement étant exécuté d’une maniéré uniforme , et sans abaisser ni relever le inemton, on porte alors les condyles en arrière et un peu en bas , en appuyant avec les pouces sur les dents molaires inférieures, et sur la base des apophyses coron oïdes j tandis qu’avec les trois doigts suivans on ramène le menton en haut et en devant. Si ces manœuvres sont bien dirigées, si elles se succèdent dans l’ordre convenable , et si elles réussissent, on éprouve un léger choc , on sent que le menton est amene en haut par l’action des muscles releveurs, ce qui annonce que la luxation est réduite, et que les condyles sont rentrés dans lueurs cavités. Dans cet instant les dents se touchent, et quelquefois avec assez de promptitude et de force pour que lés doigts du chirurgien puissent y être pris. Delà vient que tous les auteurs ont recommandé de détourner promptement les pouces en les portant sur la face externe des dents molaires , entre ces os et les joues. Il faut convenir cependant que ce danger a été exagéré, et qu’on doit plutôt craindre de retirer les doigts avant d’avoir terminé les manœuvres propres à la réduction, qüe d’être mordu. Le rapprochement des mâchoires a toujours lieu , à la vérité, au moment où la réduction est accomplie j mais ce mouveinent est assez faible pour pouvoir être modéré facilement par les doigts engagés entre les mâchoires , et qui peuvent agir d’autant plus efficacement sous ce rapport , que la longueur toute entière des deux pouces doit se trouver couchée alors sur l’arcade dentaire inférieure.
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On conçoit aisément que lorsque la luxation, n’a lieu que d’un seul côté , toute la différence dans les manœuvres de réduction consiste à agir fortement sur ce côte de la mâckoire. H paraît cependant que ce cas est < elui où l’on a éprouvé le plus souvent, des difficultés pour opérer la réduction ; soit que le cliirurgjèn ne! s’étant pas aperçu de l’espèce de luxation dont il s’agissait , comme cela paraît être arrivé à Lecat , il ait agi des deux. côtés également , et par conséquent en pure perte sur celui qui ii’était pas luxé ; soit que dansce .cas le con-^ dyle luxé étant porté idus loin en devant , le déplacement étant plus considérable , le ligament latéral externe très- tendu bride plus fortement les deux pièces osseuses , et nécessite une plus grande force , un mouvement plus étendu pour faire cesser leur contact , et pour ramener le condyle par-cfessous l’éniinence transverse jusque dans la cavité glénoïde du temporal. Cette dernière opinion nous qia-r raît fort probable.
Les anciens ont prescrit , pour la réduction de la luxation de la mâchoire , un procédé en faveur duquel Jean de Vigo cite son expérience. Dans ce procédé, on met, au lieu des pouces , deux coinÿ de bois léger entre les dents molaires. Le chirurgien tient fortement ces coins. On place sous le menton une bande , dont les chefs passent sur le!> côtés de la tête ; uu aide tire les deux bous de la bande en haut J pendant que le chirurgien agit avec le? coins sur la partie ,jfbstérieure de la mâchoire. Ce procédé est foncCé, comme on voit, sur jiiie connaissance exacte des indications à remplir ; mais il a un inconvénient réel, c’est celui
d‘agir sur le menton pour le relever , avant que les condyles soient dégagés de Teridroit qu’ils occupent contre l’ordre naturel. Malgré cet inconvénient, il est préférable à celui que Ravaton raconte avoir vu employer avec succès par un empyrique , et dont il se montre si émerveillé ; il consiste en une fronde de cuir qui s’applique au menton , et dont les extrémités sont garnies d’une ficelle , pour être tordue par un billot sur le sommet de la tête , par dessus une calotte ou une placjue de bois. Pendant qu’un aide agissait ainsi lentement sur le menton, Ravaton dit que l’opérateur dirigeait les condyles. Mais on voit bien que les doigts de ce dernier ne pouvaient employer une force comparable à celle du garrot , et , par conséquent , que la force la plus grande n’était pas appliquée au point où elle était nécessaire. L’eyipyrique dont il s’agit réussit, tandis que Ravaton et plusieurs autres avaient tenté vainement la réduction par les procédés ordinaires j mais il faut noter qü’il s’agissait de la luxation d’un seul condyle, comme on s’en assura' dans le moment de la réduction. En ajoutant à ce moyen un billot , ou une espèce de coin placé entre les dents molaires , et , mieux encore , un levier de bois , ce procédé pourrait être utile dans quelques luxations anciennes j pourvu que l’on relâchât peu-àpeu le garrot à mesure que le levier agirait, que l’on ne se servît du premier que pour soutenir le menton à la même hauteur que les angles de la mâchoire , et que l’on ne l’employât à relever le menton , qu’après avoir dégagé les condyles.
A peine se souvient -on aujourd’hui d’un
DE La MACHOIRE INFÉRIEURE. 97
procédé conseillé autrefois , et que Ton dit avoir été employé avec succès : il consiste à rapprocher violemment les mâchoires à grands coups de poing portés de bas en haut sur le menton. Ce procédé grossier , imaginé dans foiibli de tous les principes , ne peut , en aucune manière , remplir l’objet qu’on se propose, et s’il pouvait avoir un résultat quelconque, ce serait l’augmentation du déplacement, ou même la fracture du col des condyles de la mâchoire.
On a dit que les muscles releveurs de la mâchoire , contractés spasmodiquement , pouvaient opposer un obstacle considérable à la réduction de la luxation de cet os; que dans ce cas on ne peut réussir qu’autant qu’on a fait tomber la contraction en fatiguant les muscles par un alongement soutenu , et l’on a cité une observation dè Lecat , et une autre de Dupouy , comme des preuves de cette proposition , d’ailleurs vraie et démontrée dans certaines circonstances. Mais si l’on examine attentivement le fait rapporté par Lecat , où il s’agissait , comme il le remarque lui-même , de la luxation d’un seul condyle, et qui existait depuis quinze jours, on trouvera que dans son embarras , dont il ne connoissait pas encore la cause , il a employé une foule de manœuvres violentes qui s’entre-détruisaient et étaient incapables d’agir sur la longueur des muscles releveurs. Enfin , il s’avisa de placer le malade assis à terre, et lui-même, étant debout, il pratiqua de nouveau les manœuvres ordinaires. Dans cette attitude , qui lui donnait un grand avantage , il put employer une très-grande force , et il réussit alors. «La pression que j’exn-
^8 DESrUXATIONS
cc çai avec mes pouces , dlt-il , m’aurait causé >3 de violentes doulenrsdans toute autre circons- >3 tance. 33 11 est facile de voir que le dé[)lacement d’un seul condyle, circonstance dont il ne s’aperçut rpie tians le moment tle la réduction , et l’ancienneté de cette luxation, faisaient toute la dilïiculté. Quant, au fait de Dii[)Ouy , le succès est attribué à l’effort uu’il exerça pendant quchpies instans sur* la face interne des nuiscles masséters , en les pressant de dedans en dehors avec ses pouces. Sans vouloir contester la possibilité d’un tel procédé en pareille circonstance, nous ne pensons pas que personne soit tenté d’attribuer de grands résultats à. cette manœuvre , ni d’en tirer des conséquences semblables à celles qu’on en a déduites.
Lorsque l’engorgement des parties , ou la violentc contraction des muscles, a rendu inutiles toutes les tentatives de réduction, avant de les recommencer, on saignera le malade, et on fera des bains de vapeurs sur la partie , ou l’on y appliquera des cataplasmes émolliens.
Pour prévenir la récidive et maintenir la mâchoire inférieure rédnite , il suffit de soutenir le menton et de s’opposer à son abaissement. Une mentonnière ou fronde dont les chefs inférieurs seront fixés avec des épingles au sommet de la tête, et les supérieurs à l’occiput , la précaution d’interdire au malade l’usage de la parole et celui de la mastication pendant quelque temps , de ne le nourrir d’abord que d’alimens liquides, de lui recommander d’ap- ])liquer la main sous le menton pour le soutenir pendant le bâillement, et de n’exécuter que de petits mouvemens de la mâchoire , quand on jugera à propos de lui en permettre quel-
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ques-uiis, suffisent toujours pour remplir cet objet. Mais il est essentiel de ne point négliger ces mesures de sûreté : rien n’est plus commun cjue de voir la luxation se reproduire dans le bâillement , et on la voit fréquemment récidiver plusieurs fois dans quelq ues instans , quand on n négligé de fixer la mâchoire inférieure, et de la rendre immobile pendant quelque temps. On appliquera devant les oreilles des compresses imbibées de liqueurs résolutives , pour détruire l’engorgement, et fortifier les parties.
DES luxations