CHAPITRE IV
Des Luxations des Vertèbres,
IXTalgré les détails intéressans et curieux dans lesquels Hippocrate est entré dans plusieurs endroits de ses écrits j malgré les solides raisons qu’il a données , notamment dans le livre intitulé de Articulis , pour prouver que les vertèbres ne peuvent éprouver de déplacemens comparables à ceux qui constituent les luxations proprement dites dans les autres os , on a cru long'temps à la possibilité des luxations de toutes les vertèbres , çt des auteurs respectables qui ont embrassé cette opinion , citent des faits qu’ils croient propres à la confirmer. Mais si l’on examine avec soin les faits dont il s’agit , et, sur-tout , le petit nombre de ceux dont la narration est accompagnée de tous les détails convenables , on n’aura pas de peine à y reconnaître les caractères des fractures de la lame postérieure des vertèbres , avec ou sans compression de la moëlle épinière , soit par les esquilles , soit par quelque épanchement , ou même avec simple commotion de cet organe. Dans plusieurs cas de cette nature, on a pu rétablir les fragmens dans leur situation naturelle , ou leur en donner une propre à faire cesser la compression qu’ils exerçaient sur les parties environnantes , et faire disparaître ainsi les accidens : delà , un assez grand nombre de fiiits contenus dans les écrits des
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deux derniers siècles , où i’on annonce des luxations des vertèbres réduites , et non mortelles , contre Tobservation générale de tous les temps. Dans des cas semblables où l’on avait présumé la luxation, et où la mort des sujets a fourni l’occasion de s’assurer de l’état des choses par l’inspection anatomique , on a presque constamment trouvé des fractures aux lames ]>ostérieures des vertèbres , ou de pareilles solutions de continuité dans leur corps j et , dans ces derniers cas , une partie de la colonne vertébrale a pu éprouver des déplaçemens'plus ou moins étendus sur l’autre, ce qui , comme l’on voit, est bien éloigné des caractères de la luxation. S’il y a queicjues exceptions à cette règle générale, qui s’applique au plus grand nombre des vertèbres , elles sont bien rares ; nous les ferons connaître , et nous y joindrons de réflexions critiques propres à éclairer ce point de doctrine. Si l’on considère, en effet, le grand nombre de pièces dont la colonne vertébrale est composée , les limites étroites dans les(juelles la mobilité des vertèbres est renfermée , par la disposition meme de leurs surfaces articulaires , le nombre et la force desligamens ])ar lesquels ces os sont unisj le nombre, la disposition variée , et la force prodigieuse des muscles qui les entourent , et par lesquels l’intimité de cette union est fortifiée, oai concevra sans peine qu’il est bien difficile que tous , ou la plus grande partie des liens qui assujettissent ensemble deux vertèbres voisines , puissent être détruits par une cause violente , et (ju’il s’ensuive un déplacement et un changement de rapports dans les surfaces articulaires , comme il en arrive dans les autres articulations.
Mais toutes les vertèbres ne sont pas articulées et unies ensemble de la même manière ; et dans l’assemblage de quelcjues-unes , comme les tloux premières entr’elleset avec l’occipital, la disposition et les rapports des surfaces articulaires ne sont pas de nature à exclure totalement la possibilité des luxations ; dans toutes , les surfaces par lesquelles l’articulation a lieu sont multiples; dans quelques-unes , l’une des articulations que ces surfaces constituent , celle des a])opliyses obliques, peut éprouver quel- (]ue altéKition de rapports : quel(jues-uns des liens qui assujettissent les vertèbres entr’elles , soit en s’attachant à dos points de ces os tdnus en contact immédiat , soit en liant ensemble des éminences séparées par quelque intervalle , peuvent éprouver des ruptures : autant d’objets intéressans , et que nous allons considérer successivement.
Article premier.
De la Luxation de la Tête sur la première
. Vertèbre cervicale.
La solidité de l’articulation proprement dite de l’occipital avec la première vertèbre cervicale , dépend moins des ligamens de cette articulation , que de la disposition des surfaces .'irticulaires : en cfïct , une couche fibro-cellu- Icuse assez lâche, placée entre l’arc antérieur de f*atlas , et la partie antérieure du grand trou occipital , une semblable couche en arrière , deux capsules synoviales garnies de tissu cellulaire dense à l’extérieur , et enveloppant les surfaces articulaires ; tels sont les
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moyens crimion exclusivement destinés à cette articulation. Mais la direction et la conformation des condyles de l’occipital , dont la surface est tournée en bas et inclinée en dehors ^ la disposition des cavités supérieures des masses la^rales de l’atlas , qui sont fortement incliiræs en dedans , réduisent les rapports de ces surfaces à ceux d’un corps conique dont le sommet, tourné en bas, serait reçu dans une cavité analogue ; en sorte que la première vertèbre cervicale doit suivre presque inévitablement l’occipital dans toxis ses mouvemens. D’un autre coté , la seconde vertèbre cervicale , quoiqu’elle soit articulée avec la première, de manière à permettre à celle-ci une grande mobilité, est non-seulement fixée très- Jolideraent à cette même vertèbre, mais encore elle a des rapports d’union tout aussi intimes avec l’os occipital , par la partie antérieure de son ouverture rachidienne ; on sorte qu’il esfe vrai de dire que l’articulation occipito-atldidienne emprunte une grande solidité du voisinage de Farticulation atlo-axoïdienne , et quo d’ailleurs la disposition des surfaces articulaires, et le peu de tendance au mouvement , qui en est le résultat, ajoutent beaucoup à l’efficacité de cette espèce de symphyse supplémentaire.
Il est suffisamment connu que les mouvemens de flexion , d’extension , et d’inclinaison latérale de la tête, se passent presque exclusivement entre les diverses pièces dé la région cervicale de l’épine. Quant aux mouvement de rotation , non -seulement le nlécanisme particulier de l’articulation des deux premières vertèbres entr'eiles , mais encore l’insertion et
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la disposition des muscles spécialement destinés à ces mouvemens , prouvent évidemment qu’ils ne se passent pas entre la tête et la prejnière vertèbre. Les liens qui assujettissent l’os occipital et l’atlas , ne peuvent donc être exposés qu’à des violences bien légères , pui^ue ces os se meuvent à peine l’un sur l’autre ^ussi , malgré les mouvemens Iréquens , et quelquefois très-violens , de la tête , ou ne connaît pas d’exemple d’un déplacement des surfaces (jui servent à son articulation avec la colonne vertébrale, occasionné par quelque violence extérieure : les animaux carnivores , et parmi eux , ceux des plus grandes espèces , qui , pour mettre à mort des animaux aussi forts tju’eux , et en faire leur proie , ont besoin d’exercer des mouvemens de la tête extrêmement violens’, n’ont jamais fourni aucun exemple de cette luxation : dans les chutes sur la tête, où la colonne vertébrale a subi une inflexion extrêmement violente , et qui a suffi pour en briser les pièces , même celles de la région cervicale , on n’a jamais trouvé l’occipital luxé sur la première vertèbre ; dans les cadavres des supj)liciés par la corde , on a souvent trouvé la première vertèl)re luxée sur la seconde , et jamais l’occipital luxé sur la première.
Tout semble donc démontrer que la luxation de la tête sur la première pièce de la coloiuie vertébrale, par une violence extérieure, n’est pas possible. Il n’en est pas de même des alterations organiques auxquelles les surfaces articulaires et les parties voisines peuvent être exposées ; on connaît maintenant un assez grand nombre de faits de Luxations de l’occipital sur l’atlas , produites par cette cause;.
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Danbenton en rapporte un exemple , dont la pièce était déposée au cabinet du Roi : Sandiîbrt en a décrit cinq qui existaient dans le Muséum de Leyde : nous en avons vu un à la Charité, etc. Dans ces cas, la déformation des surfaces articulaires , peut-être leur ramollissement, une exostose des apophyses transverses de Fatlüs , ou parvenue sur ce même point, et provenant de la région jugulaire de l’os occi-
f)ital ou du rocher, ont détourné peu- à- peu ’atlas , et l’ont amené successivement plus ou moins loin de sa situation naturelle , tantôt en portant cet os en devant , tantôt en le portant en arrière, etc. On a vu l’arc antérieur, lepostérieur, ou l’un des côtés de cette vertèbre, intercepter un tiers , la moitié , les deux tiers du diamètre du trou occipital. Malgré la gêne prodigieuse qu’un semblable déplacement a dû exercer sur la moelle épinière , les sujets n’en ont pas moins vécu j et tout au moins les fonctions nutritives ont pu s’exercer assez librement , pour laisser le temps à des exostoses qui assujettissaient ainsi la première vertèbre, d’acquérir un grand développement , ou à une ankylosé qui liait ensemble la tête et la plupart des vertèbres cervicales, d’acquérir une grande solidité. Jamais, dans ces cas -là, on n’a vu l’atlas libre dans son déplacement sous l’os occipital 5 toujours cette vertèbre s’est trouvée confondue au moins avec cet os , et le plus souvent aussi avec les cinq ou six vertèbres suivantes. Une remarque intéressante , mais qui ne doit point ^étonner , c’est que, dans ces cas , l’articulation occipito-atloïdienne n’est presque jamais la seule qui ait subi des changemens de rapports , à moins que le déplace-
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ment de l’üs occipital ne soit fort peu étendu : presque toujours l’articulation alio-axoïdienne, et quelquefois même la symphyse occipitoaxoïdienne, ont éprouvé des altérations remar-. quaJ)les. Tantôt l’axis et roccij)ital ont conservé leurs rapports naturels , tandis que l’atlas semble s’être déplacé seul entre les deux : tantôt la seconde vertebre s^est déplacée par rapport à l’os occipital , dans le même sens que la première , mais semble n’avoir partagé qu’une partie du déplacement que cette dernière a subi J tantôt enfin y la première et la seconde ont tenu un chemin opposé dans leur déplacement simultané j en sorte que l’une s’étant portée à gauche , l’autre s’est portée à droite, ou vice versâ. Dans l’un des exemples cités par Sandifort , le déplacement latéral en sens contraire des deux premières vertèbres , était si étendu , que les points opposés du contour annulaire de ces deux os , interceptaient entre eux, vis-à-vis le trou occipital , un espace seulement de six lignes. Duverney, qui a rencontré un cas semblable , mais où le déplacement opposé des deux vertèbres avait lieu dans le sens antéro-postérieur, a vu l’apophyse odontoïde rapprochée de l’arc postérieur de l’atlas y des deux tiers de l’ouverture annulaire de cette vertèbre. Il est évident que , dans ces cas , tous les ligamens de l’articulation des deux premières vertebres entr'ellcs, et de celle de l’occipital avec l’axis , ont du être détruits , ou du moins altérés au point d’avoir entièrement perdu leur consistance.
On n’a aucune notion sur les symptômes qui ont dù accompagner ces altérations organiques et les lésions mécaniques qu’elles ont entrais