CHAPITRE II
Des Abcès en général.
On nomme al3cès une collection de pus dans quelque ]>artie du corps qu’elle se fasse. On ex- ' cepte seuieinent de cette dénomination générale , les collections de la même nature qui se font dans l’abdomen , où elles sont appelées épanchemcns puruiens ; celles (ju’on ol)serve dans la j)oitrine, où elles prennent le nom dèemjjyènies f quand elles ont lieu dans l’une des deux cavités pectorales , et celui ée vomiques , quand elles sont formées dans la substance même du poumon j les abcès des glandes pendant la vérole et la peste , aux(|uels on a donné le nom de bubons.
Les abcès sont toujours le produit d’une inflammation; mais tantôt ils se forment dans la partie même fjui a été enflammée , et tantôt ils occupent un endroit ])lus ou moins éloigné du siège de l’inllammation ; nous les appelons dans le premier cas , idiopathiques , et dans le second, abcès par congestion. Ces deux ordres d’abcès diffèrent beaucoup l’un de l’autre , sous le rapport de leurs symptômes , de leur terminaison et de leur traitement : c’est pourquoi ils doivent être considérés isolément.
Article premier.
Des Abcès idiopathiques.
Les abcès idiopathiques succèdent souvent à
itne inflammation aiguë , caractérisée par des symptômes bien prononcés , et se manifestent dans un espace de temps assez court. Alors ils sont connus sous le nom cf abcès phlcgjrwneujc. Mais quelquefois ils sont la suite d’une inflammation lente , dont les symptômes ne sont pas apparens , au moins dans les premiers temps de la maladie , et dans ce cas , ils ne se forment (jue très-lentement, et prennent le nom dUibcès froids. Cette distinction est également de la plus grande importance.
S. I.®"" Des Abcès phlegffiOTieux.
Les abcès plilegmoneux ont été aussi appelés abcès chauds , abcès par fluxion. Toutes les fois qu’ils ne sont précédés d’aucune autre maladie que de l’inflammation aiguë , dont ils sont le résultat immédiat , on peut les considérer comme une maladie essentielle. Mais lorsque l’inflainmation (jui les a produits est survenue dans le cours d’une autre maladie^ tantôt ils ne sont que des accidens particuliers , et n’apportent aucun changement dans la marche de i’afféction ])rincipale ; tels sont les abcès qui surviennent queh^uefois à la marge de l’anus dans la phthisie jjuhnonaire; tantôt ils sont un symptôme de la maladie comme dans la peste , quelquefois dans la fièvre jaune et le typhus , dans la vérole j tantôt enfin ils jugent la maladie essentielle et en sont la véritable crise alors on les appelle abcès critiques. C’est ainsi que l’on voit quelquefois la fièvre maligne ou la fièvre putride se terminer ]>ar l’iriflammation et la suppuration du tissu cellulaire qui environne la glande parotide.
5i DES ABCÈS
L’abcès plilegnioneiix , soit essentiel , soit accidentel, soit symptomatique, soit critique, présente toujours les memes phénomènes dans sa l’ormation .
Lorsque rinllammatioii attafjue une partie nbondammcnt ])ourvue de tissu cellulaire , c[u’elle est vive , ra]>ide dans sa marche , que la douleur est pulsative, oji doit présumer que jnalgré les secours de l’art , la maladiè se terminera par su]')puration.
^ Si la douleur continue d’être pulsative , que
la violence de rinllammation diminue un peu , que le malad« éprouve des frissons , tpie la tumeur soit moins rénittente , on juge que la nature travaille à la fônnation du pus.
Lnhn , il est certain que le ]jus est formé , lorsque la chaleur et la rougeur étant lieaucou]) diminuées , la douleur est convertie en une sensation gravative , (jue la tumeur s’est amollie , que son centre s’élève en pointe , et qu’en la pressant alternativement ^ avec les doigts , dans des endroits o]iposés , on sent l’ondulatioii ou la fluctuation du licjuide qu’elle renlèrme.
Lorsque l’abcès a son siège sous la peau , la fluctuation est toujours facile à distinguer j mais lorsqu’il est situé sous des muscles épais , ou des aponévroses très-fortes, elle est beaucoup plus obscure et ne jieut être sentie que par une main bien exercée. Dans ce cas , le diagnostic se tire de diver'es autres circonstances , telles (jue les Ifissons irréguliers , la rémission des accidens inflammatoires , le sentiment de pesanteur qui succède à la douleur pulsative , l’enqiâîement de la partie. L’ahcèà ptapt situé très-profondément, si on l’aban-
donnait à lui-même , il pourrait, malgré la tendance de la nature à porter au dehors la matière de la suppuration , rester long-temps dans le même état, c^est-à-dire , sans présenter des indices plus certains de son existence. Mais lorsque l’abcès est situé sous la peau , le pus distend de plus en plus cette membrane , l’amincit dans le centre de la tumeur , et se fait jour au travers , au l)out d’un temps plus ou moins long , suivant l’intensité et la’ marche plus ou moins rapide de l’inflammation.
Dans le commencement de la suppuration , le pus est disséminé dans les cellules du tissu cellulaire de la partie enflammée. Il a beaucoup de consistance , et il est tellement attaché aux * lames de ce tissu , qu’il faut les ratisser avec un scalpel pour Fenlever. On voit cette disposition dans les cadavres des personnes qui meurent avec des abcès , avant que la nature g.it rassemblé en un foyer la matière purulente. Mais à mesure que la quantité du pus augmente par les progrès dè la suppuration , il acquiert ])lus de liquidité , il distend les cellules qui le contiennent , passe de l'une à l'autre , soit parce qu’il déchire leurs parois , soit parce qu’elles communiquent toutes entre elles , et se réunit enfin au centre de l’engorgement inflammatoire, en un seul foyer formé par l’écartement des parties environnantes. Ainsi il soulève la peau d’une part, comprime les muscles de l’autre , et les rapproche de l’axe du membre , ou bien il écarte les faisceaux musculaires j ou enfin il soulève et aplatit les muscles , suivant que l’abcès est situé sous la peau , au-dessous ‘des organes musculaires , ou dans leurs interstices* La cavité que la matière purulente se
56 DES ABCES'
creuse n’est donc pas due à une déperdition de substance, mais à récnrtement, à la distension, des parlies j et ce cjui le prouve^ c’est qu’ajjrès l’ouverture d’un dc])ôt , on voit les parlies , auj3aravant écartées et distendues, se rapj^roclier. Le foyer purulent, très-vaste d’abord, diminue considéral)leinent, s’alïaisse et disparaît en très-peu de temps.
Lorsqu’après avoir mis inutilement en usage tous les moyens propres à procurer la résolution de l’inflammation , on s’aperçoit que la tumeur ])rend la voie de la suppuration , il faut se servir des remèdes propres a favoriser cette terminaison , et à rendre la réunion du pus en un foyer,
• plus facile et j)lus prom]>te. Dans cette vue , si rinflammation est intense , on continuera d’a])- •jiliquer sur la tumeur les cataplasmes émolliens et relâclians dont on s’est servi d’abord 5 mais si la tension , la douleur et la chaleur inflammatoires sont moins marquées , ce qui annonce en quelque sorte un état languissant de la maladie , on fera usage des cataplasmes ou des emplâtres maturatifs que nous avons indiqués dans le traitement de l’inflammation en général.
Ces topiques , qui sont plus ou moins irritans , déterminent dans la tumeur le dearé d’action nécessaire à la formation du pus et à sa réunion en un foyer. Lors([ue la tumeur est considérable , on préfère les cataplasmes 5 si elle est peu volumineuse , on la couvre d’un emplâtre de diachyion gommé ou d’onguent de la mère.
Quand , par l’usage de ces moyens , l’abcès est parvenu à sa maturité, c’est-à-dire, que la col-i. lection de ])us est formée , et (]ue la fluctuation se fait sentir d’une manière distincte , il est essentiel d’examiner s’il convient d’en faire l’ou-
yerture , ou d’attendre qu’elle se fasse spontanément.
Lorsque l’abcès plileginoneux a son siège sous la peau immédiatement , qu’il est peu volumineux, que la marclie de l’inflammation qui l’a produit a été rapide , on doit en abandonner l’ouverture à la nature , sur-tout si la maladie occupe le visage , le cou ou la mamelle cliez les femmes, endroits où l’on doit éviter la difformité qui résulterait de la cicatrice , si on ouvrait les abcès de ces parties avec l’instrument. Les succès que l’on obtient journellement en suivant cette méthode , ont engagé plusieurs praticiens à l’étendre aux abcès phlegmoneux souscutanés de toutes les parties, même à ceux qui sont les plus considérables. Cette manière d’agir est trop générale 5 il faut l’adopter ou la rejeter , d’après la situation de l’abcès , son étendue , l’endroit de sa surface où la peau doit se percer , etc.
Il est meme des abcès phlegmoneux sous-cutanés , qui , par leur peu de volume , sembleraient devoir être abandonnés à la nature , et que certaines circonstances engagent à ouvrir avec l’instrument tranchant. Par exemple , lors- ([ue la marche de l’inflammation a été lente , ([lie la tumeur s’est amollie également par-tout , que la peau a pris une couleur d’un rouge brun , si Pon abandonnait l’ouverture de l’abcès à la nature , la peau s’amincirait par la destruction du tissu cellulaire qui forme les lames intérieures de cette membrane j et, privée ainsi d’une partie des vaisseaux ([iii lui donnent la nourriture, elle deviendrait incapable de se réunir avec les parties sous-jacentes , rendues molles et fongueuses par le séjour prolongé de la ma-
tière purulente. On serait obligé alors d’emporter toute la portion de peau amincie et en partie désorganisée. Un autre cas où l’aljcès , quoi- <|ue ])en considérable , doit être ouvert par le Uliirurgien , memc.de très-bonne heure, c’est lorsque rinllammation occupe une partie où la tlénudation des tendons, et jtar suite leur exfoliation est à craindre , comme on l’observe aux doigts , dans l’engorgement inflammatoire connu sons le nom de ])anaris.
Quand on juge que l’ouverture de l’abcès doit être confiée à l;i nature , on la favorise par les topkpaes émolliens et relaclians dont on s’est servi pour combattre l’inflammation, et lorsque la tumeur est ouverte , on continue l’usage de ces moyens jusqu’à l’entière guérison de la maladie.
I-orsque l’étendue ou la situation d’un abcès plilegmoneux en rend l’ouverture nécessaire, on doit attendre , ])Our la pratiquer , que la collection de ]uis soit bien formée , ou , comme on dit communément, rpie l’abcès soit parvenu à sa parfaite maturité- Cette condition est sur-tout exigée dans les phlegmons des glandes , où la tumeur ne doit être ouverte que lorsqu’elle est ramollie dans toiites ses parties. C’est ici un des cas où l’art, lorstpi’il veut trop se hâter, dérange la nature dans sa marche j car en ouvrant ces sortes de tumeurs prématurément , on arrête les progrès de la suppuration qui doit fondre toutes les duretés qui environnent le foyer de l’abcès, et il en résulte un ulcère calleux, trèsdllhcile à guérir. Ajoutez à cela , que quand on ouvre les abcès avant leur parfaite maturité , la douleur est læauconp plus vive.
Cette règle souffre cependant quelques ex-
ï N G É ]sr É R A L.’ 5()
ceptions : on doit ouvrir avant la suppuration entière et parfaite , toutes les fbisqvt’il y aurait du danger à attendre trop long-temps j or, voici plusieurs circonstances où ce dernier précepte doit prévaloir, i.f* Lorsque l’abcès avoisine un organe entouré d’une grande quantité de tissu cellulaire graisseux , comme l’extrémité inferieure de l’intestin rectum. Si l’on ,at tendait , P© tir ouvrir ces abcès , la fonte totale de l’engorgement par la suppuration , l’intestin serait dénudé dans une erande étendue , et son açalutination avec les parties voisines deviendrait beaucoup plus difficile.
2. ® Lorsqu’il est à craindre que la suppuration n’altère quelque tendon , en le dépouillant entièrement du tissu cellulaire qui l’environne.
3. ‘^Lorsque l’abcès peut causer quelque accident fâcheux , comme font quelqueibis les parotides dans les fièvres malignes , en empêchant le libre retour du sang de la tête au cœur ; les phlegmons considérables de la partie antérieure du cou , en gênant la respiration et la déglutition.
4. ® Lorsqu’il est à craindre que l’abcès ne perce dans une articulation , ou dans quelque cavité , comme dans le bas- ventre , etc. Nous pensons cependant t[ue cette crainte n’est pas aussi fondée qu'’on se l’est imaginé; attendu que dans l’inflammation du tissu cellulaire qui unit les parois des grandes cavités à la membrane séreuse qui les tapisse , on observe que cette meiiibrane , lorsque la maladie se termine par suppuration , s’épaissit , et devient une barrière impénétrable au ])iis , qui trouve plus de facilité à se porter vers la peau en se glissan t dans l’interstice des muscles , qu’à pénétrer dans la
6o DES ABCES
cavité en perçant la membrane séreuse épaissît# Néanmoins comme la membrane pourrait ellemême être comprise dans l’engorgement inllammatoire , et recevoir quelque atteinte dans sa texture , par les progrès de la suppuration y et que d’ailleurs on rapporte des exemples de personnes mortes d’un épanchement purulent dans la poitrine à la suite d’un abcès aux parois de cette cavité ou à l’aisselle , dont on avait trop long-temps différé l’ouverture , il est plus prudent de s’en tenir au précepte établi , et d’ouvrir ces abcès de bonne heure.
On a mis. aussi au nombre des abcès phlegmoneux dont l’ouverture doit être faite sans retard, et avant l’entière maturité , ceux qui sont situés sur les os , et ceux qui environnent les gros vaisseaux artériels. On craint, dans le premier cas, ({ue le pus n’altère la substance de l’os^ et dans le second, qu’il n’affaiblisse les
f)arois des artères , et ne les expose à céder par a suite à l’effort du sang , et à se dilater pour former un anévrisme mais ces craintes ne sont point fondées. Lorsfjue le tissu cellulaire qui recouvre un os s’enflamme et suppure , le périoste s’épaissit et garantit ainsi l’os du contact du pus ; ce liquide n’a d’ailleurs aucune qualité irritante et encore moins rongeante , loi'squ’il succède à une inllaairnation phlegmoneuse , et qu’il n’a point été exposé au contact de l’air, bi , à l’ouverture d’un abcès situé sur un os , on trouve celui-ci carié ou nécrosé , c’est qu’aiors la substance osseuse a été ])rimitivement affectée , et que l’abcès , dans ce cas , a été l’effet et non la cause de l’altération de l’os. Relativement aux artères , on observe, (juand le tissu celhdaire qui les envircjme a été détruit par la
ENGÉnÉRAL.
suppuration , que leurs parois s’épaississent plutôt qu’elles ne s’amincissent , et qu’ensuite elles se couvrent de bourgeons cbariius qui se confondent bientôt avec ceux des parties voisines.
Les grands abcès phleginoneux situés profondément sous des muscles épais , ou sous une large et forte aponévrose , méritent une attention particulière 3 ils ne forment pas , comme les abcès sous-cutanés , une tumeur proéminente à l’extérieur. La résistance que les muscles et les aponévroses opposent au pus , l’empêchant de se porter vers la peau ; il se creuse des sinus , forme des fusées, et s’étend fort loin dans le tissu cellulaire qui remplit les interstices des muscles , et dans celui qui les unit aux os. Dans ces sortes d’abcès , où la fluctuation est presque toujours obscure, dès qu’on aura acquis , au moyen des signes rationnels , des indices suffisans de l’existence d’une collection de pus , il faudra se déterminer à pratiquer une incision propre à lui donner issue j car il y aurait du danger à temporiser , dans l’espoir que la fluctuation devînt plus sensible. Je pourrais rapporter ici un grand nombre d’observations qui prouvent combien on expose le salut des malades, en différant trop long-temps l’ouverture de ces grands abcès situés sous des muscles épais j mais je me bornerai au fait suivant.
M.*"® de fut atteinte , à la suite d^une
couche , d’une fièvre adynamique (putride). Vers la fin de cette maladie , la partie inférieure et antérieure de la cuisse droite se tuméfia et devint très-douloureuse , mais sans augmentation sensible de chaleur et sans changement de couleur à la peau. On appliqua pendant près d’un mois, sur la partie, des cataplasmes émoi-
62 des abcès
liens. Appelé en consultation au bout de cG temps, j’appris ([ne la douleur, après avoir été tjès-vive et pulsative , avait diminué insensiblement et s’était convertie en un sentiment de tension et de pesanteur j que la malade avait éprouvé des frissons irréguliers , et (jue la tuméfaction avait augmentée graduellement. En apf)uyaiU les mains sur les parties latérales inferieures de la cuisse , et en pressant alternativement avec l’une et avec l’autre , je sentis une Iluctuation obscure et ju'ofonde ; je prononçai qu’il y avait un abcès considérable sons le muscle triceps crural , et je proposai d’en faire l’ouverture sur-le-champ. Ma proposition ne lut ])oint adojîtée , et l’on s’en tint pendant huit ou dix jours à l’usage des cataplasmes. La malade s’étant enlin décidée, je prati([uai deux incisions , l’une en dehors et l’autre en dedans. Le bistouri pénétra , au tnivers du muscle triceps crural , dans un foyer d’où il sortit une quantité énorme de pus. Ce muscle était séparé du fémur dans une grande étendue , le pus avait fusé dans le creux du jarret et le long de la ])artie postérieure de la jambe , devant les muscles jumeaux J et malgré deux contre- ouvertures que je pratiquai en arrière , l’une au jarret , et l’autre à la partie postérieure de la jambe , il fut impossible d’empêcher la matière purulente de croupir dans les sinus profonds qu'’elle s’était creusés. La lièvre lente et le dévoiement colliquatif survinrent , et la malade succomba environ un mois après l’ouverture de l’abcès. Cet aljcès énorme , ([uoique très-voisin de l’articulation du genou , ne l’avait altérée en aucune manière j mais couime les muscles qui passent sur cotte arliculation
et l’affermissent , étaient décollés , et que , dans la situation Hécliie où se trouvait la jambe , les ligamens croisés et les latéraux étaient relâchés , le tibia jouissait d’une mobilité latérale qui rendait les moindres mouvemens de la jambe très-douloureux.
L’art enijdoie deux moyens pour ouvrir les abcès J les caustiques et l’instrument tranchant. Dans les abcès phlegmoneux , les caavstiques auraient rinconvénient d’exciter (ies douleurs très- vives en agissant sur la peau , dont la sensibilité a été augmentée par i’iuflammation. Dans un cas où la pusillanimité du malade ma força de me servir de la potasse caustique ( pierre à cautère ) pour ouvrir un abcès phlegmoneux considérable , situé à la partie antérieure et inférieure de l’abdomen , les douleurs produites par la première impression du causti(jue furent si violentes, (jue le malade me pria d’oter la potasse et de faire toutes les incisions que je jugerais convenables.
C’est donc avec l’instrument tranchant qu’on doit ouvrir les abcès phlegmoneux. Ceux dont on se sert , sont la lancette, ou le bistouri. On ouvrait anciennement les abcès avec une lancette destinée à cette usage et que l’on nommait lancette à abcès. A présent on préfère généralement le bistouri j cependant on peut se servir indifféremment de run ou de l’autre de ces instrumens , lorsque l’abcès est superficiel et peu considérable ; mais lorsqu’il est situé profondément , et qu’il y a l)eaucoup de parties à couper pour arriver au foyer purulent , le bistouri mérite la ])référence.
Il y a deux manières de se servir du l.ûstouri pour ouvrir les abcès. Dans l’uile, cet instru-
DES abcès
ment , tenu comme ponrconper de dedans en dehors et devant soi (1) , est plongé dans la tumeur jusf^u’au siège du pus , et lorsqu’on voit ce liquide sortir sur les côtés de la lame , on la relève ]dus ou moins obliquement , suivant l’épaisseur des parties qui doivent être coupées, et l’on agrandit ainsi l’incision. Dans l’auire manière ^ on tient le bistouri comme pour couper contre soi : on en plonge la pointe dans la tumeur, et en poussant et redressant l’instrument on agrandit l’incision j ou bien si l’abcès est situé profondément , on coupe peu-à-peu et successivement la peau et les autres parties qui couvrent la matière purulente. Cette ])remière ouverture étant laite , on porte le doigt indicateur dans le foyer de l’abcès , et si l’on jiige que l’incision n’a pas assez d’étendue , on l’agrandit en portant son doigt dans l’un des angles de la ]:>laie pour tendre les tégumens , et en inciser sur l’autre.
L’ouverture des abcès phlegmoneux doit être laite dans l’endroit le plus saillant de la tumeur où la peau est amincie , et s’étendre jusqu’à sa ]iartie la plus déclive. Si la pointe de l’abcès est dans la partie supérieure , et que les tégumens ])araissent très-mous et très-blancs , il vaut mieux percer cetcndroit-là qu’un autre, où l’on ne pourrait ouvrir la peau encore vive et enllammée , sans des douleurs extraordinaires. L’ouverture étant faite, l’on peut dans la suite, en changeant la situation de la partie, si cela est possible , ou en y faisant une légère compression , empêcher le pus , qui sera resté
(1) Voy. pour la manière de tenir le blst. , le V.* vol. à la page 34.
dans Tabcès , d’y croupir et de se creuser des sinuosités dans le tissu cellulaire. I,a direction de cette ouverture doit être parallèle à la longueur de la partie sur laquelle on opère. Sou étendue sera proportionnée au volume de l’abcès et à sa profondeur , c’est-à-dire, qu’elle sera plus grande dans les abcès considérables et situés profondément , et plus petite dans les abcès médiocres et superficiels. En général , elle sera toujours assez grande , si le pus peut s’évacuer aisément.
Quand l’abcès est fort étendu en largeur, et la peau également amincie dans toute la surface de la tumeur , on pratique , à sa partie la plus déclive , une incision assez grande pour donner une libre issue au pus. Dans le cas où la forme , ou bien la grandeur du foyer ne permettrait pas au pus de sortir, librement par une seule ouverture , il faudrait en pratiquer une ou plusieurs autres dans les endroits qui paraîtraient les plus convenables.
En ouvrant les abcès sous-cutanés , on ne risque jamais d’intéresser des artères considérables ; mais lorsque les abcès sont situés profondément , les parties molles qui recouvrent la collection purulente et qui doivent être incisées, peuvent contenir des artères dont la lésion serait suivie d’hémorragie. On doit éviter de blesser ces vaisseaux en ]iratiquant l’incision 5 et si , malgré les précautions que l’anatornie suggère à cet égard , ils venaient à être ouverts , il faudrait en faire la ligature , si elle était possible, ou exercer dans le cas contraire, une compression convenable et assez forte pour arrêter le sang.
Il est des praticiens qui, après avoir ouvert
66 desabciîs
nri abcès plilegmoneux , iiitrodiiisent le doigt indicateur dans l’intérieur du foyer ])urulent , pour détruire les brides qui peuvent s’y trouver , et dont la quantité dépend toujours de l’épotjue où l’on ouvre l’abcès. Une semblable praticiue est directement contraire au but delà nature et aux règles de l’art ; car les brides dont il s’agit ne sont que des petits vaisseaux et des filets nerveux que la nalxire conservait ])our opérer le recollement des parties : d’ailleurs, cette opération est si douloureuse , que les malades tjui l’ont une fois éprouvée la redoutent beaucoup plus (pie l’incision. Cependant l’introduction (Ju doigt indicateur est (piek^uefois nécessaire , mais dans la seule vue que nous avons déjà indicjuée plus haut, c’est-à-dire, pour examluer si l’abcès s’étend au loin , et s’il faut j)rologer l’incision , ou faire une contreouverture.
Lorsipie les circonstances qui ont précédé la formation de l’abcès, font présumer (jii’il a été’ occasionné par la présence d’un corps étranger , il faut , aussitôt ajirès l’avoir ouvert , faire , avec le doigt indicateur, porté dans le foyer, les recherches convenables pour trouver ce corps étranger, et lorscpi’on l’a rencontré , en faire l'extraction. Mais ces recherches doivent être faites avec beaucoup de précaution, pour épargner de la douleur au malade.
Autrefois, ajir's l’ouverture d’un abcès phlegmoneux , on ‘.’attachait à faire sortir ,.])ar la compression , jusqu’à la dernière goutte de pus f cettemanœuvre est douloureuse et inutile. L’introduction d’une grande quantité de charpie dans le foyer purulent aurait également de grands inconvéniens , en ce qu’elle s’oppose-
ralt au dégorgement des parois de Fabcès , en retarderait le rap])rocliement et rendrait la guérison plus dilïicile et plus longue. A^ijourd’Jiui Jors(pi’on a ouvert un abcès , on laisse le piis s’écoider de lui- même , on essuie la plaie en comprimant légèrement; ensuite onia panse à plat , c’est-à-dire, qu’on se borne à mettre de la charpie extérieurement , apres eu avoir seulement iutroduit quelques brins entre les lèvres de la ]daie ; ou bien , si l’abcès est prol'ond , on iutroduit dans sa cavité une bandelette de linge efïilé , afin de s’opposer à la reunion des bords de l’ouverture ; ensuite on recouvre le tout d’un cataplasme émollient , dont on continue l’usage jusqu’à ce que l’inflammation qui occupe encore la base de la tumeur soit dissipée. l>es panseinens suivans s.e font aussi à plat avec un ])lumaceau enduit d’un digestif doux. Celui dont je me sers ordinairement est composé d’un mélange d’une partie d’onguent de styrax , d’une ])arlie de cérat et d’un peu d’huile d’hypcrlcum. Après les premiers jours , on abandonne l’usage du digestif, qui pourrait trop relâcher les chairs , et on ne couvre plus la plaie qu’avec de la charpie sèche et des compresses (ju’on assujettit par un bandage convenable.
Quand l’abicès est vaste et profond , qu’il n’a pas été ouvert dans une assez grande étendue, ou que l’ouverture n’a pas été faite dans le lieu’ le plus favorable à la sortie du pus , il se forme des sinus ou clapiers dans lesquels le pus croupit , ce qui rend la guérison longue et difficile. On soupçonne l’existence de ces clapiers , lorsque l’abcès fournit beaucoup plus de pus que ne le comporte son étendue apparente ; on s’en
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assure en comprimant la partie , afin de faire sortir le pus qui vient de loin. Une sojide introduite dans ces sinus en fait connaître 1 etendue et la direction.
Le but ([u’on doit se proposer dans ce cas , est de fournir , s’il est possible , a la matieie purulente une issue par lacjuelle elle ]iuisse s ecouler facilement et entièrement ; car le pus qui croupit devient beaucoup plus nuisible dans un abcès, lorsqu’il est ouvert, qu’il ne l’était auparavant, parce que l’accès de 1 air auquel il est exposé , le corrompt promptement. D’ailleurs le pus ainsi retenu empêclie les parois du sinus de se rapprocher, et en ramollissant les chairs de ces parois qu’il abreuve continuellement , il leur ôte le degré d’inüammatioii nécessaire à leur réunion.
L’art nous olïre divers moyens pour remplir les indications que présentent ces alicès accompagnés de clapiers ou sinus. Il suffit quelquefois de donner à la partie une situation particulière qui facilite la sortie du pus. D autres fois, il faut agrandir l’ouverture et lui donner une étendue suffisante pour que les matières puissent s’écouler librement. Dans quel([ues cas , on est obligé d’inciser le sinus listuleux dans toute sa longueur. Mais avant de se déterminer à. cette incision , on doit tenter la compression qu’on ap])elle expulsive ; cette compression se fait extérieurement sur le trajet du sinug , avec de la charpie et des compresses graduées, ipii doivent être disposées de manière à comprimer davantage vers le fond du sinus que du côte de l’ouverture. Si 1 on soupçonne que les chairs sont molles et fongueuses, on fait précéder la compression par des injec-
E!M GENERAI.. (>^
lions déterslves et légèrement .stimulantes. Le nombre et la situation des claj^iers rendent quelquefois tous ces moyens inutiles : souvent alors on est obligé de pratiquer une contreouverture , et on peut le faire de plusieurs manières : ou Ton coupe de l’extérieur à l’intérieur les parties qui couvrent le fond du foyer, pendant qu’on retient le pus dans ce foyer par l’application d’un tampon de charpie sur l’ouverture qui existe déjà ; ou bien on coupe les parties tendues par l’extrémité du doigt indicateur , introduit jusqu’au fond du sinus ; ou enlin on incise sur une sonde , lorsque la profondeur du sinus ne permet pas d’en atteindre le fond avec le doigt. On donne à la contre-ouverture une étendue assez grande pour que le pus puisse sortir librement de lui-même , c’està-dire , seulement à la faveur de la pente des parties qui le contiennent. Si cette contreouverture ne peut pas être assez étendue , on l’entretient par le moyen d’un séton. Outre cela , pour que cette contre -ouverture procure les avantages qu’on doit en attendre , il faut qu’elle soit laite dans l’endroit même où le pus séjourne et où la pente l’entraîne le plus ; ainsi , quand il y a plusieurs cla]ûers clans lesquels le pus est retenu , il faut faire autant de contreouvertures qu’il y a de ces réduits caverneux , à moins c[u’on ne puisse en faire une qui soit commune à tons.
Lorsque tous les secours dont on vient de parler sont insulïisans ou impraticables , on peut encore recc'urir aux injections pour laver les cavités où le pus s’accumule. Ces injections doivent se faire à grande eau et avec une liqueur (|ui ait des cjualités convenables à l’état
*JO DESABCÊS
des chairs. Il est nécessaire de les renouveler au moins de"&Xsfois le jour, si la su]j])uratiüri est abondante , alin de prévenir l’altération des matières qui .s’accumulent d’un pansement à l’autre. On doit , pour peu que la cavité soit coiisidéral)le , se servir d’une seringue assez grande pour fournir un gros jet , afin que l’injection puisse détremper et entraîner entièrement les matières. On favorise leur sortie en plaçant , s’il est possible , la partie de manière que la liqueur ressorte de la cavité par sa pesanteur, et non par le seul effort de l’injection qui doit être poussée sans violence.
Enfin , les canules d’argent ou de gomme élasticpie nous offrent , dans les abcès sinueux et fistuleux , une ressource qui n’est pas à négliger; par leur moyen on donne une issue libre et continiielle à la matière purulente j on empêche son croupissement , et l’on favorise le rapprochement et le recollement des parois du sinus. Des détails plus étendus sur cet objet appartiennent à un genre de maladies dont nous parlerons dans la suite j ce sont les fistules.
Article II.
Des Abcès froids.
On donne le nom d’abcès froids à ceux qui résultent de la fonte purulente d’une tumeur dans la-|uelle les symptômes qui caractérisent rinflimmation n’ont point été mar([ués surtout au commencement de la maladie. Ces ab' cès ont leur siège dans les glandes lymphatiques , ou dans le tissu cellulaire. Il ne sera
où jV g E iV li K a L.
question ici que de ceux qui occupent ce der- , nier tissu.
Les caractères extérieurs des abcès froids ont une telle ressemblance avec ceux des abcès par congestion , que souvent 011 les confond dans la pratique comme dans la théorie. Les uns et les autres sont à la vérité le produit d’une inflammation lente , obscure ; mais il y a entre eux une différence essentielle et bien remarquable J la voici : dans les abcès froids , le foyer purulent se trouve à l’endroit même où le pus s’est formé , et ne s’étend j)as au-delà des bornes de la tumeur ; tandis que dans les abcès par congestion , le pus résultant de la carie du corps d’une ou de plusieurs vertèbres , passe dans le tissu cellulaire, et va former au loin une tumeur (juelquefois très-volumineuse.
Les abcès froids dépendent toujours d’une cause interne , et lorsqu’ils ont été précédés d’une contusion ou d’une pression , on ne doit regardercetle circonstance fjue comme une cause déterminante ou accidentelle. Le vice scrofuleux leur donne presque toujours naissance. Le vice rhumatismal peut aussi produire dans le tissu cellulaire des engorgemens lymjihatiques qui sont susceptibles de se terminer par un abcès froid.
Ces abcès peuvent se former dans toutes les parties du corps, mais ils se montrent plus particulièrement dans celles où le, tissu cellulaire est abondant. On en voit rarement à la tête, souvent au cou, à la poitrine , au dos, aux. lombes, aux membres tant supérieurs qu’inférieurs. Leur siège le plus ordinaire est sous la peau. Il s’en forme cependant rjuehpiefois dans le tissu cellulaire qui unit les membranes sé-
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reuses de la poitrine et de l’abdomen aux parois de ces cavités, dans l’interstice des muscles, . et notannnent de ceux qui occupent la région postérieure de la cuisse , où j’en ai rencontré assez souvent.
Les abcès Iroids commencent par une tumeur plus ou moins volumineuse, dure, à base large, circonscrite , iminoljile , sans chaleur , sans changement de couleur à la peau , sans douleur ; 1q malade n’a éprouvé aucune douleur avant le développement de la tumeur , soit dans le lieu f[ue celle - ci occupe , soit dans un endroit éloigné. Cette dernière circonstance distingue essentiellement l’abcès froid de l’abcès pcir congestion. La tumeur s’étend peu-àpeu en largeur , elle s’amollit et s’élève ÿ mais la fluctuation ne devient manifeste qu’après avoir été quelque temps obscure et profonde. A mesure qu’elle se développe , le malade éprouve dans la tumeur une douleur sourde que la pression augmente. Jusqu’ici le mode inflammatoire a été à peine marqué j mais bientôt un certain degré de chaleur se fait sentir ; la peau inend une teinte rouge pâle, et s’amincit; la tumeur s’élève de plus en plus , la rougeur devient plus vive , la douleur et la chaleur augmentent, la peau blanchit, s’ouvre enfin, et la matière purulente s’évacue. L’ouverture est d’abord très-petite , mais elle ne tarde pas à s’agrandir; ses .bords s’amincissent, et elle dégénère en une fistule souvent très -longue à guérir, quelquefois même incurable.
Comme les qualités du pus sont en général d’autant meilleures que l’inflammation a été plus vive et sa marche plus rajude, conditions <pd ne s’observent pas dans la formation des
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ahcès froids , le pus de ces sortes d’abcès , bien dilïërent de celui des abcès plilegraoneux , est mal élaboré , peu consistant , séreux , d’un jaune verdâtre , semblable à du petit-lait trouble , qui contient encore des flocons de matière caséeuse. Il prend ordinairement une odeur fétide aussitôt qu’il est exposé au contact de l’air. Les parois du foyer, dépourvues d’inflammation , ne présentent pas des conditions aussi favorables au recollement que dans les abcès plilegmoneux. Elles sont plus ou moins épaisses , consistantes , et forment une espèce de kyste , résultatde la lenteur de l’accumulation du pus , qui a pressé peu-à-peu les lames du tissu cellulaire les unes contre les autres.
On tenterait en vain, dans la plupart des cas , de résoudre les tumeurs qui donnent naissance aux abcès froids; il y aurait peut - être même de l’inconvénient à en obtenir la résolution , parce qu’il serait à craindre que la matière morl)ifîque qui les produit ne refluât vers l’intérieur et n’allât exercer ses ravai^es sur quelques organes essentiels à la vie. Ces sortes de tumeurs doivent être considérées comme un mouvement critique et dépuratoire, ])ar lequel la nature tend à reléguer dans les parties extérieures un principe hétérogène qui affectait l’intérieur. Suivant cette idée , tous les secours de l’art doivent tendre , d’un côté , à corriger la disposition vicieuse générale qui a donné lieu à la maladie ; et de l’autre, à accélérer la maturation ou la fonte purulente de la tumeur. Gn remplit la première indication , en prescri- \ vant au malade un. régime et des médicamens ] internes , appropriés à l’espèce de vice qui a i produit l’affection locale. On satisfait à la se-
coiidc , en appliquant sur la tumeur des topi- (jues maturatifs. On la couvre ordinairement d’un emplâtre de diachylon çommé , que l’on renouvelle tous les huit ou dix jours.
Lors(|ue la tumeur* est ramollie , et que la fluctuation est bien distincte , on doit donner issue à la matière purulente , en pratiquant une ouverture convenable j mais cette ouverture ne doit être laite (jue quand la tumeur est ramollie dans toute son étendue , et son intérieur entièrement londu par la suppuration. Si on ouvrait Ja tumeur avant cette époque, le dégorgement de ses parois deviendrait très-dilïicile , et la maladie pourrait dégénérer en une fistule dont la guérison ne s’ol)tiendrait qu’avec beaucoup de peine. D’un autre côté , si l’on dilFérait trop oette ouverture , ou qu’on en confiât le soin à la nature , la peau s’amincirait excessivement avant de se percer ; son organisation s’altérerait , et le recollement en deviendrait très-difficile et peut-être même impossible.
La situation des abcès froids olJ,ige quelquefois de les ouvrir avant leur parfaite maturité ; c’est lorsqu’on a à craindre qu’ils ne s’étendent dans des endroits où la disposition des parties pourrait s’opposer au rapprochement des parois du foyer. Ainsi , par exemple , je me suis déterminé plusieurs fois à ouvrir de bonne lieure ceux de ces abcès qui avaient leur siège à la partie latérale inférieure du cou , pour les empêcher de s’étendre derrière et' dessous la clavicule , dont la disposition à l’égard de la jioitriiie , n’aurait pas permis aux j)aroi^ du foyer de l’abcès de se rapprocher et de se réunir.
On préfère communément, pour pratiquer
l'ouyerture des abcès froids , la pierre à cautère (potasse caustique) à l’instrument tranchant, dans la vue d’exciter les propriétés vitales des parois de la tumeur , d’en déterminer plus promptement le dégorgement , et de donner à l’ouverture une plus grande étendue , pour ménager au pus une libre sortie , et empêcher que la plaie ne se ferme avant que le recollemeriL ait pu se faire.
La manière de se servir de ce caustique est simple : on couvre la partie moyenne inférieure de la tumeur d’un emplâtre de diachylon gommé , percé d’une ouvertiue oblongue, dont l’étendue est proportionnée à la quantité de potasse concrète qu’on veut employer. On place sur la partie de la tumeur , que le trou de l’emplâtre laisse à découvert, un ou plusieurs morceaux de cette potasse , et on les maintient avec un peu de charpie. Un second emplâtre plus grand que le premier, couvre le tout , et si la partie le permet , l’appareil est soutenu par des compresses et un bandage peu serré.
La [)lupart des [praticiens enlèvent le caustique au bout de trois ou quatre heures , parce qu’alors il a désorganisé la peau dans toute son épaisseur. Mais lorsqu’on n’a employé que la quantité de potasse caustique proportionnée à l’étendue de l’escarre que l’on veut avoir, il n’y a aucun inconvénient à la laisser beaucoup plus long-temps. Je ne l’enlève ordinairement qu’au bout de vingt- quatre heures. Toutefois il ne faut pas perdre de vue que la potasse caustique
1 étend son action beaucoup au-delà de l’endroit sur lequel on l’applique, et que l’escarre qu’elle produit est communément cinq ou six fois plus I large que le morceau de ce caustique qui a été j appliqué.
A la levée de l’appareil , si le pus ne s’échappe pas de lui-même à travers l’escarre , on la fend avec le bistouri , dans la vue de faciliter l’évacuation de ce liquide. Le bistouri doit être enfoncé ])erpendiculairemeiit dans l’escarre jusqu’au foyer purulent j et lorsqu’on voit le pus sortir sur les cotés de la lame , on agrandit l’ouverture en retirant l’instrument. Cette ouverture ne doit avoir que l’eteiidue nécessaire pour permettre au pus de s’évacuer peu-à-]>eu. Si elle était trop grande , le foyer se viderait tout-à-coup , et l’air y aurait un accès trop facile. Or , l’observation apprend que l’air devient très-nuisible lorsqu’il s’introduit dans le foyer de ces sortes d’abcès. Il est des praticiens qui, pour prévenir cette introduction de l’air, attendent que le pus sorte de lui-même j dans ce cas , la tumeur se vide peu-à-peu , les parois se rapprochent à mesure que le pus s’écoule , et l’air ne peut avoir aucun accès dans le foyer. Cette méthode , très- bonne en elle-même , ne peut convenir que quand la peau qui couvre l’endroit de la tumeur sur lequel la potasse caustique a été appliquée , est très- mince -, car lorsque la peau a conservé à-peu-près son état naturel , l’action du caustique ne s’étend pas à toute l’épaisseur des parois de la tumeur , et celle-ci , lorsque l’escarre se détache , n’est pas ouverte. Il faudrait alors occasionner beaucoup de*douleur en incisant des parties couvertes de bourgeons charnus , et rendues très-sensibles par l’inflammation.
Après l’ouverture de l’abcès , les panse mens doivent être simples. Ils consistent à couvrir l’escarre avec un emplâtre d’onguent de la mère que l’on soutient par des compresses et f^^uel-
ENGÉNÉRAL. fjfj
qiies tours de bande , et qu’on renouvelle plus ou moins fréquemment suivant l’abondance de la suppuration. L’escarre se détache au bout de dix ou douze jours , le pus coule en plus ou moins grande quantité , le foyer de l’abcès se dégorge et diminue de capacité ; ses parois se recollent, et la plaie se ferme et se cicatrise. Lorsque le recollement des parois se fait trop attendre , on a recours aux injections détersives stimulantes , et à la compression expulsive , si la structure de la partie le permet.
Si l’abcès froid est très- volumineux , s’il est placé près d’un os dont on ait à craindre l’altération , i] faut user des plus grandes précautions
Four empêcher, autant qu’il est possible^ que air ne s’introduise dans le foyer, et ne frappe sa surface interne. Or la potasse caustique ne met pas toujours à l’abri de cet inconvénient , parce que l’ouverture qu’on fait , au moyen de ce caustique, est toujours trop grande pour qu’on puisse modérer à volonté l’écoulement du pus J en sorte que le foyer se vidant tout-àcoup , ses parois très - amples ne peuvent pas revenir assez vite sur ellès-mêmes pour empêcher l’accès de l’air et les accidens qui en résultent.
Pour éviter ces accidens on a imaginé d’ouvrir les grands abcès par le moyen d’un séton. Cette méthode singulièrement vantée par quelques auteurs , qui l’ont également proposée pour toutes les espèces d’abcès , me paraît moins avantageuse que la suivante.
Elle consiste à vider le loyer au moyen de la ponction. Pour cet effet, on plonge obliquement, dans la partie la plus déclive de la tumeur, la lame d’un bistouri étroit qu’on en-
fonce jusque dans le foyer. Lorsqu’on a fait sor-* tir par cette ouverture la c|uantité de pus qu’on juge convenable , on en rapproche les bords, et on les maintient reunis au moyen d’un emplâtre agglutuiatif. Cinq , six ou huit jours après , mais toujours avant que la tumeur ait repris le volume cju’elle avait avant la première ponction , 011 eu fait une seconde de la même manière et avec les mêines ]3récau tiens. On reitère ainsi la ponction jusqu’à ce (pi’on ait oi)tenu le recollement des |>arois du foyer. Quehjuefois les bords de l’ouverture faite ]>ar une des ponctions se séparent , s’enflamment un peu, et l’ouverture reste fistuleuse j* mais cette fistule ne tarde j.)as à se tarir , si l’aljcès est simple et sans carie des os voisins. Je me suis servi quelquefois , pour faire cette ponction , d’une aiguille à cataracte ; mais j’ai remar([ué cjue l’ouverture faite avec cet instrument était ordinairement trop petite pour n’être pas bouchée j>ar les moindres flocons albumineux qui nagent dans la matière ]mrulente. Le nombre des ])onctions ([u’on est obligé de faire est indétermîné , et varie suivant le volume de l’abcès et la quantité de pus qu’on évacue chatpie fois : j’en al fait jusqu’à six pour des abcès très-volumineux dont la terminaison a été heureuse. Les avantages de cette méthode sont évidens : par son moyen on modère à volonté l’écoulement de la matière purulente ; on donne aux parois de l’abcès le temps de revenir sur elles-mêmes , et on prévient ainsi l’accès de l’air, dont riiu[)ression , comme nous l’avons dit, est toujours très -fâcheuse. Cette méthode convient sur tout lorstju’on a des doutes sur les caractères de l’abcès froid , qui peut si facile-
ment être pris pour un abcès par congestion. Dans ces cas douteux , elle a le double avantage de procurer la guérison de la nuüadie , si elle peut avoir lieu , et de retarder les progrès du mal et la mort du malade , si cette iuclieuse terminaison ne peut être évitée.
Je pourrais emprunter de difFérens auteurs un grand nomijre d’observations (|ui prouvent les bons efïéts du procédé que je viens de décrire. Je pourrais aussi en rapporter plusieurs qui me sont propres ; mais je me bornerai aux deux suivantes , qui m’ont paru Fort remarquables.
Observation. M. Barot , âgé de i8 ans, d’une complexion assez robuste, vint à Paris en 1798 , pour étudier la médecine. Au mois de février de l’année suivante, il ressentit des douleurs qui se portaient alternativement sur différentes articulations du corps , particulièrement sur celles de la hanche et du, genou. Elles ne Furent pas très-vives d’abord ^ mais au mois de mai , elles étaient si fortes , qu’elles empêchaient le malade de marcher. Les digestions étaient troublées et la perte de l’appétit presque complète. 11 prit un vomitif’, et , quelques jours après , une potion purgative qui produisirent le meilleur effet j les douleurs disparurent , mais revinrent deux mois après. Elles se j)ortaient alors alternativement sur les régions du dos , des lombes et de la Fesse. Fortement occupé de ses études, M. Barot abandonna sa gjiérison aux soins de la nature. Les douleurs continuèrent , avec des variations dans leur intensité , jusqu’au mois de janvier 1800 , époque à laquelle elles diminuèrent beaucoup et
î^o DES ABCÈS
se fixèrent sur la région de l’aine gauche. Elles ne se faisaient sentir (jue lorsque le malade se levait, apres avoir resté long- temps assis, et n’étüient c[ue Jiiomcntanées. Le 5 mars il sentit dans l’aine , en portant sa main à sa poclie , une tumeur de la mosseurd’un œuf de perdrix, et la prit d’al)ord ])our une hernie. Mais en reiléchissant qu’il n’avait pas fait d’effort, et (|u’il avait ressenti des douleurs aux lombes et au dos , il abandonna cette première idée , et la tumeur lui présentant d’un autre côté une fluctuation maiiiléste , il crut bientôt avoir acquis la certitude de l’existence d’un abcès par^ conaestion , venant d’une carie de la colonne vertébrale. M. Barot n’ignorait pas que cette affection est au-dessus des ressources de l’art, qu’elle est constamment et rapidement funeste. Voyant que sa maladie faisait des progrès , il ' consulta plusieurs personnes , et d’après leur avis il entra à l’hôpital de la Charité. Le jour quLSuivit son entrée , il fut tourmenté, duiaiit toute la journée , par des vomissemens qui lui donnèrent à peine un moment de relâche. Ün ordonna un vomitif qui produisit l’effet désiré. Son régime se composait d’une petite quantité d’aliinens. Sa boisson était une décoction de plantes amères. Il prenait aussi de l’eau de riz , parce qu’il avait le dévoiement. Quelques douleurs se manifestèrent aux lombes, et la tumeur éprouva une légère au52,mentatioii de volume.
Le 20 mai , trentième jour de son entree a l’hôpital , la tumeur était de la grosseur d’un œuf de poule d’inde , et toujours indolente ; la pression la faisait disparaître et le li(paide qu’elle contenait semblait se penlre entre les muscles qui forment les parois antérieure et latérale de
engénéral. 8i
ra1)clônien. Je résolus d’ouvrir cette tumeur ; mais comme son caractère était équivoque , je crus devoir prendre les précautions convenables pour empêcher l’entrée de l’air dans le foyer de l’abcès. M. Barot étant couché sur le dos , j’enfonçai dans la partie moyenne de la tmiieur une aiguille à cataracte. Aussitôt que l’iiistrumeiit fut retiré.'j’appliquaiune ventouse que je ne relevai qu’au bout d’une minute j deux autres ventouses furent successivement a])plicpiées , mais la troisième ne produisit aucun eftét. Par ce moyen j’obtins environ quatre onces d’un pus inodore, présentant la consistance et la cmdeur du petit-lait épaissi et trouble J je couvris ensuite l’ouverture d’un emplâtre de diachylon gommé , que je soutins par des compresses et un bandage de corps. Après l’opération , le malade voulant se mettre sur son séant , sentit couler une petite quantité de li([uide par la petite ouverture. Vers le soir il eut quelques ifissons : des douleurs et une légère chaleur se firent sentir dans les parois de l’abcès, dont l’ouverture était fermée le lendemain. La chaleur et la douleur augmentèrent jusqu’au quatrième jour de la ponction , époque où eiles commencèrent à diminuer. Ces symptômes d’une légère inflammation , bornée à la partie antérieure de l’abcès , furent combattus jiar la diète , les boissons délayantes et l’application des cataplasmes émolliens : ils étaient entièrement dissipés le onzième jour. Les jours suivans n’offrirefit rien de remarquable : le dévoiement disparaissait et revenait de temps à autre. Le malade était sans fièvre et digérait facilement j les parois de l’abcès étaient devenues très-épaisses j la collection purulente
Sq. DESABCiS
avait même avie,menté , de manière que je me déterminai à l'aire iine autre ouverture , cinquante-sejit jours après la première. Je suivis le même procédé , excejué (|ue rinstrumeiit dont je me servis était plus étroit. La quantité de pus obtenue lut peu considérable. Cette seconde ponction ne lut suivie ni de douleurs ni d’inflammation. La tumeur conserva à-peu-près son même volume , ce qui me Taisait croire que rouvertnre n’avait pas été assez grande pour donner issue au pus j mais une troisième j)onction , qui Tut pratiquée dix-huit jours après la seconde , prouva que le volume de la tumeur tenait plus à l’épaississement des parois de l’abcès , f[u’à la quantité de })us qu’il contenait j ce licpiide était devenu épais et visqueux. Après la troisième ponction , la tumeur diminua de jour en jour j un sillon (jui se portait de droite à gauche la partageait en deux petites duretés qui annonçaient le recollement de ses parois. Le malade se trouva parlàitement bien le premier mois qui suivit la troisième ponction. De nouvelles doideurs se firent ensuite sentir dans les lombes , et firent craindre la récidive de la maladie. Cependant un vésicatoire appliqué sur la ])artie latérale gauche de la colonne vertébrale les lit disparaître , et M. Barot sortit de i’hô])ital le 4 avril 1801 , parTaitement guéri.
Deux ans après il revint à riiô])ital pour y être traité d’une hydropisie ascite , à laquelle il succomba. L’ouverture de son corps ne laissa apercevoir d’autres traces de l’abcès , qu’une lione blanchâtre, longitudinale , dans le tissu cellulaire de la jtarlie inlérieure de la région iliaque. Cette ligne correspondait au siège du Toyer purulent , dont les jtarois , Tonnées par le
« N général* n.-J
tissu cellulaire rapproché et condensé, s’étaient converties de nouveau en une substance cellulaire , lors([ue la jiression ([ui leur avait domié naissance n’eut plus lieu.
II me Ojis, ***, âgée de 19 ans , d’une
bonne constitution , née de parens sains , ettrès-saine elle-même , éprouva , vers le milieu de Fannée i8o3 , un douleur rhumatismale dans la cuisse gauche. Elle attribua cette douleur au froid dont elle fut saisie , après s’être écliautfée à la danse, dans un lieu découvert. Après avoir persisté pendant plusieurs mois ^ la douleur disparut , et revint ensuite dans le courant de l’hiver J mais alors elle se fixa à la région lombaire gauche , qu’elle n’abandonna pas , jusqu’au commencement de l’été suivant. A cette époque , il se manifesta , dans la même région lombaire , une tumeur qui augmenta insensiblement jusqu’au mois d’octobre , où je fus appelé pour donner des soins à la malade. La tumeur avait alors au moins cinq pouces de diamètre; elle était indolente, sans chaleur, sans changement de couleur, et présentait une fluctuation sensible. Sa situation , et les douleurs ([ui l’avaient précédée , me faisaient craindre la carie des vertèbres des lombes ; je portai un pronostic fâcheux , et je témoignai aux parens de la malade , le désir que j’avais de m’aider des lumières de quelqu’un de mes confrères. Un des praticiens les plus distingués de Paris fut appelé en consultation. Son avis , sur le caractère et la gravité de la maladie, fut en tout conforme au mien; mais nos seutimeijs furent partagés sur le traitement. Il voulait 'qu’on ouvrît la tumeur avec la potasse caus-
tique , et qu’on attendît , ])Our faire cette ouverture , que la ]>eau f at amincie et prête à se déchirer. Je pensai , au contraire , ([u’il fallait l’cuvrir en faisant une ponction avec un bistouri à lame étroite , et pratiquer cette ouverture sur-le-champ. Satisfait des raisons sur lesquelles je fondais mon opinion , et que je déduirai en ]')arlant des abcès par congestion , mon confrère se rendit à mon avis , et je procédai à l’opération , en sa présence , de la manière suivante. La malade étant couchée sur le côté droit , j’enfonçai obliquement de bas en haut 5 dans la ])artio moyenne un peu inférieure delà tumeur, un bistouri très-étroit , que je retirai dès que je vis le pus sortir sur les cotés de la lame. Ce liquide était séreux , d’une couleur jaunâtre j lorsque j’en eus tiré environ six onces , je siisjtendis son cours, en tirant la peau transversalement , pour rapprocher les deux lèvres de la petite incision , sxir laquelle fut ap- ])liqué un em|)lâlre de diachylon gommé. Huit jours après je pratiquai une seconde ponction (jui donna issue à une quantité de ])us jtresque égale à celle qui était sortie par la ])remière opération. Dans l’esjxace d’un mois et denii , trois autres ponctions furent successivement ])rati(juées j mais à chaque fois, la quantité de ])us était moindre, et j’étais obligé d’enfoncer le Îîlstouri ])lus ]Uofondément , pour arriver au • foA’cr de l’abcès. La dernière piq ûre se rouvrit au bout de ciiH[ ou six jours , et dégénéra en une fistule , qid ne fut entièremetit tarie et cicatrisée (lu’au Ijüut d’un mois. Après la troisième ponction , en touchant la partie antélieure latérale gauche de l’abdomen , je sentis une tumeur indolente, peu volumineuse , que
Je crus formée par le rapprochement des parois de l’abcès. Cette tumeur s’est dissipée peuà-peu. *** s’est trouvée entièrement
guérie , et a joui depuis d’une très - bonne santé.
Dans le traitement des abcès froids , les secours de fart ne se bornent pas à l’ouverture de la tumeur , et aux moyens externes (jue les circonstances locales peuvent exiger. Comme ces abcès dépendent toujours d’une cause interne , il faut prescrire au malade un régime et des médicamens internes, appropriés à l’espèce de vice qui a produit la maladie. L’établissement d’un exutoire est souvent nécessaire aussi,
I^our empêcher que la cause qui a donné lieu à ’abcès , et qu’il n’est pas toujours possible de détruire , ne se porte sur quelque organe essentiel , et ne détermine des accidens funestes.
Article III.
Des Abcès par congestion.
La dénomination d’abcès par congestion a été donnée , par les auteurs , à des tumeurs purulentes de nature très-dilférente. Ainsi on s’en est servi pour désigner les abcès qui sont le produit d’une inllammation lente , mais qui se manifestent dans l’endroit où le pus s’est formé ; et ceux dont la source [)rimitive est plus ou moins éloignée du lieu où se fait la collection purulente. On a même quelquefois appelé de ce nom , certaines tumeurs qui ne contiennent pas de pus , comme les loupes, etc.
Pour éviter toute équivoque dans les mots
comme dans les choses, nous bornons la dénomination d’abcès })ar congestion , à ceux dont le pus , causé par la carie du corps des vertèbres , ou tl’une grande articulation , comme celle du fémur avec le bassin , fuse dans le tissu cellulaire , va se réunir en un loyer, et produire une tumeur dans un endroit plus ou moins éloigné de celui où il s’est formé. Il ne sera question ici que des abcès par congestion , qui dépendent de la carie des vertèbres. Nous parlerons de ceux qui accompagnent la carie des grandes articulations, en tmitant des maladies des os.
Les abcès par congestion reconnaissent constamment pour cause , la carie du corps d’une ou de plusieurs vertèbres dorsales ou lombaires , rarement des cervicales. Cette carie elle-même dépend souvent d’une cause morbifique interne , comme le vice scrofuleux , le vice rhumatismal , ou autre , qui se fixe sur la colonne vertébrale , ]moduit l’engorgement de ses ligamens , celui du tissu spongieux du corps des vertèbres, et par suite son ulcération. Mais la carie de la colonne vertébrale , les abcès par congestion , dépendent aussi très - fféc^uemnient de l’haljitude de la masturbation, surtout chez les garçons , lorsqu’elle est portée très-loin .
Cependant toutes les caries de la colonne vertébrale ne sont pas accompagnées d’abcès par congestion. L’ouverture d’un grand noml)re de corps de personnes mortes de cette maladie , m’a fourni l’occasion de remarquer que , qiiand la carie est superficielle , elle est suivie d’im abcès par congestion , et que , lorsqu’elle attaque profondément le corps des vertèbres ,
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dont elle convertit alors la suljstance en une espèce de putrilage , elle donne lieu à la courbure de l’épine , et constitue l’afléction qu’on appelle mal vertébral de Pott , maladie dont nous parlerons par la suite.
Quelles que soient les causes des abcès par congestion, le malade éprouve, long- temps avant la manifestation de l’abcès, au voisinage des os dont la carie a donné lieu à la formation du pus , une douleur sourde , obscure , mais continue , qu’il regarde ordinairement comme rhumatismale. Cette douleur n’est souvent suivie d’aucune altération dans la santé du malade j quelquefois cependant son teint devient pâle et jaunâtre j mais les fonctions continuent à s’exercer comme dans l’état de bonne santé. A mesure que le pus se forme , la douleur diminue, et au bout d’un temps plus ou moins long , il se manifeste une tumeur dans un endroit quelconque , plus ou moins éloigné de la colonne vertébrale , par exemple , au dos , aux lombes , dans quelque point de la région abdominale , à la marge de l’anus , mais le plus souvent à l’ainê. Le tissu cellulaire , qui s’étend de cette région à la colonne vertébrale, lâche et abondant, n’oppose (^u’une faible résistance au pus. Celui-ci, poussé par l’action du diaphragme et des muscles abdominaux, fuse le long du psoas et des vaisseaux iliaques , et va se creuser un foyer à la partie antérieure su])érieure de la cuisse , derrière l'ajjonévrose fascla-lata.
I^a tumeur se forme et augmente peu-à-peu ou elle paraît tout-à-coup avec un volume assez considérable. Elle est indolente , ne change ni la couleur ni la chaleur de la peau. Elle est molle ou dure , suivant qu’elle est placée iui-
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médiatement sous la peau ou sous une aponévrose épaisse j plus molle , moins tendue quand le malade est dans la position horizontale que lorsqu’il est dehoTit. Cette tumeur présente dans toute son étendue une fluctuation ]>lus ou moins distincte , suivant (pie le foyer est situé superficiellement ou profondément. Lorsqu’on la comprime , elle se déplace et soulève quelqu’une des parties environnantes.
Les abcès par congestion ne doivent pas être confondus avec les abcès d’une autre espèce , qui , situés profondément sous des muscles épais ou des aponévroses , n’ont point été ouverts assez tôt , et se sont étendus au loin dans les endroits où le pus a trouvé moins de résistance. On évitera aisément cette méprise , si l’on a égard à la situation de l’abcès , aux circonstances qui l’ont précédé , et à la manière dont il s’est formé. Ainsi on distinguera un abcès ]iar congestion d’un abcès froid , si l’on fait attention que dans celui-ci le malade n’a éprouvé aucune douleur avant le développement de la tumeur , et que celle qu’il ressent dans les progrès de la maladie, a toujours son siège dans le lieu même où se forme la collection purulente; tandis que dans l’abcès par congestion , le maade a constamment éprouvé , long-temps avant a manifestation de la tumeur , une douleur sourde dans quelque point de la colonne vertébrale, plus ou moins éloigné du siège de la tumeur, et n’en sent au contraire aucune dans cette dernière.
Rarement le siège de la douleur trom])e le praticien expérimenté sur la véritable nature de la maladie. Cependant quand la tumeur se montre dans un endroit peu éloigné de celui où
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le pus s’est formé , le diagnostic est plus difficile mais , dès que la douleur a précédé la formation de l’abcès , on est autorisé à croire que c’est un abcès par congestion.
Voici deux exemples , l’un d’un abcès froid, l’autre d’un abcès par congestion , dans lesquels la douleur m’a fait connaître la nature de la maladie.
O USE Rv JT ION. Un homme portait à la partie supérieure du dos , vers l’épaule droite , une tumeur volumineuse ♦ sans changement de couleur à la peau , et dans laquelle la fluctuation était évidente. Le malade n’avait pas éprouvé de douleurs avant la manifestation de la maladie , ni dans son commencement. Depuis peu de temps seulement , la tumeur était devenue un peu douloureuse. Quelques personnes craignaient la carie des vertèbres dorsales ou cervicales j mais l’absence de la douleur avant la formation de la tumeur, me fit prononcer que c’était un abcès froid , dont l’ouverture devait être faite avec la potasse caustk[ue , à la partie la plus déclive ; j’appliquai ce caustique , et le lendemain je fendis l’escarre ; il en sortit une grande quantité de pus sereux , (|ul se tarit peu-à-peu j le malade guérit complètement : ce qui prouve , comme je l’avais annoncé , qu’il n’avait qu’un dépôt froid.
O BS. Un malade vint de Bicêtre à riiôpital de la Charité. Il portait vers l’angle inférieur de l’omoplate gauche , un abcès qui s’était formé ];>eu-à-peu , sans douleur , sans chaleur, sans changement de couleur à la peau.
DES ABCES
J’appris que long- temps avant l’apparition de la tumeur , le malade avait ressenti , à la partie supérieure du dos , une dovdeur sourde qu’il avait rapportée à des fraîcheurs. Ce caractère me lit reconnaître un dé])ôt par congestion. J’en fis l’ouverture ; la plaie dégénéra en une fistule j le pus qui était séreux , prit une odeur fétide , la lièvre survint , les forces s’épuisèrent , et le malade mourut dans le marasme , au bout de dix mois. A l’ouverture du corps , je trouvai un sinus lisluleux (|ui pénétrait dans la poitrine en passant au-dessous de la sixième cote , et montait delà entre la plèvre et les côtes, jusqu’aux trois premières vertèbres dorsales dont le corps était carié.
Il serait inutile de rapporter d’autres exemples , pour prouver que la douleur dorsale ou lombaire qui a précédé la formation des abcès par congestion , est un signe presque caractéristi(|ue de la maladie. On ne confondra pas cette douleur avec le lumbago , en sachant que celui-ci est une douleur non-continue qui a son siège dans les muscles des lombes , par conséquent moins profondément que la douleur dont il est ici question. Ensuite la pression exercée avec les doigts sur la région lombaire n’augmente nullement la douleur causée par la carie , tandis (ju’elle rend ijcaucoup plus vive celle du lumbago.
Une fois formés , les abcès par congestion augmentent successivement de volume , le pus continuant d’être fourni par les parties dont l’altération a produit la maladie. Iæ tumeur,, en s’agrandissant , amincit la peau , et si elle est située sous une aponévrose , elle la soulève
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et en écarte les libres ; elle s’élève en pointe j la peau s’amincit de plus en plus , et s’ouvre spontanément , ou bien l’art prévient l’opération de la nature. Dans l’un et l’autre cas , il sort de la plaie une quantité de pus beaucoup plus considérable que ne semble le comporter l’étendue de la tumeur, parce que ce liquide vient de loin , et qu’il est en y^artie contenu dans des sinus qui le fournissent au foyer princi|3al. Il est mal élaboré , peu consistant , grisâtre ou jaunâtre, inodore et contient des flocons albuminenx. La santé du malade , qui avant l’ouverture de l’abcès n’avait pas été sensiblement altérée , se dérange ensuite au bout d’un temps ydus ou moins long. Le pus acquiert une odeur fétide et des qualités irritantes qui déterminent l’inflammation des bords de l’ouverture y>ar laquelle il s’écoule. Il est résorbé par les vaisseaux lymyjhatiques , et va troubler toutes les fonctions de l’économie animale. La maigreur et la fièvre hectique surviennent J bientôt le dévoiement colliquatîf les accomy^agne , la fièvre hectique et la consomption font des progrès , et le malade finit par succomber dans le marasme le plus affreux. On trouve constamment , à l’ouverture du cadavre , le corps d’une ou de plusieurs vertèbres carié , et quelquefois l’extrémité yîostérieure d’une ou de y3lusieurs cotes.
Quand l’ouverture de la tumeur est trèspetite , que le trajet fistuleux est étroit et tortueux, que l’air y entre difficilement, que la carie a peu d’étendue , les progrès de la maladie sont lents , et les malades peuvent vivre encore un temy^s assez long , y^ar exemple , un an et même plus. Mais lorsque l’ouverture do:
l’abcès est grande , que le sinus qui conduit de cette ouverture aux vertèbres cariées est large, court et direct, que la carie occupe une grande étendue , la marche de la maladie est beaucoup plus rapide , et les malades périssent promptement.
On conçoit , d’après ce qui précède , que le pronostic des abcès par congestion est toujours lacheux. En elïét , rien ne ])Ouvant remedier à la carie qui les produit, ni par conséquent tarir la source du j>us , la perte du malade est inévitable.
Les abcès par congestion ayant constamment une terminaison lâcheuse , il faut tâcher de les prévenir. Lors donc ([u’on est apjtelé pour donner des soins à un malade qui éprouve ujie douleur sourde , continue , dans la région dorsale ou lombaire , il ne l’aut rien négliger pour en découvrir la cause. Si , parles questions que l’on lait au malade , on apprend que cette douleur est due à la masturbation , il faut le détourner de cette ])ernicieuse hal)itude , en lui laisant connaître le danger qui le menace. S’il y a lieu <\e croire que la douleur dépend d’un principe morbifKpte fixé sur la colonne vertébrale , ses cartilages ou ses ligamens , on peut appliquer sur la région douloureuse un vésicatoire ou un moxa. 11 est vrai que ces moyens, lorsque la maladie existe dejmis {[uelque temps, sont souvent inutiles j mais il n’y a pas d’inconvénient d’y recourir et mênie de les réitérer tant que la tumeur n’est pas ajtparente. On administre eîi même temps, à l’intérieur , le suc des plantes amères , les antiscorbutiques , les sudorilicpies , etc.
Lorsque l’abcès est formé , tous les exutoires
sont inutiles et ne servent qu’à tourmenter le malade. Il faut alors diriger ses vues vers les moyens propres à éloigner le terme de la vie Or, il est d’observation , que le déjjérissement du malade et tous les accidens qui suivent l’ouverture du dépôt , dépendent de l’impression de l’air atmosphérique , soit que ce fluide agisse sur les parois du foyer et en modifie tellement l’action vitale qu’elles produisent un pus de mauvaise nature , soit qu’il porte son action sur le pus lui-meme, après sa formation , et en altère directement les qualités. C’est d’après cette observation de l’effét nuisible de l’air sur les abcès par congestion ouverts , que tous les praticiens ont unanimement conseillé de différer l’ouverture de ces abcès , autant qu’il est possible. J’ai moi -même professé et enseigné cette doctrine , sans restriction , jusqu’à ces derniers temj)S j mais de nouvelles observations et les réflexions qii’elles m’ont suggérées , m’ont fait changer d’opinion et m’ont engagé à réformer ma pratique à cet égard. Aujourd’hui je n’hésite pas à ouvrir les abcès par congestion dès qu’ils se montrent à l’extérieur, et que la fluctuation y est sensible. Voici les raisons de cette conduite : dans ces sortes d’abcès, le danger vient de l’étendue de la carie et de la grandeur du foyer purulent. Au commencement de la maladie, la carie a peu diétendue , mais elle augmente peu-à-peu à mesure que l’on s’éloigne du moment où le mal s’est montré j en sorte que, quand la maladie est ancienne, on trouve à l’ouverture du corps , les vertèbres cariées dans une large surface. JÜe même l’étendue du foyer est d’aljord peu considérable , et la quantité de pus qu’il contient médiocre, j
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mais la quantité de ce litjuide augmente de jour en jour , ainsi que la grandeur du foyer qui le reiilénne. Kn considérant les abcès par congestion sous ce douljle ni])port de l’etendue de la carie et de la grandeur du foyer ]:>urulent, on voit clairement qu’ils doivent être d’autant plus graves et plus dangereux , cju’ils sont plus anciens et plus volumineux : car d’un côté , on peut d’autant moins es])érer la guérison de la carie , qu’elle a lait des progrès ]dus considérables ; et de l’autre , l’étendue du foyer rend le rapprochement de ses parois plus difficile , la suppuration plus abondante , et donne à l’air un accès plus facile et plus grand.
C’est donc pour prévenir l’augmentation du foyer et les progrès de la carie , que j’ouvre de bonne heure les abcès par congestion. Mais avant de faire cette ouverture , on doit ])révenir les pareils du malade de la gravité de la maladie , et des suites funestes qu’elle peut avoir. En la pratiquant , on doit prendre toutes les précautions possibles pour empêcher que l’air atmosphérir|ue ne porte son impression dangereuse sur les parois du foyer , et sur le pus qui y croupit toujours en plus ou moins grande quantité. La potasse caustique dont on se sert communément ])our ouvrir ces sortes d’abcès , a llinconvéaient de faire une ouverture avec perte de sulistance, qu’on ne peut pas fermer a volonté pour modérer et graduer la sortie du pus 5 en sorte (pie les parois ne pouvant revenir assez vite sur elles-mêmes , l’air prend la place de ce liquide, et exerce son influence perni- ■cieuse sur les parties malades. Le séton , tant yanté par quehjues auteurs , serait préférable à fa potasse caustique j mais il a l’inconvénient
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ide faire des ouvertures trop grandes , et qui s’agrandissent encore par l’inflammation et la suppuration de leurs bords. La ponction , pratiquée comme nous l’avons indiqué en parlant des abcès froids , est sans contredit la meilleure méthode qu’on puisse employer pour l’ouverture des abcès par congestion. Mais comme l’accès de l’air est encore plus nuisible ici que dans aucune autre espèce d’abcès , on doit faire cette ponction avec un bistouri très - étroit ; plonger cet instrument très obliquement , en tendant fortement la peau , afin de pouvoir suspendre plus aisément le cours du pus quand on viendra à lâcher la peau, l’ouverture de celle-ci se trouvant alors éloignée de celle du sac purulent j enfin , ne tirer qu’une quantité médiocre de pus à chaque ponction , pour favoriser le retour des parois de l’abcès sur ellesmêmes , et la diminution graduelle de son foyer. Cette méthode n’empêche pas la mort des malades, mais elle sert du moins à éloigner cette fatale terminaison. Le reste du traitement local se borne à des soins de propreté. On couvre l’ouverture avec un emplâtre de diachylon gommé , et si elle dégénère en une fistule , comme cela a lieu quelquefois , on renouvelle souvent l’appareil , sur-tout si la suppuration est abondante. Si les environs de la fistule s’enflamment , on y applique un linge couvert de cérat. On adniinistre intérieurement les boissons amères , et sur-tout le quinquina , pour prévenir, ou au moins pour retarder, autant que possible, les elîéts de la résorption du pus.
Nous terminerons ce (pà a rapport aux abcès par congestion, par quelques observations sur cette cruelle .maladie.
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Ije Observa T ION. M. Seguin , natif de Paris, âgé de 18 ans, d’une constitution faible, fut attaqué, pendant l’été de 1799? à la suite d’un dévoiement qui dura trois mois , de douleurs sourdes et constantes , cjui occupèrent alternativement les articulations des extrémités inferieures et la région lombaire. Ces douleurs devinrent graduellement plus intenses , surtout aux lombes où elles se fixèrent exclusivement au bout de huit mois. Des bains furent employés inutilement i-jour les calmer. Il sa manifesta ensuite , à la partie inférieure latérale droite du bas-ventre , une tumeur peu volumineuse , sans douleur et sans changement de couleur à la peau. Cette tumeur augmenta peu-à-peu de volume , et à mesure (ju’elle fit des progrès , les douleurs lombaires diminuèrent , mais ne cessèrent pas , et il s’en s’en fît sentir d’autres dans l’articulation du fémur gauche avec le bassin. Le malade entra à l’hôpital de la Charité le 29 Juillet 1800, environ un an après l’invasion des premières douleurs, et trois à quatre mois après la formation de la tumeur. Celle ci était alors de forme ovoïde, circonscrite, molle, cédant facilement à la pression, élevée en pointe dans son centre où la peau était très-araincie. Les douleurs de l’articulation iléo -lémorale gauche étaient trèsvives, augmentaient par la station, et surtout par la ])rogression. Le malade avait le teint pâle , jaunâtre , de la faiblesse et point de fièvre. Je reconnus facilement la nature de l'abcès, et le 5 août, la jieau étant considérablement amincie dans une grande étendue , je plongeai dans la partie inferieure de la tumeur, la pointe d’un bistouri à lame étroite.
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Il sortit par l’ouverture , qui avait deux ou trois lignes d’étendue , une très- grande quantité de pus blanchâtre , ténu et sans ocleur. Je la couvris d’un emplâtre de diacliylon gommé. Le lendemain elle était cicatrisée , et la tumeur avait un volume aussi considérable qu’avant la ponction. Une nouvelle ponction lut pratiquée, et le pus qui sortit avait déjà acquis une mauvaise odeur. Le soir même il survint de la lièvre avec augmentation considérable de chaleur à la peau , soif vive , céphalalgie insupportable et léger dévoiement. Les douleurs lombaires persistèrent. Les jours suivans , continuation de la lièvre. La seconde ouverture resta iistuleuse , et il continua d’en sortir une grande quantité de pus de mauvaise nature. On y lit des injections avec une décoction de quinquina. Le malade fut mis à l’usage de la décoction blanche , de l’extrait de quinquina et du diascordium. La lièvre et le dévoiement cessèrent le 2,2 , mais ce ne fut que pour quelques jours j et dans le courant du mois de septembre , le malade maigrit considérablement , devint très-laible , et prit du dégoût pour les alimens. Dans le mois d’octobre, augmentation de la lièvre, redoublemens vers le soir par intervalles , Irissons irréguliers , continuation des douleurs lombaires , dévoiement colliquatif , peau très-aride , épuisement général des forces , marasme. Les bords de l’ouverture Iistuleuse étaient devenus très -douloureux \ les injections furent supprimées. Le 24? assoupissement profond, délire , langue sèche , suppuration moins abondante et pluslëtide. Les jours suivans , alternatives de délire , de calme et d’assoupissement 3 augmentation du dévoiement colliquatif,
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marasme complet. Le 2 novembre , météorisme du bas-veiitre, respiration laborieuse et avec râle , coma profond; le malade mourut à midi. A l’examen du cadavre, on trouva le corps des trois dernières vertèbres lombaires , leurs cartilages et la partie antérieure latérale droite du sacrum , totalement désorganisés par la carie; les muscles psoas et iliaque formant une espèce de poche , qui était remplie de matière purulente. Cette poche communiquait avec l’ouverture fistuleuse et avec les parties cariées. Les articulations iléo-féinorales étaient dans leur intégrité; les reins volumineux , les uretères et les bassinets distendus.
O BS. Jean Buttels , tailleur , âgé de 3o ans , d’une assez bonne constitution , et n’ayant eu en sa vie , d’autres maladies notables que quelques affections vénériennes dont il avait été bien guéri , commença à éprouver, vers le mois de juin 1801, des douleurs vagues et sourdes dans la colonne vertébrale ; bientôt ces douleurs se fixèi’ent spécialement dans la partie latérale droite de la région lombaire. D’abord légères , elles n’empêchèrent pas le malade de travailler ; mais elles augmentèrent progressivement d’intensité , et devinrent si vives au bout de sept mois , sur-tout dans la position verticale et dans la progression , qu’il îut forcé de s’aliter ; cependant, comme il les attribuait à des fraîcheurs , et qu’il croyait qu’elles se dissiperaient d’elles-mêmes , il ne consulta personne. Au bout de trois à quatre semaines , pendant lesquelles il garda le lit , elles d iminuèrent un peu et lui permirent de se lever. Mais vers le milieu de février 1802 , c’est-à-dire , huit
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mois après l’invasion do ces douleurs , il se forma à l’aine droite une petite tumeur c^ui •augmenta par degrés , sans occasionner aucune douleur, et sans changer la couleur delà peau, Prenant celte tumeur pour un bu l)ôn Vénérien , il entra à l’iiôpital destiné à ces sortes de maladies , où l’on reconnut que le malade s’était trompé. Il en sortit sans subir aucun traitement. Mais voyant cpie sa santé s’altérait sensiblement , il se lit transporter , le 6 mai , à riiôpital de la Charité. La tumeur était alors de la grosseur d’un œuf de poule , indolente , n’avait pas cliangé la couleur de la peau, et présentait de la fluctuation. Le malade fut assujetti à un régime convenable. Au bout de îiuit jours , la tumeur s’étant sensiblement élevée en pointe , et menaçant d’une rupture prochaine , je l’ouvris avec les précautions que j’ai indiquées ci-dessus j il sortit par la petite incision , une grande quantité de pus séreux , inodore, dans lequel flottaient beaucoup de petits flocons blanchâtres. Je plaçai sur l’ouverture un peu de charpie que je maintins par des compresses. L’ouverture ne se ferma pas : les jours suivans , un emplâtre d’onguent de la mère fut suljstitué à la charpie. Le pus contracta une odeur fétide , et continua de sortir en grande quantité. Les douleurs lombaires se ^^almèrent ; la plaie devint fistuleuse, prit une forme ronde et acquit bientôt la largeur d’une pièce de i5 sous ; elle laissait voir en haut le commencement du trajet fistuleux , et en bas , à la partie supérieure externe de la cuisse , un clapier où la matière purulente s’accumulait , et d’où elle ne sortait que |>ar la pression qu’onexerçait chaque jour dessus.
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La faiblesse du malade lut en augmentant, et les traits de son visage s’altérèrent pen-apeu , jusqu’au 21 juin (pie la lièvre survint 5 dès-lors la sujjpuration lut moins abondante , et au bout de (|uel([ues jours le malade lut tourmenté d’une toux sèche, qu’accompagna bientôt l’expectoration d’une matière jaunâtre et purilbrme. La lièvre lente , les sueurs , le dévoiement et les synq)t(')mes pectoraux qui continuèrent jusqu’au niiiieu du mois de juillet , épuisèrent tellement les forces du malade , qti’il ne pouvait ]>lus , ]X)ur ainsi dire , exécuter aucun mouvement (lu tronc. Vers la lin du mois, le dévoiement diminua et la suppuration augmenta un peu. Les yeux devinrent caves et troubles, le teint olivâtre , la peau sèche et rude. La pins petite rpaanlité d’alimens oppressait le malade et excitait la toux. Sa voix s’éteignit , son pouls devint d’une fail3lesse et d’une lenteur extrêmes. Enliii , parvenu au marasme le plus affreux , il expira le 12 août. A l’examen anatomupie de son corps , on vit que l’ouverture listuleuse se rendait danTs une poche située à la partie inférieure , antérieure et latérale droite do l’abdomen , et formée dans le tissu cellulaire du péritoine , (|ui dans cet endroit était épaissi et condensé. Cette poche communiquait avec un conduit listuleux , qui se rendait en passant au-devant des psoas , et ensuite derrière le diaphragme , jusqu’au corps des deux ou trois dernières vertèbres dorsales , dont la partie antérieure et latérale droite était cariée , ainsi cpie l’extrémité postérieure des côtes correspondantes. La carie occupait aussi les trois premières vertèbres lombaires. Le poumon gauche était en grande partie détruit par
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EN généra r.
la suppuration , et la cavité pectorale du même côté contenait une assez grande quantité de pus séreux et très-l’étide.
I II,me O S S. Au mois d’août i8o4, je fus appelé en consultation avec M. Guiilotin , docteur-régent de la Faculté de médecine de Paris, pour Louis-Jacques Peureux , âgé de 19 ans. Ce jeune homme portait à la partie supérieure et antérieure de la cuisse gauche , une tumeur volumineuse , indolente , sans chaleur , sans altération de la couleur de la peau , et dans laquelle on sentait la fluctuation d’un liquide. Cette tumeur auginentp.it et était plus tendue lorsque le malade se tenait debout ; elle diminuait et devenait plus molle lorsqu’il était couché. En questionnant Peureux, nous apprîmes qu’il avait joui d’une bonne santé jusqu’à l’âge de 12. à i3 ans, où il commença à se livrer à la masturbation , et qu’il avait tellement abusé de cette pernicieuse jouissance, qu’à l’âge de 17 ans , il était tombé dans un état de faiblesse et de langueur qui faisait craindre le marasme le plus complet. Effrayé de son état , et sur-tout de la diminution de ses facultés intellectuelles , il chercha à se corriger de sa mauvaise habitude J mais tous ses efforts ne servirent (|u’à la diminuer un peu sans la détruire entièrement. L’air de la campagne , une bonne nourriture , et par-dessus tout , une surveillance active que les parens du malade exercèrent sur lui, améliorèrent un peu son état. Cependant il continuait à ressentir dans la région lombaire une douleur accompagnée de faiblesse , douleur qui s’était manifestée depuis long-temps. Bientôt ce symptôme augmenta et força le malade
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de se tenir penché en devant. I.a tumeur de l’aine ne tarda ]>as à se montrer, augmenta peu-à-peu , sans causer aucune douleur , et arriva euhii à l’eLat dont nous avons parlé plus haut. Nous jugeâmes que cette maladie était un abcès par congestion , ([ui ferait périr le malade. Les pareils de Peureux ne pouvant lui faire administrer chez eux les secours qu’exigeait sa maladie , se décidèrent à le mettre à i’hôpital de la Charité , où il entra le i4 août. Le 17 , je ])longeai dans la tumeur la lame d’un bistouri étroit , et je tirai par cette ouverture environ six onces d’un pus séreux , jaunâtre , dans lequel nageaient des flocons albumineux; ensuite j’en rapprochai les bords , et je la couvris avec un emplâtre de diachvlon gommé. Le 10, elle fgt entièrement cicatrisée. Le 24 , je pratiquai une seconde ponction , qui donna issue à une quantité de pus à-peu-près égale à celle (jue j’avais tirée la première fois. Les bords de cette ])iqûre , réunis avec un emplâtre de diachylon gommé, furent cicatrisés deux jours après. Une troisième ponction fut prati([uée le 3o ; mais elle ne donna issue qu’à une quantité médiocre de pus, dont la sortie était empêchée par des flocons albumineux qui se présentaient à l’ouverture et la bouchaient exactement. Le 17 septembre, le malade se plaignit d’une vive douleur dans l’aine. Le 27 > ta tumeur était un ])eu affaissée , et la douleur ’ considérablement diminuée. Le 4 octobre , une des piqûres se rouvrit et laissa suinter une assez grande quantité de pus séreux. Ce liquide qui jusque-là n’avait eu aucune odeur, devint bientôt d’une fétidité insupportable. La fièvre lente survint , ainsique le dévoiement, et les forces s’épuisèrent
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de jour en jour. Le i5 novembre, le malade se plaignit d’une douleur dans la région lombaire gauche , où je découvris une tumeur avec fluctuation. La compression exercée sur cette tumeur , faisait sortir une plus grande quantité de pus par la piqûre qui s’était rouverte , et dont les bords s’étaient écartés et enflammés. Tous les accidens allèrent en augmentant j le marasme devint excessif, et Peureux succomba le i8 février i8i5.
A l’ouverture du corps , on trouva un large sinus qui s’étendait depuis la tumeur de l’aine jusqu‘’aux quatre premières vertèbres des lombes, dont le corps était carié dans une grande étendue. La tumeur, située dans la région lombaire gauche fut ouverte, il en sortit une grande quantité de matière sanieuse. Le foyer qui renfermait cette matière, communiquait avec la partie supérieure du sinus , dans l’endroit correspondant au corps des vertèbres cariées.
DE LA GANGRÈNE
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