‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource]Chapitre 11 sur 24 · C H A P I T E. E III · texte numérisé non relu

C H A P I T E. E III

De la Gangrène.

La gangrène est la mort d’une partie du corps , c’est-à-dire^ l’abolition parfaite du sentiment, du mouvement et de toute action organique dans cette partie. Cette dernière condition est absolument nécessaire à la définition de la gangrène ; car le sentiment et le mouvement peuvent être anéantis, et la vie se conserver, comme on le remarque dans la paralysie j maladie dans laquelle l’action organique des vaisseaux n’est pas éteinte.

La gangrène ne doit pas être confondue avec l’asphyxie locale ou l’état de mort apparente d’uné partie ■ elle en diffère , en ce que dans cette dernière maladie , la vie n’étant , pour ainsi dire , que suspendue , la partie affectée est susceptible d’être revivifiée. Ainsi , la gangrène est à l’asphyxie locale , ce qiie la mort est a l’asphyxie générale. Il y a des exemples d’asphyxie locale , dans lesquels la chaleur, la sensibilité , le mouvement , le battement des artères , enfin , tous les phénomènes de la vie , après avoir paru anéantis pendant plusieurs jours, se sont ranimés peu-à-peu et ont rejjris toute leur vigueur. De la Motte rapporte l’observation d’un garçon de billard , dont la main droite fut tellement asphyxiée , à la suite d’un coup de bâton reçu .sur la partie externe de l’avant-^)ras , qu’elle parut comme morte peu-

DE LA GANGRÈNE.’ lo5

dant dix jours j mais au bout de ce temps , la chaleur revint peu-à-peu , le battement des artères se fît sentir , et la main se rétablit dans son état naturel.

Lorsque l’artère principale d’un membre a été liée, on a cru quelq ucfois que ce membre était privé de la vie , parce qu’il ne présentait plus au-dessous de la ligature , ni sentiment , ni mouvement , ni pulsation des artères. Cependant il arrive souvent , qu’après avoir resté quelque temps dans cet état, il se revivifie par degrés.

. Il est d’autant plus important de bien distinguer cette asphyxie locale de l’état de gangrène , qu’on s’exposerait , sans cela , à amputer un membre susceptible d’être rappelé à la vie , ou à pratiquer d’autres opérations qui pourraient être suivies d’accidens plus ou moins graves. Or, on évitera cette fâcheuse méprise, si l’on fait attention que , dans les cas où la vie paraît éteinte dans un membre dont les propriétés vitales existent encore , l’épiderme ne se détache point comme dans la gangrène , et qu’on n’observe pas cette dissolution putride , d’où résulte l’odeur infecte , particulière à cette maladie.

Cependant la dissolution putride et la gangrène ne doivent pas être regardées comme identiques : en effet , la mortincation précède toujours la dissolution putride , ou cette espèce de fermentation qui détruit la composition organique de la partie ffajjpée de gangrène, et dégage plusieurs de ses élémens sous forme de gaz , d’une odeur fétide. Il est vrai que , dans beaucoup de gangrènes , la pourriture s’empare si promptement de la partie affectée ,

îo6 T) Ë L A G A ïs" G n i N Ë.

t[ue les symptômes de la (.lissoliition putride se manifestent presque aussitôt ([ue ceux de la mortification : mais on n’en doit pas moins distinguer ces deux états c|ui ont été confondus par plusieurs auteurs. Gilles observe très-bien et d’une manière successive , dans la gangrène qui résulte de la ligature principale d’un membre , et dans celle que produit la congélation; car dans ces deux cas, on yoit évidemment que la vie est éteinte dans la partie , quelque temps avant le développement des phénomènes de la putréfaction.

Lorsque la gangrène est bornée aux tégumens communs et au tissu cellulaire sous-cutané , on lui donne simplement le nom de gangrène. Elle prend celui de sphacéle , quand elle ])énètre profondément et qu’elle attaque les chairs , les vaisseaux et les os même ; en un mot , quand un membre est frappé de mortification dans toute son épaisseur. Mais la gangrène et la mortification ne sont réellement que deux degrés de la même maladie , et la distinction qu’en ont faite plusieurs auteurs , n’est fondée sur aucune base solide. En effet , la gangrène étant la mort absolue de la partie qu’elle affecte , on bien la vie est corn^ plètement éteinte dans cette parlie , et alors la gangrène existe ; on bien la vie n’est pas entièrement anéantie , et dans ce cas elle peut être ranimée , et la gangrène n’existe pas. En conséquence , le nom de gangrène qu’on a donné à cet état d’affaiblissement des propriétés vitales , dans lequel la partie qui en est affectée est menacée de mortification, ne lui convient pas.

Lorsque la cause de la gangrène attire dans

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îa partie affectée une cpiantité très - grande d’humeuss , i’engorgement précède la mortification , et les sucs arrêtés dans la partie malade , entrent très-promptement en dissolution putride. Alors la gangrène est appelée gangrène liumide.

Si , au contraire , la cause de la maladie empêche l’abord des sucs , ou si elle vient à saisir la partie lorsque celle-ci ne contient que la quantité d’humeurs qu’elle doit contenir naturellement: comme alors cette cause agit en coagulant les liquides , et en crispant les solides , le membre diminue de volume et se dessèche, les chairs deviennent plus coriaces et plus difficiles à couper que les chairs vives. Dans ce cas , la gangrène prend le nom de gangrène sèche. .

Lamarche, les phénomènes et les indications curatives de la gangrène , différent suivant les causes qui ont déterminé la maladie. Ces causes sont externes ou internes. Nous allons nous occuper successivement de la gangrène produite par les unes et les autres de ces causes.

Article premier.

De la Ganorène de causes externes,

lD

Les causes externes qui peuvent produire la gangrène sont : l’inflammation , la contusion , fa compression lente j la brûlure , la congélation et l’interception du cours des liquides.

S. De la Gangrène produite par Z’ u^lammation.

L’inflammation est une des causes les plus

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frécjuentes de la gangrène : elle la produit de i deux luanières l>ien dilïérentes , 4*^^, doit sur-tout considérer relativement à la metliode ctïrative de celte maladie. Tantôt la niortilicatîon résulte de l’intensiié de rengorgement inflainniatoire ; tantôt elle est due à la malignité de la cause de rinllammation , et c’est ce qui a lieu le plus communément. Mais comme cette dernière espèce de gangrène se rapporte à celle de cause interne, il ne sera (jueslion ici que de la gangrène produite par l’intensité de l’inflammation.

La vie ne subsistant que par le cours du sang des artères dans les veines , lorsque l’engorgement inllaiiimatoiro est porté au point d’intercepter entièrement le cours du liquide qui doit traverser les vaisseaux d’une partie , le mouvemet Autal y est éteint , et cette partie tombe en gangrène.

Quand la gangrène est la suite d’une inflammation superficielle , telle que l’érysipèle ou le phlegmon , elle est bornée à la peau , ou au tissu cellulaire , et il est à remarquer à cet égard, que ce dernier tissu est de toutes les parties du corps celle où la vie s’éteint avec le plus de facilité : aussi trouve-t-on très-souvent le tissu cellulaire gangrené , sans que la peau qui le recouvre ait perdu la vie , ni meme quelquefois , changé de couleur. C’est ce qui arrive , sur-tout dans les infiltrations urineuses, où l’urine exerce sur le tissu cellulaire, sans doute à cause de sa j)erméal3ilité, une impression si grande , que la gangrène s’en empare très-promptement.

Lorsque rinllammation , au lieu d’être su- 'perlicieile , occupe le tissu cellulaire inter-musculaire , et même celui qui’se trouve dans l’é-

DE DA GANCRÈJSTE.

paisseur des muscles d’un membre , comme dans les fractures comminutives , les plaies d’armes 1 feu , l’affluence des humeurs fiui en résulte

distend les aponévroses : celles-ci compriment fortement les parties qu’elles renferment et qui sont le siège de l’engorgement , et cette compression arrête le cours du sang et anéantit les forces vitales dans tout le membre. Dans ce cas , là gangrène a été attribuée , par Quesnay ,

l’étranglement

qu

’il

regarde

comme une

des causes les plus fréquentes de la maladie dont il s’agit. L’opinion de Quesnay ayant été adoptée presque généralement , il convient d’examiner si l’on peut admettre l’étranglement comme cause de gangrène , dans le sens de cet auteur.

Suivant lui , l’étranglement résulte d’une contraction exercée sur les vaisseaux et sur toutes les autres parties qui composent un membre, par l’aponévrose qui les environne , et c’est en étranglant ainsi les muscles et les vaisseaux de la cuisse , que l’aponévrose fascia lata, dans les inflammations de ce membre , peut produire la gangrène.

Mais pour que les aponévroses pussent produire la gangrène en étranglant de cette mar nière les membres qu’elles enveloppent, il faudrait qu’elles jouissent de la faculté contractile; il faudrait même que cette faculté allât jusqu’au point de resserrer fortement ces aponévroses ; encore est-il fort douteux que leur contraction pût être assez énergique pour produire la gangrène ; car on exerce souvent , sur toute la longueur d’un membre , au moyen des bandages , une compression plus forte (jue celle que pourraient exercer les aponévroses , si elles

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étaient douées de la contractilité, et la gangrène en est rarement le résultat.

Cependant les aponévroses contribuent à.

éteindre le principe vital dans les parties molles , en les comprimant ; mais cette comjmession , (pi n’est nullement due à la contractilité, ne s’exerce cjue dans certaines circonstances que je vais exposer d’une manière succincte.

Je suppose , dans une fracture compliquée du fémur, une cause irritante quelconque , jiar exemple , une escj uille enfoncée dans les parties molles où elle excite une vive irritation ; cette irritation jointe à celle que la blessure a occasionnée J et notamment à l’irritation des nerfs qui peuvent être déchirés , produit l’engorgement des muscles et du tissu cellulaire intermusculaire , en y attirant les humeurs 5 mais comme l’aponévrose fascia lata a une étendue proportionnée au volume de la cuisse , qu’elle jouit d’un ressort proportionné à la densité de son tissu , il en résulte que , se prêtant difficilement au développement des ]iarties qu’elle recouvre, elle exerce , en vertu de son ressort , une constriction (jui bride leurs vaisseaux et porte une forte atteinte à leurs propriétés vitales. C’est en déterminant ainsi rétranglement des parties sous-jacentes , que les aponévroses contribuent à produire la gangrène ; mais elles n’étranglent que comme un anneau autour d’un doigt , auquel il survient un gonflement. Ce n’est point le diamètre de l’anneau qui a diminué , mais le volume du doigt qui a augmenté.

L’étranglement que l’on regarde comme une cause fixiquente de la gangrène , li’est donc qu’une circonstance j)ariiculière de l’engorge-

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ment , déterminée par une cause irritante , qui a attiré les humeurs dans les parties situées sous l’aponévrose d’un membre , comme on le remarque souvent dans les fractures comminutives. Il est de ces fractures où le gonflement devient énorme en deux ou trois jours. Alors non-seulement les parties situées au-dessous de l’aponévrose , mais aussi le tissu cellulaire sous-cutané et les tégumens eux-mêmes sont engorgés. •

Lorsque la gangrène résulte uniquement de la violence de l’inflammation , ou des étrangfemens que cette dernière détermine, voici quels sont ses symptômes et sa marche.

L’inflammation qui était l’état primitif de la maladie , et dont tous les phénomènes , tels que la chaleur, la rougeur, la tension , etc., étaient portés à un «très-haut degré , diminue à mesure que l’engorgement devient excessif, et cela n’a guères lieu que le septième ou le huitième jour. Le jeu des artères étant empêché par le sang qui les remplit , la chaleur s’affaiblit de plus en plus et la partie devient froide } la tumeur s’affaisse j la rougeur vive de l’inflammation devient plus foncée et passe promptement du violet au noir j la sensibilité diminue et s’éteint bientôt entièrement ; la contractilité musculaire et l’élasticité s'anéantissent; les chairs deviennent compactes et un peu pâteuses ; l’épiùerme se détache et forme des phlictènes qui contiennent une sérosité noirâtre ; enfin , la partie exhale une odeur fétide et cadavéreuse , effet de la putréfaction qui s’est emparée des fluides et des parties solides. Cette odeur , sui generis , est tellement caractéristique de la mortification , que dès qu’elle frappe l’odorat

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du ChirurgierL-praticien , il est assuré qu il y a aux environs une personne afïectée de gangrèue.

Si la gangrène est superficielle , on voit un cercle inflammatoire se former autour de la partie morte j la suppuration s’établit , l’escarre devient vacillante , et ne tarde pas à se détacher entièrement.

Lorsque le mal s’étend plus profondément , que l’engorgement occupe tout un membre, il survient aussi de rinflammation autour de la pÆrtie morte j mais on a quelquefois de la peine à distinguer si la gangrène est bornée à la peau et au tissu cellulaire , ou si elle pénètre profondément dans l’épaisseur du inembre. On ne peut s’en assurer positivement qu’en incisant les parties gangrenées. Si les incisions faites à une certaine profondeur occasionnent de la douleur , et font couler du sang , on en conclut que la gangrène n’occupe pas toute l’épaisseur du membre j mais si les incisions les plus profondes ne causent aucune douleur , c’est une preuve que le membre est gangrené dans toute son épaisseur j en un mot , qu’il est sphacelé.

Le pronostic de la gangrène est toujours fâcheux, puisque la maladie entraîne la destruction d’une partie plus ou moins étendue , et plus ou moins importante 5 mais la gravité du mal varie singulièrement , suivant son siège , son étendue et la nature des parties affectées.

La gangrène , bornée à l’extérieur .d’un membre , n’intéressant que la peau et le tissu cellulaire , n’est pas une mahidie bien fâcheuse. La nature sépare l’escarre , et l’ulcère simple qui résulte de sa chûte se cicatrise promptement et

DE LA gangrène. 1i3

facilemeDt, sur-tout quand les tégumens n’ont pas été détruits dans une grande étendue. Cependant, lorsque la gangrène intéresse la peau qui recouvre les tendons , les os , les articulations ^ le pronostic est plus fâcheux. En effet , à la chute de l’escarre , les tendons ou les os sousjacens se trouvent dénudés , et ils s’exfolient presque toujours. Les articulations peuvent être intéressées , les capsules synoviales ouvertes j alors le liquide qu’elles contiennent s’écoule, l’air produit une impression nuisible sur les surfaces articulaires, et il peut en résulter des accidens très-graves.

Lorsque la gangrène pénètre dans toute l’épaisseur d’un membre , qu’il y a sphacèle , le malade doit perdre nécessairement la portion gangrenée , et tout ce qu’on peut espérer alors , c’est de lui sauver la vie.

Si la gangrène attaque un membre jusque près du tronc , elle est bien plus dangereuse encore ; car , ou elle gagne le tronc , et alors elle fait périr le malade 5 ou bien la nature pose une ligne de démarcation entre le membre sphacélé et le tronc , et la perte du membre entier est inévitable.

La gangrène qui s’empare des organes intérieurs est presque toujours mortelle. Cependant une portion d’intestin peut en être frappée sans que le malade succombe ; c’est ce qu’on observe quelquefois dans les hernies étranglées.

La gangrène présente trois Indications géné- ' raies : prévenir la maladie lorsqu’elle n’est

point encore déclarée j 2.° en arrêter les progrès lorsqu’une fois elle est survenue j 3.® fâci-

DE LA GANGRENE

liter la séparation des escarres gangreneuses , ou retrancher , selon l’exigence des cas , la partie gangrenée , et conduire l’ulcère (jui en résulte à parfaite guérison. On satisfait à ces indications par des moyens diiïérens , suivant la cause de la maladie.

Dans la cure des inüammations qui , par l’excès de l’engorgement, tendent à dégénérer en gangrène, l’essentiel est de détendre la partie malade , et de la déhan asser au jdus tôt des humeurs qui la surchargent. La diète , la saignée , les boissons délayantes , rafraîchissantes, et les applications émollientes , relâchantes et anodines produiront ces deux efïéts. Le quinquina , qui a été regardé par (juehjues praticiens, comme un spécificjue contre la gangrène , serait ici nuisible, en ajoutant à l’état d’irritation qui existe déjà.

Il est, dans certains engorgemens inflammatoires , des circonstances (jui exigent l’emploi de moyens particuliers pour ])révenir la gangrène. Lorsqu’il existe dans le membre affecté , des aponévroses qui , en s’oj)])osant au développement de l’engorgement, réagissent sur les parties enflammées qu’elles enveloppent , de manière à arrêter la circulation des humeurs , et à éteindre la vie de ces parties , on doit , de bonne heure , inciser , débrider ces aponévroses , pour favoriser l’extension des ]Rirties engorgées, et s’opposer à leur étranglement. Ainsi, on prévient la gangrène d’une portion d’intestin étranglée dans une hernie , en débridant l’ouverture herniaire. Ddns les plaies d’armes à feu , qui intéressent les membres dont les muscles sont environiiés par des aponévroses

DE tA G A N G R i N E,

épaisses , on remplit le meme objet en débriclaiit amplement ces aponévroses.

Lors([ue les secours dont nous venons de parler, poussés aussi loin qu’il est possible, ne roussissent ]>as , et qu’on, voit la tumeur s’afiaisser, la chaleur s’éteindre , la rougeur s’obscurcir, l’élasticité s’anéantir, les chairs devenir compactes et un peu pâteuses j quand on observe enfin les signes de la cessation de l’action vitale des parties engorgées , les saignées sont mutiles, aussi bien que les topiques émolliens et relachans. Il faut alors recourir aux moyens qui réveillent l’action organique des vaisseaux, tels que les cataplasmes composés avec la poudre des filantes aromatiques , cuites dans le vin , ou une tlécoction très-forte de quinquina aiguisée avec l’alcool canqdiré. ’

Mais connue dans une inflammation trèsétemlue , la gmigrène se manifeste d’abord à l’endroit où i’inflamniation est plus considérable , le traiteaient de cet endroit et celui du reste de la fiartie enflammée doivent être difïértms. Je suppose , par exemple , que dans une violente inflammation qui occupe la jambe et le pied , celui-ci passe du rouge au violet , iiue sa chaleur et sa sensibilité diminuent , enfin qu’il soit inenacé de gangrène , il est certain qu’il convient d’y appliquer des antiseptiques: pendant cpic 1 on continue d’applicjuer les émolliens et les relachans sur la jambe qui conserve encore sa chaleur , sa rougeur Qt sa sensibilité inflammatoires.

On a proposé de pratiquer dans l’endroit menacé de gangrène, et où la chaleur commence à s’éteindre , des scarifications ou des incisions , pour favoriser l’action des médicamens

sur les parties cpii ne sont pas encore gangrenées J mais , ou toute action vitale est anéantie dans l’endroit malade , et alors, outre que les searifications sont inutiles , elles exposent encore la partie au contact de l’air , et accélèrent la dissolution putride j ou Ijien la gangrène n’existe pas encore , et dans ce cas , les scarifications sont nuisibles, soit en irritant les parties menacées de gangrène , et en augmentant leur engorgement lorsqu’elles ont encore un certain degré de force vitale , soit en faisant tomber ces mêmes parties dans l’affaissement , et accélérant ainsi la mortification. Ici les scarifications produisent le même effet que dans les parties extrêmement infiltrées : on sait que ces parties sont presque toujours frap])ées de mortification peu de temps a[)rès la sortie de la sérosité 5 les symptômes de la gangrène se manifestent d’abord aux endroits incisés , et se propagent ensuite dans les environs. Aussi les bons praticiens ont-ils renoncé à toute er,]3èce d’incision , dans la vue de prévenir la mortification J et lorsqu’ils en prati(pient , ce n’est , comme nous l’avons dit plus haut , que pour reconnaître , dans les cas douteux , l’étendue en profondeur de la gangrène, et la distinguer du sphacèle.

On a proposé encore , pour arrêter la marclie de l’inflammation vers la gangrène , d’appliquer des vésicatoires on le cautère actuel sur lapartle lapins imminemment menacée. Ces moyens ont produit quelques bonsellèts. L’expérience cependant ne leur a point donné encore un degré de certitude suffisant pour que nous fassions un précepte de leur emploi. Lorsque la gangrène est bien décidée , et

f DELAGANGR ÈjST E. 1 IJ

I qu’elle a cessé de faire des progrès , ou doit s’occuper de remplir la troisième indication que nous avons établie , laquelle consiste à favoriser l’opération par laquelle la nature se débar-

Irasse des escarres gangréneuses, dans les gangrènes superficielles, et àretranclier le membre, 1 lorsque la mortification s’est emparée de toute son épaisseur, c’est-à-dire, lorsqu’il y a sphacèle.

Considérons d’abord la marclie de la nature dans la séparation des parties mortes , d’avec celles qui Jouissent encore de la vie.

Quand la mortification cesse de faire des -progrès , il se développe , comme nous l’avons déjà dit , autour de la partie gangrenée qui est deverme un véritable corps étranger , une lé^ gère inflammation que sa couleur vermeille fait aisément distinguer de l’inflammation violette , ([ui annonce le progrès ultérieur de la maladie.

L’inflammation qui environne la partie gangrenée est bientôt suivie de la suppuration , et alors on commence à apercevoir entre les parties vives et les parties mortes une ligne de séparation tlont la largeur et la profondeur augmentent cha([ue jour. La matière de la suppuration est d’abord im peu sanieuse et en petite quantité : y)eu-à-peu elle devient plus abondante et de meilleure qualité , et en meme temps les parties gangrenées perdent de leur union avec les parties saines voisines : cette union diminue de plus en plus , et cesse enfin entièrement.

Le temps que la nature emploie à séparer les parties mortes des parties vivantes, est plus ou moins lojig , suivant les forces du malade, et le degré d’énergie vitale des parties saines qui con-

DE LA GANGRENE

fliient à la gangrène. Ainsi , la peau don± la 'vie est plus active que celle du tissu cellulaire , se sépare plutôt des escarres gangréneuses que ce tissu .

C’est donc véritableiiient la nature qui détache les parties gangrenées, au moyeu de l’iiiflainmation et de la suppuir.tlon qui en est la suite. Si le Chirurgien voulait opérer lui-même cette séparation , il causerait beaucoup de douleur. et il pourrait meme contribuer au ])iogrès de la mortilication , en mettant à découvert des parties dont l’action vitale est alïôiblle et souvent prête à s’éteindre.

Pour favoriser l’établissement de la suppuration , ou doit , si l’inllammation est languissante , employer des inédicamens tüiii(jues et fbrtilians ; dans le cas contraire, on a recours aux émolliens et aux relâclians. Quant à la partie gangrenée , on est dans l’usage de la couvrir avec un emplâtre de styrax; mais l’odeur très-lôrte de ce médicament , ajoutée à celle de la gangrène, est extrêmement désagréable au malade. Les pansemens sont aljsolunient inutiles, parce que les topiques n’ont aucune action sur les parties qui sont privées de la vie. 11 sulïira donc d’ajqdiquer sur l’escarre une substance propre à empêcher sa dissolution ]mtride, telle, par exejiiple, que le quinquina ou le charbon en poudre.

Lorsque la gangrène est superficielle , on doit couper les escarres à mesure qu’elles se détachent , pour diminuer l’odeur infecte qu’elles répandent. Mais en enlevant ces escarres , on évitera avec soin de tirailler, et sur-tout d’intéresser les parties vivantes, afin d’épargner au malade des douleurs inutiles et toujours nuisi-

DE LA GANGR

blés. La chute des escarres laisse un ulcère simple qui se cicatrise à la manière des plaies avec perte de substance.

Quand la gangrène intéresse un membre entier , on attend que la nature ait posé une ligne de démarcation entre le vif et le mort , par le développement du cercle inflammatoire , et alors on retranche le membre. On a cependant des exemples de membres sphacélés qui ont été séparés des parties vivantes par les seuls efforts de la nature ; mais l’art doit épargner à la nature ce travail extrêmement long et pénible , pendant lequel le membre tombe en dissolution putride et exhale une odeur insupportable j d’ailleurs rimmeur putride, continuellement en contact avec les partîtes douées de la vie , peut être résorbée , et la fièvre lente être une suite de cette résorption ; or , on préviendra tous ces inconvéniens par l’amputation du membre. Mais dans quel endroit doit-on pratiquer cette opération ? Anciennement on conseillait de la faire dans la partie gangrenée , pour empêcher la douleur et surtout l’hémorragie 5 mais c’était dans un temps où l’on ne connoissait pas de moyen propre à arrêter cette hémorragie , qui devenait souvent mortelle. On a ensuite proposé d’amputer dans le vif, pour débarrasser le malade de toute la partie gangrenée, et épargner à la nature le travail de cette séparation. Voici ce qu’on fait généralement aujourd’hui : le sphacèle occupet-il la jajnbe , on pratique l’opération au lieu d’élection, si la maladie ne s’étend [>as au-delà , parce qu’il ne faut pas conserver au malade un tronçon de membre qui lui serait fort incommode. Si la gangrène s’étend plus haut , on

scie le tibia au-dessus de son articulation avec le péroné. A la cuisse, au bras, à l’avantbras , l’amputation doit toujours être faite dans la ligne qui sépare le mort d’avec le vif, en suivant d’ailleurs les règles qui concernent cette ojiération, et que nous exposerons parla suite.

Mais avant de se déterminer à l’opération , il faut être bien sûr , comme nous l’avons déjà dit , que les progrès du sphacèle sont arrêtés. Ce ])réce])te, ay)plicable à toutes les espèces de gangrènes , regarde sur-tout celle qui dépend d’une cause interne. L’amputation faite prématurément a souvent des suites fâcheuses, et ne sert qu’à compromettre l’art et la réputation du Chirurgien.

S. II. De la Gangrène produite parla contusionl

La contusion, dont nous traiterons par la suite en particulier, est une cause assez fréquente de la gangrène. Elle la produit de deux manières.: en ruinant la texture des solides,

et détruisant entièrement leur action organique ; 2..^ en affaiblissant excessivement cette action.

Dans les violentes contusions , lorsque l’organisation des chairs est entièrement détruite , ces parties doivent déjà être regardées comme mortes, c’est-à-dire, gangrénées. La gangrène est alors le résultat immédiat de la contusion : les sucs contenus dans les vaisseaux de la partie écrasée s’infiltrent , la putréfaction s’en empare et leur corruption est Inentôt suivie de celle de toute la partie. La désorganisation produite par la contusion est tantôt superficielle bornée à la peau et au tissu cellulaire , et alors c’est la gangrène proprement dite j tantôt elle

s’étend dans toute l’épaisseur du membre , et le spliacèle en est le résultat.

1 Abandonnée à elle-même, une partie qui a ) été entièrement privée de la vie par une forte : contusion , tombe bientôt en pourriture. Les ^ parties vivantes qui confinent à celle qui a été î entièrement désorganisée, et qui ont été ellesp mêmes contuses , mais à un moindre degré ,

, éprouvent un afflux d’humeurs , et un engorgement inflammatoire plus ou moins grand , i suivant le degré d’irritation que les nerfs de

ices parties ont éprouvé. Quelquefois la tension elle gonflemment inflammatoires sont portés si I loin , que la gangrène en est promptement la I suite j et lorsque la partie affectée est voluini- I neuse , comme le bras , la jambe , la cuisse , l’engorgement gangréneux s^étend souvent jusqu’au tronc , l’envahit , et fait périr le malade.

La contusion , sans être assez forte pour dé- ! sorganiser les parties , peut cependant produire la gangrène , en affaiblissant tellement l’action organique des chairs , qu’elles succombent , pour ainsi dire , sous le yjoids des liquides qui y abordent. Cet affaiblissement de l’action organique des chairs est un des effets les plus remarquables , et en même temps les plus fâcheux . de la contusion. Il est accompagné quehjuefois d’une rupture intérieure , d’où résulte une in- S filtration de sang dans le tissu cellulaire , qui ; accélère encore les progrès de la mortification.

Dans les fortes contusions , l’engorgement r des parties n’est pas borné à celles dont l’action I organique et la sensibilité sont presque éteini tes, et qui ne peuvent plus se débarrasser des t| sucs que la circulation leur fournit coiitinuelle- II ment : il s’étend aussi aux parties sur lesquelles

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