‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource]Chapitre 14 sur 24 · DE LA GANGRÈNE · texte numérisé non relu

DE LA GANGRÈNE

Lorsque les escarres gangréneuses, produites par cette cause , engagent les malades à changer de position , comme il existe dans toutes les parties des endroits plus saillans les uns (jue les autres , sur lesquels le poids du corps ])orte <lavantage, il se forme de nouvelles escarres sur les points (jue la nouvelle position soumet à la com])ression. Ainsi, lorsque des malades auxtjuels il est survenu des escarres au sacrum , ])Our être restés long-temps couchés sur le dos , se placent sur un coté , il survient de nouvelles escarres au grand trochanter de ce côté-là , et înême quehjuefois au trochanter opposé, lors- «ju’ils viennent à se coucher sur ce clernier côté. .T’ai vu un jeune perriujuier , qu’une alïéction vénérienne des plus graves l'orça de rester au lit pendant long-temps , et à (jui il était survenu des escarres sur ses diverses parties , rétluit à se tenir sur les coudes et les genoux , (jui fui'ent aussi bientôt recouverts d’escarres. Le malade finit ])ar périr.

Les parties situées sous ces escarres , semt à la longue aflectées par cette pression continuelle ; delà les nécroses du sacrum , etc.

Madame de Ch. avait une paralysie des musclés postérieurs du cou. Sa tete , obéissant à son propre poids et à l’action des muscles antérieurs, s’inclina en avant. La mâchoire iiLférieure exerça sur la partie supérieure de la poitrine une pression (jui détermina la gangrène des parties molles ejui recouvrent le bord inférieur de cette mâchoire. La partie de cet os , dénudée par la chute de l’escarre, fut affectée de nécrose, et une portion s’en détacha.- J’ai vu le cartilage de l’oreille percé de ])art en part , à la suite d’une pression long-temps continuée.

Lorsqu’on s’aperçoit qu’un long decuhitus sur un côté du corps , y a détenniné delà rougeur et des excoriations , il faut faire changer souvent le malade de position , le tenir très-proprement, couvrir les parties menacées de gangrène avec du sparadrap de Nuremberg ou de diaclillon gommé , et les garantir de la compression , en plaçant sous le malade des coussins de crin, qui lassent que ces parties portent à faux.

Quand les escarres sont Ibrmées , on les couvre avec un emplâtre quelconque ; la suppuration s’établit , les escarres tombent , et il en résulte un ulcère , qu’on panse comme un ulcère simple , et qui guérit lacilement , si le malade peut reprendre des forces et garder une position- differente de celle cpii a produit la maladie. Quant aux escarres qui surviennent sur les endroits saillans d’un membre fracturé , que les attelles ont trop comprimés, on les couvre également d’un enipiâtre , et on évité que ces endroits soient de nouveau trop fortement pressés.

S. IV. De la Gangrène produite par la

brillure.

Lorsqu’un corps , dont la température est supérieure à celle de l’eau bouillante , est appliqué pendant quelques instans à la surface du corps vivant , il desorganise les solides sur lesquels il agit , et les convertit en escarres gangréneuses. Les corjjs l.)rulans ne ]>roduisent ]jas toujours la gangrène d’une manière immédiate J et à cet égard on peut couij)arer les effets de l’action du feu à ceux de la contusion.

128 DE LA C A KGRÈNÈ,

Mais comme nous traiterons de la brûlure dans un cliaj)itre ])articulier , il ne sera question ici que de la gangrène c[ui en est la suite immédiate.

Cette gangrène est le plus souvent produite par des corps solides, qui sont de bons conducteurs du caloricjue , et qui sont susceptibles d’en contenir une grande quantité : tels sont les métaux. Elle dépend aussi assez Iréquemment de la combustion des vêtemens, ou de l’exposition plus ou moins longue d’une partie à un brasier ardent. On connaît, dans ces cas, la mortification à la couleur noire de la ])artie brûlée;!^ s’établit bientôt un cercle inflammatoire , qui forme la ligue de démarcation entre le vif et le mort ; l’escarre gangréneuse se sépare , et l’ulcère qui en résulte guérit promptement , s’il n’est pas profond j mais si la chûte de l’escarre a mis à découvert un tendon , ou un os , l’ulcère sera beaucoup plus grave et plus

difficile à auérir.

La gangrené peut aussi être produite immédiatement par un corps chaud , liquide , ])lus dense que l’eau 5 alors l’épiderme se détache , et laisse voir la peau , dont la couleur jaunegrisatre indique toujours la désorganisation. Quelquefois l’escarre est superficielle et n’intéresse qu’une partie de l’épaisseur de cette membrane. Dans ce cas , il reste , ajirès sa chute , une plaie large et peu ]jrofbnde. Mais d’autres fois la peau est désorganisée dans toute son épaisseur j et cela a lieu sur-tout , lorsque le corps brûlant est gras , comme l’huile, le bouillon , etc. , et que ce liquide a pénétré entre les vêtemens et la peau , et a conséquemment été retenu plus ou moins long- temps sur la partie.

DE DA Gang ni NE. 129

Alors l’escarre gangréneuse occupe toute l’épaisseur de la peau , et l’ulcère cjui résulte de sa chute est beaucou]) plus profond et plus grave que dans le premier cas.

Lorsque la brûlure a pénétré jusqu’aux os d’un membre, et qu’il ne reste plus rien de vivan t , si le malade résiste aux accidens qui accompagnent ce dernier degré de la combustion , la nature travaille bientôt à la séparation des parties mortes d’avec les parties vives, et on j)eut lui confier cette séparation, si le sphacèle s’est arrêté au niveau d’une articulation , ou dans la continuité d’un os peu considérable , coin me une phalange, un os du métacarpe, etc. 5 mais si le S]->hacèle est borné dans la continuité d’un os considérable , il faut avoir recours à l’am P U ta tion , 1 orsque l’état du malade le penne t .

S. V. De la Gangrène produite par la congélation.

La gangrène causée par la congélation , s’observe spécialement dans les régions septentrionales. Le froid très-rigoureux diminue l’action organicpie des vaisseaux , émousse la sensibilité des nerfs , coagule les liquides , Qt fait ainsi disparaître tous les phénomènes de la vie , tels que la chaleur, le sentiment, le battement des artères , etc. Il résulte de là que les parties qui ont été exy^osées à l’action d’un froid trèsvif’, paraissent véritablement mortes, et sont en effet quelquefois privées de la vie. Mais souvent elles ne sont que dans un état de torpeur , et peuvent être revivifiées.

Les parties qui ont été air.si gelées deviennent en outre froides , insensibles et immobiles; elles

l3o DE LA GANGRÈNE.

s’engorgent un peu , et prennent une couleur liviue , à-peu-près coinnie les parties enflam* mées qui se gangrènent. Si la personne , dont un membre a été gelé , n’est pas secourueà temps et convenableme^it , la nature pose une ligne de démarcation entre le vifetle mortj la suj)puration s’établit, et le membre gangrené toml)e spontanément. L’homme de l’art est seulement qiiehpiefbis obligé , lors(|ue la mortification s’est arrêtée au niveau d’une articulation , de cou- ]ier un tendon ou quelque partie ligamenteuse. On a vu |;rès souvent la chute des membres gelés se faire de cette manière. J’ai été témoin de la séparation s])ontanée des orteils , des os du métatarse, de celle du pied , qu’on a seulement secondée en coupant le tendon d’achille, ou quelques-uns des ligamensqui environnent Larticulation.

* On a cru que le froid n’agissait, pour éteindre l’action vitale , qu’en coagulant les liquides ; mais les phénomènes qui accompagnent la congélation , annoncent que le froid porte aussi son action sur les solides , et notamment sur les vaisseaux et les nerfs. Il agit , comme nous l’avons dit plus haut , sur les premiers , en diminuant et en éteignant même leur action organi(jue sur les seconds , en émoussant leur sensibilité , et s’opposant ainsi à l’exercice de leurs fonctions.

Les efléts d’un froid rigoureux ne se font pas également sentir sur toutes les parties du corps ; les plus éloignées du centre de la circulation sont celles qui se réfroidissent les premières quaii'l la circulation est diminuée ou suspendue. Chacun sait , par exemple , que les orteils, le pied, le bas de la jambe, les extrémités des

DE LA GANGRÈNE. l3l

doigts, le nez, les oreilles, éprouvent plus promptement et plus vivement les elïéts du froid , et se congèlent plus facilement que les autres parties du corps.

L’action du froid ne se borne pas toujours aux parties extérieures; lorscpi’eJle dure longtemps , elle s’étend jusqu’aux parties lesplus intérieures , et s’annonce par les effets siiivans : les nerls éprouvent une irritation générale et douloureuse ; un Irlssonneinent se répand par tout le cor|)S , qui devient pale , rigide et engourdi : le sentiment et le mouvement diminuent, la circulation se ralentit, la chaleur naturelle s’affoiblit , l’anxieté est très-grande ; un sommeil profond survient , et si l’action du froid se prolonge , la vie s’éteint entièrement. Il n’est pas rare de voir dans les contrées du nord, des personnes périr ainsi par les effets d’un froid très-rigoureux.

L’action du froid sur le corps est d’autant plus grand et plus sensible , qu’il se fait une transition ])lus soudaine d’un certain degré de chaleur à une grande l'roidnre ; et même dans les pays septentrionaux , où l’on peut supporter , sans inconvénient , un degré considérable de froid soutenu , une augmentation subite de son intensité, sur-tout lors([u’elle est accompagnée de vent, occasionne fréquemment des affections gangreneuses et des morts subites.

L’expérience a fait connaître pour le traitement de la congélation des parties du corps , une méthode à laquelle la théorie n’aurait peut-être jamais conduit. Suivant le giand axiome , que les maladies ouérissent par leurs contraires , ia chaleur aurait paru seule capable de dissiper un

l3a BELAGANCB-ilSrE.

mal que produit un froid actuel j mais tou tes les voies delà circulation étant fermées , la raréfaction des liquides , retenus trop étroitement, romprait les vaisseaux avant que ces liquides fassent en état de passer librement dans les vaisseaux voisins, et les parties qu’on voudrait ainsi dégeler , tomberaient en gangrène , et la pourriture ne tarderait pas à s’en emparer. C’est ce qu’on voit arriver aux fruits gelés : si on les approche du feu , ils perdent tout leur goût et se corrompent bientôt ; si , au contraire , on les plonge à plusieurs reprises dans de l’eau froide , qu’on les essuie et qu’on les fasse bien sécher, ils jouissent encore de leur première saveur , et peuvent être conservés long-teinj)S.

En conséquence , voici la méthode de traitement que l’on doit suivre dans les congélations , tant locales que générales. Je suppose d’abord que la congélation n’alfecte (ju’une partie du corps, par exemple, un pied, une main, etc. , onia plonge dans l’eau la plus froide qu’on puisse trouver ; ou bien on la couvre avec de la neige, qu’on renouvelle fréquemment; la neige sur-tout est très-propre à dégeler les parties; elle y rappelle la chaleur à mesure qu’elle se fond. Il faut continuer ce secours sans interruption , jusqu’à ce que la partie commence à se dégourdir et que la vie y revienne. A mesure que la neige, ou d’eau très-froide revivifie la partie affectée, on voit les taches violettes et noires disparaître , l’enflure diminuer et les autres accidens se dissiper. On juge ipie la partie tend à reprendre son état naturel , (piaiid elle devient molle , chaude , rouge et sensible : c’est là le moment d’employer les moyens propres à réveiller l’action organique des vaisseaux ,

DE LA GANGRÈNE. ' l33

tels que des frictions avec des flanelles chaudes , des fomentations spiritueuses et aromatiques, ou des catajdasmes résolutifs et corifortatifs. D’un autre côté , on administre intérieurement les cordiaux et les fortifians pour ranimer la circulation languissante , et imprimer au sang un mouvement qui puisse le faire passer librement dans les vaisseaux de la partie gelée.

Si la congélation avait gagné le tronc , s’il y avait mort apparente ou asphyxie générale , on employerait les mêmes moyens j on couvrirait le corps avec de la neige , on frotterait toutes les parties avec la même^ substance , ou à son défaut , avec une éponge ou un linge trempé dans de l’eau très- froide , et aussitôt que Je malade donnerait quelques signes de vie , on le baignerait dans de l’eau dégourdie , dont on augmenterait graduellement la chaleur. On emploie aussi alors des frictions spiritueuses et aromatiques. Dès que la déglutition est possible , on a recours aux cordiaux , et notannnent à l’ammoniaque , pour réveiller l’action organique des solides , et ranimer le mouvement du sang. Ces secours doivent être continués pendant long-temps , et on ne doit désespérer de leur succès ([ue quand la putréfaction commence à se manifester. L’expérience a appris que des personnes gelées, qu’on croyait mortes , ont été rappelées à la vie au bout de plusieurs jours. Mais dans ce cas , comme dans celui de congélation partielle, le malade doit être placé dans un lieu dont la ternpératûre ne soit guères plus élevee que celle de l’atmosphère.

Dans les cas de congélation locale , lorsque

i34 DE ea gangrène.

les secours ont été administrés trop tard ou que la congélation a éteint entièrement 1 action vitale , il faut attendre que la gangrène soit l)ornée. Quand on verra un cercle inllaminatoire se développer au-dessous de la partie mortifiée , et la supjmration s’établir , on décidera alors si l’on doit abandonner à la nature la séparation de cette partie , ou s’il ne convient pas mieux de pratiquer l’amputation.

S. VI. De la Gangrène produite par Vinterceptîon du cours des Liquides.

Cette espèce de gaijgrène peut être déterminée parla ligature , on par la compression des vaisseaux principaux d’une ]iartie.

Si on lie l’artère principale d’un meml^re , et que les collatérales ne fournissent pas , par leurs anastomoses, une quantité de sang suffisante à sa nourriture , la gangrène se manifeste. C’est sur-tout dans les plaies où un vaisseau ])rincipal a été ouvert , ou à la suite de l’opération de l’anévrisme , qu’on voit la gangrène survenir par défaut de sucs nourriciers. Dans ce cas, voici ce qu’on observe.

Le membre se refroidit peu-à-peu , à moins qu’on n’y entretienne une chaleur artificielle qui pourrait en imposer pour la chaleur naturelle si on n’y ]>renait garde j il s’empâte un ])eu j sa sensibilité diminue j une ])esanteur énorme s’y fait sentir j on ne sent plus les battemens des artères. Cependant alors le membre n’est pas encore gangrené : on a vu la chaleur et la sensibilité revenir huit jours apres le développement des symptômes qui semblaient an- -noncer la perte de la vie. Mais quand la gau-

DE LA GANGRÈNE. l35

q grène doit résulter de l’interception du cours 3 du sang , l’épiderme se détache , le membre ) change de couleur, dfevient l)leuâtre , verdâtre >1 et fétide , comme un corps qui entre en putré-

I faction. Alors il est véritablement frappé de gangrène et la putréfaction s’en empare jnomptement. Tantôt la gangrène s’arrête à la partie moyenne du membre , par exemple , au milieu Ü de la jambe , comme on l’a souvent observé’, î après l’opération de l’anévrisme à l’artère po- I plitée : tantôt la gangrène s’étend jusqu’à la li- I gatnre j rarement au-dessus.

? Lorscjue la nature a établi une ligne de dé- R marcation entre la partie gangrenée et la partie vivante dn membre , il faut, si l’état du malade le permet , en venir à l’ampntation , qu’on ne doit pas trop différer , de crainte que les forces ne s’épuisent , au point de rendre l’opération inutile.

Quand après la ligature de l’artère principale’ d’un, membre, il ne survient ijue des escarres qui sont bornées à la peau , elles ne dépendent pas toujours du défaut de sucs nourriciers ; quelquefois elles sont déterminées par la pression exercée par des corps environnans : c’est ainsi qu’après l’opération de l’anévrisme à l’artère poplitéç , j’ai vu survenir des escarres aux orteils ou sur le dos du pied, par défaut de . sucs nourriciers j tandis que la pression en pro- 'duisait une sur la malléole externe. On couyre ces escarres avec un emplâtre d’onguent de la mère , ])our favoriser la suppuration et leur détachement , qu’on n’obtient ordinairement , dans ce cas , tju’au bout d’un temps très-long.

Nous avons dit qu’o]i pouvait aussi intercepter le cours des liquides et produire la gaii-

l36 DELA GANGRÈÎTE.

grène par la compression. En effet, si 1 on applicpie snr ])arlie d’un membre , une compression circulaire , caj^able d’intercepter le cours du sang veineux et de la lymphe , l)ientot le membre se gonfle , prend une couleur livide et la gangrène s’en empare ; c’est une gangrène humide, 'et celle tpie produit la ligature de l’artère principale d’un membre est de la même nature. ,

Mais si la compression qu’exerce , sur toute la longueur du membre , un bandage roulé trèsserré , empêche , d’un côté , le cours du sang artériel , et de l’autre , le cours du sang veineux et de la lymphe, alors le volume du membre dimhiue considérablement, et tantôt l’atrophie, tantôt la gangrène sèche s’en empare. L’atrophie pourra survenir si le membre était parfaitement sain avant la compression j mais lorsque le memi>re que l’on soumet à une cozripression forte et générale est dans un état maladif, c’est quel([uefois alors la gangrène sèche qui s’en empare. Ce cas est rare j cependant en voici un exemple.

Un jeune homme reçut à la jambe un coup de fusil chargé à petits ])lornl)S, qui lui fractur a les os de cette partie. La fracture n’était pus comminutive. Le pansement fut fiiit avec un bandage roulé très-serré , et qui couvrait nonseulement la jambe, mais aussi le pied. Les sucs • nourriciers ne purent plus amver dans le membre j son volume ditninua considérablement , la vie s’y éteignit et la gangrène sèche s’en empara. Quand le sphacèle fut manifeste, on apporta le malade à l’hôpital de la Charité ; il était très-faible; il avait la jambe extrêmement mince; les muscles de ce membre étaient affaissés,

DE LA GANGRÈNE

noirâtres , etsemblablesàcle la viande fumée. On pouvait les inciser sans faire sortir une goutte de sang , et sans exciter la moindre doule\ir. La faiblesse du malade ne nous permettant pas de pratiquer l’amputation, nous désarticulâmes le péroné , et nous sciâmes le tibia à deux pouces au-dessous de l’endroit où la gangrène était bornée j mais la pourriture d’hôpital s’étanr déclarée , et la destruction des parties molles s’étant étendue jusqu’à l’articulation du genou , nous fumes forcés , peu de temps après , depra-» tiquer l’amputation de la cuisse.

Article II.

De la Gangrène de cause Interne.

Nous envisageons comme gangrènes de cause interne , i.° la gangrène produite par la malignité de la cause de l’inflammation 5 2.® celle qui survient dans le cours d’une lièvre putride, ou maligne ; 3.° la gangrène que l’on a spécialement désignée sous le nom de gangrène sèche.

S. I.®*" De la Ganorène produite par la mali” gnité de la cause de V ii^lammation.

Lorsque la gangrène est produite parla malignité même de la cause de l’inflammation , la maladie s’appelle inflammation maligne ou gangrène use ^ parce que la gangrène se maniiéste presqvie aussitôt que l’inflammation. On peut rapporter *à ce genre d’inflammation , le charbon , la pustule maligne , etc. , maladies dont nous traiterons par la suite en particulier.

La marche et lès phénomènes de l’inflaraina-

l38 DE LA GANGRÈNE.

tion gangreneuse ne sont pas .les mêmes dans tous les cas. Quelquefois la maladie se présente sous ras|>ect d’un érysipèle. La partie malade prend une couleur plus l’oiicée ([ue la rougeur ordinaire de l’érysipèle : le malade y ressent d’abord une douleur et une chaleur plus ou moins vives; ensuite cette partie devient Ifoide et insensible ; elle présente au toucher une es])èce de compacité , qui n’a plus rien de cette tension cjui est propre aux inflammations ordinaires , ni de cette élasticité naturelle que la fluidité des sucs donne aùx chairs vives. Elle se couvre de taches noires, qui s’étendent avec rapidité. Les malades perdent presque tout-à-coup la sensibilité ; ils sont ordinairement assez, tramjuilles , le pouls est petit et sans vigueur ; il s’affaiblit peu-à-peu , et les malades périssent , lorsque la cranOTène est fort étendue : il y a de la ressour-

ce , lorsque cette sorte de gangrené est circonscrite et bornée à un certain espace.

D’autres fois l’inflammation gangreneuse attaque toute l’épaisseur d’un membre , et se montre sous les dehors de ces engorgemens excessifs qui surviennent quelquefois dans les fractures comminutives. La partie affectée ac(|uiert toutà-coup un volume considérable : elle est d’abord chaude , tendue et douloureuse ; mais elle devient bientôt froide , insensilde et légèrement pâteuse. La rougeur inflammatoire , dont les nuances sont très-variées dans cette espèce d’infla Himation gangreneuse, se convertit promptement en une couleur noire ])lus ou moins foncée. Le pouls est petit, misérable; la prostration des forces est excessive ; le malade a un délire tranquille; le lioquet survient. Le corps se couvre d’une sueur Ifoide qui est bientôt sui-

DE LA C A K G R ÈN E. iSp

vie de la mort. La marche de cette espèce d’inflammation est quelquefois si ra])ide , fjue le malade périt en vin^t-cpiatre heures j d’autres fois il ne succombe qu’au troisième ou quatrième jour.

L’inflammation maligne ou gangreneuse, quel que soit l’a])ect sous le quel ellese présente , paraît lOTq'ours causée par un agent délétère , ou une substance hétérogène pernicieuse répandue dans l’économie animale, et qui porte la mort dans l’endroit où elle se rassemble.

Cette inflammation est en général très-fâcheuse ; mais le danger qui l’accompagne est plus ou moins grand , suivant que les efforts de la nature, pour pousser à l’extérieur tout le principe morbifique , ont suffi , ou qu’ils ont été impuissans. Dans le premier cas, le malade conserve la vie aux dépens de la partie sur laquelle la cause de la maladie s’est entièrement déposée. Mais dans le second, une partie de cette cause reste encore réjiandue dans l’économie animale , et fait périr promptement le malade.

L’indication générale qui se présente le plus naturellement dans cette affection , c’est de fortifier et de ranimer le principe vital affaibli et languissant , afin qu’il puisse résister à la malignité de l’humeur gangreneuse. Les saignées ne conviennent point dans ce cas , puisqu’elles diminuent la force de l’action' organique. Loin d’arrêter les effets funestes de cette malignité, elles [)euvent au contraire les accélérer. On ne doit donc pas trop légèrement recourir à ce remède, dans ces inflammations languissantes , qui tendent si fort à la gangrène. Il y a des exemples sans nombre de maladies inflamma-

li(o DE LA GANGRÈNE.

toires malignes, dans lesquelles la saignée, si utile dans d’autres cas , n’a eu d’autre effet que de hâter la mort.

Pour mieux apprécier les indications particulières que fournit l’inflammation gangreneuse , il faut considérer cette maladie sous deux états différeiis j savoir , lorsau’elle fait encore des progrès , et que la vie de la partie n’est pas complètement éteinte, et lorsqu’elle est entièrement changée en gangrène , et que l’inflainmation est arrêtée. Dans le premier cas , loin de s’opposer aux progrès de cette inflammation , il faut l’exciter : elle dépend , comme nous l’avons dit , d’une cause maligne dont on doit favoriser l’expulsion , et qu’on doit laisser déposer entièrement. Dans cette vue , on administre à l’intéfievir les toniques et les cordiaux les plus puissans , pour ranimer le principe vital affaibli et languissant : on se sert avec succès des topiques résolutifs fort actifs , et quelquefois même des sinapismes les plus animés , des vésicatoires et du feu.

Dans le second cas , c’est-à-dire , lorsque la mortification s’est emparée de toute la partie qui a été attaquée d’inflammation maligne , il faut soutenir les forces du malade par des cordiaux, et s’il reste de l’espérance pour sa vie, on pense à procurer la séparation des chairs mortes d’avec les chairs vives. Lorsque la gangrène est bornée’ à une certaine étendue de la surface d’un membre , si les parties saines qui confinent à celles qui sont gangrenées , présentent une légère inflammation bien conditionnée , on abandonne à la nature la séparation des escarres , et on favorise l’établissement de la suppuration , par le moyen des émolliens et

Ï)E LA GANGRjÈNE.

relâcUans. Mais lorsqu’on ne voit dans les chuirs voisines de la gangrène aucune disposition à la su})puration , on peut toucher la circonférence des chairs mortes avec une dissolution de mercure dans l’acide nitrique , ou avec quelque autre caustique liquide , afin de susciter au bord des chairs vives , une petite inflammafeion qui puisse faire naître une suppuration louable, suffisante pour la séparation des chairs mortes.

Lorsque la gangrène produite par une inflammation maligne occupe toute l’épaisseur d’un membre , il faut, comme dans les autres espèces de sphacèle , en venir à l’amputation j mais on ne doit avoir recours à cette opération que lorsque les progrès du sphacèle sont arrêtés , et que le cercle inflammatoire bien conditionné qui forme la ligne de démarcation entre le vif et le mort , est développé. Les amputations faites , avant que la mortification fût bornée, ont été suivies de la gangrène du moignon , et presque toujours de la mort du malade.

S. IL De la Gangrène qui survient dans le cours une Jièvre putride , ou maligne.

La gangrène qui survient dans le cours d’une fièvre essentielle , soit putride , soit maligne , s’empare d’une partie qui présentait auparavant un point d’irritation , ou bien elle se développe sur une partie non irritée que la nature est plus disposée à frapper qu’une autre. Lorsqu’une personne attaquée d’une gonorrhée avec inflammation du prépuce , ou d’un ulcère vénérien primitif sur cette partie ou sur le gland,

vient à essuyer une fièvre ])utride ou maligne, la matière morbifique se ])orte sur la verge , et y proc4uit une inflammation qui se termine bientôt par la gangrène.

Nous avons \u , à l’iiopltal de la Charité , trois exemples de gangrène , développée de cette manière. Dans le premier, la nature opéra elle-meme la sé[)ai?ation de la verge gangrenée ; dans le second , la gangrène se borna si irrégulièrement, (|ue nous lûmes forcés d’en venir à l’amputation ; et dans le troisième , le malade ne perdit que le pré{)uce et une partie du. gland.

Lorsqu’il n’y a pas de point d’irritation entretenu par une maladie locale antérieure à la fièvre essentielle, c’est souvent une partie irritée par la mal-propreté , ou par la pression qu’occasionne le ])oids du corps , que la nature choisit ])our y déposer le principe morbifique en y déterminant la gangrène. C’est ainsi que se forment les escarres gangreneuses qui surviennent à la partie postérieure inférieure du bassin , dans certaines fièvres putrides , ou malignes. On ne doit pas confondre ces escarres avec celles dont nous avons parlé précédemment , et qui sont produites uniquement par la pression.

Quel que soit le siège de ces espèces de gangrènes, on les regarde comme symptomatiques , quand elles arrivent dans le commencement ou dans la vigueur de la maladie , sans la faire cesser , et sans avoir de bornes fixes , tant que cette maladie continue j et comme critiques , lorsqu’elles jugent la maladie. On a beaucoup d’exemples de maladies aiguës qui se sont terminées par la gangrène d'’uiie partie. Ces gau-

IDE LA GANGRÈNE. 1/^3

grènes sont salutaires, lorsqu’elles se placent \ avantageusement , et qu’elles ne s’étendent pas ^ excessivement.

Lorsque la gangrène qui survient dans le cours d’une maladie aiguë est superficielle , bornée à la peau et au tissu cellulaire , on abandonne à la nature la séparation* de l’escarre. Quand la gangrène occupe toute l’épaisseur d’un membre , l’art vient au secours de la nature en pratiquant la séparation ou l’amputation de la partie sphacélée j mais on ne doit , comme nous l’avons déjà dit , en venir à l’opération , que lorsque la mortification est fixée , et qu’on en connaît maxiif'estement les bornes.

S. III. Delà Ganm'ène sèche.

La gangrène sèche est celle que n’accompagne point l’engorgement des parties mortifiées 5 ces j)arties sont desséchées , dures et d’une fétidité moins pénétrante tpie celle des autres exhalations putrides.

Cette espèce de gangrène attaque presque toujours les extrémités inférieures , où l’action vitale est moins énergique qu’ailleurs , vraisemblablement à cause de leur plus grand éloignement du centre de la circulation. Elle est plus fréquente dans la vieillesse, que dans les autres âges , et les femmes en sont plus rarement affectées que les hommes.

Les symptômes de la gangrène sèche présentent beaucoup de variétés. Quelquefois la partie affectée commence à devenir froide j la cause de la maladie agit sans doute sur les vaisseaux qui portent les sucs aux organes mourans. La chaleur cesse avec le jeu des artères ) ces vais-

i44 delagangrjène.

seaux se resserrent par leur propre ressort j les chairs mortiliées deviennent plus fermes , et plus difficiles à couper que les chairs vives. Dans ce cas , si l’on ampute le membre gangrené bien au-dessus de l’endroit où la maladie paraît se terminer, le malade ne sejit rien 5 les . chairs sont sans pourriture , comme celles d’un liomme récemment mort j il n’en sort qu’un peu de sang noirâtre.

Les malades éprouvent quelquefois un sentiment de chaleur brûlante , quoi([uela partie soit actuellement froide, quelquefois ils sentent un froid très-douloureux. Il y a des gangrènes sèches qui s’emparent d’une partie sans y causer de douleur j les malades s’aperçoivent seulement d’un sentiment de pesanteur , de stupeur ou d’engourdissement , et d’un froid fort supportable.

La gangrène sèche est précédée et suivie de changemens considérables dans la couleur de la partie. Ordinairement l’endroit qui est menacé de mortification , devient rouge et comme un peu enflammé , sans qu’il y ait ni tuméfaction , ni tension , ni chaleur remar(|uable. Cette rougeur s’obscurcit bientôt , et dégénéré en lividité et ensuite en noirceur. Quand la gangrène s’étend , elle est devancée par la rougeur dont nous venons de parler , et on peut regarder cette teinte comme l’avant-coureur de la mortification : ainsi, à mesure qu’elle chemine , on prévoit le progrès du mal , et on juge de son état par les changemens qui arrivent à cette rougeur.

La noirceur est un des principaux caractères de la gangrène sèche , cependant elle n’en est pas inséparable. On trouve dans les auteurs

DE LA Gangrène.

quelques exemples de gangrène dans laquelle les parties affectées , au lieu de prendre une couleur noire, deviennent pâles , ou d’un blanc terne. Cette variété de la maladie, qui est très-

grène blanche. Le chanmrvient à une partie c[ui arrive pas toujours par degrés , comme nous venons de le dire , car quelquefois la peau et les chairs se noircissent surle-champ.

Les gangrènes sèches ne sont pas ordinaire- I ment accom[>agnées de phlyctènes j je dis ordi- I naireinent , parce qu’on trouve plusieurs obser- I vateursqui nous assurent qu’une gangrène peut être sèche , quoique accompagnée de phlyctènes. Quelquefois l’épiderme se détache sans former des phlyctènes : d’autres fois la peau et les

I chairs se durcissent , se rident-, et deviennent aussi noires et aussi arides que si elles avaient i été séchées au soleil , ou à la fumée.

< Pendant que les phénomènes dont nous vet nous de parler se passent dans la partie affectée , ( si le malade n’a éprouvé aucune maladie anté- *! rieure à la gangrène , le reste du corps est en bon 1 état J si ce n’est une faiblesse extrême du pouls < et des lassitudes qui se font sentir quelquefois. I Lorsque la cause de la maladie a cessé d’agir, et I que les progrès de la gangrène s’arrêtent, ces las-

Îsitudes disparaissent, le pouls se relève , et l’on voit bientôt paraître autour de la partie gangrenée le cercle inflammatoire rouge et ver- I meil , qui annonce les efforts de la nature ])our ) séparer les parties mortes d’avec les parties vi- \ ves. Mais lorsque la cause de la gangrène subi. siste, ou qu’elle ne s’est pas entièrement dépo- ) «ée sur le membre affecté , les forces diminuent

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