CHAPITRE IV
De. la Brûlure.
Ija brûlure est une lésion produite par l’action d’un corps élevé en température , sur une partie quelconque du corps vivant. Elle peut exister à des degrés très-difïérens , suivant la nature du corps qui a brûlé , la quantité de calori(|ue qu’il con,tenait , la durée de son application et les parties sur lesquelles il a été appliqué.
Les corps susceptibles de produire la brûlure agissent avec d’autant plus d’énergie , qu’ils contiennent une plus grande quantité de calorit[ue libre j et leur capacité pour le calorique est , en général, en raison de -leur densité. Il résulte delà que les corps solides très -denses , tels que les métaux chauffés jusqu’au rouge , produisent des brûlures beaucoup plus profbn- . des t[ue les corps liquides saturés de tout le calorique qu’ils sont susceptibles de contenir. Parmi ces derniers , l’eau simple en ébullition brûle beaucoup moins que ce même liquide , contenant en solution une matière saline qui augmente sa densité. Il est aussi d’observation . que les liquides gras brûlent beaucoup plus , toutes choses égales d’ailleurs , que ceux qui n’ont rien d’onctueux 5 c’est ainsi que l’huile brûle davantage que le bouillon, le bouillon plus que le lait, et celui-ci plus que l’eau.
La brûlure varie encore relativement à la durée de l’application des corps brûlans j si ccs
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corps séjonrneiit loni^-teinps sur une partie , la brûlure est j)lus proi'onde ; s’ils s’y arrêtent a peine , la brûlure est superlicielle^ ainsi de l’eau bouillante qui tombe sur le dos de la main , y produit une brûlure moins profonde que si elle s’introduit entre la peau et les vêtemens ; parce que dans ce dernier cas, le liquide ne pouvant s’écouler, la durée de son application est plus longue.
La brûlure est moins profonde, toutes cho-. ses égales d’ailleurs , quand elle a lieu sur des parties habituellement en contact avec les corps extérieurs , que lorsqu’elle afl’cQte des parties toujours couvertes ]^ar les vêtemens , et dont l’épiderme est très-mince. Nous avons la preuve de cette différence ‘chez les ]iersonnes qui , accoutumées à des travaux très-rudes , ont l’épiderme des mains dense et épais ; elles peuvent , en effet , tenir dans. leurs mains, sans éprouver aucune douleur , un charbon ardent , qui brûlerait infailliblement, au moindre contact, la main de beaucoup d’autres personnes.
On distingue dans la brûlure trois degrés diflérens , auxquels on doit faire beaucoup d’attention , parce qu’ils exigent chacun une méthode particulière de traitement.
Dans le premier degré , l’effet du corps brûlant est I)orné à une vive irritation qui attire les humeurs dans la partie ; il en résulte une inflammation cutanée , qui tient du caractère . de l’érysipèle.
Si le corps Ijrûlant agit plus fortement , nonseulement il irrite, mais l’irritation (ju’il produit est si vive, qu’elle détermine des phlyctènes , c|ui mettent à découvert les houpes nerveuses de la peau, et il s’ensuit un idcère su-
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peiTiciel , semblable à celui que produit l’an, plication d’un vésicatoire : c’est le second de^^ré de la brûlure. ^
Enfin , si le corps brûlant agit avec plus d energie encore ^ et que la durée de son application soit plus longue , il désorganise la partie qu’il touche , et cette partie , suivant la nature du corps brûlant, est convertie en une escarre ■crouteuse, ou bien n’est pas desséchée , et devient-d’un gris jaunâtre. Dans l’un et l’autre cas, les phénomènes de la vie y disparaissent , et la partie gangrenée ne tarde pas à être environnée d’un cercle inflammatoire , qui annonce l’effort de^ la nature pour la séparer des parties vivantes.
Tous les corps brûlans ne sont pas susceptibles de produire les trois degrés de la brûlure; le soleil , par exemple , ne produit le plus souvent qu’une inflammation cutanée , qui constitue le premier degré de cette affection ; mais il peut aussi déterminer le second degré, en détachant l’épiderme dans une étendue plus ou moins grande. L’eau bouillante , les corps gras ne produisent non plus ordinairement que le premier , ou le second degré de la brûlure ; mais l’application d’un fer chaud convertit la peau en une escarre jaunâtre , lorsqu’il ne fait que la toucher ; sèche et noire , si son application dure quelque temps. Nous avons l’image des trois degrés de la brûlure dans l’application du moxa ; si la durée de cette application est très-coürte , elle cause une inflammation superficielle ; si elle est plus longue , elle produit des phlyctènes ; si elle continue encore , elle détermine une escarre jaunâtre ; si on brûle deux ou trois cylindres de coton sur
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le incme endroit , Tescarre devient sèche , noire et croûteuse.
Tels sont les trois degrés de la brûlure , que nous avons considérés isolément , pour en donner une idée plus claire , mais qui existent souvent simultanément. Il n’y a que le premier degré qui puisse être seul. Quand le second degré a lieu , il est accompagné du premier ; et quand le troisième existe , le second et le premier l’accompagnent.
Si l’on considère la brûlure produite par la combustion des vêtemens d’une personne , ( accident qui arrive assez souvent en hiver aux femmes et aux enfans ) , on voit que certains endroits brûlés jusqu’à la désorganisation , présentent des escarres , soit jaunes , soit croûteuses et noires j dans d’autres endroits où la brûlure a été moins forte , on voit s’élever des phlyctènes j enfin , non loin de celles-ci , on n’observe qu’une légère inflammation érysipélateuse : ainsi les trois degrés de la brûlure se trouvent toujours réunis dans les bmlures considérables.
Les phénomènes de la brûlure varient à raison du degré de la maladie. Dans le premier degré de cette affection , la partie est rouge , légèrement tuméfiée , chaude et douloureuse j dans le second, il se joint à ces symptômes des phlyctènes plus ou moins nombreuses , remplies d’une sérosité jaunâtre , qui paraissent tantôt dans l’instant même de l’accident , tantôt le lendemain , ou même plusieurs jours après ; dans le troisième degré, la partie présente une escarre gangreneuse , quelquefois noire et croûteuse, d’autres fois jaunâtre et molle.
La douleur qui accompagne la brûlure est '
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toujours très-vive j en général , elle est plus intense , quand la peau n’a été brûlée qu’à sâ surface . et que l’épiderme est détaché ^ que lorsqu’elle a souffert un degré de chaleur capa* ble de détruire entièrement son organisation» Dans les brûlures fort étendues , la clou leur est quelquefois si violente > qu’elle produit les con* vulsions et nlême le tétanciSi
Quel que soit le degré de là brûlüre , lorsqu’elle à peu d’étendue , ses effets se bornent à la partie malade ; mais lorsqu’elle est fort con-^ sidérable, et sur- tout lorsqu’elle a son siège art bas- ventre ou à la poitrine , l’irritation se com-^ munique à tout le systêtue nerveux ^ la lièvrë s^allume , et le trouble de l’économie animale peut être porté au point dë se terminer ]3ar là mort 5 ou si le malade résiste à ces premiers àc-* eidens , il survient une suppuration excessivetnent abondante , à laquelle il succombe } et c’est ordinairement du vingt-cinqüiérne au quâ-* tantième jour qu’il périt»
Le diagnostic de la brûlure se tire des CÎt* constances commémoratives j et de l’examett de la partie affectée. On juge du degré de ta maladie , pâr les phénomènes qui l’accûnipa« gnent^ par la nature du corps qui l’a produite j par le degré de chaleur.de ce corps , et par là durée de son application»
Mais il est souvent difficile d^assigUer âü juste l’étendue et la profondeur de la brûlüfe ^ avant l’époque où l’inflammation est parvenue à son plus haut degré d’intensité ^ et où les par* ties qui ont été les plus affectées ^ prennent ürte couleur qui ne laisse aucun doute sur leur dé-’* sorganisation ; or, cette époque arrive du iieu-« vième au douzième jour de la maladie i c’esi
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sans doute ce qui a donné lieu à l’erreur du public , qiii pense que la brûlure continue à faire des progrès jus([u’au neuvième jour. Ce préjugé ii’a aucun fondement j tout le désordre existe dès le premier jour , mais il n’est pas toujours possible de le reconnaître , et c'est à quoi les Cliirurgiens doivent faire beaucoup d’attention , afin de ne pas donner aux malades des assurances qu’ils ne peuvent eux-memes avoir.
Le pronostic de la brûlure varie suivant le degré et l’étendue de la maladie , la nature des parties affectées, l’age et la constitution du malade.
Lorsque la brûlure est légère , c’est une maladie purement locale , une inflammation médiocre , dont tous les symptômes se bornent à la partie affectée , et la santé n’en éprouve aucune altération j mais si la brûlure est étendue , l’irritation se communique à tout le corps , et la fièvre survient comme dans les grandes inflammations. Si la brûlure est plus étendue encore , s’il y a un, membre brûlé ou que la brûlure soit presque générale , la fièvre est beaucoup plus forte ; elle est accompagnée d’une soif ardente et d’un sentiment de vive chaleur à l’intérieur j le malade éprouve des douleurs atroces aux endroits brûlés , et meurt au bout de quelques jours , quelquefois meme au bout de vingt-quatre ou de trente-six heures j c’est ce qui arrive aux ouvriers qui tombent dans la lessive des savonniers , des salpétriers , ou qui ont été brûlés dans un incendie , etc.
La brûlure est , toutes choses égales d’ailleurs , plus dangereuse chez les enfans et chez les vieillards que chez les adultes. Lorsqu’elle
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•atteint des parties dont la structure est tendre et délicate , elle est plus lâcheuse. Si elle afïécte les yeux , par exemple , il y a toujours grand danger, même lorsrpi’elle est légère., que la vue n’en soit offensée. En général , elle est plus fâcheuse aux parties qui sont à découvert, comme les mains , le cou , le visage , parce (jue lorsqu’elle est profonde , elle laisse presque toujours des cicatrices difformes , qu’elle peut produire des adhérences vicieuses , le cliangeinent de direction des parties et le rétrécissement ou même l’oblitération des ouvertures •naturelles. Dans les personnes cacochymes , et sur-tout dans celles €pii sont scorbutiques , une brûlure, même légère, dégénère souvent en un ulcère très-opiniâtre. On voit combien il importe dans le pronostic, de faire atten- .tion à toutes ces circonstances , de crainte ({u’on n’attribue par la suite au Chirurgien , les maux qui peuvent en résulter , s’il n’a pas la précaution d’annoncer qu’ils sont à craindre.
Il n’est peut-être pas de maladie dont le traitement ait été moins assujetti au raisonnement , que celui de la brûlure. Long- temps elle a été traitée d’une manière purement empirique , et chat[ue praticien a vanté les remèdes’ (jni lui ont réussi. L’un conseille les émolliens ; l’autre , les astringens et les ré[>ercussiis. Mais les indications curatives de la brûlure doivent être tirées des dilierens degrés de la maladie.
Dans le premier degré , les humeurs ont une tendance à affluer dans la partie j l’irritation les y attire , et l’inflammation ne manque pas de se développer. Si l’on est appelé dans l’instant même de l’accident , on doit chercher à
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diminuer la sensibilité de la partie , et à opérer dans les vaisseaux un resserrement qui empêclie l’abord des humeurs. Or , le remède le plus convenable pour remplir ces indications , est l’acétate liquide de plomb ( extrait de saturne ) niclé avec de l’eau très-froide j ce qu’on norarne vulgairement eau végéto-minérale ou do Goulard. Mais il faut mettre une plus grande quantité d’acétate de plomb que Goulard n’en mettait ; deux cuillerées au moins sur chaque pinte d^eau , au lieu d’une. On plonge la partie dans ce liquide, qu’on a soin de renouveler à mesure qu’il s’échauffe , et on l’y laisse pendant plusieurs heures de suite. Dès le moment de l’immersion , le malade éprouve un soulagement très grand. Lorsqu’on a retiré la par» tie malade de ce bain local , on la couvre avec des compresses trempées dans le même liquide , et on les arrose de temps en temps. Au défaut d’acétate de plomb , on peut se servir d’eau froide simple.
Si la forme de la partie ne permet pas de la plonger dans ce bain froid , par exemple , si la brûlure est au visage , alors le malade penchera sa tête au-dessus d’un vase , et l’on fera , avec une éponge fine , des ablutions du même remède. Ln employant ce moyen , nous avons vu souvent des brûlures du premier degré , avorter pour ainsi dire , et l’inflammation zie pas se développer.
Si l’impression du corps brûlant a été plus profonde , que l’application des répercussifs n’ait pas suffi pour prévenir l’inflammation J ou si la brûlure a été mai traitée , et que l’inflammation soit survenue , on einployera les éatolliens et les anodins , soit squs forme de
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fomentation , soit sous celle de cataplasme, suivant la profondeur de l’engorgement.
Dans le second degré de la brûlure ^ que nous avons dit être accompagné de 'vésicules , il convient encore de plonger la partie dans de l’eau végëto-minérale , ou de l’arroser avec cette eau. Rien n’est plus propre à modérer la douleur vive dont cette espèce de brûlure est accompagnée , et à empêcher l’afflux des humeurs et la tension inflammatoire qui en est le résultat.
Les phl-yctènes qui s’élèvent sur la partie , dans ce degré de la brûlure , ne doivent être j ouvertes qu’au bout de quelques jours , lors- || que l’irritation causée par l’action du calorique est calmée ; le moindre accès de l’air à la surface de la peau privée de son épiderme , étant, avant cette époque, extrêmement douloureux. Mais quand cette irritation est appaisée , on peut ouvrir les phlyctènes sans crainte , pour faire sortir la sérosité qu’elles contiennent J on doit même le faire alors , pour em.»
Ï)êcher que cette sérosité , en séjournant trop ong-temps sur la surface de la peau , n’y produise des ulcérations. L’ouverture des plilyctènes doit être faite à leur partie inférieure , par de simples piqûres , afin de ne donner à l’air que le moins d’accès possible ; on doit surtout éviter d’enlever l’épiderme , pour ne pas mettre à nu les houppes nerveuses de la peau, dont la sensibilité , comme on sait , est trèsexquise.
I4a partie étant retirée de l’eau végéto-rainérale , ou de l’eau simple dans laquelle on l’a tenue plongée , on couvre les endroits dépouillés de leur épiderme , et ceux sur lesquels il s’est formé des phlyctènes , avec des linges lins
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enduits de cérat , ou de tout autre onguent adoucissant , et on met par-dessus des compresses trempées dans la dissolution d’acétate de plomb. Lorsque la doiüeur est si vive que le malade ne peut soulïrir un appareil quelconque , on enduit la partie avec un liniment composé de parties égales d’eau de chaux et d’huile de lin ou d’olives , récente , qu’on étend presque sans interruption au moyen d’un pinceau bien souple. S’il survient un gonflement inflammatoire considérable aux parties qui confluent à celles qui sont dépouillées de leur épiderme et superficiellement ulcérées , on substitue à l’eau végéto-minérale , des fomentations éjnollientes et anodines , ou des cataplasmes de même espèce.
La suppuration qui accompagne le second degré de la IjrCdure , est plus ou moins abondante suivant que le tissu de la peau a souffert plus ouanoins de l’impression du calorique. Lorsque cette impression est légère, la partie de la j)cau qui a été dépouillée de son épiderme peut se dessécher sans suppuration , surtout si l’on a eu soin de réprimer l’abord des humeurs par l’usage long-temps continué , des répercussils. Mais lorsque la surface du derme a été profondément affectée, la suppuration est ordinairement fort abondante, et alors les pansemens doivent être plus souvent répétés : il convient même de pratiquer de petites ouvertiires aux eiiqjlatres de cerat dont on couvre la partie , afin (jue le pus ne soit pas retenu , dons 1 intervalle d’un pansement à l’autre, entre ces emplâtres et la surface exulcérée. La quantité de suppuration fournie par une brûlure de ce genre, étonnait beaucoup Fabrice de Hildan ,