CHAPITRE PREMIER
De U Injlammation.
T/intlammation est au nombre des maladies dont la nature est inconnue, et qu’on ne peut en conséquence définir que par l’exposition de leurs symptômes essentiels.
On dit qu’une partie est enflammée , quand cette partie est rouge , tuméliée, douloureuse, tendue et plus chaude que dans l’état naturel.
Le nom de cette maladie a été tiré de la ressemblance qu’on a trouvée entre les phénomènes qu’elle présente et ceux que produit une forte chaleur sur une partie quelconque du corps vivant J et en effet , cette ressemblance est parfaite. Que l’on approche, par exemple, la 1, ^
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dos de la main d’un brasier ardent , on sentira d’abord une forte chaleur , qui presque aussitôt sera accompagnée de démangeaison , puis d’un léger picotement qui bientôt se changera en douleur. Si l’action du calorique continue, la partie exposée au feu devient rouge : elle augmente de volume , et offre enfin tous les phénomènes de l’inflammation. Aussi les médecins de tous les pays ont-ils senti l’analogie qui existe entre les caractères de cette maladie et les effets du calorique sur l’économie animale j et dans toutes les langues , le mot qui correspond au mot français inflammation, exprime la même idée. Ainsi , chez les Grecs , cette affection a été désignée sous le nom de cpxayuTu, deç>My(t , je brûle ; chez les Latins , ]iar celui diinflajnmatio , etc. Au reste, il ne faut pas perdre de vue que le mot inflammation est un terme purement abstrait, employé pour indiquer l’ensemble des phénomènes qui se développent dans une partie affectée de la maladie dont il s’agit , et qui n’exprime ni la cause ni la nature de cette maladie.
L’inflammation a son siège dans le tissu cellulaire , et spécialement dans le réseau vasculaire très-délié que forment dans ce tissu les dernières ramifications artérielles, soit que les ramuscules qui composent ce réseau admettent dans l’état naturel les globules rouges , soit qu’ils ne laissent passer que des sucs blancs. Il suit delà que cette maladie peut attaquer toutes les parties qui présentent dans leur texture un réseau vasculaire capillaire , soutenu par du tissu cellulaire.
Au premier rang des parties ainsi disposées , doivent être placée*, le tissu cellulaire, proprement dit , qui , situé au-dessous de- la peau ,
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l’unit aux organes sous-jacens, et s’enfonce dans leurs interstices 5 2.^ la peau , cette ineinlirane extrêmement composée , (pii ]iréserite dans sa structure une quantité jirodigieusc de vaisseaux et un nombre infini de filets nerveux , auxquels elle doit la sensibilité exquise dont elle estdouée.
Le second rang est occupé parles membranes séreuses et muqueuses.
Viennent ensuite les viscères , qui sont d’autant plus susceptibles d’inflammation , qu’il entre dans lejir texture une quantité plus grande de tissu cellulaire , et que le réseau vasculaire y est plus serré. C’est ainsi que les poumons , organes très- vasculaires et celluleux, sont beaucoup plus sujets à s’enflammer que le foie et les autres viscères. Mais tous , sans en excepter le cerveau , dans lequel cependant l’anatomie n’a pas encore démontré de tissu cellulaire , peuvent être affectés d’inflammation.
Les muscles , les vaisseaux , les nerfs , les tendons , les liganiens , les cartilages et même les os peuvent s’enflammer.
Il convient de faire une distinction à l’égard des tendons. Ceux qui sont longs, grêles, secs , qui ne reçoivent d’autres vaisseaux sanguins
3ue ceux qui y abordent par la partie charnue es muscles , ne nous paraissent pas suscepti- })les d’inflammation ; tels sont les tendons extenseurs et fléchisseurs des doigts. Aussi voit-on dans le panaris , le tendon du doigt qui en est le siège rester intact , tandis que le tissu cel lulaire suppure à la suite de l’inflammation vive dont il a été affecté. Lorsque le panaris a été ouvert trop tard , 011 trouve ce tendon parfaitement isolé et avec sa couleur naturelle : le contact de l’air u’en détermine imllement l’inflam-
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jiiatiüTi . il est lra])péà mort cependant , etl’exloüation en ilevient nécessaire.
Mais les tendons plus ou moins gros , environnes d’un tissu cellulaire parsemé de vaisseaux gan^’iiins , ([ui s’introduit dans l’inlervalle des laisceaux dont ces tendons sont com])osés , sont susceptibles d’iiiÜammation. Voilà ]iourcpioi les deux bouts du tendon d’acliille Coupé en travers^ s’enllammeiitet se couvrent de bourgeons charnus, lorscpu’ou n’a jias piis soin de réunir la plaie par la situation et un bandage convenables. H est cependant une circonstance où les tendons de cette deniiere es])èce ne s’enflamment pas ; c’est lors(|u’ils ont été dépouillés de leur tissu cellulaire , comme cela a lieu , par exemple , dans un érysijièle ])hlcgmoneux où ce tissu a été détruit par la gangrène , ou entraîné parla su])puratiou ; alors leur exl’oliation devient nécessaire , tandis cjue dénudés jiar une simple plaie, sans être entièrement déi)Ouiilés du tissu cellulaire (jui les environne, ils se couvrent hlentôt d’une substance rouge, granifbrme , et ne s’exFolieut ])as. La meme chose a lieu pour les aponévroses.
Les j)arties qui ne sont jamais attaquées d’inflammation , sont l’éjuderme , les ongles , les cheveux et les poils j aussi ces ])arties n’ont' encore ofï’ert à ranatomlste aucune trace sensible do vaisseaux sanguins.
L’inflammation reçoit diflerens noms , suivant les parties du corps qu’elle afïccte. On la nomme cphthalmic , lorstju’elle attaijue l’œil j esquinanevé?^ lorsqu’elle occupe la gorge ou le larynx j’ péripneumonie , lorsqu’elle a son siège dans' les poumons 3 hépatite , quand elle a lieu au foie, etc.
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Cette maladie présente beaucoup de variétés qui sont relatives à sa marche , à son intensité, au sexe , à l’âge , au tempérament , aux saisons et aux climats.
Elle met plus ou moins de temps à parcourir ses périodes , suivant le dévelopj)einent des propriétés vitales des organes qui en sont le siégé , l’état particulier de ces organes , etsuivant l’énergie de la cause qui l’a déterminée. A cet égard , l’inflammation a été distinguée en aiguë et eu chronique. On voit un exemple frappant de la différence de sa marche dans l’inflannnation des os , comparée à celle du tissu celhdaire : dans les os , elle est tellement lente , qu’elle ne se termine souvent qu’après plusieurs mois ÿ dans le tissu cellulaire , tous ses phénomènes se succèdent avec une rapidité étonnante.
L’intensité de rinflamination offre un grand nombre de degrés dans les diverses parties qu’elle affecte. N’observe-t-on pas en effet des nuances infinies à la peau , de]^uis la phlogose la })lus légère , jusqu’à l’érysipèle phlegmonerux le plus considérable J dans les membranes muqueuses , depuis le catarrlie simple de la gorge , jusqu’à Eangine gangréneuse; dans la plèvre , parmi les membranes séreuses , depuis le ])oint pleurétique le moins douloureux , jusqu’à la pleurésie la ]dus intense ?
Relativement à l’âge , c’est spécialement par son siège que l’inflammation offre des différences. Dans l’enfance, c’est princi])alemciit à la peau , dans les glandes lymphatiques et dans les membranes muqueuses, que l’on voit snrve^ nir des inflammations ; delà les éruptions de toute espèce , les eiigorgemens glanduleux , les rhumes , etc.
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A la puberlé et dans la virilité commençante , ce sont les organes contenus dans la poitrine , fjui sont le plus ordinairement le siège de rinflanimation. Aussi ces époques de la vie sont-elles signalées par la fréquence des péripneumonies et des pleurésies.
Dans la virilité confirmée , et sur-tout dans la virilité décroissante , les inflammations , qui d’ailleurs sont ]ieu fréquentes , n’atta([ueiit guères que les organes contenus dans l’abdomen ; c’est alors (jue l’on voit se manifester les entérites , les dysenteries , l’hépatite , la néphrite , l’inflannnatlon de la rate ^ les héinorrhoïdes , etc.
Dans la vieillesse , toutes les parties du corps , se rapprochant du même état par leur défaut d’énergie , ne paroissent pas plus disposées à s’enflammer les unes f[ue les autres.
Relativement au sexe , on voit les femmes , dont le système lymphatique est en générai plus développé que celui de l’homme , présenter aussi des inflammations plus fréquentes de ce système.
Quant aux saisons et au climat , on observe dans les saisons froides , et dans les régions septentrionales , beaucoup plus de péripneuiiionies , d’affections catarrhales et de rhumatismes , que dans les saisons et les régions chaudes , où les inflammations les plus fréquentes sont les dysenteries et les éruptions cutanées.
Quelles que soient les différences que présente l’inflammation, tant sous le rapport de sa marche et de son intensité , que sous le rapport de son siège, elle est tantôt idiopathique ou essentielle , et tantôt symptomatique ou
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accidentelle, comme lorsqu’elle vient compliquer une plaie , une fracture , etc.
Les causes de riiiflammation , comme celles des autres maladies , se distinguent en prochaines et en éloignées.
La cause prochaine de l’inflammation est l’afflux du sang et son engorgement dans les vaisseaux capillaires de la partie enflammée. On a imaginé plusieurs théories pour se rendre raison de l’afflux du sang dans les parties affectées d’inflammation. De ces théories , qui toutes sont hypothétiques , la plus célèbre est celle de Boërhaave. Comme elle a été la plus généralement admise , et qu’elle est encore enseignée dans plusieurs écoles , nous allons en faire une courte exposition j mais pour cela , il nous faudra entrer dans quelques détails d’une anatomie purement spéculative, sur laquelle cette théorie est fondée.
Suivant Leeuwenhoeck , qui le premier a fait des expériences microscopiques sur l’économie animale , un glo!)ule sanguin est composé de la réunion de six globules jaunes, et chaque globule jaune est composé de six globules séreux , de manière que les uns sont formés par les autres , et que les globales composés peuvent se diviser et se réduire à l’état de globules primitifs.
Boërhaave conclut des expériences de Leeuwenhoeck , qu’il devait exister , dans le système vasculaire , autant d’ordres de vaisseaux , que ce physicien avait observé d’ordres de globules dans le sang. Il prétendit en conséquence, i.° que chaque artère capillaire sanguine , arrivée à son extrémité , se partageait en deux rameaux , dont l’un se continuait avec