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COMPLICATIONS ET SUITES

Il n'y a pas encore bien longtemps, la vulvo-vaginite des petites filles était considérée comme une maladie tenace, mais généralement légère et sans conséquence, parce qu'on la considérait comme une affection locale dont les manifestations ne se faisaient sentir que dans une région très limitée. La bactériologie et l'observation clinique en même temps que les recherches anatomiques et expérimentales n'ont pas tardé à montrer que la vulvovaginite gonorrhéique des petites filles se comportait comme une gonorrhée de toute autre muqueuse, c'est-à-dire qu'elle pouvait s'accompagner d'affections d'autres organes et de phénomènes généraux qui en partie directement, en partie indirectement, dépendaient du processus gonorrhéique.

Pendant longtemps ou a pensé que le gonocoque ne pénétrait que dans l'épithélium cylindrique et ne provoquait dans les muqueuses qu'une inflammation superficielle. Les reeherches ultérieures ont montré que non seulement les gonocoques pénétraient dans l'épithélium pavimenteux stratifié, mais encore qu'ils passaient dans le tissu conjonctif sous-épithélial et sous-muqueux et pouvaient y provoquer de l'inflammation et même de la suppuration. De cette façon il a été démontré que le gonocoque pouvait cheminer le long des travées conjonctives, traverser le parenchyme des tissus et des organes et provoquer ainsi des inflammations éloignées de son foyer primitif. Les expériences de Wertheim ont fait voir que, des organes génitaux externes, le gonocoque peut passer dans les parties supérieures et internes du canal génital et provoquer ainsi de l'endométrite, de la salpingite, des abcès ovariques et de la péritonite circonscrite. Dans l'exsudat pleurétique d'une fillette de 11 ans qui a été violée et avait une pleurésie et une polyarthrite, Bordone-Uffreduzzi a trouvé des gonocoques aussi bien à l'examen microscopique que par le procédé de culture. Neisser aussi a publié un cas où l'exsudat pleurétique renfermait des gonocoques. Leyden et €ouncilman ont constaté l'existence, chez les adultes, d'une endocardite gonorrhéique avec gonocoques dans l'exsudat fibrineux qui se trouvait sur les valvules. La présence des gonocoques a été encore signalée dans d'autres produits inflammatoires et principalement dans les abcès consécutifs à la gonorrhée. Toutes ces observations montrent d'une façon certaine que, d'une muqueuse gonorrhéique, les gonocoques

{A. EPSTEIN.}

peuvent pénétrer dans le sang (gonohémie) et produire des métastases dans des points éloignés.

11 est aujourd'hui démontré que la complication la plus fréquente de l'inflammation gonorrhéique des muqueuses, l'arthrite gonorrhéique, est produite par un processus métastatique dû à la pénétration des gonocoques dans l'articulation, le tissu péri-articulaire, les gaines synoviales ou le périchondre. Comme l'a fort bien montré Souplet, les idées sur le rhumatisme blennorragique ont subi avec le temps desinoditications considérables. Si Swediaur (1781) a déjà pensé à la nature métastatique de cette affection, il est certain que plus tard sa théorie tomba dans l'oubli quand la •çonorrhée fut déclarée processus inflammatoire purement local. Peter niait même le rhumatisme blennorragique et considérait les manifestations articulaires de la blennorragie comme un vulgaire rhumatisme. Fournier croyait à un réflexe de la muqueuse urét raie enflammée. Après la découverte de Neisser, Bouchard (1882) émit le premier l'opinion que le rhumatisme blennorragique était dû à une infection générale par des gonocoques, comme semblait le montrer la présence des gonocoques dans le sang de quatre malades atteints d'arthrite gonorrhéique qu'il a observés. Peu de temps après, Pétrone, Kammerer, Uorteloup et autres, ont signalé la présence des gonocoques dans l'épanchement articulaire. Nous reviendrons plus loin sur ces faits à l'occasion des constatations faites chez des enfants.

Nous n'avons jusqu'à présent considéré que les complications purement gonorrhéiques, c'est-à-dire les complications provoquées exclusivement par le gonocoque. Mais les complications peuvent aussi être produites par une infection secondaire ou mixte. Les bactéries pyogènes qui pullulent au milieu des gonocoques peuvent passer de la muqueuse enflammée dans la circulation et produire des métastases pyohémiques. C'est de cette façon qu'on peut s'expliquer les cas où les produits inflammatoires ne renferment pas de gonocoques, mais seulement des streptocoques et des staphylocoques. D'autres observations font encore penser que les gonocoques pénètrent avec les microcoques pyogènes, mais que ces derniers les repoussent, les détruisent progressivement. On a enfin formulé une opinion d'après laquelle certaines complications seraient produites par la résorption des produits toxiques des gonocoques.

Telles sont nos connaissances actuelles sur la question des complications de la gonorrhée. Les complications de la vulvo-vaginite gonorrhéique des petites filles sont relativement rares. Mais il est probable que, si on avait l'habitude, à l'occasion de diverses maladies, de penser à un rapport possible avec la vulvo-vaginite, on aurait eu plus souvent l'occasion de constater l'existence des complications dans cette affection.

Les complications de la vulvo-vaginite peuvent se produire de plusieurs façons : tantôt il y a transport des sécrétions delà muqueuse malade sur une autre qui s'infecte à la suite; tantôt l'inflammation se propage, par contiguïté, aux organes génitaux internes, au péritoine, ou aux parties internes de l'appareil urinaire; tantôt enfin, les gonocoques ou d'autres micro-organismes pénètrent dans le sang et provoquent des métastases internes ou des phénomènes généraux.

Blennorrhée secondaire de la conjonctive. — A la suite d'Arlt (1881) qui a le premier mentionné la coïncidence de la blennorrhée conjonctivale aiguë avec l'écoulement vaginal chez des fillettes de c2 à 6 ans, un grand nombre d'auteurs, parmi lesquels il convient de citer Hirschberg (1884), ont montré les liens étiologiques qui existent entre ces deux affections, et prouvé l'infectiosité, pour l'œil, de l'écoulement vaginal des petites filles. Depuis cette époque l'examen bactériologique des sécrétions conjonctivales

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a permis d'établir un grand nombre de fois le caractère gonorrhéique des ophtalmies purulentes des petites filles. A côté des cas d'auto-infection on en a publié d'autres où l'infection a eu lieu par l'intermédiaire d'une personne. Dans un cas, une infirmière s'est infectée l'œil au moment où elle donnait une injection vaginale à une fillette, et le perdit (Cséri). Une fillette de i ans atteinte de vulvo-vaginite toucha avec son doigt l'œil gauche d'une autre fillette de 7 ans : peu de temps après la seconde fillette était prise d'ophtalmie purulente à gonocoques, suivie de gonite (Morax). D'une façon générale on admet que la gonorrhée transmise de cette façon évolue ordinairement d'une façon plus bénigne et plus rapide que chez les nouveau-nés. Toutefois on connaît des cas où la lésion oculaire s'est terminée par l'ulcération ou la perforation de la cornée. La rareté relative de ces blennorrhées secondaires dans la vulvo- vaginite doit être attribuée à la moindre susceptibilité à l'infection blennorragique de la conjonctive des grands enfants.

Muqueuse utérine, trompes, péritoine. — Bien que chez les petites filles on n'ait pas encore constaté anatomiquementla propagation de l'inflammation à la muqueuse utérine, on peut néanmoins admettre la possibilité de cette complication, puisque les foyers d'inflammation secondaire peuvent, comme nous allons le voir dans un moment, se rencontrer même au delà de l'endomètre. Hofmeier admet que certaines endométrites des jeunes femmes peuvent même provenir d'une vulvo-vaginite ayant existé pendant l'enfance.

Les observations de pyosalpinx et de péritonite chez des petites filles consécutivement à la vulvo-vaginite sont particulièrement intéressantes, quoique l'examen bactériologique et anatomique de ces cas n'ait pas été fait avec toute la précision désirable.

Observation de Lovén (1886). — Une fille de 5 ans est prise de vomissements. Deux jours après on trouve sur les draps de son lit des taches qui conduisent à faire l'examen génital qui permet de constater l'existence d'un écoulement purulent. Il se développe ensuite une péritonite avec douleurs dans l'épaule. Mort avec des phénomènes de septicémie. L'autopsie montre l'existence d'une péritonite généralisée. Les parois du petit bassin sont couvertes d'un exsudât purulent épais. La muqueuse vaginale et celle de l'utérus sont tuméfiées, érodées, congestionnées. Les deux trompes renferment du pus jaune, épais. Les ovaires sont tuméfiés; le gauche est le siège d'un abcès. Les mucosités vaginales contiennent des gonocoques; dans le pus péritonéal on trouve des streptocoques.

Observation de Francis Huber (American Pédiatrie Society, 1889). — Fille de 7 ans atteinte de vulvo-vaginite et d'urétrite. Écoulement assez abondant, de couleur verdâtre (pas d'examen bactériologique). Anémie, constipation. Au cours du traitement, l'enfant est prise de vomissements opiniâtres et de phénomènes péritonitiques avec hypothermie et collapsus. Dans l'idée d'une appendicite avec perforation, on fait la laparotomie. L'opération permet de constater l'existence d'une péritonite séro-purulente diffuse. L'appendice est normal. Par contre, l'orifice abdominal de la trompe droite est trouvé enflammé et épaissi. Mort 20 heures après l'opération. Huber pense que le point de départ de la péritonite a été la vulvo-vaginite. Dans une communication ultérieure, il est revenu sur ce cas pour dire que, quelque temps après la mort de son opérée, il a eu à soigner, pour une gonorrhée chronique, le frère aîné de la petite malade.

Huber a communiqué encore un second cas, analogue, de péritonite diffuse, à la suite de la vulvo-vaginite chez une lille de 4 ans. Mort après la laparotomie. L'opéra-

lion montra quo les trompes étaient épaissies et dans un état d'inflammation aiguë. L'appendice était normal. — A côté de ces ras qui se sont terminés par la mort, Huber a vu plusieurs cas de péritonite subaiguë à la suite de vulvo-vaginite chez les petites filles qui ont guéri.

Dos cas de péritonite mortelle à la suite de vulvo-vaginite ont encore été publiés par Caillé chez une enfant de 5 mois (gonorrhée chez la mère, ophtalmie et catarrhe vulvo-vaginal chez reniant), par Steven chez une enfant de 4 ans, par Baginsky chez une enfant de 11 ans : dans ce dernier cas, il y avait des gonocoques et des staphylocoques dans les sécrétions vaginales, et à L'autopsie on trouva une péritonite di (l'use, du pus dans l'espace de Douglas, une salpingite suppurée et des abcès dans les ovaires. Un cas de péritonite « gonorrhéique », qui a fini par guérir, a été publié par Hatheld.

Saenger, qui a observé une péritonite violente à la suite dune infection gonorrhéique chez une fille de o ans et demi, soutient que certains cas de pyosalpinx et de péritonite enkystée qu'on observe chez les jeunes femmes proviennent d'une gonorrhée acquise pendant l'enfance; et, à cette occasion, il décrit les signes de l'inflammation d'origine obscure qui persiste encore, après l'évolution du processus, sur la séreuse du bassin de jeunes fdles de 15 à 20 ans. Currier suppose qu'un grand nombre de cas d'arrêt de développement et de déformation de l'utérus, qui s'accompagnent de troubles dysménorrhéiques et de stérilité, peuvent relever d'une vulvo-vaginite datant de la première enfance. Notre expérience personnelle, relative aux conséquences tardives que la vulvo-vaginite infantile peut avoir pour la santé de l'enfant devenue pubère et épouse, est encore trop limitée et peut seulement se compléter par des cas appropriés, observés en ville, dans des faimllos. Mais si les théories qui viennent d'être exposées devaient se confirmer, il faudrait compléter l'opinion de Noegerrath et dire que ce n'est pas toujours de la chaudepisse du mari que viennent tous les malheurs conjugaux, mais (pie quelquefois il faut aussi incriminer la chaudepisse, depuis longtemps oubliée, du père.

Quoi qu'il en soit, les observations faites jusqu'à présent doivent nous faire penser que, dans la péritonite des petites filles, les organes génitaux peuvent servir de porte d'entrée à l'inflammation. 11 est intéressant de noter que certains auteurs attribuent aux filles une prédisposition particulière à la péritonite dite idiopathique. En 1842, Duparque a décrit sous le nom de « péritonite aiguë des jeunes filles », une forme de péritonite qu'il a principalement observée chez des filles allant, déjà à l'école. Mais, même dans les étals inflammatoires circonscrits et moins bruyants de l'abdomen, dans les états qui, par exemple, donnent l'impression d'une pérityphlite, il sera aussi indiqué de se demander s'il n'y a pas relation avec une vulvovaginite ancienne ou encore en train d'évoluer. Chez plusieurs filles de 8 à 10 ans, que j'avais soignées quelques années auparavant pour une vulvovaginite, j'ai observé l'apparition, à la suite d'une fatigue physique (marche prolongée, danse, patinage), de douleurs diffuses très vives au-dessus du pubis et dans la région hypogastrique ; ces douleurs s'accompagnaient quel-

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quefois d'un court mouvement fébrile, de fréquents besoins d'uriner et persistaient pendant un temps assez long.

Vessie et reins . — Les manifestations du côté de l'appareil urinaire consistent ordinairement en des phénomènes d'irritation vésicale apparaissant à la suite de l'urétrite et qui se manifestent par des besoins fréquents d'uriner et de la douleur pendant la miction. Une véritable cystite gonorrhéique, c'est-à-dire une cystite produite par la pénétration des gonocoques dans la muqueuse vésicale, a été observée par Wertheim dans un cas de vulvo-vaginite gonorrhéique chez une fille de 9 ans qui avait été violée et qui présentait des métastases gonorrhéiques dans les deux poignets. Dans le cas de cystite, à la suite de vulvo-vaginite, communiquée par Berger, l'urine était trouble, ammoniacale, et présentait un dépôt muco-purulent ; il y a eu, dans la suite, des phénomènes de rétention d'urine. Les rapports étiologiques entre la vulvo-vaginite et les cystites coli-bacillaircs, qu'on rencontre assez souvent chez les enfants et surtout chez les tilles, ne sont pas encore suffisamment établis. Dans les cas de cystite coli-bacillairc observés par Escherich, il existait plusieurs fois un écoulement vaginal. Haushalter a publié une observation de cystite à coli-bacilles venant compliquer la vulvovaginite chez une fille de 8 ans. Hutinel, qui a vu cette complication survenir dans plusieurs cas bien observés, pense (pie la vulvo-vaginite chronique antérieure crée un terrain favorable pour la pullulation et la propagation des coli-bacilles et constitue, de cette façon, une cause occasionnelle de la cystite. Si je m'en rapporte à mon expérience personnelle, je puis dire que la cystite constitue chez les enfants une complication assez fréquente, surtout chez les nourrissons atteints de gastro-entérite et que lorsqu'elle apparaît on observe constamment une congestion et une tuméfaction intense de la muqueuse vulvovaginale avec ou sans hypersécrétion. La possibilité à cet âge d'une cystite coli-bacillaire a été dernièrement démontrée par les recherches de Finkelstein.

Goldberg, qui a dernièrement attiré l'attention sur la grande fréquence (dans un septième des cas) de l'albuminurie vraie dans la gonorrhée des adultes, attribue cette albuminurie à l'infection métastatique ou à l'intoxication. Nous ne possédons pas encore de recherches systématiques sur l'albuminurie dans la gonorrhée des enfants. Berggrùn a rapporté un cas de gonorrhée chez une fille de 7 ans qui probablement avait été violée; sa gonorrhée était compliquée de goiiite, et l'examen de ses urines montra la présence des cylindres hyalins et d'une quantité moyenne d'albumine.

Fissures à l'anus. — Comme nous l'avons déjà dit plus haut, à la suite de la macération de la peau par les sécrétions, on peut voir se développer sur le périnée, surtout chez les enfants malpropres, de petites érosions qui quelquefois s'étendent à l'anus. Mais dans plusieurs cas j'ai trouvé de véritables fissures anales et tous les symptômes pénibles de cette affection. Ordinairement c'étaient justement ces symptômes qui me faisaient examiner l'anus de l'enfant et découvrir, à cette occasion, la vulvo-vaginite. Je crois qu'il ne s'agit pas là d'une simple coïncidence, mais que la vulvo-vaginite joue plutôt le rôle de cause occasionnelle en cas de prédisposition à la formation des fissures.

IA. EPSTEIN]

RHUMATISME BLENNORRAGIQUE

Nous avons conservé le nom de « rhumatisme » de préférence à celui d' « arthrite » devenu actuellement d'un usage courant, parce qu'il ne s'agit pas toujours d'exsudals intra-arliculaires, et que souvent seuls les tissus péri-articulaires et les gaines synoviales sont atteints. Ce sont principalement les observations faites chez des enfants qui ont élargi nos connaissances sur la nature des alï'ections articulaires qu'on observe dans la blennorragie. Depuis la communication de Cl. Lucas qui, en 1885, a observé l'apparition des inflammations articulaires chez 4 nouveau-nés atteints de blennorrhée des yeux, le nombre des observations analogues s'est multiplié d'une façon considérable. Parmi ces observations, il convient de citer comme particulièrement importantes celles de Deutschmann (1890) et de Lindemann (1892), qui ont montré que dans ces cas l'exsudat articulaire renfermait des gonocoques. Plus importante encore sous ce rapport est l'observation de Hoeck (1895) qui, par le procédé des cultures, a montré la présence exclusive des gonocoques dans l'exsudat articulaire chez un enfant atteint de blennorrhée des nouveau-nés et qui présentait une arthrite du genou. Dans un cas d'ophtalmoblennorrhée, compliqué d'arthrite du genou gauche et terminé par la mort avec des phénomènes de pyohémie, qui a été observé chez un nouveau-né par Finger, l'examen bactériologique détaillé a donné les résultats suivants : l'examen microscopique et bactériologique de l'exsudat articulaire retiré, pendant la vie, par la ponction du genou, montra la présence exclusive des gonocoques; après la mort on trouva des gonocoques seuls dans un abcès développé autour d'un cartilage costal, des gonocoques et des streptocoques dans le genou gauche et dans un abcès péri-arliculaire de la cuisse gauche, enfin des streptocoques seuls dans l'articulation temporo-maxillaire gauche et dans le pus du phlegmon du cou et du média s tin qui s'était développé à la suite de l'arthrite du maxillaire.

Des observations de rhumatisme gonorrhéique dans la vulvo-vaginite des petites filles ont été publiées par Philpot (1885) et par Hartley (1887). Ce dernier a observé 4 cas d'arthrites chez des filles de 5 à 8 ans et constaté la présence des gonocoques dans l'exsudat articulaire. D'autres cas ont été publiés par Koplik, Cahen-Brach, Ollivier, Béclere, Lop, L. Guinon, Richardière, Vignaudon, Marlan et autres. Dans la thèse de Vanuxcem

(1895) on trouve 14 cas de ce genre recueillis dans la littérature, 15 cas où l'arthrite s'était développée à la suite de l'ophtalmie purulente, et une observation personnelle d'arthrite chez un garçon de i ans atteint d'urétrite gonorrhéique; toutes ces observations servent à l'auteur pour l'étude du rhumatisme blennorragique chez l'enfant. J'ai trouvé dans la littérature 2$ cas de rhumatisme d'origine vulvo-vaginale, auxquels je puis ajouter deux cas personnels. 11 convient enfin de citer le cas particulièrement intéressant de tendo-vaginalite gonorrhéique chez une fille de 4 ans publié par Seifert

(1896) et dans lequel l'ensemencement du pus retiré par ponction du poignet donna naissance à une culture pure de gonocoques.

Les {'ormes de rhumatisme gonorrhéique observées jusqu'à présent peuvent, au point de vue anatomique. se diviser en arthrites, périarthrites, synovites; quelquefois ces variétés se trouvent combinées chez le même malade, si bien que cliniquement il n'est pas toujours possible de préciser le siège de l'affection. 11 existe un cas tout à fait isolé de carie, d'origine gonorrhéique, de l'articulation de la hanche avec gonocoques dans l'articulation (Sonnenburg) .

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Comme dans le rhumatisme blennorragique des adultes, Parthrite frappe, chez les enfants, ordinairement une seule articulation ou quelquefois plusieurs. Par ordre de fréquence, les articulations atteintes sont le genou, les articulations de la main et du pied, plus rarement la hanche, le coude, l'épaule et les autres articulations. Contrairement à ce qu'on observe chez les adultes, la marche de l'arthrite est, chez les enfants, plus bénigne et moins longue. Les inflammations séreuses du genou (hydarthrose du genou) avec épanchement considérable et ballottement, qu'on voit chez les adultes traîner et persister pendant des mois et des années, ne s'observent pas chez les enfants. De même les troubles persistants, l'ankylose, les hyperostoses, les déformations articulaires, semblent très rares chez les enfants. L'atrophie musculaire par inactivité, qu'on a notée dans plusieurs cas, est passagère et disparaît après la guérison de l'arthrite et sous l'influence d'un traitement approprié.

, L'arthropathie peut apparaître, comme complication, à n'importe quel moment de la vulvo- vaginite. On a vu l'arthrite survenir quelques jours après l'infection aussi bien que plusieurs mois après l'apparition de la vulvo-vaginite. Le cas personnel de vulvo- vaginite chronique que j'ai rapporté plus haut, semble montrer que l'arthrite peut survenir plusieurs années après l'infection vulvo-vaginale.

D'après la marche et la gravité des symptômes locaux et généraux, on peut distinguer trois types d'arthrite blennorragique : une forme subaiguë, une forme aiguë et l'arthrite suppurée. La marche subaiguë de l'arthrite semble la règle chez les fillettes ayant dépassé l'âge de 2 à o ans, tandis que chez les enfants plus jeunes et surtout chez les nourrissons et les nouveaunés les arthropathies s'accompagnent de phénomènes graves et se terminent assez souvent par la suppuration.

L'arthrite subaiguë débute quelquefois sous forme de douleurs vagues dans une région du corps, lesquelles douleurs se localisent ensuite à une articulation ; les phénomènes inflammatoires deviennent alors manifestes ou bien ils apparaissent sans symptômes prodromiques. La tuméfaction, les douleurs et l'impuissance fonctionnelle sont d'intensité moyenne. L'élévation de la température peut faire entièrement défaut ou n'être que de courte durée. La forme aiguë est caractérisée par l'évolution rapide des symptômes, par une fièvre vive, par des douleurs intenses, par la tuméfaction et l'inflammation considérables des tissus, par des troubles graves des fonctions motrices. C'est dans ce cas que le soupçon de la suppuration vient souvent à l'esprit. Malgré la gravité de la lésion, la forme suppurée, qui n'est pas rare, n'a pas dans son évolution ultérieure de conséquences graves au point de vue du rétablissement des fonctions articulaires à la condition qu'il ne s'agisse pas de nouveau-nés débiles. En effet, le processus en question n'est pas une ostéite des extrémités articulaires, mais plutôt une périarthrite suppurée, et ordinairement le pus qui descend le long de la diaphyse pénètre de bonne heure entre les masses musculaires et apparaît à la périphérie ; et quand on ouvre l'abcès, l'inflammation ne tarde pas à s'arrêter.

L'intensité des phénomènes locaux est très variable. Dans certains cas on

ne trouve aucun signe objectif en dehors de la sensibilité de l'article, mais dans d'autres on voit apparaître une tuméfaction œdémateuse des tissus péri-articulaires et des parties voisines : la peau est pâle et tendue, ou bien elle est congestionnée et présente une élévation locale de la température. Dans le cas de Guinon, la température était de 55°, 2 au niveau de l'articulation tibio-tarsienne gauche malade, et de 29°, 8 seulement au niveau de l'articulation tibio-tarsienne droite restée saine. La température du corps est ordinairement élevée. L'affection peut durer de quelques jours à plusieurs semaines.

Métastases viscérales. — A côté des cas nombreux observés chez les adultes, nous n'avons chez les enfants que le cas de Chiasso et Isnardi, qui se rapporte à une fille de 10 ans. Dans ce cas la gonorrhée, qui s'est développée à la suite d'un viol, se compliqua de rhumatisme polyarticulaire, d'insuffisance mitrale et de pleurésie droite. Dans l'exsudat articulaire et dans l'épanchement de la plèvre l'examen microscopique montra la présence des gonocoques .

Dermatoses. — Ces temps derniers, on a décrit chez l'adulte, comme complication de la gonorrhée, une série d'éruptions cutanées, de courte durée (Jumon, Maumonier, Welander). Dans le travail que j'ai publié en 1891 , j'ai déjà signalé la présence de ces dermatoses dans la vulvo- vaginite des petites filles. Je les ai observées principalement dans des cas où les phénomènes inflammatoires du côté de la muqueuse vulvo-vaginale étaient particulièrement accusés. Il s'agissait d'érythèmes diffus de la peau ou de taches rubéoliformes ou d'exanthèmes qui ressemblaient à de l'urticaire ou à l'érythèine exsudatif polymorphe. Ces éruptions étaient ordinairement localisées au tronc et disparaissaient assez rapidement. Il est difficile de dire si ces manifestations cutanées étaient d'origine toxique, infectieuse ou réflexe.

Chez une fillette de 4 ans que j'ai soignée un an auparavant pour une vulvo- vaginite purulente, j'ai vu un érysipèle grave partir de la région génitale; à ce moment, l'écoulement n'était pas encore tari. Peut-être l'érysipèle était-il dû à une contamination de la région génitale par les doigts.

Phénomènes nerveux. — Chez les enfants atteintes de vulvo-vaginite chronique, j'ai observé plusieurs fois une sorte d'agitation musculaire qui pourtant n'avait pas le type d'une chorée bien accusée. Toutefois, comme Litten a observé chez des adultes deux cas de chorée consécutivement à la gonorrhée compliquée de polyarthrite et d'endocardite, on admettra aussi la possibilité de cette complication chez les fillettes, et ceci d'autant que, d'après les recherches des auteurs français, on peut observer dans la gonorrhée de l'adulte d'autres complications, parfois très graves, du côté du système nerveux.

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