‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 109 sur 163 · III. — MENSTRUATION PRÉMATURÉE · texte numérisé non relu

III. — MENSTRUATION PRÉMATURÉE

L'écoulement périodique de sang à travers les voies génitales, qu'on appelle menstruation, est une fonction temporaire qui va de la puberté à la ménopause.

La menstruation peut se montrer prématurément dans les premières années de la vie, et alors, même quand elle correspondrait à un développement précoce de la fonction ovarienne, elle a quelque chose de pathologique qui doit attirer l'attention des médecins. Une fillette réglée à 8 ans, à (i ans, à 5 ans, n'est pas une enfant normale.

D'après Unger, les jeunes (illes chez lesquelles la menstruation s'établit d une manière précoce deviennent fréquemment chlorotiques.

11 faut d'ailleurs bien distinguer, de la menstruation prématurée, les hémorragies pathologiques telles que celles qu'on rencontre chez les nouveau-nées, qui n'ont aucune relation avec l'ovulation, et qui n'ont de génital que leur siège.

Dans les premiers jours de la vie, on peut voir des fillettes rendre du sang (hémorragies des nouveau-nés). Ou bien c'est en faisant une autopsie qu'on découvre la métrorragie : « J'ai trouvé deux fois, dit Billard, du sang épanché et pris en caillot dans la cavité de l'utérus chez des petites filles mortes peu de jours après la naissance. » Ces éliminations laites, on trouve un assez grand nombre d'observations authentiques de menstruation précoce.

L'âge moyen de l'établissement de la fonction menstruelle est, dans les climats tempérés, entre 15 et 15 ans. Or, Symes dit avoir vu, à Boston, une jeune fille de 10 ans qui était enceinte et avait été réglée un certain temps auparavant (Depaul et Guéniot. Article Menstruation du Dictionnaire Dechambre). Carus , cité par les mêmes, a relaté l'observation d'une femme qui, réglée dès l'âge de deux ans, avait eu une première grossesse à 8 ans.

On trouve, dans Y 'ancien Dictionnaire des sciences médicales, à l'article Puberté, F observation suivante, qui a été communiquée à l'auteur par le Dr Comarmond (de Lyon).

Un enfant du sexe féminin présenta ta l'âge de 5 mois un développement des seins dont la mère conçut de l'inquiétude. « Cette inquiétude devint plus grande lorsqu'on vit les parties génitales se couvrir de poils noirs, crépus, épais, et les aisselles offrir la même particularité. Bientôt les règles coulèrent comme chez une femme bien formée, et elles ont reparu avec régularité jusqu'à présent que cette enfant est âgée de 27 mois. Le Dr Comarmond l'a vue pour la première fois à l'âge de 7 mois ; il fut étonné de l'expression du visage, dont les traits étaient prononcés et n'avaient rien d'enfantin, et surtout de la vivacité des yeux, qui semblaient exprimer des désirs. La gorge a continué à prendre du développement, elle est ferme et bien placée ; en un mot, cette petite fille présente, à son âge actuel de 27 mois, tous les signes physiques de la puberté, qui ont commencé à se manifester après sa naissance. »

Au rapport du D' J. Le Beau, Mathilde H..., née à la Nouvelle-Orléans le 7*0 septembre 1827, vint au monde avec des seins complètement développés, Je mont de Vénus couvert de poils, comme une fille de 15 ou 14 ans. A l'âge de 5 ans, ses règles parurent et continuèrent de revenir périodiquement tous les mois avec la même abondance que chez une femme adulte. Chaque époque durait 5 jours. A l'âge de 4 ans, cette enfant avait déjà ln\25 de hauteur. Elle était bien constituée, ses seins avaient la grosseur d'une forte orange; enfin, les dimensions du bassin étaient de beaucoup supérieures à celles qui sont propres à cet âge.

D'Outrepont cite le fait d'une fille très précoce qui, à l'âge de 2 semaines, avait 4 dents et qui commença à être menstruée à 9 mois. Elle avait alors de longs cheveux noirs et les seins très développés. Les règles revinrent exactement tous les mois jusqu'à 9 ans, époque à laquelle l'observation fut discontinuée.

Le D' Susewind déclare avoir connu une fille de 27 mois, rachitique, qui avait été réglée dès l'âge d'un an. Le flux sanguin se reproduisait tous les

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mois et était, chaque t'ois, accompagné (k's symptômes de congestion qu'on observe habituellement chez les femmes en temps de menstruation. Les seins et le mont de Vénus offraient, chez cette petite tille, le développement qu'on rencontre d'ordinaire vers l'âge de 1 \ ou 15 ans.

Nous n'en avons pas fini avec ces monstruosités emméniques (Raciborski). G. E. Rein (Vratch) a présenté, à la Société de gynécologie et d'obstétrique de Kiew, une fdlette de 6 ans qui ('tait réglée d'une manière normale depuis environ une année. Les règles revenaient toutes les trois ou quatre semaines et duraient chaque fois 4 à C> jours. Les seins, les organes génitaux externes et les poils du pubis ressemblaient à ceux d'une fille de 13 à 14 ans. L'examen du ventre, qui était gonflé, révéla la présence d'un kyste de l'ovaire, fluctuant et à parois épaisses.

Le I)r Pluyette {Marseille médical) a vu une fillette de 4 ans qui avait lm,12 de taille; elle avait été réglée à 46 mois; 57 jours après, nouvel écoulement sanguin; puis règles tous les 34 ou 55 jours ; seins très développés.

Wachs a vu une fillette réglée à 2 ans et demi.

Le Dr Mengus, du Puy-Notrc-Dame (Semaine médicale), rapporte le l'ait suivant : Le 15 janvier 1885, la mère de la petite Vésïnard Eugénie, de B..., nous appela pour nous demander notre avis sur une véritable perte de sang dont était atteinte sa petite fille, alors âgée de près de 25 mois.

L'examen de cette enfant, bien constituée et très développée pour son âge, nous laissa voir un écoulement de sang provenant des parties génitales.

D'où cet écoulement sanguin tirait-il son origine? Aucune contusion, aucune lésion extérieure ne pouvait nous mettre sur la voie ; nous séparâmes donc les grandes et petites lèvres et un cathéter introduit sans effort, par son propre poids, jusque dans le fond du vagin, ne ré\eilla aucune douleur et ne nous permit de sentir la présence d'aucun corps étranger. Nous conseillâmes à la mère de garder son enfant au lit et de veiller sur elle. Après trois jouis tout écoulement de sang s'arrêta pour revenir de nouveau six semaines après.

De nouveau consulté, et croyant avoir affaire soit à un corps étranger, soit à un polype, nous crûmes devoir examiner l'enfant plus à fond.

Les grandes et petites lèvres écartées, nous ne pûmes découvrir trace de vrai hymen. Cette membrane n'était représentée que par plusieurs languettes triangulaires très régulièrement découpées et dont les pointes venaient se recouvrir au centre en formant une étoile bien dessinée. L'entrée du vagin était tout à fait libre et notre petit doigt s'y enfonça sans le moindre effort el arriva avec la plus grande facilité jusque sur le col de la matrice, col qui nous parut fort développé pour une enfant de cet âge. De corps étranger oude polype, aucune trace.

Avait-on affaire à un véritable écoulement menstruel? C'était d'autant plus probable que l'enfant, très intelligente et très développée pour son âge, présentait déjà certains signes extérieurs de la puberté, qui s'accentuèrent encore davantage à la nouvelle époque caiainéniale. Les seins étaient

alors développés comme chez une fille nubile, les poils commençaient à percer au pubis qui en est couvert aujourd'hui; la peau, satinée chez les enfants, avait pris cette apparence chagrinée qui distingue celle des filles pubères.

Les pertes de sang, dans les premiers temps, fatiguaient l'enfant, mais quelques toniques lui permirent de s'y habituer. Aujourd'hui, à 5 ans et demi, la petite fille, toujours régulièrement menstruée une fois par mois, se porte très bien et est toujours très avancée pour son âge; et, fait digne d'être noté, son unique frère, de plus d'un an plus âgé qu'elle, présente tous les caractères du crétinisme dans son type le plus pur.

Le Dr Vanderveer, d'Albany [Amer. Journ. ofObsl., 1884), a vu une fillette de 2 ans et 7 mois qui avait commencé à présenter un écoulement menstruel normal, régulier, durant 4 a 5 jours, à l'âge de 4 mois. Cet écoulement reparaissait tous les 28 jours. L'enfant pesait 49 livres, son visage et sa conformation étaient ceux d'une fille de 10 à 12 ans ; ses seins avaient le volume dune petite orange. Le mont de Vénus était couvert de poils. En décembre 1882, janvier et février 1885, pas de règles; en mars, retour des

règle:

Le Dr Diamanti (Arch. ai Pat. inf., 1889) a vu une fillette réglée à 2 ans; à 1 an, elle avait toutes ses dents; à 4 ans, elle pesait 59 livres; à 6 ans, 79 livres. Mamelles développées, pubis et aisselles pourvus de poils. Depuis janvier 1888, les règles ont cessé, et à leur place sont survenus des accès épilepti (ormes périodiques.

Au mois de novembre 1892, j'observai une fillette de 11 mois atteinte de coqueluche et qui ne tarda pas à être enlevée par une broncho-pneumonie. Cette enfant, d'après le récit que me fit sa mère, avait perdu du sang par la vulve régulièrement tous les mois jusqu'à l'âge de 7 mois. A partir de cette époque elle cessa d'être réglée, à l'occasion d'une variole ou d'une varicelle.

Woodruff (A case ofunusually early menstruation. — Médical Record, 7 mars 1896) a vu, à la policlinique du Dr Monti (Vienne), une fillette de 6 ans et 2 mois, ayant le faciès et l'apparence d'une fille de 14 à 15 ans, brune (1 18 centimètres détaille). Les seins étaient pleins, fermes et arrondis. La circonférence pectorale avait 72 centimètres; le pelvis mesurait un diamètre de 20 centimètres à la crête iliaque, 21 à l'épine antérieure et supérieure, 25 aux trochanters. Le mont de Vénus était couvert de poils, l'utérus était normal au toucher rectal, l'hymen intact. L'enfant avait commencé à être réglée vers l'âge de 2 ans, et avec périodicité depuis cette époque. Chez sa mère et cinq sœurs, la menstruation s'était établie entre 12 et 14 ans. La santé générale de l'enfant était excellente et n'avait pas souffert de cette menstruation prématurée.

Les Drs Ch. Barbaud et Lefèvre {Essai sur la puberté chez la femme. Paris, 1897), rapportent le fait suivant : Puech (d'après Molitor) a vu une fille réglée à i ans; le pubis à la naissance était couvert de poils; rapports sexuels à 8 ans; ensuite anorexie, vomissements, aménorrhée pendant

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3 mois; au bout de ce temps, perte sanguine, fausse couche, embryon de Ô5 millimètres de long pesant 15 grammes.

Le Dr Y. Gautier (Rev. méd. de la Suisse romande, 15 nov. 188 i) a dressé un tableau des menstruations prématurées :

A la naissance I cas.

4 mois "2 —

Antres mois de la lre année 5 —

Total 19 cas (l'° année).

15 ninis 1 cas.

Antres 5 —

Total 9 cas ('2e année).

A ces 28 cas des 2 premières années de la vie, il faut ajouter 1 1 cas entre 2 et 0 ans (2 de 2 à 5 ans, 5 de 5 à i ans, 3 de 4 à 5 ans, 1 de 5 à 6 ans) : ce qui fait en tout 59 cas. Reste un cas dont l'âge n'est pas indiqué, plus un autre dans lequel la fdlette, atteinte de rétention par atrésie génitale, mourut d'hématocèle a 5 ans et demi.

Nous n'insisterons pas plus longtemps sur ces monstruosités sexuelles, qui sont rares et échappent d'ailleurs à l'action médicale.

La fillette, étant réglée prématurément ou en temps opportun, peut être sujette à des troubles de la menstruation (aménorrhée, dysménorrhée, métrorragies). L'aménorrhée et la dysménorrhée sont très fréquentes. Avant que les règles ne s'établissent avec une périodicité suffisante, il y a souvent une période de transition pendant laquelle les jeunes fdles souffrent d'irrégularités plus ou moins marquées, de retards, de suspensions pendant quelques mois, etc.

Quant aux métrorragies de la puberté, elles sont plus rares et elles doivent être étudiées avec soin. D'après M. Lamy (Des métrorragies chez les jeunes filles à ï époque de la puberté. Nancy, 1896), ces pertes de sang s'observeraient chez deux catégories de malades : les unes sont anémiées ou chlorotiques au moment où la menstruation s'établit, et l'hémorragie est précédée, commandée en quelque sorte par une cause débilitante; les autres sont bien portantes jusqu'au moment de la menstruation, et l'hémorragie donne le signal d'un affaiblissement notable.

Dans ce dernier cas. il Faut soupçonner une lésion locale qui sera tantôt

une métrite virginale du corps, tantôt une métrite du col avec développement anormal de cette partie de l'utérus. Ces métrites déterminent sur la muqueuse des fongosités vasculaires qui sont la source des métrorragies.

D'où viennent ces métrites? On peut invoquer quelquefois une infection ascendante, une vulvo-vaginite à gonocoques ou à streptocoques, une irritation banale par l'onanisme, la fatigue, les exercices pénibles, etc.

M. Bécigneul a présenté à la Société médico-chirurgicale de Nantes (voir Gazette de gynécologie, 15 février 1897) une intéressante observation de métrorragie chez une fillette de 15 ans 2 mois, qui, réglée pour la première fois le 4 octobre 1895, n'avait pas éprouvé alors le moindre malaise. Puis elle perdit beaucoup de sang rouge avec caillots pendant 15 jours. Interruption de 8 jours, suivie d'une nouvelle métrorragie de 15 jours. C'est alors que le Dr Bécigneul est appelé par la famille. L'examen ne montra rien qui put expliquer l'hémorragie. Le repos horizontal, les injections d'ergotine n'amenèrent aucun résultat. Anémie très prononcée.

Le toucher vaginal put être pratiqué; il montra un utérus petit, mobile, insensible, le col de dimensions normales, mais légèrement entr'ouvert. On fit des injections vaginales à 45° et les pertes s'arrêtèrent (28 octobre). Le 6 novembre, l'enfant s'étant levée, l'hémorragie se renouvelle et dure jusqu'au 12, malgré les injections chaudes et les piqûres d'ergotine. On continue les injections vaginales pendant un mois après l'arrêt du 12, la malade gardant le lit, et on put ainsi triompher définitivement des métrorragies.

Le 10 janvier 1896, règles peu abondantes, pendant une nuit. Pendant les trois mois qui suivent, la santé est bonne, la menstruation est suspendue. Puis elle se rétablit avec régularité, les règles durent 5 à 4 jours, et la quantité de sang n'a plus rien d'excessif.

Comment expliquer ces métrorragies de l'adolescence, de la puberté, se produisant sans lésion organique, sans cause provocatrice d'aucune espèce? Quelle est l'influence secrète qui met en branle le molimen hémorragique et le fait sortir de ses limites physiologiques?

La malade de M. Bécigneul n'était ni chlorotique, ni syphilitique, ni hémophile, ni diabétique, ni albuminurique ; elle n'était sous l'influence d'aucune intoxication, d'aucune maladie infectieuse; elle n'avait pas de symptômes de lésions cardiaques ni hépatiques. L'examen de l'appareil génital permettait d'éliminer la métrite, les polypes, le cancer, la fausse-couche, etc. Pas de traumatisme.

Les faits analogues ne sont pas très rares et, pour ma part, j'ai vu une fillette de 12 ans qui, réglée pour la seconde fois et ayant contracté la rougeole au début de son époque menstruelle, a perdu du sang en abondance pendant plus de dix jours, quoiqu'elle gardât le lit. Mais, dans ce cas, on pouvait invoquer l'état fébrile et la congestion morbilleuse de l'utérus.

Le D1 Marx (Salpingo-ovarites à la suite de la vulvo-vaginite chez les enfants. Revue de thérapeutique médico-chirurgicale, 1er mai 1895) a insisté sur la longue durée et sur les complications à longue portée des

MALADIES DE L'ENFANCE. — Ht. ÔG

[J COMBY.]

vulvo- vaginites infantiles. En pratiquant le toucher rectal, il a pu constater de l'empâtement dans les culs-de-sac latéraux, et il croit avoir été en présence, plusieurs fois, de salpingites suppurées avec ovarites consécutives. (les vulvo-vaginites seraient suivies, à époques plus ou moins tardives, de troubles du côté des annexes, et, au moment de la puberté, elles seraient de nature à troubler la menstruation. Chez des fillettes de 7, 8 et 9 ans, autopsiées dans les hôpitaux, cinq l'ois on a trouvé du pus enkysté dans les trompes.

Les satpingo-ovarites ne sont donc pas inconnues dans l'enfance, et les recueils spéciaux contiennent même quelques observations de kystes de l'ovaire chez des filles vierges et non pubères.

ONANISME. ï>(>5

PAR LE Dr J. COMBY

Médecin de l'hôpital des Enfants-Malad s.

L'onanisme est tantôt une habitude vicieuse, un tic, une succussion instinctive, sans racines profondes ; tantôt une perversion du sens génital, avec recherche de sensations voluptueuses contre nature, pouvant se continuer dans Page adulte. Dans les deux cas, cette succussion des organes génitaux externes, cette masturbation, est avant tout une maladie de l'enfance, qui préoccupe beaucoup les familles après avoir absorbé l'attention d'un certain nombre de médecins.

A la fin du siècle dernier, un médecin de Lausanne, Tissot, a écrit sur l'onanisme un de ces ouvrages qui ont fait fortune dans le monde, et que tout médecin sérieux aurait de la peine à lire aujourd'hui jusqu'au bout; car c'est un tissu de sottises et d'erreurs insipides, quoique exprimées dans un beau langage.

La clinique ne saurait tenir aucun compte du livre de Tissot, et nous n'aurons pas à le citer dans le cours de cet article. « 11 serait intéressant de rechercher, dit Christian (article Onanisme du Dictionnaire encyclopédique), ce qui, au xvme siècle, a provoqué cette levée de boucliers contre l'onanisme. Ce vice était-il devenu si commun et si inquiétant? Assurément, le xvme siècle ne passera jamais pour un siècle vertueux; mais s'il a été corrompu, il y a eu avant lui, et sans qu'il faille remonter à la décadence romaine, des périodes où les mœurs étaient bien autrement dissolues.

« Je croirais plus volontiers que l'ouvrage du médecin de Lausanne dérive de cette effervescence d'utopies généreuses dont le xvme siècle semble avoir le monopole; on dirait un chapitre de Y Emile. Chez Tissot, le médecin était doublé du piétiste; dans l'onanisme, il combat le péché au moins autant que Lacté préjudiciable à la santé. De là une véhémence qui L'entraîne à une exagération d'autant plus fâcheuse, qu'elle lui fait manquer le but. Je doute que beaucoup d'onanistes aient été guéris de leur funeste habitude par les peintures effrayantes qu'il s'est plu à accumuler.

«C'est du reste un fait général, curieux à signaler. Quiconque a écrit sur ce sujet a été entraîné, en quelque sorte fatalement, à forcer la note, à assombrir le tableau, à généraliser, outre mesure, des accidents qui n'ont ni la gravité, ni la fréquence qu'on a voulu leur attribuer. »

Il faut reconnaître que M. Christian sait se garder de cette exagération qu il reproche à bon droit à ses prédécesseurs. Lasèguu aussi avait bien vu <e qu'il y avait dans l'onanisme et derrière l'onanisme, et il avait fait bonne justice de tout ce qu'il y a de fabuleux et de légendaire dans l'histoire de cette passion.

[J. COMBY ]

Je me souviens d'une leçon clinique faite il y a une quinzaine d'années, à la Pitié, par l'incomparable professeur qu'était Lasègue, devant un jeune auditoire ravi par son esprit, par sa finesse, par son sens clinique aiguisé et profond à la fois.

Pour lui, il fallait distinguer, chez l'enfant, deux groupes d'onanistes, suivant que la pratique de la masturbation est ou n'est pas accompagnée de jouissance.

Dans la première enfance, à 18 mois, à 2 ans, Lasègue avait vu des masturbateurs de cet âge, l'onanisme est sans valeur par lui-même; c'est le symptôme d'un état morbide, d'une névrose cérébrale latente. Peut-on en effet, «à 18 mois, à 2 ans, considérer l'onanisme comme le résultat d'une lubricité précoce? Loin de là, c'est un acte inconscient, maniaque, un tic. une sorte de chorée contre laquelle rien ne prévaut. Cet acte machinal, indifférent pour la santé générale, ne s'accompagnant pas et ne pouvant pas s'accompagner de jouissance, c'est-à-dire d'ébranlement nerveux, de dépense nerveuse, n'a pas plus d'importance que l'acte qui consiste à sucer le pouce ou une tétine en caoutchouc ; on sait combien ce suçotage est répandu chez les nourrissons.

En se livrant à ces actes mécaniques, l'enfant témoigne simplement du besoin de succussion, de mouvement qu'il éprouve, et qui se traduira plus tard par l'amour du saut, de la danse, du balancement, etc.

Donc, à cet âge, l'onanisme exprime un état nerveux; la succussion du pénis n'a dès lors pas plus de valeur que la succion des doigts ou un autre tic quelconque. Et Lasègue conseille d'observer l'enfant, d'étudier son système nerveux, son état cérébral, au lieu de le soumettre à des mesures de coercition destinées à un honteux échec.

Dans la seconde enfance, dans l'adolescence, la masturbation est accompagnée de jouissance; elle acquiert une importance qu'elle n'avait pas jusqu'alors, mais qu'il faut bien se garder d'exagérer. Parmi les masturbateurs des collèges, les uns sont entraînés par l'exemple, par l'occasion, et ils guérissent, les autres sont des cérébraux, des déséquilibrés, des névrosés. qui peuvent présenter dans la suite des désordres plus ou moins graves.

Lasègue avait parfaitement raison et nous ne pouvions mieux faire que de rappeler sa manière d'envisager l'onanisme au début de cet article.

ETIOLOGIE

Dans la première enfance, l'onanisme est rare et ne s'observe guère que chez les garçons.

J'ai connu deux frères, dont l'aîné suçait son ponce avec frénésie et ne pouvait s'endormir sans cela, et dont le cadet exerçait sur son pénis des tractions énergiques, assez fortes quelquefois pour déterminer des érosions et des suintements sanguins au niveau des bourses et du raphé périnéal.

Cette habitude vicieuse avait commencé à 6 mois chez les deux enfants, et s^est continuée jusqu'après 5 ans. Nourris au sein, bien portants sous

tous les rapports, ces jeunes sujets n'ont jamais souffert de leur mauvaise habitude.

L'un de ces enfants, en même temps qu'il manifestait sa tendance à l'onanisme, présentait des accès d'asthme assez inquiétants parfois. De pareils exemples ne sont pas exceptionnels, et souvent même ils n'attirent pas l'attention.

Parfois, il y a une cause locale à cette succussion du pénis : c'est le prépuce qui est trop long ou trop étroit, qui laisse difficilement passer l'urine, qui s'irrite à sa surface interne et cause des démangeaisons suivies de grattages et de protractions incessantes. D'autres fois ce sont des adhérences balano-préputiales qui portent l'enfant à se toucher. Ou bien les organes génitaux sont le siège d'eczéma, toujours prurigineux dans ces régions ; j'ai vu, à lhôpital Trousseau, un enfant de cette catégorie atteint d'eczéma arthritique des parties génitales et des cuisses depuis l'âge de 6 mois ; mon interne, M. Bayeux, pensant que la succussion du pénis était due à la longueur et à l'étroitesse du prépuce, fît la circoncision qu'on est autorisé à faire en pareil cas. Mais la suite a montré que l'onanisme était dû à l'eczéma.

La présence d'oxyures vermiculaires, chez les garçons comme chez les filles, par l'irritation que provoquent ces parasites en se promenant le soir en dehors de l'anus, peut aussi conduire à l'onanisme.

Chez les fillettes, le prurit vulvaire, la vulvite, la vulvo-vaginite peuvent être les causes occasionnelles de la masturbation.

Lawson Tait, qui a étudié avec soin l'onanisme dans les deux sexes, le déclare très commun chez les garçons, très rare chez les filles. Il est disposé à croire que les garçons sont presque tous atteints de ce vice, à un degré plus ou moins accusé, et qu'ils y tombent d'eux-mêmes le plus ordinairement. Il professe au contraire que la pratique de la masturbation est, chez les filles, le résultat d'une contamination morale. Presque toujours, c'est d'une amie plus âgée que les petites filles apprennent la masturbation. Elles pourraient toutefois elles aussi la découvrir spontanément.

Lawson Tait a en effet observé deux fillettes, l'une de 4 ans, l'autre de 6 ans, chez lesquelles il était impossible de trouver l'origine de la contamination, et chez lesquelles il fut également impossible de triompher dv cette funeste habitude. Elles étaient toutes les deux d'une intelligence défectueuse, condition regardée par lui comme une des causes, et non comme un des effets de l'onanisme. Dans quelques cas, des adhérences clitoridiennes sont le point de départ de la masturbation.

C'est donc chez les garçons, bien plus que chez les filles, que l'onanisme sévit. Les écoles, collèges, les pensionnats offrent à la diffusion de ce vice toute latitude. Beaucoup d'enfants sont restés purs jusqu'à leur entrée au collège; là ils trouvent des camarades plus avancés qui leur révèlent les jouissances de la masturbation, à laquelle ils vont se livrer avec plus ou moins d'assiduité.

Il est bien peu d'enfants, surtout parmi les internes, qui ne se soient livrés à l'onanisme ; et nous devons avouer que ce mal offre des caractères de généralité et d'universalité indiscutables. 11 est de tous les climats, de

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toutes les latitudes, de toutes les races humaines; il n'est même pas inconnu de certaines espèces animales.

Chez l'adolescent, chez l'enfant pubère ou qui approche de la puberté, l'onanisme trouve une explication, sinon une excuse, dans la satisfaction, le besoin peut-être d'un sens qui s'éveille, du sens génital. Mais en général l'éveil de ce sens ne correspond pas avec le développement des organes sexuels, il est plus précoce, prématuré, on peut le dire, et l'on doit préserver les jeunes sujets de ces excitations par le livre, par les spectacles, par les conversations, par les images obscènes, qui les portent à la pratique de l'onanisme, en attendant qu'ils puissent se livrer à d'autres excès.

Les causes de l'onanisme peuvent donc être nombreuses, et elles se trouvent souvent réunies dans les maisons d'éducation mal surveillées : exemple, imitation, lecture, conversation, image, corruption par les camarades, les domestiques, les maîtres parfois.

En dehors des collèges, la masturbation est rare: les enfants élevés dans leur famille, ne recevant que de bonnes leçons, n'ayant sous les yeux que de bons exemples, soumis à une surveillance discrète, mais incessante, ont beaucoup de chance d'échapper à l'onanisme. S'ils tombent dans ce vice, ils ne s'y livrent pas à outrance et sans mesure.

Les rapports de l'onanisme avec les maladies cérébrales de l'enfance méritent d'être étudiés, au point de vue étiologique et pathogénique. Quand on se trouve en présence d'un masturbateur effréné, il faut soupçonner une tare nerveuse et chercher du côté du cerveau la cause de ses honteux excès.

L'onanisme est commun chez les enfants idiots, imbéciles, épileptiques. crétins: tantôt ces enfants ont des organes génitaux rudimentaires, aussi peu développés que le reste de leur corps, ou mal conformés: tantôt au contraire ils sont doués de pénis volumineux, monstrueux: quelques-uns sont affectés de cryptorchidie. d'épispadias, d'hypospadias, etc. On voit ces épileptiques. ces idiots, ces maniaques, ces crétins, se masturber d'une façon intermittente, au moment ou à la veille de leurs accès: ce qui a pu faire dire que l'onanisme conduisait à l'épilepsie, alorsqu'il n'en était que l'effet secondaire, le symptôme. Dans l'intervalle des accès de manie ou d'épilepsie, on pourra voir l'onanisme cesser et sommeiller jusqu'à la prochaine crise. ce qui prouve bien la liaison existant entre les deux phénomènes, le cérébral et le génital. L 'aberration génitale se rattache à Vaberration cérébrale.

Si les niasturhateurs effrénés ne sont pas tous des épileptiques ou des idiots, beaucoup sont des cérébraux, issus d'aliénés, d'alcooliques, d'épileptiques, d'arthritiques. L'hérédité s'affirme chez eux par l'onanisme en attendant qu'elle les accable de névroses plus graves.

Quand on étudie les tares nerveuses des niasturhateurs, on rencontre assez souvent le strabisme, l'incontinence d'urine, la migraine, la chorée, divers tics, etc. Et tous ces stigmates viennent confirmer l'idée de dégénérescence que la perversion très accusée du sens génital avait fait naître.

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