‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 110 sur 163 · SYMPTOMES ET CONSÉQUENCES DE L'ONANISME · texte numérisé non relu

SYMPTOMES ET CONSÉQUENCES DE L'ONANISME

Dans la première enfance, avant que toute éjaculation et toute jouissance soit possible, les effets de l'onanisme sont négligeables, et les craintes, dont les parents nous font confidence, sont absolument chimériques. Rien de funeste, rien de fâcheux ne peut résulter, pour un enfant de 2 ou 5 ans, de la succussion plus ou moins forte du pénis. Plus tard, chez le collégien, chez l'adolescent, c'est une autre affaire.

Sans doute il faut se défendre de la tendance à pousser au noir un tableau assez sombre par lui-même. Il faut bien reconnaître que la plupart des enfants qui se livrent à la masturbation n'en éprouvent aucun effet durable. Suivant la fréquence plus ou moins grande de leurs honteuses manœuvres, ils manifesteront plus ou moins de fatigue, plus ou moins de lassitude, et ce sera tout. D'autres auront des symptômes plus accusés qu'il nous faut exposer avec quelques détails.

Ces conséquences secondaires de l'onanisme portent sur le système nerveux, sur les organes des sens, sur l'appareil digestif, sur l'appareil circulatoire, etc.

L'enfant devient paresseux, apathique, incapable de tout effort intellectuel, sa mémoire s'affaiblit; il a des vertiges, des bourdonnements d'oreilles, des troubles de la vue. Le sommeil est agité et traversé par des cauchemars ou des rêves lubriques; quand l'enfant se lève, il est plus fatigué qu'au moment de se coucher; le séjour au lit, qui aurait dû réparer ses forces et ranimer son énergie, a agi en sens contraire.

Les yeux sont battus, excavés, cerclés d'ombre. On observe que les traits sont tirés, que le visage est pâle; il existe, souvent, au front ou sur le menton, de petits boutons d'acné.

L'enfârit est essoufflé quand il marche un peu vite, quand il monte un escalier, sa respiration est courte et anhélante. En même temps, les battements du cœur se précipitent et des palpitations pénibles se montrent par accès. On a noté parfois des intermittences du pouls, de l'arythmie cardiaque.

Les fonctions digestives sont défaillantes; l'appétit est diminué ou aboli, la soif est vive; la digestion est lente, pénible, accompagnée de borborygmes, de douleurs (gastralgie). Il y a habituellement de la constipation, et parfois de la diarrhée.

On a dit que les enfants finissaient par tomber dans un état de langueur et de consomption qui pouvait les conduire à la phtisie pulmonaire. D'autres liuiraient par l'hypocondrie, la folie, l'épilepsie, la paralysie générale, le gâtisme, etc. Autant d'exagérations qui ne méritent aucune créance, car on a pris souvent l'effet pour la cause.

Ce qui est vrai, c'est que la pratique exagérée de l'onanisme peut conduire l'enfant à un affaiblissement regrettable, qui le rendra plus vulnérable et moins résistant à l'égard des maladies intercurrentes.

« Quels sont, dit Christian, parmi les jeunes enfants, ceux qui, ayant été initiés, d'une manière quelconque, aux manœuvres de l'onanisme, ne

[J. COMBY.]

s'en corrigent pas et s'en font une habitude désastreuse? Ce sont, la remarque est de Burdach, des enfants prédisposés à l'encéphalite. Les exemples épais dans les livres se rapportent tous «à des êtres maladifs, mal conformés; quelques-uns sont de véritables monstres, comme ce garçon dont parle Gall, qui, à l'âge de 5 ans, présentait tous les attributs de la virilité, et dont les parties sexuelles étaient entièrement développées.

« Tous ces enfants sont voués à une fin précoce, et l'autopsie n'a jamais manqué de révéler du coté de l'encéphale quelque anomalie de structure ou quelque maladie accidentelle.

« Si, de 10 à 15 ans, la pratique de l'onanisme est malheureusement presque générale, elle ne devient, il faut le dire, une habitude invétérée que dans un petit nombre de cas. Car, comme je l'ai dit plus haut, dès que l'adolescent peut se livrer au coït, il renonce complètement aux manœuvres solitaires. Elles ne restent pratiquées que par ces jeunes gens pâles, maigres, chétifs au physique et au moral, timides, craintifs, pusillanimes, mal conformés, mal venus, portés à l'hypocondrie et au mysticisme, ceux, en un mot, que notre maître Lasègue a si heureusement appelés des cérébraux, parmi lesquels on rencontre un grand nombre d'héréditaires, qui apportent en naissant les stigmates d'une dégénérescence transmise par les parents. C'est parmi eux que se recrutent les types de ces aliénés si improprement appelés raisonnants, qui, après avoir mené l'existence la plus extravagante, finissent par échouer dans nos asiles d'aliénés, où ils sont le désespoir du médecin comme ils ont été celui de leurs familles. »

Le pronostic de l'onanisme est loin d'être aussi noir dans l'immense majorité des cas. La guérison complète est la règle générale: la persistance du vice au delà de la puberté est l'exception.

L'onanisme accidentel, acquis, est parfaitement curable, parce qu'il n'a pas, dans l'organisme, de racines profondes; c'est une habitude contractée par l'exemple, un vice blâmable, ce n'est pas une maladie à proprement parler.

L'onanisme pathologique, le seul grave et inquiétant, en diffère d'une façon absolue, car il exprime une anomalie ou une lésion cérébrale.

Mais si l'onanisme, Christian en fait encore la remarque, n'est d'abord qu'un symptôme, un effet secondaire d'un état morbide antérieur, il peut devenir à son tour, par l'affaiblissement qu'il entraine, la cause de maladies nouvelles, de complications plus ou moins graves, qui varieront suivant les conditions de milieu, de disposition individuelle, etc. Voilà comment on peut considérer comme aboutissants de l'onanisme, la tuberculose pulmonaire, l'ataxie locomotrice, la folie, les pertes séminales involontaires, etc.

L'organe le plus menacé par l'onanisme est la moelle épinière, parce que c'est dans la moelle épinière que réside le centre génital. Chaque fois qu'il y a tendance aux excès génitaux quelconques, il y a irritation ou fatigue de la moelle épinière. L'onanisme est bien une perversion cérébrale, mais eesl la moelle qui est menacée, parce que c'est la moelle qui porte tout le poids des excès sexuels, naturels ou contre nature.

Hénoch a vu un enfant présenter des troubles de la marche assez

curieux : ce garçon, âgé de 7 ans, se masturbait depuis l'âge de 5 ans, par suite d'une habitude qu'il avait prise dans le lit d'une parente qui abusait de lui. A son entrée à l'hôpital, on notait l'épuisement, l'incontinence nocturne d'urine, l'insomnie, l'impossibilité de marcher depuis 15 jours. 11 ne pouvait ni s'asseoir, ni se tenir debout, ni marcher sans aide. Même soutenu, il chancelait, avait des vertiges, et semblait ataxique, surtout quand il fermait les yeux. Au lit, les mouvements étaient libres; sensibilité intacte: anémie et amaigrissement; urines et garde-robes retenues avec difficulté. On prescrivit : bain tiède de 10 minutes avec eau froide sur la tête et la nuque, tous les jours, surveillance étroite pour prévenir l'onanisme. Au bout de 15 jours, amélioration de la marche, plus d'incontinence; au bout de 5 semaines, guérison complète.

L'excitation répétée des nerfs génitaux peut donc, chez les enfants, donner lieu à de la parésie ataxiforme des membres inférieurs, avec affaiblissement des sphincters.

Chez les filles, le pronostic de la masturbation est plus bénin que chez les garçons, parce que, chez elles, le vice est rarement poussé au même degré, et parce que la déperdition nerveuse et génitale qui en résulte est moins importante.

Cependant Lawson Tait a cité des hématocèles, des périmétrites provoquées par la masturbation. On peut certainement, en fouillant profondément la littérature médicale, réunir des observations navrantes de nature à assombrir le pronostic de l'onanisme.

Mais ces faits malheureux n'ont été publiés que parce qu'ils étaient en dehors de la règle et du cours habituel des choses ; ils sont trop exceptionnels pour changer l'opinion qn'une observation éclairée et impartiale a fait naître dans l'esprit des cliniciens les plus éminents.

DIAGNOSTIC

Reconnaître, chez un enfant, l'existence de l'onanisme, n'est pas toujours facile; car, pour peu que le sujet ait atteint l'âge de la masturbation scolaire, il se cache avec le plus grand soin et oppose, à toute question sur ce chapitre, des dénégations absolues ou un mutisme obstiné.

Dans la première enfance, les sujets sont trop inconscients pour dissimuler une pratique dont ils se font un jeu; la pudeur n'existe pas encore, et rien n'est plus facile que de constater le flagrant délit. Plus tard, le doute est permis, car rien, dans le faciès et les symptômes secondaires, ne permet d'affirmer l'onanisme.

Un enfant est pâle, languissant, apathique, sans énergie physique, sans ressort moral; les parents soupçonnent la masturbation, ils affirment que le garçon ou la fillette se touche, ils prévoient et annoncent les conséquences les plus effroyables, et le médecin a beaucoup de peine h se défendre de partager leurs exagérations.

Tous les symptômes sont trompeurs, aucun n'est pathognomonique : il

[J. COMBY]

faut avoir vu pour croire et pour affirmer, le constat seul permet uV faire le diagnostic. Les parents. les personnes de l'entourage devront donc surveiller l'enfant suspect alin de le saisir sur le fait. Cette surveillance sera étroite quoique peu apparente; encore sera-t-elle souvent mise en défaut.

Cependant il est possible, dans les familles comme dans les écoles, chei les enfants qui vivent isolément comme chez ceux qui font partie d'une collectivité, de dévoiler l'onanisme, et dès lors on devra chercher à le supprimer, à le guérir, à entraver sa diffusion, à prévenir ses effets.

TRAITEMENT

Le système de compression, de coercition, de torture qui a été opposé à l'onanisme est inefficace, barbare, cruel et par suite condamnable. Ce n'est pas par des liens constricteurs ou frénateurs, par la camisole de force, par la ceinture de chasteté, qu'on extirpera l'onanisme. C'est un mal moral. qu'il faut d'abord traiter par une hygiène morale: aux enfants assez grands pour comprendre, on essaiera de la persuasion, on leur fera honte de leur vice, on ne manquera pas de leur faire entrevoir ses effets funestes: s il sont trop avancés pour reculer, si le mal est trop invétéré pour céder à de bonnes paroles, on exercera sur eux une surveillance incessante, on les mettra dans l'impossibilité de se masturber sans témoin.

Si l'onanisme est accidentel, il cessera: s'il est l'effet d'un trouble cérébral, il continuera malgré tout et on étudiera alors ce trouble cérébral. ce manque d'équilibre, cette névrose, pour la traiter par des moyens appropriés : douches froides, frictions sèches, massage, etc.

Aux masturbateurs effrénés dont il s'agit, le traitement dans une maison de santé, loin de la famille, peut convenir.

A ceux qui ne se livrent à l'onanisme que par désœuvrement, par ennui, par imitation, conviennent les distractions physiques, les jeux de plein air. la gymnastique, l'escrime, le canotage, la natation, la pèche, la chasse, etc.

Si l'enfant est robuste, on cherchera à fatiguer le corps pour obtenir la profondeur du sommeil et émousser les besoins sexuels factices.

Aux cerveaux précoces, aux imaginations ardentes et vives, on interdira la lecture des romans obscènes, la vue des images, tableaux, statues où la lubricité peut trouver un aliment, le théâtre (la grande école d'immoralité de notre siècle i. etc.

Dans les écoles secondaires, collèges, lycées, pensionnats, les maîtres devront surveiller avec le plus grand soin les salles d'études, cours de récréations, dortoirs, etc., où la masturbation est souvent enseignée et pratiquée sur une vaste échelle.

On ne souffrira jamais la communauté de lit entre deux enfants, qu il s'agisse de garçons ou de tilles.

11 ne faut jamais permettre que les enfants couchent avec des domestiques; cette tolérance pourrait, dans les familles, avoir de funestes effets.

On veillera à ce que les vêtements aient assez de jeu et d'ampleur pour ne pas gêner et irriter les parties génitales.

L'hygiène doit être mise au premier plan du traitement de l'onanisme : exercices du corps, repos de l'esprit, nourriture peu excitante. Voilà ce qui convient à la plupart des masturbateurs.

À ceux qui présenteraient de l'éréthisme, on pourrait donner les ànaphrodisiaques, le bromure de potassium, le bromure de camphre, etc.

Dans quelques cas, la suggestion hypnotique a donné de bons résultats.

Le traitement direct de l'onanisme n'est justifié que dans les cas où la maladie relève d'une cause locale : adhérences, phimosis, oxyures, vulvite.

On pourra donc, par le décollement des adhérences, par la circoncision, par le traitement des irritations locales, faire disparaître la masturbation. quand elle ne sera pas devenue une habitude.

Chez les tilles on a proposé et on a pratiqué la clitoridectomie. Voici ce qu'en dit Lawson Tait (Bulletin médical) :

<< Dans les cas invétérés, chez les jeunes filles, quand tous les moyens ont échoué, on peut tirer quelques avantages de la clitoridectomie ; je ne l'ai pratiquée qu'une seule fois. Il est certain que le point principal de l'excitation locale dans l'acte sexuel est le clitoris, et cela suffit pour justifier la clitoridectomie dans les cas particulièrement graves.

A ce propos, voici une histoire des plus étranges et des plus tristes.

11 y a quelque trente ans vivait à Londres un chirurgien d'une grande habileté, M. Baker Brown, ovariotomiste distingué. Ce n'était pas un observateur très attentif, ni un logicien parfait. Il avait trouvé qu'un grand nombre d'épileptiques à moitié Tous se masturbaient, et que la masturbation ("tait, chez les femmes, principalement produite par l'excitation de la membrane muqueuse qui entoure et recouvre le clitoris. Faisant de grayes omissions dans son syllogisme, et mettant la charrue avant les bœufs, il arriva à cette conclusion que l'ablation du clitoris devait mettre fin à l'habitude pernicieuse et par conséquent guérir Pépilepsie.

Il fit la clitoridectomie dans un grand nombre de cas, car l'épilepsie est très commune, et les malades qui en sont atteints consentent à toute opération qui leur donne un espoir de guérison.

Sans aucun doute, il y eut dans bien dc> cas une amélioration passagère ; de même qu'il y a des cas d'épilepsie qui ont été améliorés par la castration chez l'homme, par l'ablation des annexes de l'utérus chez la femme, par la trépanation dans les deux sexes.

De plus, l'opération de Baker Brown ne produisait aucune mortalité, et la diminution de l'excitation sexuelle chez un grand nombre d'épileptiques, même pour un court intervalle de temps, était en elle-même une bonne chose.

Malheureusement, Baker Brown alla trop loin, parce qu'étant atteint d'un ramollissement cérébral, il était incapable d'avoir un jugement sain....

La Société d'obstétrique fut saisie de l'atfaire, Baker Brown fut expulsé, et la clitoridectomie fut abandonnée : je n'ai jamais entendu dire qu'un chirurgien ait pratiqué cette opération depuis 1807.

Cependant je suis certain qu'en bien des circonstances elle est utile. Je l'ai pratiquée une fois sous l'instigation du Dr Thurstield. Une lettre que j'ai reçue, deux ans après l'opération, justifie pleinement mon intervention.

a Mon cher Tait,

« Vous vous rappelez que je vous ai dit que, dans les premiers mois qui suivirent l'opération, la malade était ennuyée de l'avoir subie. Quelque temps après, sa santé

[J. COMBYJ

s'améliora, et aujourd'hui je suis heureux de vous apprendre qu'elle est très bien au point de vue physique et moral.

« Elle est gouvernante des enfants de sa sœur, et la dernière lois que je la vis, je ne l'ai pas reconnue tant elle avait bonne mine. Mon opinion est que, sans l'opération, elle se serait suicidée ou aurait fini par être enfermée. »

L'indication d'une intervention aussi sérieuse que celle dont il est question, ne se présentera que bien rarement chez les enfants ; elle n'est à prévoir que chez ces tribades, dont l'antiquité nous a légué la lamentable histoire, et dont les exemplaires sont heureusement en tout petit nombre, même chez les nations les plus dissolues.

Règle générale, l'onanisme des enfants ne relève pas de la chirurgie; il n'a qu'une importance médiocre, et ne mérite l'attention que des hygiénistes et des pédagogues.

PAR LE Dr A. MOUSSOUS

Professeur agrégé, médecin de l'hôpital des Enfants de Bordeaux.

Sous le titre de maladies congénitales du cœur, j'ai groupé les dispositions vicieuses de l'organe central de la circulation établies, in utero, par un mécanisme quelconque et susceptibles d'entraîner, après la naissance, une situation pathologique. La dexiocardie, les ectopies, la dualité et l'absence du cœur, questions qui relèvent plus spécialement de la tératologie,' ne me semblent pas devoir être abordées dans les pages qui suivent. Un historique pour être complet demanderait trop de développement; qu'il me suffise de rappeler ici, pour leur rendre un hommage mérité, les noms de : Gruveilhier, Bouillaud, Louis, Gintrac, Peacock, Heine, Kussmaul, Rokitansky, Roger, Cadet de Gassicourt, Rauehfuss, Grancher, François Franck. Par contre, la pathogénie ne peut être abordée sans quelques détails préalables sur rembryologie du cœur.

Page 1