‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 134 sur 163 · III. — RHINITES CATARRHALES AIGUËS ; CORYZA · texte numérisé non relu

III. — RHINITES CATARRHALES AIGUËS ; CORYZA

Ainsi cpie nous en avons exposé plus haut la raison, nous devons l'étudier : A) chez l'enfant, B) chez le nouveau-né.

A. — Coryza aigu de l'e.nfaxt

La famille des rhinites catarrhales aiguës comprend trois groupes, de cause très différente et ayant des allures et des indications thérapeutiques particulières. 1° La rhinite idiopathique, ou coryza aigu simple. 2a Les rhinite* toxiques, dont le coryza iodique est le type, et qui, à part leur pathogénie spéciale et leur indication thérapeutique primordiale qui est la suppression de leur cause, peuvent être réunies dans une même description avec le type précédent. ôu Les rhinites sijmptomatiques qui constituent le syndrome inaugural ou la localisation partielle d'une maladie infectieuse: elles s'effacent habituellement devant l'importance majeure des autres phénomènes qui leur sont associés; il en sera dit deux mots à la lin de ce chapitre. Étiologie. — Nul enfant n'échappe au coryza aigu. Cependant certains individus y présentent une prédisposition des plus nettes. Cette prédisposition est double : de cause générale et de cause locale. La prédisposition générale se retrouve chez les enfants issus de souche arthritique; le jeune âge l'exagère d'ailleurs; car la vulnérabilité de la pituitaire s'atténue à mesure que l'enfant grandit. La prédisposition locale, beaucoup plus importante, est réalisée par des lésions chroniques du nez et surtout du naso-pharynx : particulièrement par l'existence de végétations adénoïdes qu'on manque rarement de trouver chez les enfants qui « s'enrhument du cerveau à chaque instant ». Deux conditions secondes exaltent cette prédisposition : c'est d'une part les états météorologiques, le coryza ayant son maximum de fréquence aux saisons de transition, automne et printemps; c'est d'autre part le défaut d'accoutumance de l'enfant au froid : s'enrhument surtout du cerveau ceux qu'on tient systématiquement cloîtrés l'hiver dans des pièces chaudes et dont on a l'habitude de couvrir avec excès le cou et la tète. La cause déterminante usuelle du coryza est le refroidissement. Comme les enfants ne font pas attention aux courants d'air, qu'ils s'inquiètent peu de rester les pieds mouillés ou de s'asseoir sur un sol humide, ils en sont les victimes habituelles. Au printemps, le fait de rester expos»'' la tête nue au soleil peut avoir un même effet. Les irritants locaux amène» parfois une rhinite aiguë, en particulier chez ceux qui y sont prédisposél par des lésions locales chroniques. L'introduction habituelle des doigts dans les narines, le nettoyage du visage avec des éponges sales, surtout si, connue

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le font certains parents, on cherche à faire entrer à chaque toilette un peu d'eau dans le nez sous le prétexte de le nettoyer, sont des facteurs de coryza. De même aussi l'inhalation de poussières irritantes. Parmi les irritants généraux, il faut citer certains médicaments pris à l'intérieur et en particulier l'iode et les iodures. Cependant le coryza iodique n'a pas les allures envahissantes du coryza vulgaire : il se développe et fait son évolution sur place. il n'y a entre eux qu'analogie. Le coryza aigu est-il contagieux? Certes. Sa transmission se fait soit par transport direct (haiscrs, mouchoirs, etc.), soit peut-être à distance, par l'air. Bien que les tentatives d'inoculation des sécrétions de la rhinite aiguë faites dans des nez sains n'aient pas réussi entre les mains de Friedreich, cependant la constatation si fréquente de petites épidémies de maison laisse à penser que le coryza doit être contagieux, tout au moins dans sa forme infectieuse.

Pathogénie. — La pathogénie du coryza aigu est ohscure. Elle pourrait s'expliquer par l'apport au nez de germes spécifiques, ce qui s'accorderait avec cette hypothèse que la maladie est parfois contagieuse. Elle pourrait s'interpréter encore par une action perturbatrice telle que la réalise le froid, qui accroîtrait la virulence des germes pathogènes habitant le nez et diminuerait vis-à-vis d'eux la résistance de la pituitaire. Cependant ni l'une ni l'autre de ces hypothèses n'apporte de preuves. 1° Abstraction faite des rhinites aiguës syinptomatiques de la grippe, de la rougeole, le coryza aigu idiopathique attend encore son agent spécifique. Les recherches d'Hajek qui ont tenté d'établir l'existence d'un microbe du coryza n'ont pas été confirmées. C'est aussi à tort que Thost puis Cardone ont voulu faire du coryza la pneumonie du nez, car le pneumocoque ne s'y rencontre ni toujours, ni exclusivement. 2° D'autre part, contrairement aux enseignements classiques de Rohrer, de J. Wright, de Besser, les cavités nasales ne renferment pas à l'état normal de microbes capables de réveiller à un moment donné leur virulence, puisque le mucus nasal sain est stérile (Wùrtz et Lermoyez, Saint- Clair, Thomson et Hewlett). Une expérience de Winternitz nous montre qu'un refroidissement prolongé des pieds amène une vaso-constriction durable des vaisseaux de la pituitaire et doit suspendre en conséquence la sécrétion du mucus nasal. Cliniquement, en effet, le coryza aigu commence par une phase de sécheresse des fosses nasales. Cette courte période, pendant laquelle est suspendu le pouvoir bactéricide du nez, permet aux microbes que l'air inspiré a déposés dans le vestibule et qui y vivent en tout temps, de gagner la pituitaire et de s'y développer (Lermoyez). N'est-ce pas ainsi d'ailleurs qu'un coup de froid laisse aux pneumocoques de la bouche la possibilité d'accéder librement aux poumons? Les sécrétions du coryza renferment donc les microbes pathogènes usuels que l'air y peut charrier, staphylocoque doré en première ligne, puis staphylocoque blanc, streptocoque, pneumocoque, etc. La pathogénie du coryza iodique est différente. L'iode est mis en liberté à la surface de la muqueuse nasale, par l'action en masse de l'acide carbonique de l'air sur du mucus contenant, outre l'iodure ingéré, des nitrates alcalins qui jamais n'y manquent (Schmiedeberg). Comme le froid, Imitation iodique amène des troubles de la vaso-motricité : mais tout se

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borne à des phénomènes d'hyperémie et de transsudation, sans que l'infection semble intervenir. 11 y a excès de vaso -dilatation. Et si les doses faibles d'induré amènent plutôt le coryza que les doses fortes, c'est que les vaso-dilatateurs sont plus excitables et qu'une quantité minime agira sur eux qui sera incapable d'amener une excitation des vaso-constricteurs (Lépine).

Anatomie pathologique. — Avec Moure il faut admettre que l'inflammation ne se limite pas ordinairement à la zone respiratoire du nez, mais envahit toute l'étendue de la pituitaire, puisque très souvent elle se propage à la muqueuse des sinus.

Les lésions du coryza aigu sont peu connues, car les autopsies en sont rares. Suchanneck, Zuckerkandl signalent au début la tuméfaction et l'œdème aigu de la muqueuse, la distension du tissu caverneux des cornets: bientôt se montre une abondante diapédèse de leucocytes, tandis que la pituitaire entière desquame. Les glandes à mucus participent activement à ce processus. Ces lésions sont très inégalement distribuéesparilots à la surface de la muqueuse.

Symptômes. — L'entame du coryza aigu se fait par un phénomène local : ce sont des picotements et une sécheresse désagréable du nez, sorte de prurit de la pituitaire qui excite à des éternuements de plus en plus fréquents, sans sécrétion encore. Bientôt les fosses nasales s'obstruent à sec, l'enfant ouvre la bouche pour respirer; et c'est là le premier symptôme objectif qui attire l'attention des parents. Les épistaxis spontanées ne sont pas rares à ce moment, par excès de congestion de la pituitaire. Puis l'écoulement nasal apparaît. Il est formé d'un liquide incolore, transparent, aqueux, qui, séché dans le mouchoir, n'y laisse aucune trace et ne Lempèse pas. Chez le jeune enfant, ce suintement continu sort des narines comme un double ruisselet, et provoque un érythème de la lèvre supérieure et des ailes du nez, avec fissures superficielles des sillons naso-labiaux. Le lobule du nez lui-même rougit et se tuméfie. Sait-il se moucher, l'enfant souille avec violence dans son mouchoir, pour rétablir en vain la perméabilité nasale et ne réussit qu'à provoquer des épistaxis légères. Bientôt l'obstruction nasale devient absolue : l'enfant tient la bouche constamment ouverte; par moments il essaie avec effort de faire passer un peu d'air par son nez, ce qui produit un bruit spécial, le « snuffle » des auteurs anglais. La voix est nasillarde, offrant le type de la rhinolalie close qui supprime la résonance caractéristique de toutes les diphtongues nasales. L'odorat est perdu, à cause de l'obstruction de la fente olfactive; et le goût, par suite, est émoussé. Fait curieux, pendant le sommeil la sécrétion nasale cesse et le nez se désobstrue partiellement; cependant l'enfant ronfle et dort la bouche ouverte, ce qui résulte le plus souvent de Padénoïdite concomitante. Si on pratique alors l'examen des fosses nasales par la rhinoscopie antérieure, on s'étonne de voir combien minimes sont les lésions nasales apparentes, même au plus fort de la phase d'état du coryza aigu. La muqueuse est tuméfiée, sèche au début, et d'une couleur rouge sombre, mais sans érosion; le regard est arrêté par le gonflement de la tète des cornets inférieurs qui s'accolent à la cloison; et le stylet nasal s'y enfonce comme dans un coussin de plumes. La cocaïne amène momentanément leur rétraction complète. Chez les très jeunes enfants*

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l'obstruction nasale est encore plus accentuée que chez l'adulte, parce qu'à cet âge le bord du cornet inférieur est plus long et plus recourbé (Lorent).

Très souvent, une fosse nasale est rétrécie soit par une déviation de la cloison, soit plutôt par un enchondroine du cartilage de Jacobson, lésion qui ne serait pas rare, même dans le tout jeune âge (Patrzek). Les réactions locale et générale produites par le coryza ont à ce moment leur maximum. Elles sont, du reste, très variables. L'enfant se plaint de douleur ou plutôt de lourdeur de tête; a-t-il atteint làge où les sinus frontaux commencent à se développer, il éprouve une pesanteur pénible au niveau de la racine du nez. Il devient indolent, paresseux; il est très inattentif à ses leçons, atteint d'aprosexie aiguë (Guye). Tantôt tout se borne à ce manque d'entrain et à une diminution de l'appétit, avec léger état saburral de la langue et constipation passagère. Tantôt au contraire la fièvre s'allume, précédée de malaises, de petits frissons, de courbature générale; il se peut que, chez les petits enfants, elle atteigne 40 degrés dès le soir du premier jour. Au bout de deux à trois jours, la sécrétion nasale devient plus épaisse, muqueuse, puis mucopurulente, parfois striée de sang, et l'enfant a plus de peine à l'expulser en se mouchant; le mouchoir montre des taches jaunes, empesées. La pituitaire pâlit, se rétracte et l'enchifrènement diminue, car il est dû alors à l'accumulation de mucosités.

La durée du coryza aigu est courte, sauf complications; elle est ordinairement de 4 à 5 jours. Cependant il n'est pas rare que, sans tendance à passer à l'état chronique, la maladie laisse à sa suite un enchifrènement avec hypersécrétion muco-purulente, pendant une semaine et plus. D'autre part, les recrudescences, surtout provoquées par un nouveau refroidissement, sont fréquentes et prolongent de quelques jours la durée du coryza.

Complications. — Elles résultent de l'extension de l'inflammation aux organes du voisinage. La propagation au pharynx, au larynx et aux bronches, est la plus fréquente; un coryza aigu peut être l'origine d'une bronchopneumonie. Plus souvent le processus se limite aux voies aériennes supérieures. Chez les enfants strumeux dont les trois amygdales sont hypertrophiées, Vadénoïdite est presque la suite obligée du coryza. c2 ou 5 jours après le début de la rhinite apparaissent des symptômes nouveaux : la fièvre devient plus vive; les ganglions angulo-maxillaires se tuméfient; l'enfant parait nerveux, se plaint des oreilles, entend mal, ce que souvent on attribue à de la distraction; la nuit, il ébauche parfois des accès de faux croup. Si l'on regarde la gorge, où l'on s'attend à rencontrer de grosses amygdales parsemées de points blancs, on n'y constate qu'un peu de rougeur de la paroi postérieure du pharynx; mais, en provoquant avec la cuiller un réflexe nauséeux qui exprime en quelque sorte le naso-pharynx, on voit descendre derrière le voile du palais un peloton de muco-pus qui trahit l'adénoïdite. Ceux qui méconnaissent ce signe croient volontiers à l'existence d'une fièvre ganglionnaire. Le coryza aigu peut gagner l'oreille, y produisant une otite moyenne aiguë, simple ou purulente, et de celle-ci peut à son tour dériver une mastoïdite. Un refroidissement au cours du coryza, le fait de se moucher trop violemment, et, avant tout, les irrigations nasales faites

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avec le siphon de Weber en période aiguë, favorisent cette complication. Le coryza aigu peut même gagner l'œil par le canal nasal, provoquant une dacryocystite ou une conjonctivite; la kératite elle-même a très souvent une origine nasale.

Pronostic. — Le coryza est une affection des plus bénignes, puisque sa uérison spontanée est habituelle et que ses complications elles-mêmes disparaissent sans laisser de traces. Cependant ce serait un tort de le considérer comme une quantité pathologique négligeable. D'une part, il rend la pituitaire plus susceptible et favorise les récidives qui mènent à la rhinite hypertrophique et à la production de polypes; il peut aussi laisser à sa suite un écoulement purulent chronique. D'autre part, ses complications à distance peuvent avoir une issue funeste : suppuration de l'apophyse mastoïdo, broncho-pneumonie, etc. D'ailleurs le pronostic du coryza aigu varie suivant les épidémies : en certaines saisons il a une tendance particulière à atteindre l'oreille.

Diagnostic. — Rien de plus simple que de reconnaître un coryza aigu. L'adénoïdite le simule; mais peu importe l'erreur puisque le traitement est le même dans les deux cas. En présence d'un enfant dont le nez coule, il est utile de rechercher la cause de la maladie; s'agit-il d'un coryza simple, ou symptomatique d'une grippe, d'une rougeole, d'une coqueluche au début, ou produit par l'administration d'une préparation iodurée ou bromurée impure? Autant de problèmes, qu'il n'est pas toujours facile d'élucider dès le premier jour.

Traitement. — Lu préjugé très répandu nous fait croire que la thérapeutique n'a aucune prise sur l'évolution du coryza. Or, nous ne sommes pas désarmés contre lui : nous pouvons 1° l'enrayer dès son début; c2° pallier les phénomènes pénibles qu'il provoque; 5° prévenir les complications qu'il entraîne.

1° Traitement abortif. — Avant tout il faut éviter les remèdes violents, tels que le humage d'eau-de-vie ou de jus de citron; ils sont douloureux et exaspèrent la rhinite. Au contraire on peut sans inconvénient faire respirer des vapeurs d'eau de Cologne, de teinture d'iode, de l'olfaction d'anémone) remède homéopathique très vanté; l'effet de ces moyens est problématique, mais inoffensif. La meilleure inhalation abortive est le remède de Brand :

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