RHIN1TES AIGUËS
un ou deux mois; enfin des complications que nous avons mentionnées. De plus, il semble au moins probable que les sujets atteints après leur naissance de rhinite blennorragique deviendront plus tard, au moment de la puberté, des ozéneux. La démonstration n'a pu en être donnée, car jamais on n'a rencontré encore le gonocoque dans les sécrétions de l'ozènc : mais la recherche des antécédents des ozéneux vient à l'appui de cette théorie. Moritz Schmidt assimile la rhinite atropbique à la transformation scléreuse tardive de la muqueuse urétrale : ozène et rétrécissement de l'urètre succéderaient par un même processus à une blennorragie nasale ou urétrale ancienne.
Diagnostic. — Le coryza blennorragique diffère du coryza aigu par sa précocité, par son jetage franchement purulent, par la coïncidence fréquente d'une ophtalmie purulente, enfin par l'existence chez la mère d'une vaginite antérieure; cependant, nous avons vu que les infections obstétricales amènent parfois chez le nouveau-né un coryza simple (B. Fraenkel). Seulement, on ne pense pas toujours à explorer les fosses nasales : le médecin classique néglige cet organe, et rapporte souvent les phénomènes généraux à une affection générale, jusqu'à ce que l'apparition d'une otite ou d'une broncho-pneumonie appelle un peu tard son attention sur le nez. Entre le coryza blennorragique et le coryza syphilitique, pas de confusion possible. Celui-ci ne débute que quelques semaines après la naissance, et a une marche chronique : l'écoulement nasal n'est pas constitué par du pus, mais par un liquide séro-sanguinolent, mêlé de croûtes brunâtres. D'ailleurs, les autres signes de syphilis héréditaire, plaques muqueuses et fissures des lèvres, psoriasis palmaire et plantaire, adénopathie sousoccipitale indolente, aspect vieillot et plombé de la figure ne permettent pas une erreur, qui serait grosse de conséquences.
Traitement. — Comme dans le coryza aigu, il doit avoir pour but de rétablir la perméabilité nasale afin de permettre au nouveau-né de prendre le sein. Cette indication sera remplie ici par les irrigations nasales; malgré le danger qu'elles font courir à l'enfant, elles sont nécessaires pour éviter la stagnation du pus dans les fosses nasales, dont la muqueuse a un pouvoir absorbant double de celui de la muqueuse gastro-intestinale (Marco Trêves), ce qui explique l'importance des phénomènes généraux. Tout appareil — douche de AYeber, ou analogug — basé sur le principe du siphon, sera proscrit; on ne doit employer que des seringues à faible pression : la vulgaire seringue urétrale de verre répond à ce but; ou utiliser l'enéma, manié doucement, à condition de remplacer l'embout nasal classique par un mince tube de caoutchouc. L'enfant, bien emmailloté, sera tenu sur les genoux d'un aide, couché sur le côté et ayant la tête penchée au-dessus d'une cuvette. A chaque lavage on emploiera de 100 à 200 grammes de liquide tiède; on se gardera à la fois des liquides toxiques (sublimé, acide phénique) ou des solutions à action vomitive (sulfate de zinc, sulfate de cuivre); on prescrira soit l'eau boriquée, soit la solution de bicarbonate de soude à 1/1 00e qui délaie facilement le pus; la solution de résorcine à 1/100° est également un bon antiseptique à employer dans ce cas. Après avoir débarrassé le nez de son contenu, on modifiera la muqueuse en insufflant dans chaque narine
MALADIES DE l'eXFANCE. III. 49
[M. LERMOYEZ]
Jes poudres suivantes, qui devront être d'une finesse extrême et passées au tamis; on choisira, pour faire cette insufflation, qui se pratique ave* un simple tube de caoutchouc, le moment où l'enfant crie : le voile du palais, alors relevé, empêche toute pénétration de poudre dans les voies aériennes.
Iodoforme 1 gramme
Benjoin 5 —
Acide borique 10 —
ou :
Sozoiodol de zinc 1 gramme
Sucre de lait 20 —
Si la rhinite ne cède pas à ces moyens, on fera suivre chaque lavage (qui naturellement devra alors être fait avec de l'eau bouillie pure) d'une insufflation avec la poudre :
Nitrate d'argent : (K50
Talc 25 grammes
Bien entendu, on veillera soigneusement à la propreté du visage par des lavages répétés; on évitera le contact des objets souillés avec les yeux. L'enfant, s'il ne peut téter, sera nourri à la cuiller.
Prophylaxie. — La prophylaxie de ces rhinites obstétricales dérive des mêmes principes que celle qui a pour but de s'opposer à l'ophtalmie purulente. D'une part, antisepsie rigoureuse du vagin avant et pendant l'accouchement chez toute femme atteinte d'un écoulement suspect. D'autre part, désinfection du nez de l'enfant dès la naissance, en introduisant dans chaque narine une boulette de coton hydrophile imbibée d'une solution de sublimé à 1 /2000e. Cozzoiino a même proposé de faire chez tout enfant venant au monde une insufflation systématique de poudre d'iodoforme dans les deux narines.