I. - SPASME DE LA GLOTTE EN GÉNÉRAL
On donne le nom de spasme de la glotte à la contraction tonique des ■muscles constricteurs de la glotte1; ce spasme a pour effet de rétrécir ou de fermer l'orifice glottique et d'entraîner de la dyspnée ou de l'apnée. Il est :sous la dépendance d'une irritation du nerf récurrent. Cette irritation pouvant être engendrée par des causes diverses, le spasme de la glotte n'est pas une maladie, mais un symptôme commun à plusieurs maladies. Il est beaucoup plus fréquent dans l'enfance qu'à toute autre époque de la vie; il se rencontre surtout de la naissance à 6 ans, sans doute parce que, dans cette période, il existe une hyperexcitabilité spéciale de l'appareil nerveux du larynx. L'irritation du nerf récurrent qui provoque le spasme glottique peut être directe, réflexe ou centrale. Elle est directe quand elle dépend d'une compression cervicale ou thoracique portant sur le tronc des nerfs vagues ou des nerfs récurrents ; comme cela s'observe chez les enfants atteints d'une tuberculose des ganglions bronchiques2. D'ordinaire, la compression ne s'exerce que sur un seul nerf récurrent. Comment une irritation unilatérale peut-elle engendrer une occlusion de la glotte? L'excitation d'un seul nerf est-elle donc capable de produire un spasme des adducteurs de la glotte des deux côtés, un spasme des deux cordes vocales? Krishaber3, qui a étudié ce problème, répond qu'en réalité l'occlusion de la glotte n'est pas, dans ces cas, tout à fait complète; la corde vocale du côté malade atteint le plan médian dans toute sa longueur; celle du côté opposé ne rejoint sa congénère que dans le tiers postérieur, en raison de l'action du muscle aryténoïdien, muscle impair. 11 y a par suite un certain espace pour le passage de l'air: mais cet espace est minime et le rétrécissement est tel qu'il doit forcément se produire une crise de suffocation.
Le spasme réflexe s'observe surtout dans les affections de la muqueuse du larynx. Dans un des précédents chapitres, on a montré avec quelle fré-
(l) Cette définition élimine le spasme des muscles abducteurs ou dilatateurs qu'on a voulu faire rentrer dans l'histoire du spasme de la glotte, en s'appuyant sur des faits très obscurs.
r) Ley. An Essai/ on the laryngismus slridulus, 1856. — Hourmann. Sur quelques efl'els peu connus de l'engorgement des ganglions bronchiques (Revue médicù-chirurg., janvier 1855).
(3) Krishaber. Opportunité de la trachéotomie dans les anévrvsmes de l'aorte tSuciété de bioloqie. 1876. p. 152).
quence le spasme de la glotte complique les laryngites aiguës de l'enfance. On l'observe encore dans les laryngites chroniques, les ulcérations, les papillomes, les corps étrangers du larynx, etc. Le nerf laryngé supérieur transmet l'excitation de la muqueuse aux centres nerveux, sans doute au noyau d'origine du nerf spinal; le nerf spinal renferme les fibres du récurrent; il les abandonne au nerf pneumogastrique, d'où se détache le tronc du récurrent; la voie centrifuge sera donc représentée par le spinal, le vague et le récurrent. On a avancé que l'acte réflexe qui aboutit au spasme de la glotte n'avait pas toujours pour origine les terminaisons du nerf laryngé supérieur et que des excitations parties d'autres zones périphériques pouvaient le provoquer. La chose est vraisemblable, mais reste encore à démontrer. Ainsi, on a supposé que les végétations adénoïdes, en irritant les filets sensitifs du trijumeau, peuvent engendrer le stridulisme nocturne, au même titre que la laryngite aiguë commune. On a également soutenu que les inflammations trachéales et bronchiques, en irritant les filets sensitifs du pneumogastrique, peuvent aussi produire le spasme glottique, celui-ci, comme Trousseau et M. Variot l'ont indiqué, marque parfois le début ou accompagne l'évolution de la bronchite capillaire et de la broncho-pneumonie. Mais il faut remarquer que les végétations adénoïdes et les infections bronchiques sont des états associés souvent à une laryngite et il faudrait démontrer que celle-ci n'a joué aucun rôle dans la genèse du spasme de la glotte. Naguère, l'irritation de la muqueuse gingivale par des dents en éruption était considérée comme pouvant être cause du spasme de la glotte; cette opinion n'est plus admise aujourd'hui.
Le spasme de la glotte peut enfin avoir une origine centrale. Il existe, dans l'écorce cérébrale, un centre d'adduction des cordes vocales entrevu par Ferrier et Duret, localisé par Krause, Garel et G. Masini, bien étudié par Semon et Horsley1. Il est situé à la partie inférieure de la circonvolution frontale ascendante, en arrière de la troisième frontale ; ce centre est double ; il en existe un de chaque côté ; l'action de chacun d'eux est bilatérale, de sorte que l'ablation d'un seul centre est sans effet sur la phonation et que l'excitation d'un seul centre suffit pour provoquer la fermeture de la glotte. On conçoit ainsi l'existence d'un spasme de la glotte d'origine centrale. Celui-ci fait partie intégrante des attaques d'épilepsie et d'éclampsie dont il marque d'ordinaire la première phase; il peut s'observer dans l'hystérie, la chorée et le tétanos. En outre, il existe une névrose spéciale frappant exclusivement les nourrissons, caractérisée uniquement par des crises de spasme de la glotte, sans doute d'origine cérébrale. C'est cette névrose que nous allons décrire sous le nom de spasme essentiel de la glotte.
Le spasme de la glotte se manifeste par des crises passagères dont les caractères varient suivant que l'occlusion glottique est complète ou incomplète. Quand elle est incomplète, il n'y a pas d'apnée, mais une dyspnée spéciale représentée par des inspirations violentes, sifflantes, très longues et des expirations courtes. Quand l'occlusion est complète, elle entraine une
(*) Voir la revue de Raugé. Archives de physiologie, 1892.
{A.-B MARFAN]
apnée subite. La première forme s'observe surtout chez les grands enfants et chez les adultes; la seconde se voit surtout chez les nourrissons, particulièrement dans le spasme glottique essentiel. On avait supposé, pour expliquer ces différences, que la glotte inter-aryténoïdienne, beaucoup plus développée chez les sujets un peu âgés que chez les très jeunes enfants, offrait chez les premiers une certaine résistance à l'occlusion et ne se fermait jamais complètement dans le spasme. Cette manière de voir n'est plus acceptée. Les différences signalées dans l'aspect des crises semblent tenir simplement an degré du spasme. Les crises de spasme de la glotte s'accompagnent toujours de deux phénomènes : une contraction violente des muscles inspirateurs et un tirage intense (dépression inspiratoire sus et sous-sternale, sous-costale, intercostale). Il est naturel de considérer ces deux phénomènes comme dépendant directement de l'occlusion de la glotte, la sensation du manque d'air qui résulte du spasme glottique provoquant des efforts inspiratoires et le tirage se produisant parce que l'air ne peut entrer dans la poitrine. Cependant cette manière de voir si simple n'est pas acceptée par tous. En étudiant le spasme essentiel de la glotte des nourrissons, Trousseau a émis l'idée que la contraction violente des muscles inspirateurs, particulièrement du diaphragme, était due à un véritable spasme concomitant, que l'incitation nerveuse qui provoque la convulsion de la glotte provoque aussi, par action synergique, la convulsion du diaphragme. Cette manière de voir, acceptée par Hérard et Bouchut, soutenue aujourd'hui par M. Variot, est peut-être exacte ; mais on n'a apporté à l'appui aucune preuve entraînant la conviction. Le spasme de la glotte, pouvant se produire dans des circonstances très diverses, il en résulte que sa physionomie clinique est très variable et que les tableaux dont il fait partie sont parfois très dissemblables. On trouvera la description de ces aspects dans les chapitres de ce livre où l'on traite des maladies qui peuvent donner naissance au spasme de la glotte. Nous ne devons étudier ici que le spasme glottique essentiel des nourrissons.