‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 72 sur 163 · DIVISION · texte numérisé non relu

DIVISION

Les néoplasies du rein observées chez l'enfant sont les unes d'origine épithéliale et les autres dérivées du mésoderme. Parmi les néoplasies épit/iéliales, les kystes seront étudiés séparément et je ne m'occuperai ici que des adénomes et des carcinomes. Les néoplasmes mésodermiques comprennent les sarcomes purs ou associés à des fibres musculaires lisses ou striées, ou à des cellules cartilagineuses. Dans un certain nombre de cas, la néoplasie présente, mélangées en proportions diverses, la prolifération conjonctive et la prolifération épithéliale, ce sont les adëno-sarcomes.

Il est difficile, en anatomie pathologique, de tracer les caractères distinctifs de ces différentes néoplasies; je l'essayerai pourtant, quoique les documents dont je dispose soient très insuffisants. En clinique il est impossible, aujourd'hui, de décrire séparément les différents néoplasmes du rein; ce sera la tâche de l'avenir, et nous devons nous contenter d'une description symptomatique commune.

Anatomie pathologique.

a). Tumeurs épithéliales. — Chez l'adulte, on rencontre assez fréquemment, à la surface du rein, des nodosités circonscrites, souvent multiples,

(*) Rathery. Essai sur le diagnostic des tumeurs abdominales chez l'enfant. Thèse Paris. 1870. (-) Guillet. Des tumeurs malignes du rein. Thèse Paris, 1888.

(3) Chevalier. De l'intervention chirurgicale dans les tumeurs malignes du rein. Thèse Paris, 1891. (*) Hildebrandt. Contr. à la chir. du rein. Deutsche Zeitsch. f. Chir., 1894, décembre. (5) Doderlein et Hirschfeld. Tumeurs embryonnaires de la région du rein. Centr. f. Krankfi. d. Hum undSexuale Org., 1894, H. 1 et 2.

lALBARRANI

bien étudiées par Weichsclhaum et Grcenicli, par Granitz et par Sabourin; on les connaît sous le nom d'adénomes : leur histoire histologique et pathogénique a donné lieu à des diseussions sans nombre, et, en réalité, le mot « adénome du rein » englobe une série de tumeurs très dissemblables les unes des autres.

Dans un travail récent, j'ai classé dans trois groupes les néoformations épithéliales qu'on peut rencontrer dans les reins en dehors de la maladie kystique. Ce sont : 1° les néoformations épithéliales des granulations de Bright; 2° les adénomes vrais; 5° les épithéliomes.

1° Les néoformations épithéliales consécutives à la néphrite interstitielle ont été très bien étudiées par Sabourin1; les productions adénoïdes sont dans ce cas multiples et varient de la grosseur d'une cerise à la granulation invisible à l'œil nu. L'épithélium néoformé qui constitue la granulation naît des canalicules rénaux compris entre les bandes de sclérose de la néphrite et correspond aux granulations de Bright. Ces productions sont assimilables, d'après moi, à la cirrhose biliaire de Hanot et à la cirrhose prostatique que j'ai signalée. Chez l'enfant je ne connais pas d'exemple de cette première variété de néoplasie épithéliale.

2° Uadénome. — Ce mot adénome ne devrait désigner que des néoplasmes reproduisant plus ou moins parfaitement la structure des canalicules rénaux; or, dans la très grande majorité des observations publiées, la prolifération épithéliale devient atypique dans certaines parties de la tumeur, et l'adénome se transforme en épithéliome. 11 existe pourtant chez l'adulte des tumeurs qui sont des adénomes vrais, et chez l'enfant, Ruprecht2 et Shattock3 en ont publié des observations.

L'adénome du rein, distinct des productions adénoïdes des néphrites mentionnées plus haut, est une tumeur le plus souvent unique, parfois multiple. Ces tumeurs siègent plus volontiers dans la substance corticale, au-dessous de la capsule propre du rein qui les recouvre; leur volume n'excède guère celui d'une noix. Ce sont des néoplasmes arrondis, bien limités, séparés du tissu rénal qui les entoure par une coque conjonctive qui peut manquer. A la coupe on constate que la tumeur est molle, friable, grise ou rougeâtre, et que parfois elle contient de petits kystes séreux ou sanguins.

L'examen histologique montre que les adénomes sont formés par des tubes plus ou moins parfaits tapissés d'épithélium cylindrique, ou bien par des alvéoles pleins de cellules ou présentant dans leur cavité des végétations papillaires. Leurs cellules épithéliales ont un protoplasma clair et un noyau arrondi ; souvent elles sont fortement infiltrées par de la graisse.

7)° L 'épithéliome. — C'est la forme la plus commune des tumeurs épithéliales du rein, mais il faut bien savoir que chez l'enfant les néoplasmes épithéliaux de cet organe sont beaucoup moins fréquents que les sarcomes : c'estainsi que, parmi les tumeurs observées depuis 1800, je trouve 8 tumeurs épithéliales et 45 sarcomes.

(») Saboi'mn. Arch. de phijsiol., 1882, p. 07, et Rev. de méd., 1881, p. 374 et 1885, p. 889. («) Ruprecht. Centr. f. Gynécologie, 1890, p. -11 i. (s) Shattock. Lancet, 1891, vol. II, p. 1219.

NEOPLASMES DU REIN. 569

La tumeur naît sur un point quelconque de la surface du rein et, bridée par la capsule propre, s'enfonce dans l'intérieur du parenchyme dont elle parait séparée par une bande conjonctive plus ou moins épaisse. Ces néoplasmes sont souvent moins volumineux que les sarcomes, mais quelquesuns peuvent acquérir un grand volume : c'est ainsi que Reczey1 extirpa chez un enfant de 5 ans un épithélioma du poids de 8 livres.

Macroscopiquement la tumeur est bosselée, irrégulière, de couleur blanc jaunâtre et parait développée aux dépens dune portion du rein dont on retrouve presque toujours une extrémité, parfois la plus grande partie, présentant son aspect normal. La capsule propre du rein s'étend sur le néoplasme et le recouvre, lui donnant des limites précises, mais sur elle rampent; dans l'atmosphère adipeuse plus ou moins adhérente, de larges veines gorgées de sang. A la coupe, on est frappé de voir que la tumeur parait encapsulée dans sa totalité et que sa capsule la sépare de la portion encore existante du parenchyme rénal. Le rein ne parait pas comprimé, une partie de l'organe manque, et à sa place, s'emboitant dans l'organe par une surface à larges mamelons arrondis, se trouve la tumeur pourvue de sa capsule. L'isolement de la tumeur n'est pas toujours parfait, et dans certains cas on voit des portions de répithélioma se continuer directement avec le parenchyme du rein. Parfois on voit des prolongements de la tumeur pencher dans le bassinet et jusque dans l'uretère et, dans ces cas, la portion du rein non envahie par la tumeur peut présenter des lésions d'hydronéphrose plus ou moins avancée, consécutive à l'obstruction mécanique de l'uretère. Rarement le rein a disparu en entier, et la tumeur s'est complètement substituée à l'organe normal. La coupe de la tumeur elle-même montre une masse divisée en lobes par de larges roues conjonctives souvent très fermes; ces travées séparent des loges qui contiennent, pour la plupart, un tissu mou, friable, jaune blanchâtre; d'autres ont une couleur foncée et contiennent un détritus formé par du sang et des cellules dégénérées : par places on peut voir des parties semi-kystiques d'aspect colloïde.

La propagation par continuité de ces néoplasmes aux organes voisins est rare chez l'adulte; elle n'est pas signalée dans les observations chez l'enfant. La généralisation se fait par la voie veineuse et par la voie lymphatique. Les épithéliomas du rein envahissent volontiers la veine rénale, parfois le néoplasme pousse dans l'intérieur du vaisseau un prolongement : d'un autre côté, les ganglions du bile du rein et la chaîne ganglionnaire lombaire sont souvent envahis. A distance, les novaux néoplasiques de généralisation sont surtout fréquents dans le poumon et dans le foie.

Page 1