II. — Allaitement mixte
L'allaitement mixte est un mélange, en proportions variables, d'allaitement naturel et d'allaitement artificiel. Il est justifié dan- deux circonst :s
principales :
A. — Ou bien la mère est Faible nourricière, l'enfant en témoigne par
ses cris, par l'état slationnaire ou décroissant de -mi poids; il est tout indiqué, quand on ne peut donner une nourrice, d avoir recours au lait de vache, par exemple.
11. — La mère a bien assez de lait pour nourrir son infant, mais elle ne peut rester chez elle, elle travaille dehors, pour un salaire. Elle conli.' son ■Alloua u l'bnio. — [. ."
V COMBY)
enfant, pendant le jour, à une garde, ou à une crèche, cl elle se contente de lui donner le sein pendant la nuit. Nécessairement, pendant l'absence prolongée de la mère, l'enfant est allaité artificiellement.
Les deux éléments de l'allaitement mixte, le sein et le biberon, sont associés eu proportions variables et la valeur de ce mode d'allaitement est subordonné à ces proportions ; assez bon quand le sein prédomine sur le biberon, mauvais dans les conditions inverses.
Pour les ouvrières qui travaillent dans les ateliers, il est à désirer que les règlements intérieurs leur permettent d'allaiter une, deux ou trois fois par jour leurs enfants, soit qu'on les apporte à l'usine, soit qu'elles aient le temps d'aller les retrouver à domicile. Mais ce ne sont que des solutions bâtardes ; il faudrait que la mère nourrice pût s'occuper librement de son enfant et lui consacrer tout son temps ; le travail d'atelier n'est pas favorable à la lactation et les ouvrières surmenées font généralement de mauvaises nourrices. L'allaitement mixte ne doit pas être essayé trop tôt; l'enfant le supportera d'autant mieux qu'il sera plus avancé en âge. Le lait de vache, un peu lourd dans les premières semaines et les premiers mois, sera par la suite assez bien digéré et l'enfant augmentera rapidement de poids avec l'allaitement mixte bien réglé. Certaines femmes, qui veulent avoir de bonnes nuits et ne sauraient se priver de sommeil, font le contraire des ouvrières qui donnent le sein la nuit seulement; elles font téter l'enfant le jour, et la nuit elles chargent une bonne ou une nourrice sèche de lui donner le biberon. D'autres se servent du biberon le jour et la nuit.
Comment faut-il régler l'ordre des tétées? S'il s'agit d'une mère ou d'une nourrice disposant de tout son temps, mais forcée, par l'insuffisance de son lait, de recourir à l'allaitement mixte, elle fera bien d'employer le biberon pendant le jour et de remplacer une tétée par un biberon alternativement. L'enfant, au lieu de téter toutes les 2 ou 5 heures, ne tétera plus que toutes les 4 ou 6 heures, la tétée intercalaire étant remplacée par un supplément de 100 à 150 grammes de lait stérilisé. Il faut retenir seulement que, dans l'allaitement mixte, le nombre total des repas ne doit pas dépasser celui qu'on permet dans l'allaitement naturel (6 à 8 en 24 heures), et que les intervalles doivent être aussi réguliers dans un mode que dans l'autre.
Quelques personnes conseillent le mélange des deux laits (féminin et animal). On donne une petite ration de lait de vache (50 à 100 grammes) à l'enfant, et, immédiatement après, on le met au sein. Ce procédé, dit-on, permettrait au nourrisson de digérer plus facilement le lait trop lourd de la vache. Il est à coup sûr préférable au procédé inverse; sein d'abord, biberon ensuite. Mais je crois qu'il vaut mieux s'abstenir de ce mélange que rien ne justifie. Quand la nourrice est obligée d'aller travailler au dehors pendant la journée, elle donne le sein à l'enfant, avant son départ, à 0 ou 7 heures du matin; quelquefois elle peut revenir à 11 heures ou midi, pour une seconde tétée ; souvent elle ne revoit son enfant que le soir à 7 ou 8 heures. Une absence aussi prolongée de la nourrice met dans la nécessité de donner à l'enfant, quel que soit son âge, un supplément de nourriture. On donnera alors le biberon de 2 en 2 heures, ou de ô en 5 heures, suivant IVe du
HYGIENE DE LENFANT. 3à
nourrisson. Pendant la nuit, reniant, retrouvant sa mère, létera plusieurs fois; généralement il couche avec sa mère qui, fatiguée par le travail de la journée, s'endort et lui laisse le sein dans la bouche. Dans ces conditions, l'allaitement mixte ne donne que rarement de bons résultats. Il ne donne pas de lions résultats pour deux raisons : 1° épuisée par le travail, la nourrice n'offre à son enfant qu'un lait insuffisant et imparfait, la part d'allaitement naturel laisse beaucoup à désirer en quantité et en qualité; '2° l'enfant est surchargé d'aliments pendant I absence de sa mère, la part d'allaitement artificiel pèche par l'abondance et par la qualité. Par contre, dans les familles ai ées, l'allaitement mixte bien réglé, par la mère ou par une nourrice surveillée, peut donner d'excellents résultats, supérieurs à ceux qne dbi rail
un allaitement naturel insuffisant.
Soit que reniant reçoive quelques biberon- la nuit, soit qu'il prenne du lui de vache dans l'intervalle des tétées, pendant le jour, il n'en souffre pas, il s'en trouve même bien et augmente de poids, -i le lait est stérilisé, coupé avec 1/4 ou 1/5 d'eau bouillie sucrée, quand il n'est pas toléré pur, si ce (ail n'est pas donné trop souvent et en quantité trop grande. C'est surtout dans les premiers mois qu'il faut régler d une façon sévère les tétées el les prises de lait. Plus lard, après le 6" mois, l'allaitement mixte devient une nécessité pour la plupart des enfants, et il n'offre presque plus de dangers. Il est bien peu de nourrices qui, après li ou 8 mois de nourriture, ne soient obligées de s aider avec le lait de vache et quelques aliments qui s'en rapprochent. Alors on apprend à l'enfanta boire directement an verre, à la
tasse, à la timbale ; le nombre des tétées au sein dimi a mesure que celui
des verres de lait augmente, et l'on prépare graduellement, de très loin, u\\ sevrage qui, habilement ménagé, deviendra facile et Bans danger.
A. quel moment do la vie de l'enfant l'allaitement naturel doit-il devenir mixte? A quel âge la nourrice peut-elle el doit-elle, -ans cesser l'allaitement an sein, donner au nourrisson un supplément de nourriture? Quand la nourrice a beaucoup de lait, quand l'enfant aug nte régulièrement de poids, et
semble bien portant, quand il ne crie pas après la teiee. annonçant ainsi qu'il n'est pas rassasié, quand il ne demande pas à téter trop souvent (autre signe de faim non apaisée), on p iul attendre. J'ai vu des enfants qui, jusqu à 1(1, 11. 12 mois, n'avaient pris d'autre nourriture que le lait féminin. Généralement, vers l'âge de li ou S mois, l'allaitement naturel devient insuffisant et Ton se voit obligé de donner autre chose à reniant. Si l'on ne veut pas s'en rapporter à ses oris, on aura recours à la balance; indiipie-telle un arrêt dans l'accroissement normal, le moment est venu d'alimenter l'enfant. On donnera d'abord du lait de vache, et plus tard, des crèmes,
îles panade- de biscottes, des bouillies de rarahoiit. etc. I.'eeueil à éviter,
quand on commencera celle alimentation mixte, c'est la surcharge alimentaire; on ne donnera que le sirict nécessaire, et on dépassera d'autant moins le but que les tétées au sein seront plus soigneusement continuées Avec un enfant ipii n'est pis privé du sein, on ne court pas grands risques; le lait féminin permet de digérer bien des aliments qui, sans lui, ne passeraient pas.
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En résumé, pour que l'allaitement mixte soit toléré et recommandable même dans certaines circonstances, il tant que l'allaitement naturel, c'està-dire la bonne part de ce mode de nourriture, ne soit pas trop cll'acé par l'allaitement artificiel, la mauvaise part. II faut que les tétées au sein prédominent ou restent au premier plan ; si elles ne sont là que pour la forme, l'allaitement mixte ne vaut pas mieux que l'allaitement artificiel dont je vais parler maintenant.