III. — Allaitement artificiel
L'allaitement artificiel consiste à donner à l'enfant, au lieu de lait féminin, le lait d'un animal, qui est le plus souvent la vache, mais qui exceptionnellement peut être l'ànesse, la chèvre, etc. Il y a deux modes principaux d'allaitement artificiel : 1° Le lait est donné après la traite dans un biberon, un verre, une tasse, une cuiller; c'est le mode habituel; 2° l'enfant est mis au pis de l'animal, il tète une ànesse, une chèvre, une chienne. Cet allaitement direct, par un animal, est très peu répandu.
1° Allaitement artificiel ordinaire ou indirect. — Quand l'enfant est allaité artificiellement dès sa naissance, il est rare qu'il digère bien et du premier coup le lait de vache qu'on lui donne. Ce lait, en effet, diffère beaucoup par sa composition du lait de femme; il est plus caséeux, plus lourd, plus indigeste, il se précipite dans l'estomac en gros caillots qui se dissolvent péniblement. Pour faciliter la digestion de ce lait, on se voit obligé de le couper, de l'étendre d'eau, dans une proportion variable, suivant l'âge de l'enfant. Plus l'enfant est jeune, plus la quantité d'eau de coupage doit être grande. Cette eau sera préalablement stérilisée ou bouillie; on l'additionnera d'une petite quantité de sucre ordinaire ou de sucre de lait. Lis chiffres suivants sont à retenir pour les coupages :
1" mois ....... 1/2 <le lait 1 2 d'eau
4° — , . . . lait pur
La proportion de sucre à ajouter sera d'un petit morceau de -i à 5 grammes par biberon de 150 grammes.
Le Dr A.-B. Marfan (De l'allaitement artificiel, Paris, 18110) conseille de couper le lait de vache de la façon suivante : dans les premiers jours, 1 partie d'eau, 1 partie de lait ; passé le cinquième jour, on donne 2 parties de lait, 1 partie d'eau, jusqu'au 6e mois; à partir du G1" mois, lait pur. Pour remédier à l'appauvrissement en beurre et en sucre qui résulte du coupage, Marfan conseille d'ajouter de la lactose cristallisée, 10 pour 100. Jusqu'à 0 mois, on donnera donc :
Lait .... 2 parties
Eau lactosée à 10 pour 100 . 1 partie
A partir du G' mois, on donnera le lait pur additionné de 2 pour 100 de lactose.
HYGIENE HE L'ENFAST. 51
Jacobi (de New-York) conseille de diluer le lait de vache avec la décoction de gruau (en <;in de constipation), d'orge len cas de diarrhée), dans la proportion suivante : Pour le nouveau-né, 1 partie de lait, i à 5 parties de décoction; pour l'enfant de 6 mois, parties égales. 11 croit que le sucre de canne vaut mieux que le sucre de lait, ce dernier se changeant très vite en acide lactique. Il recommande de saler le lait (chlorure de sodium).
Il faut > 'abstenir, dans les coupages, de toute substance autre que 1 eau pure; l'eau panée, les infusions on décoctions de plantes sont à repousser, à cause de leur odeur, de leur altérabilité, etc. Ce qui est permis et recommandable quelquefois, quand l'enfant digère mal, c'est d'ajouter au lait une petite quantité d'eau de Vichj ou d'eau de chaux (1/2 à I cuiller à café par biberon), ou bien une pincée de bicarbonate de soude (sel deVichy). D'après Bourj (thèse de Paris, 1894), l'eau de chaux serait préférable aux autres alcalins; elle relarderait la coagulation, diviserait la caséine, neutraliserait les acidités, et jouerait un rôle utile dans la nutrition. Le lait de vache coupé de (10 grammes il eau de chaux par litre serait mieux toléré que le lait pur. La nécessité de* coupages, même pour les nouveau-nés, o a pas semblé indispensable à tous les médecins. Parrol prescrivait le lail pur à tout âge et dans tous les cas. Paulin donne également le lait pin stérilisé aux nourrissons dès le premier jour de la vie. Je veux bien qu on agisse ainsi quand les enfants digèrent le lait pur; sinon, le coupage s impose. V.n somme, il faut étendre le lait le moins possible, pour m' pas surcharger l'estomac. Les enfants allaités artificiellement, en effet, reçoivent une quantité de lait bien plus grande que les enfants élevés au sein; cette quantité
peut elle dolihle ou triple. Il en résulte pour I estomac une distension
lâcheuse qui prélude m bien des souffrances.
Le lait de vache étant moins facile à digérer que le lait de femme, et laissant dans L'intestin plus de résidus non utilisés, le nourrisson est obligé d'ingérer une quantité excessive île ce lait, quantité augmentée encore par l'eau de coupage. Ou a essayé de ramener artificiellement la composition du lail de vache à celle du lail de femme, eu retirant de ce lait la caséine en excès qu'il contient, c'est le lail humanisé (humanized tnilk). Je parlerai plus loin de ce lail ainsi que du lail centrifugé. A mesure que l'enfant prend de l'âge et îles forces, il devient enfin capable de digérer convenablement le lail de vache. Auparavant, quand ou le peut, on lei.i bien de donner h' Lui d'anesse, dont la composition se rapproche de celle du Lui féminin.
Ce lait, peu casécus et léger, ne convient qu'aux nourrissons délie, ils et dans
les premiers mois. Plus lard il serait insuffisant.
Les difficultés et les dangers de l'allaitement artificiel ne résident pas entièrement dans l.i composition chimique du lait et dans l'écart qui sépare
à ce point de vue le lail de femme du lail de v.iche II y a aussi à considérer
la provenance du lail. les fraudes dont il a pu cire l'objet, les altérations spontanées qu il a pu subir à I air et sous l'influence de la chaleur, les maladies ilmii il peut contenir le germe, etc I. infection par le lait, voilà le grand danger de l'allaitement artificiel. A la campagne, quand on possède des vaches, ou quand ou se trouve à proximité de fermes ou de vacheries
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que l'on peut surveiller, on donne aux nourrissons un lait connu, qui offre des garanties spéciales. On a du lait toujours frais et, dans les pays à pâturages, de première qualité. Aussi voit-on l'allaitement artificiel donner parfois, dans ces conditions, des résultats satisfaisants. Cependant, même ' alors, il convient de ne pas donner le lait cru aux nourrissons et de le faire bouillir immédiatement après la traite. On a bien dit que le lait bouilli était moins facile à digérer, moins riche que le lait cru; on avait même, à l'Académie, recommandé de donner le lait simplement tiédi au bain-marie. Mais devant les dangers de transmission de la tuberculose, de la fièvre aphteuse, et d'autres maladies par le lait, on considère aujourd'hui comme indispensable de faire toujours bouillir ou stériliser le lait destiné à l'alimentation des jeunes enfants. Cette stérilisation s'impose surtout en ville où la provenance du lait est suspecte.
Est-il nécessaire, ou seulement utile, de donner toujours, à un même enfant, le lait de la même vache? Il est vrai que quelques nourrissons, habitués à un lait ayant une certaine composition, un certain arôme, pourront ne pas accepter volontiers un lait différent ; mais le lait de la même vache diffère lui aussi et incessamment, et on n'accorde aujourd'hui aucun crédit à cet axiome. Le lait mélangé de toutes les vaches d'une ferme a une composition toujours identique et ne présente pas les différences journalières qu'offrirait le lait d'une seule et même vache. Ce lait moyen avait déjà les préférences de Trousseau.
Le lait ayant été stérilisé par l'ébullition ou par un autre procédé, doit être donné tiède à l'enfant, surtout dans les premiers mois; pour cela on plonge le biberon dans un bain-marie qui doit porter le lait à une températurc de 56 à 57 degrés; on pourra apprécier cette température à la main ou à la bouche, en goûtant le lait; l'emploi du thermomètre serait plus rigoureux, mais il n'est pas indispensable.
J'étudierai plus loin les appareils qui servent généralement à l'allaitement artificiel. Ces appareils, qu'il faut toujours prendre aussi simples que possible (biberon sans tube) et tenir avec une propreté absolue, peuvent être remplacés par un gobelet, une timbale quelconque, ou même une cuiller. On voit encore des enfants élevés au verre, à la timbale, an peiil pot, comme on dit dans certains pays. On éprouve parfois une réelle difficulté à apprendre aux enfants h boire ainsi, directement, sans exercer les mouvements instinctifs de succion que la présence du sein ou d'une tétine en caoutchouc provoque aisément. Mais la difficulté n'est pas insurmontable.
L'allaitement à la cuiller a l'inconvénient d'exiger des manœuvres multipliées et une très grande patience de la part de la nourrice. Chez quelques enfants atteints de malformations de la bouche (bec-de-lièvre), ou trop faibles pour téter, on est bien obligé d'avoir recours à la cuiller ; quelquefois même, l'enfant ne pouvant recevoir le lait par la bouche, on en est réduit à I allaitement par le nez, ou au gavage avec la sonde. L'allaitement par le nez, qui a rendu, dans certains cas, de précieux services, est très facile. On peut le faire à l'aide d'une petite cuiller ou d'une seringue. L'enfant étant couché sur le dos, on présente une petite cuiller pleine de lait à l'entrée
HYGIÈNE DE L ENFANT. j!»
d'iino narine; ce lait est aspiré et coule naturellement dans la gorge; il est dégluti sans le consentement de l'enfant. Le Dr II. St-Philippe a obtenu de très lions résultats avec ce mode d'allaitement (Acad. de médecine, 1896)
L'allaitement par le nez avec une seringue a été inauguré il y a longtemps déjà (Revue médico-chirurgicale, l?v>r>i par le Dr Henriette (de Bruxelles). « L'enfant étant couché horizontalement dans son berceau, ou mieux encore sur les genoux de sa nourrice, le médecin, placé à sa droite, appuie, pour maintenir et assujettir sa tête, la paume de la main gauche sur le liont; le pouce resté libre vient s'appliquer sur la lèvre supérieure, près de l'ouverture nasale. La main droite armée d'une seringue préalablement chauffée, appuie légèrement l'extrémité de la canule sur le pouce resté libre de la main gauche en la présentant à l'ouverture du nez, sans jamais l'introduire <lr plus d'une ligne de profondeur. Cela n'esl pas nécessaire pour la facilité d'introduction du liquide ci on évite ainsi l'éternuement qui ne manquerai! pas de se produire si un négligeai! de suivie le conseil «pie nous donnons; d'autre pari on s exposerait à blesser les enfante qui son! quelquefois, mais rarement indociles, car i est même une chose surprenante que la docilité avec laquelle ils s j habituent. Cela lait, le médecin, qui tien! le corps de la seringue entre l'extrémité de l'indicateur et du médius du côté droit, le pouce étant engagé dans l'anneau du piston, pousse très lentement le liquide, lequel tombe goutte à goutte à travers les fosses nasales, sur la partie postérieure du pharynx, dans l'œsophage el l'estomac. Aucun accident de ion\ ou d éirriiurmciii ne vient contrarier cette légère el inoffensive opération; le liquide injecté est avalé avec la plus grande facilité, el chose remarquable, si l'enfant pleure au moment où il ost soumis aux injections, il s'arrête pour respirer, el le liquide alors est précipité par un mouvement de déglutition forcée, involontaire, jusque dans l'estomac.
« In second phénomène qui se présente quand on injecte du lait dans les narines des enfants nouveau-nés, el qui n'esl pas moins remarquable par les résultats qu'il doit produire sur les digestions, c'est que la masse du liquide ne pénètre pas en entier dans l'œsophage, une minime partie revient dans la bouche de l'enfant. Aussi la voit-on s'humecter du lait qui vient ainsi impressionner le sens Au goût. I. eut. ml qui, jusque-là, n'avait l'ait aucun mouvement de succion, commence par se lécher les lèvres, puis
il suce el opère bientôt les mouvements d'une déglutition régulière. I.i
Ggure change en même temps , I ( ■ caractère el d'expression, il ouvre les yeux, ses membres l'ont quelques mouvements; on voil enfin, de manière
à ne pouvoir en douter, que c est avec jouissance qu'il éprouve la s.<n~.it ion
du liquide qui est el doit être son aliment naturel. >
Gavage. — Le gavage consiste à introduire le lait directement dans l'estomac à l'aide d'une soude. G'esl à M. Tarnier mi on doit la vulgarisation de ce procédé d'allaitement artificiel à l'usage des nouveau-nés «pii ne peuvent ni téter, ni boire à la cuiller 1 1884), <tn prend mu' sonde en caoutchouc rouge mi' I l ou lt> de la filière Charriera), à cette sonde on lixe une cupule en verre, le bout <!<■ sein artificiel du |ir Bailly par exemple, ou un entonnoir gradué. I. 'enfant étant tenu sur les genoux, la tète un peu s,,M.
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levée, on introduit la sonde préalablement mouillée de lait dans la bouche et un la pousse doucement dans l'œsophage; elle est dans l'estomac après un trajet de 15 centimètres. On pince la sonde entre les doigts et on verse le lait dans la cupule, on cesse de pincer pour qu'il tombe dans l'estomac, et on retire immédiatement la sonde. La quantité de lait, le chiffre des gavages varient suivant l'âge et la force des enfants. Pour un enfant né avant terme et très petit, 8 grammes de lait par heure suffiraient (Tarnier). Quand on aura sous la main une nourrice, on se servira, pour les gavages, de lait féminin, et il sera très facile par la traite manuelle de faire tomber ce lait dans la cupule. A défaut de lait féminin, on aura recours au lail d'ânesse ou au lait de vache stérilisé.
L'enfant bien gavé augmente rapidement de poids, et quelquefois même il peut présenter un œdème des membres dû à l'excès d'alimentation. A mesure qu'il prendra des forces, on alternera les gavages et les tétées, augmentant celles-ci et diminuant ceux-là. Grâce à l'emploi méthodique du gavage et de la couveuse, on est parvenu à élever des enfants qui n'avaient pas six mois de vie intra-utérine.
Quel que soit le mode employé dans l'allaitement artificiel, l'enfant sera soumis à la même réglementation pour le nombre et la quantité des repas qu'il fait en 24 heures. On ne doit pas donner aux enfants de grands biberons remplis de lait, laissant ces biberons dans le berceau, sans s'inquiéter de la façon dont ils sont utilisés. L'enfant ne devra faire que dix repas par jour pendant les premières semaines; ce chiffre sera abaissé ensuite à 8, 7 ou mémo 0. La quantité de lait prise à chaque repas sera d'abord de 50 grammes en moyenne, puis de 80, 100, et enfin 150 grammes. On ne devrait pas dépasser ces chiffres. Mais l'entant criant, digérant mal, attestant encore par son faible accroissement qu'il n'assimile pas assez, aura besoin d'une plus grande quantité de lait, et il n'est pas rare de voir des enfants qui prennent par jour, 1 litre, 1 litre 1/2, 2 litres de lait de vache, alors «pie ces mêmes enfants, s'ils avaient eu le sein, se seraient contentés de doses moitié moindres. On ne peut donc dire d'avance la quantité de lait de vache qui convient à un enfant; cela dépend de sa force, de ses aptitudes digestives, de la façon dont il assimile ce lait. Le lait de vache sera tou jours, quoi qu'on fasse, moins bien toléré que le lait de femme. On ne commencera pas l'alimentation solide dans l'allaitement artificiel plus tôt que dans l'allaitement naturel. On pourrait même retarder celte alimentation supplémentaire, en augmentant la dose de lait. Jusqu'à 8, 10 mois, rien que du lait. Après, quelques panades légères, soupes au lait, tapioca, rac:.hout, farine lactée, etc.
Biberon. — On donne le nom de biberon à des flacons de 150 à 200 grammes de contenance, dont le goulot est coiffé par un mamelon artificiel ou tétine qui permet d'allaiter les enfants privés du sein. Autrefois, on se servait, pour l'allaitement artificiel, de simples gobelets, de petites burettes en verre ou en faïence (petit pot). Ces ustensiles anciens et primitifs, qui n'exigeaient, de la part de l'enfant, aucun effort de succion, ont été trouvés défectueux et on les a remplacés par les biberons modernes.
Ceux-ci se composent d'un flacon en verre et d'une tétine en caoutchouc, ce sont les plus simples. D'autres, on les abandonne de plus en plus aujourd'hui, présentent en outre un tube en caoutchouc plus ou moins long qui traverse an bouchon en verre ou en liège pour plonger dans le liquide. Cette disposition, adoptée pour le biberon Robert, est malheureuse, car elle multiplie les Burfaces «le contact entre le caoutchouc et le lait, et elle offre aux fermenta et aux microbes un abri Mïr. Le biberon doit être simple, sans
tube. Le biberon à tube, qui fourmille de microbes, est condt ié sans
appel. Toutefois ce biberon e>t d'un emploi beaucoup plus facile pour les nourrices que le biberon sans tube. Le biberon doit être très simple pour être d'un nettoyage facile; il doit être en verre lisse, sans anfractuosités ni rugosités intérieures. Le caoutchouc qui coiffe son embouchure doit être exempt de toul alliage dangereux (plomb, soufre, etc.) el sim< odeur. Il ne foui pas employer de caoutchouc vulcanise Le nettoyage le plus minutieux des biberons est capital; il doit être fait avec l'eau bouillie et chaude, chargée de carbonate de soude; après le nettoyage, on doit laisser plonger le flacon dans un bain d'eau boriquée. Si on néglige la propreté des biberons, on favorise | infection de I enfant par les microbes qui fourmillent sur les parois du verre el dans les recoins du caoutchouc. Sur ."I biberons examinés par le II' II. bauvel (Académie de médecine, 1881), 28 contenaient, soil dans le récipient en verre, sud dans les tuyaux cpii les traversaient, ou dans la tétine, des amas de champignons, de microbes el de vibrions. Plusieurs biberons, qui avaient pourtant été lavés, contenaient encore des microbes, bans ceu\ qui n'étaient pas Inès, le lait exhalait une odeur repoussante, les globules butyreux étaient déformés, ci les microbes foisonnaient. Voilà la principale raison qui a lait prescrire les biberons sans tube dans les hôpitaux, hospices, maternités, crèches, etc
2° Allaitement au pis de l'animal, allaitement artificiel direct. — fin faisant téter l' enfant au pis d'un animal (ânesse, chèvre), on est -m- de lui donner un lait pur, non altéré, à une température convenable Mais ce Lui
ne peut être coupe''; cela na pas d'inconvénient s'il s'agit d'une ànesse dont
le lail est légère! analogue au lait de femme; cela peut en avoir ^ il s'agit d'une chèvre dont le lail est lourd, trop caséeux, indigeste pour les nouveau-nés. Dans les campagnes, c'est généralement à la chèvre qu'on s'adresse,
.i cause de son peu de valeur, de sa petite taille, de s.i douceur, de su sobriété.
(lu recommande de choisir une chèvre sim> cornes, dont les poils soient blancs, longs el serrés, ayant mis h;is récemment. Pour taire téter l'enfant, on peut, suit le tenir sur le dos. en le présentant directement au pis. s, ni le laisser dans un berceau bas. au-dessus duquel la chèvre se placera à califourchon, laissant arriver sa longue mamelle jusqu'à la bouche de
l'enfant. Si l'on \eiil qu'une chèvre n'ait pas un lail trop caséeUX, il faut la
nourrir avec des fourrages verts et la laisser brouter les feuilles el les
brindilles cl arbres dont elle est si Irlande. L'allaitement par la chèvre, avant lionne des résultats déplorables à l'hospice des Enfants-Assistés de Caris, le h Parrol lit installer dans , ,t asile une nourricerie d'ànesses. Tous les enfants trouvés ou abandonnés auxquels on ne pouvait donner de nourrices,
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à cause de la syphilis héréditaire dont ils étaient atteints ou soupçonnés, étaient élevés directement au pis de l'ânesse. On remarquait que, dans les premières semaines, ils augmentaient assez rapidement de poids; plus tard, le lait d'ànesse devenait insuffisant. Grâce à la substitution de l'ânesse à la chèvre, on a pu sauver quelques enfants qui auraient sûrement péri. Mais, en somme, les résultats n'ont pas été brillants, et les successeurs de Parrot, aux Enfants- Assistés, ont abandonné ce mode d'allaitement; la nourricerie d'ànesses a été supprimée. La jument offre, pour la composition de son lait, les mêmes avantages que l'ânesse, mais elle est moins maniable.
L'allaitement direct par la brebis n'est pas usité ; le lait de cet animal est très épais, très caséeux, très indigeste. Inusité aussi l'allaitement direct par la vache. Enfin, on ne connaît que peu d'exemples d'allaitement par la chienne. En voici, cependant, un cas remarquable, emprunté au Dr F. Scohy, qui exerçait à Mont-sur-Marchienne (Belgique) '. « Nous avons connu, dit-il, un grand jeune homme, très fort et d'une santé parfaite, qui a eu pour nourrice une jolie... chienne de chasse. L'enfant l'a tétée pendant fort longtemps et souvent, à la belle saison, on retrouvait nourrice et nourrisson endormis tous deux, l'un au sein de l'autre, sous les frais ombrages de quelque coin du jardin. Cet exemple n'est pas un conte, toute la contrée le connaît, et il n'y a pas longtemps que la nourrice est morte. »
L'allaitement au pis d'un animal doit être réglé de la même façon que l'allaitement au sein d'une nourrice. Même intervalle entra les tétées (-2 à 5 heures), même nombre de tétées en 24 heures (0 à 8), même quantité de lait prise a chaque tétée (60, 100, 120 grammes, suivant l'âge de l'enfant). Quand il s'agit d'une ânesse, d'une jument, la quantité de lait prise par le bébé doit être aussi forte que dans l'allaitement naturel ; s'il s'agit d'une chèvre, d'une vache, d'une brebis, celte quantité doit être inférieure. Après que l'enfant aura tété, on aura soin de laver les trayons de l'animal avec le plus grand soin, on les lavera de même avant la tétée. Quand un enfant élevé au pis d'un animal est syphilitique, on a pu lui faire absorber des médicaments par l'intermédiaire de l'animal, et notamment l'iodure de potassium, le mercure, qui passent aisément dans le lait; mais cette galactothérapie est insuffisante et ne vaut pas le traitement direct.
En somme, l'allaitement au pis d'un animal est et restera un mode exceptionnel d'allaitement artificiel; en ville, il est presque impossible dans les familles, à cause du manque de place, du coût, de la difficulté qu'on aurait à nourrir convenablement la bête. A la campagne, la plupart des difficultés sont aplanies, et l'on voit quelquefois ce mode d'allaitement réussir.
Sevrage. — On désigne sous le nom de sevrage la cessation complète de l'allaitement au sein; l'enfant est séparé du sein de sa mère ou de sa nourrice, il cesse de téter, il est sevré. C'est dire que le sevrage n'existe que dans l'allaitement naturel; la privation du biberon, le remplacement de cet instrument par un autre, ne méritent pas le nom de sevrage. Le sevrage est partout considéré comme une époque critique, comme une source de
( ') Sjoiiv. L'hy, Une alimentaire dans ta thérapeutique des maladies. (Paris et Louvnin, 1800.)
dangers pour l'enfant qui en est l'objet. C'est effectivement une épreuve redoutable; voilà un petit être qui, habitué dès sa naissance à une nourriturc parfaite, éminemment pure et légère à l'estomac, le lait féminin, va quitter cet aliment idéal pour des substances relativement grossières et indigestes; comment n'en serait-il pas incommodé? Pour réduire au minimum les inconvénients et les dangers du sevrage, il faut procéder avec méthode. Quand et comment doit-on sevrer un enfant?
l.es uns veulent qu'on sèvre de bonne heure, avant la première année, au fl" ou au 10' mois, sous prétexte qu'à cet âge le lait est insuffisant, que l'enfant doit être habitué à une nourriture plus substantielle, qu'il refuse tant qu'il a le sein, ete. Beaucoup de médecins allemands sont partisans il ! ce sevrage précoce. Les noires, et je suis du nombre, tout en concédant que l'allaitement exclusif après Kl omis et un an Berait insuffisant, croient que le sevrage tardif est un bienfait pour l'enfant, quand il n est pas nuisible à lanière; et ils conseillent de reculer le sevrage jusqu'à l">. 18,20 mois. Le sevrage préeoee a des inconvénients sérieux : il prive un enfant trop jeune et trop délicat d'un aliment incomparable, précieuse ressource en
cas de maladie. Cet aliment, le lait de Femme, convient à I enfant, non seulemeul pendant les 10 ou 12 premiers mois, il exerce encore min action
bienfaisante pendant la seconde année, il aide à tolérer, à digérer les aliments solides qu'on commence à donner à reniant. Galien préconisait l'allaitement jusqu'à 2 ans 1/2 et 3 ans; les Hébreux, les Al abcs pral iqiiaienl le
sevrage tardif qui. partout où il a été adopté, a donné d excellents résultats.
L'état de la nourrice (maladie, faiblesse, agalactie) peut faire devancer l'époque du sevrage de quelques mois; si l'enfant n'a pas dépassé 8 on lu mois, il sera prudent, en pareil cas. de lui procurer une autre nourrice.
(tu ne peut pas se guider sur l'éruption des dents pour fixer le moment du sevrage; car celle éruption est très variable ~.;ii \.mt l<^ conditions hygiéniques cl individuelles. Il est cependant désirable que l'enfant ail beaucoup
de dénis; cela indique que son développement est avancé cl qu'il pourra
digérer les ali nls solides. I.e sevrage est dangereux pendant l'été, Rhazès
en avail déjà l'ail la remarque, lui été, les aliments qui doivent suppléer au lait Féminin, et en particulier, le lait de vache, sont exposés à des fermentations, à des altérations spontanées qui troublent profondément la digestion, donnent de la diarrhée, des vomissements, et conduisent parfois à une entérite mortelle. On devra donc sevrer les enfants avant et après l'été; en Europe, les mois défavorables sont : juin, juillet, août, septembre. Les mois favorables sont ions les mois d'hiver, puis 1rs premiers mois du printemps et de l'automne. On avancera donc ou l'on retardera le sevrage pour
ne pas le faire coïncider avec les mois de chaleur, (i est surtout dans les grandes villes que la recommandation est Utile; à la campagne, dans (le bonnes conditions hygiéniques, on pourra se départir de cette règle, s'il y a m gence.
Quelques praticiens oui conseillé le sevrage brusque, que j'appellerai sevrage brutal. Par exemple, un enfant est aujourd'hui au sein, il telle à discrétion: demain, on éloigne la nourrice, on supprime entièrement et défini-
[7 C3HBY)
tivcment le sein, on met l'enfant sans ménagement, sans transition, à un régime nouveau. Quand on procède ainsi, contrairement au lion sens, on expose les enfants à des dangers sérieux, même quand le sevrage est tardif, même quand il est fait dans une bonne saison.
Exemple : On me conduit, le 17 février 1890, un petit garçon de 20 mois qui était nourri au sein par sa mère. Cet enfant a été sevré brusquement il y a 2 mois. Du jour au lendemain, privation du sein, aliments variés, eau rougie, etc. L'enfant a eu de la diarrhée, des vomissements, aujourd bui il a une entérite dysentériforme, il rend du sang avec des matières analogues, suivant l'expression de la mère, à de la raclure de boyaux; en même temps, il est abattu, somnolent, et il présente aux fesses de larges plaques d'érylhème scarlatiniforme; il a de la fièvre (38 degrés). En somme, diarrhée de sevrage. Voilà un des dangers auxquels on expose les enfants par un sevrage brutal. « Le sevrage doit être amené de loin et conduit lentement », a dit avec raison Fonssagrives. Pour cela, on commence à réduire peu à peu le nombre des tétées, en augmentant parallèlement la quantité d'aliments étrangers donnés à l'enfant. Au lieu de mettre un jour à sevrer l'enfant, on met un ou deux mois s'il le faut. On supprime d'abord une tétée, puis deux, puis trois par jour. Quand l'enfant arrive à ne téter qu'une fois en 21 heures, on peut le sevrer sans danger. Tel est le sevrage rationnel, d'autant plus inoffensif que le lait féminin sera remplacé par du lait animal; après comme avant le sevrage, en effet, le lait doit entrer largement dans l'alimentation du jeune enfant.
Un autre avantage du sevrage graduel, c'est de pouvoir revenir sur ses pas, si l'enfant dépérit. Tout danger est ainsi écarté; on a toujours en mains la santé de l'enfant. Le sevrage brusque, au contraire, est un cassecou qui devrait être absolument banni des familles. On a objecté au sevrage graduel sa durée indéfinie, les enfants refusant obstinément de se détacher du sein, pleurant à la vue de leur nourrice, etc. Quand on jugera que le moment est venu de supprimer le sein, voici ce qu'il convient de faire : si l'enfant a une nourrice mercenaire, on éloignera celle-ci pendant quelques jours; l'enfant, ne la voyant plus, songera moins au sein. Si l'enfant est nourri par sa mère, on le dégoûtera du sein en tondront le mamelon avec une solution d'aloès ou de quinine. Quand le sevrage est précoce et brutal, on cherchera à faire passer le lait de la nourrice à l'aide d'un purgatif et d'une compression ouatée des seins. Quand le sevrage est graduel, la montée du lait finit par être insignifiante et la femme n'en souffre pas; le lait passe tout seul.
Si cependant la sécrétion lactée continuait, on recommanderait à la nourrice de restreindre la quantité de ses aliments et de ses boissons, de supprimer la bière. Au besoin, on ferait prendre quelques doses d'antipyrine, et on badigeonnerait les mamelons avec une solution de cocaïne à 1 pour 10. L'enfant sevré devra continuer à prendre du lait de vache, s'il en prenait déjà, ou commencer à en faire usage, s'il s'y était refusé jusque-là. On ne reculera pas devant la contrainte. L'enfant sevré fera quatre petits repas : 1er repas (à 7 ou 8 heures du malin). — Bouillie faite avec 130 »ram-
met de lait et l'une des fécules composées suivantes : racahout, phosphatine, farine lactée, arrow-root, farine de gruau séchée au four. etc. 'JL Repas
Il heures ou midi). — Panade avec biscotte de Bruxelles, jaune d'œuf et beurre. — Crème renversée ou œuf au lait. — Œuf à la coque. — tint poché avec consommé. — Lait de poule. — Potage au bouillon de poulet ou de veau avec semoule, sagou, pain grillé, vermicelle, pâtes d'Italie. — Soupe au lait. ."' Repas (3 heures ou i heures). — Bouillie avec 150 grammes de lait, racahout, etc. i* Repas (6 heures ou 7 heures). — Panade ou potage.
- l'urée de légumes au lait (pommes de terre, châtaignes, lentilles). — 1 v I : i , , . • de poulet, haché menu, cervelles, poissons frais. On peut donner de temps à autre, quelques croûtes de pain ou des grissini à mâcher, des gateaui anglais. Lait à discrétion. Pas d'autre boisson, ni tin, ni eau rougie,
ni eau sucrée, ni cidre, ni bière, ni thé, etc. (In doit donner la viande le
plus lard possible et le ins possible; on do ira d'abord les viandes
blanches (cervelles, poisson, poulet, veau) une fois par jour, au déjeuner ou au diner. Jusqu'à ."> ans, l'enfant sera surtout végétarien.
Lait. — Le lait est un liquide c plexe, plus lourd «pie l'eau, car il
contient des matériaux solides en dissolution ou eu suspension dans >a partie liquide. Tandis qu'un litre demi pèse environ 1000 grammes, un
litre de lait ordinaire pèse \U~>'1 gn S. Telle e-t la densité du lait de
fe el du lai! de vache. Les laits de chèvre et de brebis BOUt phi- lourds
(1034, 1040); la densité du lait d'ànesse se rapproche de celle du lail de
l,.m Voici, rés Se dans un tableau, la composition des différents lails :
10(1(1 eran !S de lail contie ni :
m i uni .
Bl i Kl .
Fe ■ •
S77 gr.
15 gr.
19 gT.
:..". gr.
3 gr.
Vache. . .
Inesse . .
Jumenl .
mi
Chèvre .
Brebis.
fi -
Chienne
mu
Chatte ■
Truie. . .
Quand on compare entre eux ces différents laits, on voit q eux qui
se rapprochent le plus du lait de femme sont les laits de vache, d ànesse,
de jument. Le lait de vache a sensiblement la mé piantité de beurre el
de sucre que celui de femme, mai- il en diffère par une quantité double
de matière- a/olées. de caséine C.el excès de ca-eine dan- le lail de \aelie le rend lourd et indigeste pour la plupart des enfant- en lias âge. Le lait d'ànesse a une proportion de caséine sensiblement égale à celle du lail de femme; c'est un lail léger qui convient aux enfants très jeunes, dans les
premiers mois, à tons reux qui sont faibles, délicats, nés avant tenue, el
incapables de digérer le lait de vache. Déjà Bufeknd recommandait le lait
d'ànesse de préférence au lail de vache, quand l'allaitement maternel était
impossible (Traité de la maladie scrofuleuse. Traduction Bousquet, 1819). Mai- ce lait d'ànesse, s'il e-t léger, est en même temps pauvre en beurre, ce
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qui le rend inférieur au lait féminin. Son usage ne doit pas être continué trop longtemps; à mesure que l'enfanl grandit, il a besoin d'une nourriture plus substantielle et le lait de vache doit être substitué au lait d'ànesse. Ce dernier a d'ailleurs l'inconvénient de s'altérer peu de temps après la traite. Il est enfin, dans les grandes villes, d'un prix très élevé (6 francs le litre à Paris).
Le lait est formé d'une partie liquide, le sérum, et d'une partie solide constituée par des globules graisseux (beurre). Ces globules sont arrondis, sphériques; on ne les voit qu'au microscope, car leur diamètre, d'ailleurs très inégal, est compris entre 2 et 20 millièmes de millimètre. Les globules du lait d'ànesse et du lait de chèvre sont très petits, ils ont seulement 5 millièmes de millimètre de diamètre. Les globules forment le beurre par leur agglomération, et ils en contiennent tous les principes (margarine, stéarine, oléine, etc.). On trouverait aussi dans le lait quelques grains non dissous de caséine.
La partie liquide du lait contient surtout de l'eau et, dissous dans cette eau, le sucre de lait ou lactose, la caséine, les sels minéraux. Tant que le lait est alcalin ou peu acide, la caséine reste dissoute; si le lait devient très acide, elle se précipite et forme du fromage. Cette précipitation se fait naturellement dans l'estomac de l'enfant. Le lait contient en outre des gaz.
azote, oxygène, acide carbonique. Pour s'assurer de la qualité du lait, 1 analyse chimique est indispensable; cependant on peut avoir une approximation a l'aide de certains instruments faciles à manœuvrer. Le dosage du beurre se fait soit aux butyroinètres de Marchand, de Gerber, soit au lactoscope de Donné, soit au microscope. Le lacto-butyromètre de Marchand est une éprouvette graduée sur laquelle sont marqués trois traits équidistants. Le beurre liquide se réunit en haut, sauf une partie (12 grammes 1/2 par litre) qu'on retient par l'éther. On lit le nombre de degrés occupés par la couche butyreuse; chacun d'eux indique 2 gr. 35 de beurre par litre de lait; on multiplie alors 2 gr. 55 par le nombre de degrés et on ajoute 12 grammes 1/2. Le butyromètre de Gerber donne des résultats plus précis. Le lactoscope repose sur ce principe que le lait est d'autant plus clair qu'il renferme moins de beurre. C'est un récipient dont les deux faces sont formées par des glaces parallèles. On éloigne et on rapproche ces glaces, de façon à noter l'épaisseur maxima de la couche de lait permettant d'apercevoir les contours de la flamme d'une bougie à 1 mètre de distance. On introduit le lait avec une cuiller par un petit entonnoir. Une graduation donne l'écartement des glaces, d'où l'on déduit la quantité de beurre à l'aide d'une table dressée par Donné. On peut ainsi, assez rapidement, examiner le lait d'une nourrice; 2 grammes suffisent. Mais ce n'est pas un instrument de précision.
Le microscope permet de se rendre compte du nombre, de la forme, du volume des globules laiteux; le lait est d'autant plus riche qu'il contient un plus grand nombre de ces globules. Donné appréciait la richesse du lait, en plaçant sur le porte-objet du microscope une goutte de lait, et en examinant si les globules étaient plus ou moins rapprochés les uns des autres.
De cet examen, il déduisait la quantité de beurre et des autres substances • h se fondant sur le rapport normal qui doit exister entre elles. Or ce rapport n'est j>;is constant, la quantité de Leurre peut être normale, alors que la quantité' de caséine est insuffisante ou surabondante; l'analyse chimique seule peut nous renseigner à cet égard.
Le lait normal ne contient pas d'autres éléments figurés que les globules butyreux. Ces globules sont sphériques, mais présentent de très grandes inégalités de volume. Les globules moyens prédominent. Si les gros globules sont en majorité, c'est un signe de lait trop gras: si le> petits globules l'emportent sur les autres, le lait est maigre et insuffisant. Si les globules sont déformés, irréguliers, le lait est mauvais. Il est également mauvais, s'il contient des globules de colostrum, de sang, de pus. Quand on donne du lait d'animal (vache, chèvre, etc.) à un enfant en bas âge, il faut s'enquérir de l'alimentation de cet animal. On a remarqué que le lait des vaches qui vont au pacage ou qui son! nourries avec des fourrages verts est plus aqueux et moins riche que le lait des vaches nourries avec des fourrages secs. L'alimentation des vaches par des déchets de betteraves, par des résidus de brasseries (dréches), leur donnerait un lait qui, d'après certains médecins, pourrait nuire aux enfants. Ce lait serait moins facile à conserver et s'altérerait très vile. Au contraire, le lait des vaches nourries avec du foin sec ei des graines (farine, son) donnerait de meilleurs résultats et exposerait moins à la diarrhée. Quand il s'agit d'une chèvre, dont le lait est lourd et trop caséeux, les fourrages verts sont préférables aux fourrages Becs.
Lait stérilisé. — L'usage du lui de vache cru, transporté de la campagne à la ville, n'esl pas -ans danger pour les enfants en bas âge. Ce lait, depuis le moment de la traite jusqu'à celui de la consommation, a pu subir des altérations spontanées, des manipulations, voire des fraude-, qui le rendent parfois nuisible. Lu été surtout le lait cru ne se conserve pas sans de grandes difficultés; il se décompose, tourne, s'aigrit et devient la cause d'indigestions, de diarrhées plus ou moins graves.
Si ce lail provient d'une vaebe malade de pommelière (tuberculose),
ou de cocotte (lièvre aphteuse), il peut être infectant, et l'enfant qui l'ingérera cru pourra être atteint à son tour de tuberculose et «le fièvre aphteuse Si ce lait a été étendu d'eau, ou seulement -i le- récipients destinés au transport du lait ont été lavé'- à I eau froide, cette eau peut avoir été souillée et transmettre au lait des propriétés virulentes, tin a vu la fièvre typhoïde, peut-être la scarlatine, la diphtérie, se transmettre par le lait. Il est donc indispensable de stériliser le lait, c'est-à-dire de détruire tous les germes ipi d peut contenir, à moins que ce lait m' provienne d'une source sûre et ne soit consommé psu l'enfant immédiatement ou lies peu de temps après l.i traite. Cette condition ne peut être remplie qu'à la campagne.
•I" ne condamne d ;pas absolument le lait cru, que quelques enfants
semblent préférer au lait bouilli ou stérilisé, mai- je crois qu'il doit être autorisé seulement dans des cas exceptionnels, à la campagne, quand il provient de vaebe- ne réagissant pas à la tuberculinc.
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Tout enfant nourri au sein trouve, en tétant sa mère ou sa nourrice, un liquide naturellement et originairement stérile; le lait, tiré par la succion des profondeurs de la mamelle, arrive à l'estomac pur et aseptique, il ne contient aucun germe de fermentation ou de maladie, il ne peut contaminer le nourrisson. Cependant si la nourrice était malade, si elle avait une maladie infectieuse ou même des abcès du sein, le lait féminin pourrait être dangereux pour l'enfant, la mamelle étant à la fois un organe d'excrétion et de sécrétion. Budin a vu un nouveau-né perdre rapidement son poids et présenter des tournioles, parce que sa mère, qui l'allaitait, avait eu pendant quelques jours des frissons et de la fièvre (Soc. obst. et gynécol. de Paris 10 mai 1894, observation recueillie par le D' Brindeau). L'examen bactériologique du lait de la mère et des tournioles de l'enfant donna, dans les deux cas, du staphylocoque doré1. Karlinski ayant injecté des cultures de staphylocoques à des lapines a vu ces microbes passer dans le lait et les petits lapins mourir d'infection staphylococciquc.
Quand une mère ou une nourrice est malade, il convient donc de suspendre les tétées et de les remplacer par du lait stérilisé. Mais quand la nourrice et l'enfant sont sains, la question du lait stérilisé ne se pose pas. Elle n'intéresse que les enfants privés totalement ou partiellement du sein féminin. On pourrait ajouter qu'elle n'intéresse pas davantage les enfants allaités directement au pis d'un animal (chèvre, ànesse), si cet allaitement rarissime pouvait entrer en ligne de compte.
La stérilisation n'a pas seulement pour but et pour avantage de détruire tous les germes que le lait peut contenir; elle fait subir à ce lait une modification moléculaire qui le rend plus digestible, plus assimilable, surtout quand elle est combinée avec la décaséination qu'on sait faire aujourd'hui.
Le lait chauffé, jusqu'à l'ébullition, n'atteint pas 100 degrés; il n'est pas complètement stérilisé. M. Duclaux a montré que beaucoup de spores résistaient à cette température, surtout quand elle n'était pas prolongée, et elle ne saurait l'être dans l'ébullition à l'air libre qui fait monter rapidement et déborder le lait. En second lieu, on a dit que le lait bouilli n'avait plus la même composition que le lait frais et cru ; la chaleur fait perdre au lait son arôme, une partie de son eau, détruit les globules, précipite le beurre et une partie de la caséine. La peau ou frangipane, qui se forme à la surface du lait soumis à l'ébullition, doit être rejetée, d'où un appauvrissement notable.
On a même prétendu que le lait bouilli se digérait moins bien que le lait cru. Le D' Vassilief (Thèse de Saint-Pétersbourg, 1889) affirme que les principes azotés (caséine, albumine) du lait bouilli sont moins facilement assimilés que ceux du lait frais. Cette différence serait encore plus marquée à l'égard des graisses (beurre), et la quantité des acides gras trouvés dans; les excréments serait plus considérable chez les enfants nourris avec du lait bouilli que chez les enfants nourris avec du lait cru. 11 en conclut que la
(') Uohigmash (Thèse de Breslau, 1835), a cependant trouvé le staphylocoque doré et le staphyltt;
coque blanc dans le lait de femmes saines; ces microbes, venus du dehors, pénétreraient danslcs mamelles par les canaux galaclophores.
valeur nutritive du lait bouilli est notablement inférieure à celle du lait cru. L'analyse chimique semble lui donner raison. D'après deux analyses comparatives faites par Yvon, le lait bouilli contiendrait moins d'eau, un peu moins de beurre et beaucoup moins de caséine Que le lait cru.