CONSIDÉRATIONS THÉRAPEUTIQUES SUR LES MALADIES DE L'ENFANCE
PARLE D'A.-B.MARFAN
Agri'k'f'', médecin des hôpitaux.
Le médecin appelé à soigner des enfants a un double rôle à remplir. La plupart des maladies de l'enfance pouvant être prévenues par l'hygiène, il a
I i premier devoir de faire à ce sujet les prescriptions nécessaires et d'user
de Bon influence pour qu'on les exécute; on vient d'étudier cette partie de sa tâche qui n'est pas la moins importante. Sur l'autre partie, qui regarde la conduite à tenir en présence d'un état morbide constitué, on exposera ici quelques notions fondamentales.
Celui qui demande à l'observation clinique la connaissance des réactions pathologiques et des réactions thérapeutiques propres à chaque époque de la vie ne tarde pas à découvrir les diffère nées qui. à ce point de \ue, séparent
reniant de l'adulte. Il est d'abord happé de ce qui' b^ maladies mettent la vie en danger plus souvent el plus vite dans le jeune âge que dans l'âge
adulte. Il constate ensuite que, par une heureuse c pensation, les enfants
sonl plus sensibles aux remèdes el répondent mieux aux actions thérapeutiques. Il voit surtout que la thérapeutique infantile diffère de la thérapeutique de l'adulte, sinon dans son but du moins dans la plupart de Bas moyens, et
que, contraire ni à l'opinion de quelques-uns, les différences ne portent
pas seulement sur la question des doses.
Sans doute, ce sont les mêmes principes qui diligent la conduite du
médecin devant un enianl el devant un adulte: sans doute, il doit chercher d'abord à faire une thérapeutique pathogénique, et, dans l'impossibilité d \ recourir, il doit, suivant les cas, savoir rester dans l'expectartion où employer judicieusement la médication symptomatique. Mais, dans la pratique, ces principes ne s'appliquent pas à l'entant comme à l'adulte.
Dans ce qui suit, on ne veut pas faire un exposé, même incomplet, de la thérapeutique infantile; mais on se propose de formuler quelques règles générales qui la dominent et de montrer, chemin faisant, qu'elle n'est pas une simple réduction posologique de celle de l'adulte. On aura surtout en vue les enfanta du premier âge. particulièrement les nourrissons; après la cinquième année, les différences entre la pathologie et la thérapeutique de l'adulte et celles de l'enfant sont bien moins grandes qu'avant et elles s'effa- 1 1 nt progressivement.
I. — Dans le traitement des maladies du premier Age, les prescriptions concernant le régime ont une importance capitale, au moins égale à celle des
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prescriptions pharmaceutiques. Chez un nourrisson malade, il est souvent plus efficace de donner des règles d'allaitement que de prescrire des remèdes. Au début d'une gastro-entérite, surtout lorsque l'enfant vomit tout ce qu'il ingère, une diète hydrique de 12 à 24 heures, sans aucun remède, est la meilleure médication à employer tout d'abord. On a beaucoup parlé naguère de l'inaptitude des nourrissons à supporter l'abstinence, et on en a déduit à tort qu'il ne fallait jamais les mettre à la diète. En réalité, ce que le nourrisson supporte mal, c'est l'abstinence d'eau bien plus que l'abstinence de lait. Ce fait est corrélatif d'un autre bien connu, à savoir que, dans les premières années de la vie, toutes les spoliations d'humeur sont bien plus nuisibles que dans l'âge adulte. Ne sait-on pas que des nourrissons peuvent succomber en quelques heures à une diarrhée profuse et qu'un purgatif violent, administré avant quinze mois, peut engendrer une diarrhée mortelle? Sans doute, dans ces faits, il faut faire une part à d'autres facteurs; mais la spoliation des liquides joue probablement un rôle important. Chez le nourrisson, la diète sera donc réglée par ce précepte : il faut remplacer la quantité de lait qu'on ne donne pas par une quantité au moins équivalente d'eau bouillie1. La diète hydrique est, dans certains cas, une médication héroïque, à la condition qu'elle ne soit pas prolongée trop longtemps, qu'on ne craigne pas de donner une grande quantité d'eau bouillie et qu'à la reprise de l'alimentation on procède avec beaucoup de prudence.
Dans l'âge adulte, on peut à la rigueur et au moins dans quelques cas, se laisser guider, pour les prescriptions diététiques, par l'instinct du patient; mais l'adulte distingue la soif de la faim et non le nourrisson; lorsque celuici est altéré, il boit tout ce qu'on lui présente, l'eau comme le lait. Il faut donc discerner pour lui quel régime lui convient. Le médecin d'entants doit être dans un état d'esprit spécial ; en présence d'un petit malade, il ne doit pas songer uniquement aux remèdes à prescrire , il doit voir du même coup le régime et les remèdes qui conviennent.
Dans les moyens à employer pour combattre les accidents morbides de la première enfance, les agents physiques doivent, dans beaucoup de cas, l'emporter sur les agents chimiques, et les applications externes sur les médications internes.
Ainsi Y hydrothérapie rend de grands services sous presque toutes ses formes; bain froid ou frais, bain tiède ou chaud, lotion, affusion, enveloppements humides de tout le corps ou du thorax, bain sinapisé, bain médicamenteux, forment une gamme très riche de moyens capables de remplir, nous le verrons, des indications variées8; seules les douches ne s'emploient guère qu'après 5 ans. Les bains de mer modifient heureusement certaines maladies chroniques. Les cures de climat ont aussi une action favorable sur celles-ci; la vie à la campagne, le séjour au bord de la mer (même sans balnéation) sont susceptibles de transformer la nutrition de l'organisme infantile. Le massage local donne de bons résultats dans la constipation des nourrissons et dans certaines affections de l'appareil locomoteur; le massage
(') Voyez pour l'alimentation des nourrissons malades : Marfak. L'allaitement artificiel, 1S%, p. 137. (') Voy. plus loin ; Médication anlithermique.