QUELQUES SYMPTOMES EN PARTICULIER
La diarrhée et les vomissements existent dans tous les cas de choléra chez les enfants comme chez les adultes, sauf dans le choléra sec dont je n ai pas vu un exemple dans l'enfance. La fréquence et la durée sont variables. Dan1* les cas légers, les vomissements durent un jour et la diarrhée deux, avec 2 a 4 selles par jour. Dans les cas moyens, on note 4 à 8 selles en 24 heures et la diarrhée dure 5 jours environ. Dans les cas graves qui ont guéri, la diarrhée quelquefois incessante au début et les vomissements répétés persistent en moyenne 7 jours pour la diarrhée et 5 jours pour les vomissements.
La diarrhée. — La diarrhée au début est fécaloïde, mais elle chanejî vite de caractère; c'est un liquide trouble, grisâtre, tenant en suspension des grains riziformes ; ceux-ci écrasés entre deux lames de verre montrai souvent après coloration une culture pour ainsi dire pure de bacilles virgule. L'odeur des selles est spéciale; l'on ne saurait mieux la comparer ip» l'odeur de l'amidon cuit, de l'empois ou à celle de la fleur de pêcher. Cet odeur bien particulière frappe l'odorat à l'entrée dans une salle de cholénq"''s-
A. la période de réaction la bile reprend son cours et les selles sont verdàtres, puis elles redeviennent fécaloïdes et leur odeur ordinaire réapparaît.
Les vomissements. — Les vomissements, quelquefois bilieux au début, sont par la suite composés d'un liquide trouble, comparable aux selles; ils nécessitent souvent de grands efforts qui contribuent à épuiser les malades ; dans les cas graves, fréquemment à la fin ils se suppriment; les enfants n'ont plus la force de vomir.
La respiration. — La respiration dans les cas légers et moyens conserve son rythme normal; dans les cas graves elle devient irrégulière, courte, pénible; les enfants poussent de temps à autre de grands soupirs après un certain nombre de respirations superficielles; elle devient haletante, bruyante dans la réaction pseudo-méningitique.
La voix. — La voix est éraillée dans les cas moyens; elle se supprime dans les cas graves, elle arrive à n'être plus qu'un chuchotement à peine distinct. C'est un des résultats les plus frappants de l'injection intra-veineuse que de voir la parole revenir un peu rauque,mais forte, dans le cours même de l'opération.
Circulation. — Les troubles circulatoires ont la plus haute valeur, l'état du pouls est l'élément le plus important du pronostic et sa disparition indique l'urgence de l'injection intra-veineuse; plus le cas est grave, plus il perd de sa force et augmente de fréquence. Il s'affaiblit progressivement, puis devient incomptable ; enfin on ne sent plus qu'un frémissement ondulatoire qui peut lui-même disparaître dans les cas graves. Quand le pouls était perceptible et présentait une assez grande fréquence, de 84 à 155 pulsations d'après nos observations personnelles, il était alors souvent à la fois irrégulier, inégal et quelquefois intermittent.
L'injection intra-veineuse modifie rapidement cet état. Dans le cours même de l'opération le pouls redevient sensible, puis comptable et à la fin plein, ample, régulier et ralenti, il reprend ses caractères physiologiques. Variot insiste également sur « cette suspension générale de la circulation artérielle et veineuse ».
Sécrétion urinaire. — Toujours ralentie, même dans les cas légers, elle est diminuée davantage dans les cas moyens où l'anurie se montre dans le quart des cas, mais ne dure pas plus d'un jour. Dans les cas graves l'anurie est très fréquente (trois quarts des cas) et se prolonge 2 et même 5 jours.
L'albuminurie par contre est plus rare que chez l'adulte; je ne l'ai vue que deux fois. Une fois enfin j'ai observé une glycosurie passagère.
Température. — Dans les cas moyens, la température est à 57 degrés; elle peut exceptionnellement dans le cours de la maladie tomber à 56° 4 (un cas). Quand la réaction est simple, la température ne dépasse pas 57°5. Dans les cas graves, j'ai observé les chiffres suivants : chez 4 enfants qui sont morts, j'ai noté au moment de l'entrée 560,8-57°-570,9-58°,8; par contre chez 4 enfants qui ont guéri, j'ai noté 56°,4-56\ 6 -56°, 7 et 57°, 1. Tous atteignent ou même dépassent 58 degrés (maximum 58°,5) à la période de réaction.
CP. DVFLOCa.J
11 semble donc que les températures basses n'entraînent pas un pronoslie aussi mauvais que chez l'adulte1.
On peut dire qu'en somme toute la symptomatologie du choléra relève d'une intoxication due à des poisons qui, élaborés dans l'intestin pu |, bacille spécifique, pénètrent dans la circulation générale et se répandrai ainsi dans tout l'organisme.
11 résulte en effet des expériences de Bosc que « les humeurs des choirriques, urines et sang en particulier, peuvent être très toxiques et reproduisent chez l'animal les symptômes du choléra mortelle plus typique, le sérum du sang des cholériques gravement atteints contient une énorme quantité d'une substance dont les effets sont identiques à ceux que Pétri Pfeiffer, etc., ont obtenus à l'aide des toxines sécrétées par le bacille vireule au milieu des cultures artificielles. »
Complications. — Sont d'une manière générale les mêmes que chez l'adulte. On peut signaler la conjonctivite et la bronchite surtout. Eisenschifa indique les infarctus pulmonaires. Les éruptions sont très rares : j'en ai vu 2-cas. L'érythème scarlatiniforme débute 2 jours après l'injection intra-veineuse et envahit le front, le nez où il est surtout accentué, puis le restée la face. La peau un peu chaude offre à ce niveau un léger relief. Il se termine au bout de deux jours par desquamation furfuracée. Koch, qui a consacré un mémoire à ce sujet, signale 2 cas d'érythème généralisé et polymorphe, scarlatiniforme par place, rubéolique en d'autres endroits; il s'y joignit des poussées d'urticaire. En résumé, l'érythème, bien que plus rare, évolue chez l'enfant comme chez l'adulte; j'ai étudié longuement il y a dix ans sis diverses modalités cliniques.
Le choléra chez les femmes grosses : influence sur le foetus. — Le choléra menace l'enfant même avant sa naissance. Queirel consacre un mémoire à ce sujet. Sur 67 femmes enceintes, il a eu 39 morts et -28 guérisons. 29 femmes qui ont avorté ou accouché prématurément ont fourni 20 morts et 9 guérisons. Dans les 58 cas où la grossesse a continué jusqu'à la mort ou à la guérison, il y a eu 19 morts et 19 guérisons.
L'avortenient se voit généralement au deuxième jour de l'attaque cholérique, il est fréquent dans la deuxième moitié de la grossesse; près du terme on peut avoir quelques enfants vivants, mais ils succombent le plus souvent au choléra dans les premiers jours de l'existence. La cause de l'avortemenl a été rapportée aux crampes utérines ou à la stagnation du sang placentaire, soit mieux encore à l'infection ou à l'intoxication 2.
Tizzoni et Cantani font l'cxarnen d'un tœtus de 5 mois, expulsé le 5'jmu' d'un choléra grave. Une bouillie rougeàtre et verdàtre remplace le meconium dans un intestin qui présente des sugillations sanguines.
Dans le sang du cœur par le microscope, dans l'intestin par la cultflK
(') Ce fait parait dune portée plus générale. M. Budin (communication orale) m'a dit recevoir chaque hiver clans son service des enfants à la mamelle, refroidis par suite de la misère ou de la m mères : il en sauve un grand nombre ; il a observé 30° comme température rectale chez un cnlan '1 guéri.
(s) Cliez une de nos malades une menace d'avortement avec col tout à fait effacé1 a etc enraye l'injection intra-veineuse. Un mois plus tard cette femme est accouclu'e d'un enfant bien portun ■
CHOLERA ASIATIQIE. 385»
d'après la méthode de Koch, ils décèlent la présence de germes qui ont, disent-ils, tous les caractères du bacille virgule.
Rosario étudie la transmission de la mère au fœtus après opération césarienne posl mortem ou après avortcment du 5e au 6e mois. Trois fois sur cinq, il a trouvé les lésions du choléra, mais les cultures du sang et du méconium ont toujours été négatives. Il rappelle que si expérimentalement la transmission placentaire se fait dans le plus grand nombre des cas, il faut qu'il y ait lésion du placenta (foyers hémorragiques) ; aussi est-elle plus fréquente chez le cobaye où ces lésions ne sont pas rares.
Mortalité. — D'une manière générale le choléra est plus grave chez les enfants que chez les adultes. Voici quelques statistiques : Eisenschitz a 55 pour 100 de mortalité. Kirillinc 6G,7 pour 100; ma statistique personnelle donne 48 pour 100 ; mais, si je n'envisage que les cas graves, j'ai 75,5 pour 100 et seulement 60 pour 100 si je ne compte que les cas où j'ai fait l'injection intra- veineuse.
L'âge a une grande importance; au-dessous de 1 an, Eisenschitz a 100 pour 100 de décès, Monti 81,8 pour 100; je n'ai eu que deux enfants audessous de 1 an, ils sont morts. Happe (de Hambourg) donne les chiffres suivants : au-dessous d'un an 89,60 pour 100; de 1 à 5 ans 75 pour 100; de 5 à 15 ans 45 pour 100. Ces chiffres sont significatifs.
Diagnostic. — Le diagnostic du choléra chez les enfants présente deux sortes de difficultés : au début on hésite à rapporter les premiers cas, forcément isolés, à une épidémie qui n'est pas encore déclarée; plus tard surgit une difficulté inverse, ne pas prendre pour le choléra d'autres affections à symptômes analogues. Souvent enfin on est réduit à l'examen objectif : il faut se passer de renseignements.
Les cas de choléra brusque éveillent l'idée d'un empoisonnement : tartre stibié, sublimé, arsenic, etc. ; les commemoratifs, l'examen chimique des matières, les recherches bactériologiques dans les cas douteux peuvent seuls établir le diagnostic.
D'autre part, une simple indigestion, une recrudescence de lienterie en temps d'épidémie suffisent à éveiller des craintes que le temps seul écarte ou confirme; citons encore le choléra infantile dont le nom seul évoque la similitude symptomatique et qui, dans la période estivale surtout, peut exister côte à côte avec le choléra asiatique; mentionnons enfin l'étranglement interne. Dans les cas douteux, il faut avoir recours à l'examen bactériologique.
Diac/noslic bach'riologicjue. Koch se servait de la méthode des plaques sur gélatine. La méthode de Schottelius est plus sûre et plus rapide : on recueille les parties solides (grains riziformes de préférence) des selles suspectes, on verse dessus du bouillon stérilisé et on met à l'étuve à 57 degrés. En 12 à 18 heures, il se iorme une pellicule à la surface du tube; on prend une mince portion de ce voile que l'on porte sur de la gélose; sur un autre tube on ensemence la totalité du voile. Ces deux nouvelles cultures donnent le bacille cholérique presque pur. Laser insiste sur l'odeur repoussante qui se dégage des tubes.
MALADIES DE L'ENFANCE. I 2j
£P. DVFLGCQJ
58fi MALADIES INFECTIEUSES.
Le bacille virgule plus court que le bacille de la tuberculose, mais plus épais, présente une forme légèrement arquée : d'où son nom. Il pousse sur tous les milieux à 57 degrés; il liquéfie la gélatine en forme d'entonnoiril donne rapidement un voile sur le bouillon ; sur la gélose il produit une culture blanchâtre qui noircit en vieillissant; il pousse sur la pomme de terre; il coagule le lait; enfin il donne la réaction de l'indol par l'addition de quelques gouttes d'acide sulfurique (rouge du choléra).
Ce germe est mobile et présente à la fois des mouvements d'oscillation cl de translation, il est pourvu de cils que décèle le réactif au tannin et au sulfate ferreux. II présente enfin dans certaines conditions de milieu des formes d'involution déjà entrevues par Ferran.
On pouvait penser que le vibrion cholérique était une espèce bien délinie, facilement reconnaissable. Aujourd'hui on doit conclure avec Metschnikoff : « Dans l'état actuel de la bactériologie, les vibrions ne se présentenl pas comme des espèces bonnes et définies, mais forment un groupe de forme variable et bigarré dans lequel il est diffi: le de se reconnaître. »
Le vibrion de Deneke tiré du fromage est pathogène. L'intoxication qu'il produit se rapproche de la symptomatologie du choléra. Expérimentalement l'ingestion des cultures donne chez l'homme de la diarrhée.
Le vibrio proteiis de Finkler et Prior détermine aussi quelques troubles intestinaux chez l'homme qui ingère les cultures. Les symptômes se rapprochent de ceux du choléra nostras.
Le vibrio Metschnikovii est mortel pour le cobaye et le pigeon. Il a été sans effet chez l'homme dans les expériences de Metschnikoff. Gamaleia dil qu'il peut donner le choléra nostras.
Viquerat essaye de fixer les différences de culture de ces germes. Le vibrion de Finkler et Prior est plus gros, moins agile que le bacille virgule; le cil est plus court, il liquéfie plus vite la gélatine en forme de bas et mm en forme d'entonnoir, il ne donne pas de bulles de gaz, le voile sur le bouillon est plus tardif; il ne fait pas d'indol. Le bacille de Deneke produit un voile encore plus tardif (2 à 5 jours) ; il ne produit pas d'indol. La réaction de l'indol n'est pas pour Metschnikoff une réaction exclusive, le vibrion de Gamaleia peut la donner.
Enfin on peut avoir recours à la réaction de Pfeiffer. Si dans le péritoine d'un cobaye neuf on injecte en même temps le vibrion que l'on soupçonne cholérique et du sérum d'un autre animal vacciné contre le bacille virgule, on constate bientôt l'immobilisation et la transformation rapide des microbffli ■en granulations arrondies. Cette réaction n'existe que pour les vibrions cholériques (dans le cas particulier), c'est donc là un moyen de diagnostic. Le phénomène peut d'ailleurs se produire in vitro dans les tubes de culture; les germes alors s'immobilisent et se transforment en granulations qui se réunissent en amas. Sans être absolument exclusive, cette réaction a une grande valeur (Bordet).
Étiologie. — Le choléra frappe surtout les enfants dont les parents onl déjà été atteints par la maladie. Dans la statistique d'Eisenschitz, 5'2,6pour 100 des cas rentrent dans cette catégorie.
CHOLÉJU ASIATIQUE. 587
Dans ma statistique, j'ai 10 enfants sans renseignements, 5 où il n'y avait aucun cholérique dans la famille ou la maison, et 10 où la contagion se marque par 5 mères malades du choléra et 5 enfants, puis 0 enfants en trois groupes de deux (frère ou sœur) pris en même temps, enfin 2 cas où la contamination est probable. Dans un groupe le père est mort le premier du choléra.
Indépendamment de la contagion directe, la maladie peut se propager par le lait où le bacille virgule peut vivre 1 à 2 jours (Uffelmann). Le germe vit 8 jours sur la viande, 4 jours sur une pomme, etc. On voit sans qu'il soit nécessaire d'insister les conséquences prophylactiques qui découlent de ces faits.
Traitement. — Peut se diviser en prophylactique, symptomatique et spécifique.
Traitement prophylactique. En temps d'épidémie il faut surveiller l'alimentation des petits enfants, surtout l'allaitement artificiel. Le lait est un bon milieu de culture pour le bacille cholérique, souvent il est étendu d'eau qui peut être contaminée. Il faut tenir les enfants éloignés des maisons suspectes; ils jouent volontiers par terre et les planchers sont fréquemment le réceptacle de germes qui souvent sont apportés par les souliers des gens qui ont marché dans des déjections cholériques (le cuir des souliers est un milieu luimideoù le microbe conserve très longtemps sa vitalité : Relation de l'épidémie italienne, 1884).
Il faut proscrire les fruits dont la surface peut être imprégnée de germes, on doit éviter toute cause de diarrhée (mauvaise hygiène) ou d'indigestion et soigner toutes ces indispositions comme de véritables maladies.
Traitement symptomatique. Il est des prescriptions d'ordre général et dont la banalité n'exclut pas l'importance. Il faut réchauffer les enfants (boules d'eau chaude, enveloppement ouaté), changer les linges souillés, maintenir les petits malades dans des salles chaudes et aérées, faire prendre du lait régulièrement en petite quantité, donner des boissons stimulantes, thé léger, cognac, ou de la glace en fragments contre les vomissements. On lera de la révulsion sous forme de frictions sèches.
Comme agents thérapeutiques le nombre de ceux qui ont été employés montre leur efficacité relative.
Le salol, le salicylate de soude à doses assez fortes ont donné de bons résultats à Kirilline. Hayem préconise l'acide lactique dans du sirop de limon.
Happe donne le pourcentage de mortalité en rapport avec chaque mode le traitement. Le traitement par le calomel donne 51,6 pour 100 de mortalité (42 décès sur 135 malades). Le tannin fournit 52,5 pour 100 de décès (13 morts sur 40). L'opium donne 15,4 pour 100 (2 morts sur 12).
Ces chiffres ont la valeur d'une simple indication, ainsi Eisenschitz dit que l'opium doit être évité et le calomel a donné de mauvais résultats à Kirilline. Nous avons employé l'acide lactique, le bismuth, les piqûres de ;aféine, quelquefois d'éther.
Dans le choléra grave, contre les déperditions aqueuses abondantes, on
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préconise l'entéroclysme de Cantani ou les injections sous-cutanées de sérum artificiel (66 pour 100 de décès, 12 sur 18 Happe).
Pour nous, dans le choléra algide, quand le pouls n'était pas comptable nous avons employé l'injection intra-veineusc avec. le sérum deHayem. lu quantité avarié de 250 à 1200 grammes. L'injection se fait dans une veine du bras ou de la jambe. J'ai fait 2 fois l'injection infra-artérielle, 1rs veines étant trop petites. En pareille circonstance je ferais aujourd'hui l'injection intra-péritonéale ; tentée deux fois en 1881, elle a donné 2 morts.
Les phénomènes immédiats et consécutifs de l'injection intra-veineusc sont les mêmes que chez l'adulte. Une observation vaut mieux que les commentaires. Il suffit de se reporter à celle que je donne comme exemple do réaction simple dans les cas graves (pour les détails voir mon travail sur l'épidémie de 1884).
Happe a 65,4 pour 100 de mortalité; ma statistique donne 60 pour 1(111. Mais il faut rappeler que seuls les cas désespérés sont soumis à cette méthode; je n'ai pas eu une guérison dans les cas graves en dehors de l'injection intraveineuse. Mon opinion reste la même qu'en 1884 : je puis dire que. si l'injection intra-veineuse ne guérit pas tous les cholériques, elle reste la ressource suprême qui nous a permis de sauver des malades à l'état de moi! imminente.
Traitement spécifique. Y a-t-il un traitement préventif du choléra. Y a-t-il un traitement curateur de la maladie déclarée ? Ces deux questions demandent d'abord une réponse à une troisième. Y a-t-il des gens réfractaires an choléra? Klcmperer et Lazarus, puis Metschnikoff montrent que « la moitié des Européens possèdent dans leur sérum des substances qui protègent les cobayes contre une infection mortelle ». Faut-il en conclure avec les Klcmperer que la moitié des Européens soient réfractaires au choléra? Ils partent de cette idée fausse si répandue que la propriété préventive du sang est fonction de l'immunité et qu'elle en est la mesure. Or, Metschnikoff et Roux, puis Houx et Vaillard ont montré qu'un être vivant peut présenter la propriété antitoxique vis-à-vis d'une toxine et mourir cependant de la maladie infectieuse (tétanos, choléra).
Le pouvoir antitoxique du sérum ne permet pas d'inférer à l'état rél'ractaire de l'animal ou de l'individu.
Vaccination. 1. Bricger, Kitasato, Wasscrmann, puis les Klemperer vaccinent en injectant des cultures faites sur extrait de thymus, chauffées à 65 degrés pendant 15 minutes; ils renoncent plus tard à l'extrait de thymus, les résultats sont les mêmes.
2. Les Klemperer vaccinent en employant la voie sous-cutanée, intrapéritonéale, intra-veineuse ou gastrique. L'inoculation virulente doit clic retardée de 2 heures à 5 jours suivant la voie que l'on choisit; I animal survit, les témoins meurent, mais vaccins et injections virulentes doivcn être introduits par la même voie.
5. Vaccins phéniqués de Haiïkine. L'auteur emploie des cultures germes exaltes ou atténués; on verse dans chaque tube 6 centimètres eu e de solution phéniquée; on détache la culture et l'on agite; l'émulsionffl
répartie en six closes de 1 centimètre cube. Que le vaccin phonique soit liais ou ancien, il confère l'immunité (Tamamcheiï-Jawcin).
4. Metsclinikoff montre que chez l'homme l'ingestion de cultures pures de germes virulents peut n'être suivie d'aucun accident ou de simples troubles passagers. Dans la série de ses expériences, il se rencontre que, parmi les individus qui furent malades, on note deux personnes qui avaient subi au préalable l'inoculation du vaccin Haffkinc. La conséquence de ces faits est donc qu'on ne peut conclure de l'animal à l'homme.
Sérumtliërapie. 1. Lazarus injecte le sérum provenant du sang d'individus qui ont eu le choléra. Le pouvoir immunisant variable peut être conféré par 1 déci-milligramme; mais si le sérum est injecté au moment où les animaux ont eu la plus légère baisse de température, des doses énormes de sérum ne peuvent les sauver.
2. Les Klemperer renforcent ce pouvoir immunisant du sérum par l'injection de cultures chauffées, et le sérum de l'individu en expérience confère l'immunité à la dose de 5 milligrammes au lieu de 25 centigrammes.
5. Enfin Paulowski et Buchstab confèrent l'immunité à des lapins et cobayes par l'emploi de cultures chauffées; le sérum de ces animaux sert à immuniser des chiens dont le sérum vaccine à 1/150. 50 centigrammes suffiraient pour un homme du poids de 60 kilos. Ce sérum, disent-ils, est curateur. Sur 16 lapins injectés quelques heures après l'inoculation virulente, 12 guérissent; 4, soit 25 pour 100, meurent. Les auteurs, qui se sont inoculé 1 centimètre cube sans accident, proposent l'application à l'homme.
Influence des associations microbiennes. Les travaux de Metschnikoff sont dirigés dans une tout autre voie; ce qu'il étudie, c'est le choléra expérimental intestinal et les conditions qui règlent dans ce cas l'immunité et la réceptivité cholériques; ses expériences sur les animaux sont corroborées sensiblement par les résultats de l'infection intestinale expérimentale chez l'homme.
Il montre tout d'abord que le germe cholérique peut vivre à l'état virulent dans les eaux potables de localités constamment ou temporairement indemnes (Versailles, Saint-Cloud), puis il prouve que le sang des habitants de ces localités n'a pas de pouvoir préventif spécial.
L'immunité ne résulte pas d'une vaccination naturelle par absorption continue de petite quantité de ces germes (expérimentalement d'ailleurs les gens qui ont ingéré impunément deux ou trois fois de ces germes vivants peuvent présenter des signes cholériques lors d'une ingestion ultérieure).
C'est dans la flore gastro^intcstinale concomitante que se trouvent les conditions de l'immunité. Certains germes par leur présence, inofl'ensive par elle-même, favorisent le développement du bacille cholérique. L'influence favorisante ou empochante des germes se démontre par l'examen des plaques où on les a semés conjointement avec le bacille virgule.
Ce sont la torula blanche, la sarcine et un bacille coliforme favorisant. Si on fait ingérer une culture de chacun de ces germes avec une culture de bacille virgule de Massaouah, l'animal meurt (20 sur 22). Or l'animal nou-
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veau-né et qui tète encore ne présente pas ces germes dans son intestinaussi résiste-t-il à l'ingestion d'une à deux cultures pures du bacille de Massaouah, même s'il appartient à une espèce très sensible à l'inoculation péritonéale ou sous-cutanée; par contre, le même animal meurt si on ajoulu les microbes favorisants. Si maintenant on vaccine préventivement ces animaux, lapin ou cobaye : 1° avec les cultures stérilisées; 2° les cultures vivantes; 5° le sérum d'animaux immunisés; 4° le sérum de cheval, rien ni' fait : ranimai succombe à l'ingestion des cultures associées.
Et cependant les animaux ainsi traités supporteront facilement l'inoculation sous-cutanée du germe cholérique.
Pour expliquer cette apparente contradiction il suffit de rappeler que « le choléra intestinal des lapins est un empoisonnement par les toxines préparées dans le canal digestif. Or, comme cela a été démontré dans plusieurs liavaux, la vaccination ne protège pas contre l'intoxication de l'organisme. Il est donc facile de concevoir a priori qu'un animal très bien vacciné contre le vibrion cholérique introduit dans les tissus peut ne pas résister à l'intoxication par un poison préparé dans le contenu intestinal (Metschnikoff).
Enfin, comme il est des microbes favorisants, il y en a d'autres dont la présence dans l'intestin empêche le développement du germe cholérique :ce sont un coccus blanc, un autre plus gros, isolé des déjections du cobayect enfin un bacille liquéfiant la gélatine.
Les animaux auxquels on l'ait ingérer une culture de bacilles de Massaouah avec les trois microbes empêchants résistent à l'infection; et même, si l'on fait alterner les microbes favorisants et les microbes empêchants (surtout le bacille liquéfiant), les animaux résistent pour la plupart; même résultat chez les cobayes.
11 faudrait appliquer ces données à l'homme où la flore microbienne de l'estomac est peu connue, cependant de Bury, Abelous, Moreau et Capital), Lion ont démontré la présence variable de sarcine, torula, bacille pjoejanique.
L'existence dans l'intestin de ces germes empêchants ou favorisants permettrait, d'après Metschnikoff, d'expliquer les faits, contradictoires en apparence, de propagation, de limitation et même de reviviscence des épidémies.
Arrivé à la fin de cet exposé trop succinct d'expériences délicates qui demanderaient à être rapportées en détail, que faut-il conclure au point de vue thérapeutique, le seul qui importe ici? Une première notion se dégage qu'on doit mettre au premier plan : c'est que le choléra humain est une infection limitée à l'intestin où se fabriquent et se renouvellent les toxims microbiennes qui, reprises par la circulation générale, vont empoisonner 1 organisme ; infection et intoxication sont donc deux états distincts.
Or si le vaccin (culture stérilisée, virulente, phéniquée, sérum dammaux immunisés) confère l'immunité contre la péritonite cholérique ou l'inoculation sous-cutanée qui sont des infections, Metschnikoff nous montre que ces moyens sont impuissants contre le choléra intestinal expérimenta qui est une intoxication ; lui-même veut poursuivre ses recherches avant oc
conseiller l'ingestion de cultures vivantes des microbes empêchants'. Si, au point de vue pratique, dans l'état actuel de la science, il faut s'en tenir à une sage réserve, on doit suivre avec attention ces travaux si passionnants qui, par des voies diverses, cherchent à atteindre ce but commun : le traitement spécifique du choléra humain.