TÉTANOS
PAR LE Dr JULES RENAULT
Chef de clinique à l'Hôpital des Enfants.
Étiologie et pathogénie. — Si la connaissance des symptômes du tétanos, de ses conditions étiologiques, de sa gravité remonte à la plus haute antiquité, il n'en est pas de même de sa pathogénie.
Vulpian, Brown-Séquard, Arloing et Tripier émettaient et tentaient de démontrer la théorie, entrevue par Ambroise Paré, que le tétanos est un réflexe pathologique dont le point de départ réside dans une irritation des nerfs périphériques. Simpson, en 1854, avait, au contraire, émis l'idée que le tétanos résultait de l'absorption au niveau des plaies d'un poison analogue à la strychnine. Ces théories, nerveuse et humorale, sont aujourd'hui abandonnées, et la nature infectieuse du tétanos est pleinement démontrée.
Carie et Rattone, en 1884, démontrent l'inoculabilité du tétanos, en produisant la maladie chez le lapin par l'inoculation du pus d'une pustule d'acné, point de départ d'un cas de tétanos chez l'homme. La même année, Nicolaier1 démontre qu'on peut rendre les animaux tétaniques en leur inoculant de la terre des rues, que le pus de ces animaux tétaniques produit le tétanos chez d'autres animaux, qu'il contient toujours, avec d'autres microbes, un bacille à forme très spéciale, anaérobic.
Rosenbach (1886), puis de nombreux auteurs trouvent le même bacille dans les plaies des tétaniques. Kitasato (1889) arrive à isoler ce bacille et à reproduire le tétanos par* des inoculations de culture pure.
Quand on examine le pus d'un tétanique, on trouve, au milieu d'autres microbes, deux variétés de bacilles minces : les uns linéaires, à bouts arrondis, les autres ayant une extrémité renflée et la forme d'une épingle : c'est le bacille de Nicolaïer, avant et après la sporulation.
Ce bacille est strictement anaérobie; il se développe très bien sur lis milieux habituels; à la température optinia de 56-58 degrés sur agar, de '20-24 degrés en gélatine, il donne, du 2e au 4e jour, un trouble nuageux qui envahit peu à peu tout le milieu; la gélatine est liquéfiée le 10" jour; la culture a une odeur de corne brûlée (Sanchez-Tolédo et Veillon). W prise de la culture examinée au microscope montre le polymorphisme très inarqué du bacille, qui est tantôt droit, tantôt courbe, tantôt allonge, sporulé ou non, immobile à l'état sporulé.
Les spores se développent très bien à une température de 57-59 à Leur résistance est tout à fait remarquable; on peut les retrouver après
(') Deutsch. med. Worh., ISSi.
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lusieurs mois dans la terre tétanigéne exposée à l'air et à la lumière; les résistent pendant 1/4 d'heure à une température de 90 degrés et il faul lus de 5 heures pour les tuer dans une solution de sublimé au millième. Nicolaïer, Rosenbach, Nocard, après avoir montré que le bacille restait mtonné au niveau de la plaie, à une faible profondeur dans les tissus, ensèrent qu'il y sécrétait un poison dont la résorption produisait le tétanos. nudFaber1 démontra l'existence de ce poison dans les cultures, et Niesen", ins le sang des tétaniques : les cultures filtrées ou le sang inoculés aux limaux à des doses infiniment petites produisent le tétanos.
Courmont et Doyon3 (1895), ayant remarqué que les cultures filtrées ^terminaient le tétanos après une incubation assez longue, (24 heures i minimum), à des doses souvent infinitésimales, l'assimilèrent, non à un oison, mais à une diastase qui, introduite dans l'organisme, y déterminent la formation du véritable poison tétanique : à l'appui de leur opinion, s établissent une expérience intéressante, montrant que le sang d'un limai tétanique, injecté à un autre animal, produit le tétanos immédiatelent, sans phase d'incubation. Mais Conrad Brunner4 conteste les résultats e Courmont et Doyon.
Nicolaïer avait montré l'existence du bacille tétanique dans la terre des îes, des champs, des jardins; Chantemesse et Widal l'ont trouvé dans la aussière d'une salle d'hôpital, Hinzelmann dans celle des vieilles habitaons. Richet a trouvé les spores à la surface desvégétaux, Peyraud dans le iin, Sanchez-Tolédo et Veillon dans les excréments des herbivores : les >ores ingérées par ces animaux pullulent dans l'intestin et sont ensuite rejets avec les excréments, d'où leur dissémination partout à la surface du )1. Vaillard, G. Roux ont démontré leur présence dans les eaux communes. Cette dissémination des spores permet de comprendre combien le tétanos eut se produire facilement. S'il se produit si rarement, c'est que d'autres mditions sont nécessaires. Vaillard, Vincent et Rouget5 ont montré que les spores introduites seules et en grande quantité dans un tissu sain, rivées de leur toxine, ne provoquent pas le tétanos ». Ces spores inoculées ans les mêmes conditions sur une plaie simple, superficielle, ne déterlincnt pas le tétanos; elles le produisent, au contraire, si les tissus sont îortifiés par une brûlure, un écrasement, s'il y a une fracture sousijtanée : c'est que les spores peuvent se développer dans ces dernières éditions. Elles se développent de même à la surface de toutes les plaies t produisent le tétanos, si, en môme temps qu'elles, on inocule des îicrobes de la suppuration. L'anfractuosité des plaies, la suppuration sont onc des causes adjuvantes de premier ordre de la production du tétanos.
Tétanos des nouveau-nés. — Le tétanos se développe indifféremment liez les nouveau-nés de l'un et de l'autre sexe : si la statistique de Scholhr onne sur 19 cas 15 garçons et 4 fille», c'est affaire de série, car celles de
(') Berlin, klin. Wocheusclir., 1890.
(*) Dciitsch. med. Woclienschr., 1891.
(s) Société de biologie.
(*) Deustch. med. Woch., 1894.
f) Annal, de l'Inst. Pasteur, 1891-1893.
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4^0 MALAUIES INFECTIEUSES.
Finkler et de Bcdnar, portant ensemble sur 58 cas, donnent 30 garçons cl 28 filles.
Le tétanos apparaît ordinairement dans les jours qui suivent la chute du cordon ombilical ; il peut cependant se montrer plus tôt ou plus tard. En réunissant les statistiques récentes, Hartigan (1884) trouve que sur 209 cas la maladie a débuté :
15 fois aussitôt après la naissance.
13 — le 2' jour.
39 — .... le 4" jour.
■54 — ., i. . > le 5° jour.
35 — le 6* jour.
On ne trouve qu'un seul cas entre le 18e et le 28e jour. Ritter.von Rittershain estime que la plupart des cas se produisent à la fin de la première semaine; les cas observés par Baginsky ont tous débuté clans la 2e semaine; ceux d'Hénoch, du 5e au 7° jour de la vie; ceux de Papiewski, du 5e au 12e.
Dans plusieurs observations, on a noté le nombre de jours écoulés entre la chute du cordon ombilical et le début des accidents. En réunissant les statistiques de Finkler et de Papiewski, nous trouvons que sur 55 cas la maladie a commencé :
2 fois le jour même de la chute.
1 — 1 jour après.
Beaucoup d'auteurs calculent la durée de l'incubation d'après l'intervalle qui sépare le début des accidents de la chute du cordon : cette appréciation ne saurait être tenue pour exacte, puisque dans plusieurs cas la maladie a commencé dans les 4 ou 5 premiers jours de la vie, c'est-à-dire avant la chute du cordon. Les bacilles du tétanos pénètrent sans doute plus facilement dans la plaie à ce moment, mais ils peuvent y pénétrer plus tôt, grâce à l'artérite ou à la phlébite ombilicales, qui se sont déjà développées. Ce derniers accidents existent en effet, d'après Burmenter, dans les 4/5 de cas de tétanos des nouveau-nés. toujours d'après Runge1. Il est fort vraisemblable d'ailleurs que le cordon ombilical n'est pas le seul point par lequç puisse pénétrer le bacille du tétanos. Toute autre plaie, celle de la circoncision par exemple (Runge), peut servir de porte d'entrée.^
L'assimilation du tétanos du nouveau-né au tétanos de l'adulte, au poi de vue pathogénique, est exacte, puisque Baginsky, Eschench, Papier
(') Die Krankheiten der eislcn Lebeiistage, 1803.