ÉRYSIPÈLE CHEZ LES NOUVEAU-NÉS
Historique. — L'érysipèle des nouveau-nés, dont la connaissance, d'après certains auteurs, semble devoir remonter jusqu'à Hippocrate, ne date réellement que du siècle dernier, et ce n'est que dans le nôtre que toutes les notions sur la maladie se sont précisées. Mauriceau, en 1712, attribuait l'affection à la fermentation du sang accumulé autour de l'ombilic après la ligature du cordon. De 1850 à 1840 parut une série de travaux intéressants. Les observations de Baron à l'hospice des Enfants-Trouvés, celles de Berndt, de Chomel et Blache avaient attiré l'attention; mais ce sont les recherches de Billard, de Bouchut, de Trousseau qui firent faire à la question un pas décisif, en fixant d'une part les points importants de l'évolution clinique, et de l'autre, en mettant bien en lumière les relations fréquemment existantes entre l'érysipèle du nouveau-né et l'infection puerpérale de la mère : des épidémies connexes de ces deux affections sont relatées par Lorain, par Hervieux, par Meynet. Soupçonnée par tous ces auteurs, pressentie surtout par Trousseau et Maurice Raynaud, la nature parasitaire de l'érysipèle du nouveau-né et de l'adulte devient un fait acquis, grâce aux travaux de Felheisen, en 1883.
Depuis cette époque, en dehors des recherches de Kaltenbach et de Erôss sur les infections ombilicales du nouveau-né, nous n'avons à citer que les constatations très intéressantes d'Achalme sur le mode d'infection et les lésions streptoccociques du jeune enfant. Une étude assez récente de Lemairc3 résume toute la question.
Étiologie. — L'érysipèle des nouveau-nés s'observe dans les premiers jours qui suivent la naissance : il peut apparaître seulement vers le 10e ou
(') Roser. Sérum antistreptococcique. Soc. de Biologie, 23 juin 1895.
(!) A. M.uiiioREK, Loco cilalo, p. 607.
(') E. Lemaire. Contribution à l'étude de l'érysipèle des nouveau-nés. Thèse de Parts, 1S03.
IL, RLNON.l
le 15e jour, et dans des cas exceptionnels l'affection n'a débuté qu'au boni de 1 à 5 mois. Il est toutefois permis de douter qu'il s'agisse alors d'une maladie du nouveau-né, puisque, dans les premiers instants de la vie, l'évolution est toute différente de ce qu'elle sera plus tard.
Le sexe parait n'avoir aucune influence sur son développement, et les garçons sont aussi bien atteints que les fdles.
Toutes les solutions de continuité du tégument cutané peuvent être le point de départ de l'érysipèle : on l'a vu succéder à de petites plaies, à |;! circoncision, à des piqûres de vaccin, à des écorchures, à des infections cutanées diverses. Il a pu débuter par le sillon naso-labial, par la conjonctive (Leinaire); mais, de toutes ces causes, la plus fréquente est certainemenl l'infection par la plaie ombilicale.
Tous les anciens auteurs ont noté l'influence de l'encombrement (huis les maternités, de la malpropreté et des mauvais soins donnés aux enfants : ceux-ci sont souvent atteints d'autres affections qui créent une prédisposition manifeste. Sur 55 cas d'érysipèle des nouveau-nés, Hervieux' a pu constater 8 cas de sclérème, 7 cas d'affections intestinales, des cas de bronchite. Dans ces conditions, l'affection peut se développer chez des enfants issus de mères qui ne présentent aucune trace d'infection puerpérale* ou autre : les enfants sont contagionnés les uns les autres ou par des adultes.
Bien souvent la mère est malade, atteinte d'une des formes quelconques de la streplococcie, infection puerpérale, abcès du sein, comme dans un cas de Pétruscnky5.
Meynet* a voulu faire jouer un grand rôle à la constitution médicale régnante, au froid, à l'humidité; mais il faut bien avouer que ce ne sont la que des causes tout à fait occasionnelles.
Pathogénie. — L'infection streptococcique, qui chez le nouveau-né prend l'allure de l'érysipèle, reconnaît souvent une pathogénie bien diverse. La contagion peut se produire dans l'utérus de la mère, pendant le travail, et après la naissance.
Lorain\ puis Trousseau6, se basant sur les raisons d'ordre anatomique et physiologique dans lesquelles se trouve l'enfant dès le 1" jour de sa vie, après la séparation d'avec sa mère, admettent l'un et l'autre l'infection dans l'utérus, la plaie ombilicale étant au nouveau-né ce que la plaie utérine esta la mère. La chose est possible : le streptocoque peut traverser le placenta dans le cours de la grossesse, si la mère est infectée. Outre un cas doutais de Kaltenbach, qui, se basant sur les desquamations cutanées d'un enfant dont la mère fut atteinte d'érysipèle pendant sa grossesse, n'hésite pas a
(') Hervieox. Nouvelles recherches sur l'érysipèle des enfants à la mamelle et des nonvcaii-n*. Gaïslte médicale de Paris, 1850, p. 123-158. . ....
(!) Yot. De l'érysipèle inflammatoire non-puerpéral des enfants nouveau-nés. Thèie dt l'<"'
{') Petrlsciikï. Des rapports réciproques des diverses manifestations de l'infection streptoMcaq Zeitch. /. ////;/. a. Infektiomliranlih., XVIII, 3. u
{'} Mei.net. Épidémie d'érysipèle et d'ulcération de l'ombilic chez les nouveau-nés. Thèse at
<*i P. Loiuin. Sur la fièvre puerpérale chez la femme, le fœtus et le nouveau-né. Thaï W 1835. ,.P
(°) Tboissevu. Clinique médicale de l'Ilùlel-Diru de Paris, 1885 (septième édition), tome I", [>• -"■
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admettre que cet enfant s'est contagionné de la même affection dans l'utérus, nous possédons, à l'appui de cette thèse, un fait beaucoup plus probant, celui de MM. Ilanot et Luzet. Ces auteurs ont rapporté un cas très intéressant de purpura à streptocoques chez la mère, dans lequel le microbe a été retrouvé dans le corps de l'enfant; mais, comme le fait très justement remarquer Achalme', la lésion hémorrhagique du placenta était la condition essentielle du passage du microbe à travers les villosités choriales. A côté de ces cas, il en est d'autres, non moins intéressants, dans lesquels la contagion ne s'est pas produite. Nous avons pu, avec notre maitre, le Dr Bar2, observer une femme infectée par le streptocoque au 8e mois de sa grossesse, avant son accouchement : ni dans le sang de la veine ombilicale du fœtus, ni dans ses viscères, nous ne pûmes déceler de streptocoque alors que le sang placentaire maternel en contenait; le microbe ne s'était donc pas transmis de la mère à l'enfant. La voie d'infection utérine dans l'érysipèlc des nouveau-nés peut être admise, mais on voit qu'elle est loin d'être la règle.
Il en est de même de la contagion du fœtus pendant son passage à travers la filière pelvienne : le fait n'est guère possible qu'à la suite d'interventions avec des instruments septiques, ou s'il existe des solutions de continuité du tégument externe.
La vraie voie de développement de l'érysipèle des nouveau-nés c'est l'infection de la plaie ombilicale après l'accouchement. Les affections de l'ombilic qui accompagnent la chute du cordon sont des plus fréquentes. Kaltenbach, à la Maternité de Halle, a souvent constaté le fait : Erôss3, sur 680 cas, a trouvé un nombre considérable d'omphalites bourgeonnantes et d'omphalites catarrhales, les lochies ombilicales de Lorain, toutes certainement d'ordre infectieux. Le streptocoque pénètre ainsi soit dans la veine ombilicale, soit dans le réseau sous-cutané, la minceur du derme n'ayant dans l'espèce aucun rôle pathogénique appréciable, ainsi qu'Achalme l'a bien montré. Les pansements secs appliqués en général sur le cordon pendant sa dessiccation favorisent peu la gangrène de ce dernier : aussi ne semble-t-il pas y avoir, pour expliquer l'érysipèle, exagération sur place de la virulence du streptocoque.
Anatomie pathologique. — La peau est pâle sur le cadavre : elle a perdu la coloration rougeàtre qu'elle présentait pendant la vie. Elle est dure au toucher par suite de l'infiltration sous-dermique très abondante qui s'écoule facilement dès qu'on sectionne les téguments. Il n'y a plus trace de lésion macroscopique au niveau du bourrelet. Les ganglions qui desservent la région atteinte sont en général peu volumineux : quelquefois on note de la lymphangite des troncules qui se rendent à ces ganglions. Du côté des viscères il existe peu de lésions : les bases des poumons sont congestionnées quand l'affection a duré quelque temps, et quand elle s'est étendue à ces organes. Le foie est très pâle, parfois graisseux. La rate est le plus généralement hypertrophiée. La veine ombilicale est souvent le siège d'une phlébite
(') Achalme. Loco citato, p. 250.
(*) But et IIésiox. Sur un cas do streptococcie survenue au huitième mois delà grossesse. Congrès (le gynécologie de Bordeaux, 10 août 1895.
(3) Erûss. Beobaclttttngen an 1000 Keugeborener ûber NaBelkrankhoiten. Archiv. fur Gi/n., L. XLI, p. 5.
Ci. rénoii.]
plus ou moins intense : exceptionnellement on note de la phlébite des sinus.
Les lésions microscopiques ont été très bien décrites par Achalme' Cet auteur a eu le grand mérite de bien montrer les différences qui séparent l'érysipèle péri-ombilical des nouveau-nés des autres variétés d'érysipèle, Bl nous allons relater tous ces points qui en font réellement une espèce Lien distincte.
Au microscope, à un faible grossissement, on est frappé de la localisation des microbes dans le tissu cellulo-adipeux qui double la peau du nouveau-né: on en trouve quelques-uns dans la couche profonde du derme ; mais il ne parait pas qu'il en existe jamais dans le corps papillaire et la couche moyenne du tissu dermique. Dans le tissu graisseux, ce ne sont pas les lobules adipeux qui sont le siège des streptocoques; ceux-ci n'apparaissent qu'à la périphérie de ces lobules dans les travées conjonctives qui les séparent les uns des autres. Ils y sont en très grande abondance autour des vaisseaux sanguins qu'ils pénètrent bien rarement, et seulement en très minime quantité. Ils sont au contraire fort nombreux dans la gaine lymphatique vasculaire. Les gros troncs lymphatiques apparaissent distendus et volumineux: cette augmentation de calibre n'est pas due à l'accumulation des leucocytes dans leur intérieur, comme chez l'adulte, mais à une infiltration de microbes qui y forment comme des ébauches de bouchons, sans que jamais l'oblitération ne soit complète et que jamais il n'existe de thrombus microbien. Toutefois les parois de ces vaisseaux ne sont point indemnes : elles contiennent aussi des streptocoques: mais ces derniers ne semblent point venir de l'intérieur du tronc lymphatique, car ils sont d'autant plus nombreux qu'on se rapproche de la tunique externe conjonctive.
A un grossissement plus considérable, on voit nettement les micro-organismes à la périphérie des lobules adipeux : ils pénètrent en très petite quantité dans les interstices cellulaires, en formant parfois une sorte de couronne aux cellules adipeuses. Jamais ils ne gagnent le protoplasma inter-cellulaire.
Histologiquement, les lésions sont des plus minimes. On note un élargissement des espaces séparant les cellules adipeuses, et l'infiltration de ces espaces par une substance granuleuse. Il n'y a pas trace de réaction organique caractérisée par une prolifération cellulaire ou un envahissement de leucocytes, ce que pouvait déjà faire prévoir l'absence de leucocytose dans les gros troncs lymphatiques que nous avions indiquée tout à l'heure. Ce manque de réaction leucocytaire s'étend à tout le système lymphatique et les ganglions ne sont pas volumineux. Il résulte, de cette disposition tout à fait spéciale à l'érysipèle des nouveau-nés, que ce défaut de défense phagocytaire favorise au plus haut point l'infection sanguine si fréquente dans tous ces cas.
C'est là le trait essentiel, spécifique pour ainsi dire, de cette forme dérysipèle qui mène si souvent à la septicémie généralisée, avec extension de l'infection microbienne aux grandes séreuses, le péricarde, la plèvre, le
(') AciiAlMC. Loco citi'.o, p. 12j.
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péritoine, qu'on trouve remplis non de pus franc, mais d'une sérosité à peine louche, très fluide.
Cette évolution progressive des lésions n'est point absolument fatale : dans des cas exceptionnels, que Trousseau avait bien mis en lumière, la résolution se produit par formation d'abcès. Ces abcès peuvent soit se localiser à l'ombilic, ainsi que Fualdès1 l'a bien montré, soit, et c'est le cas le plus fréquent, se répartir sur toute la surface cutanée : ils sont très nombreux, et constituent le plus puissant mode de la guérison spontanée de l'érysipèle péri-ombilical des nouveau-nés. La réaction leucocytaire s'observe alors, mais tardivement.
Très rarement aussi on peut constater la terminaison par induration. Exceptionnelle aussi est la guérison par gangrène; Achalme n'aurait jamais rencontré de microbes saprogènes dans le sillon d'élimination du cordon.
Symptômes. — Chez le nouveau-né les symptômes de l'érysipèle sont absolument différents, suivant qu'il se développe en dehors de toute complication ombilicale, ou qu'il relève de cette complication. Cette distinction répond aux notions d'anatomie pathologique et de pathogénie générales que nous venons d'exposer. Dans le premier cas, c'est à un érysipèle identique à celui que nous aurons à décrire chez les enfants plus âgés cpie l'on a affaire, avec toutefois des signes généraux plus marqués, et une évolution plus rapide et plus grave, à cause de l'absence de la réaction phagocytaire dans les premiers jours de la vie. Dans le second cas, l'affection est assez particulière pour mériter une description clinique spéciale.
L'érysipèle peut apparaître dès la naissance, du second au troisième jou/, quelquefois beaucoup plus tard, vers le quinzième jour seulement. Comme l'a bien montré Trousseau, il débute ordinairement non par l'ombilic, mais par le pénil, d'où il gagne dès le lendemain le scrotum et la vulve : le surlendemain il s'étendra aux fesses, aux cuisses, et envahira tout le membre inférieur. 11 est caractérisé par une rougeur vive de la peau, et par la dureté et la résistance du tissu cellulaire sous-jacent. L'enfant tombe dans un état d'abattement profond, et exprime sa douleur par des cris : la fièvre est peu vive en ce moment. La tendance envahissante de l'affection ne se limite pas : la région fessière est souvent atteinte, et il n'est pas rare de voir, l'érysipèle gagner le dos, se propager au visage et au cuir chevelu. Les parties malades sont le siège d'une rougeur souvent luisante, œdémateuse ; elles sont limitées par un bourrelet moins saillant que chez l'adulte, et il n'est pas rare d'observer sur cette région des bulles remplies d'une sérosité jaunâtre.
La peau et le tissu sous-cutané sont infiltrés davantage dans les parties lâches : il y a tuméfaction considérable du pénis, du scrotum, de la vulve, des paupières, des pieds et des mains, souvent atteints ainsi que tout le membre supérieur. La peau pâlit dans les régions primitivement envahies. qui peuvent devenir le siège d'une légère desquamation. Les récidives ne sont point exceptionnelles sur les mêmes points.
(') Fualdès. De l'érysipèle de l'ombilic chez les nouveau-nés. Thèse de Paris, 1872.
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La fièvre ne fait jamais défaut à cette période : il existe tous les soirs un. exaeerbation vespérale qui peut aller de 59 à 41 degrés. Le pouls est extrême, ment rapide et petit. L'alimentation devient difficile : les enfants, qui tétaient encore d'une manière satisfaisante le 1er jour, refusent absolument le sein L'évolution est parfois si rapide que tous ces troubles peuvent passer inaperçus.
Trousseau' a été vivement frappé de la gravité du pronostic de lervsipèle péri-ombilical des nouveau-nés, et il a insisté sur l'allure insidieuse qu'il prenait avant la terminaison fatale. Malgré l'apparence de vitalité des petits malades, bien qu'ils tètent parfois à merveille, que leurs cris soient vigoureux, il peut arriver qu'ils succombent le lendemain ou le surlendemain, ou même quelques heures après. La mort peut succéder au collapsns aux suppurations de la plèvre et du péritoine, à la phlébite ombilicale el parfois à la pyléphlébite.
Dans les seuls faits où l'on a pu observer la guérison, c'est crràce à la réaction phagocytaire tardive sur laquelle nous nous sommes longuement expliqué plus haut. La formation de nombreuses collections purulentes souscutanées est la règle en pareil cas. Ces abcès, en général curateurs, peuvent présenter des aspects divers, qu'il s'agisse du phlegmon péri-ombilical de Fualdès ou que l'on ait affaire à toute la variété des abcès sous-cutanés que Bouchut2, Fredet3, Vincent1 nous ont bien appris à connaître.
Ces abcès peuvent être uniques ou multiples, ils peuvent se succéder pendant 4 à 6 semaines, sans qu'il soit possible d'incriminer en aucune façon l'action des microbes d'infection secondaire. On incise ces collections purulentes, la fièvre tombe, et tout peut rentrer dans l'ordre : c'est là un mode de guérison qui nous a permis de comprendre les recherche* d'Achalme; Trousseau avait magistralement décrit le fait clinique, sans pouvoir l'expliquer.
D'autres complications ont été observées : parmi celles-ci la gangrène est la plus fréquente. Toute la paroi abdominale peut se gangrener, laissant à nu les muscles de la région et les aponévroses. Le sphacèle des grandes lèvres et du scrotum n'est pas rare ; les testicules peuvent être ainsi complètement dénudés. Il est rare que cette complication soit une cause de mort; tout s'arrange en général mieux qu'on n'aurait pu le supposer, et la réparation de tous ces désordres s'effectue dans la majorité des cas : la cicatrisation est assez rapide, et quelquefois il ne persiste aucune trace de l'affection. Dans certains cas il n'en est pas ainsi, et l'apparition de la gangrène s'accompagne des phénomènes généraux les plus graves, amenant rapidement la mort.
Quelquefois l'infection sous-dermique s'accompagne de phlébite de la veine ombilicale : le foie peut être atteint par la voie veineuse, et on peut noter de l'hépatite infectieuse avec ictère. Quand nous aurons signale
(') Trousseau. Loco citalo, p. 219.
(*) Bouchut. Traité pratique des maladies des nouveau-nés, 1873.
(3) Fbcuet. Érysipèle généralisé chez un enfant de douze jours, abcès multiples. Guérison. ftnfl" des hôpitaux, 187 i.
(*) Viscest. Érysipèle généralisé che: un nouveau-né, abcès multiples. Guérison. Gasette des hêpit<"*
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es épanchements purulents des grandes séreuses, péritoine, plèvre, péricarde, et les cas rares de phlébite des sinus, nous en aurons terminé avec es complications possibles de l'érysipèle des nouveau-nés.
La terminaison de cette affection par induration dermique est exceptionîelle, et il est même permis de se demander, avec Hervieux et Achalme, si lans ces faits on n'a pas confondu l'érysipèle avec le sclérème des nouveau-nés.
Pronostic. — Tout ce qui précède met bien en lumière la gravité du n-onostic de cette variété d'infection steptoccocique chez le jeune enfant après a naissance. La mort peut arriver dans les premiers jours : elle peut surverir beaucoup plus tard, le vingt-troisième jour même, comme dans ce cas de [Yousseau, où l'affection succédait à un phlegmon de la mamelle de la mère. a guérison n'est possible que lorsque l'érysipèle passe à l'état chronique, ■t qu'il se forme ces abcès curateurs dont nous avons expliqué la pathogénie •t l'allure clinique.
Diagnostic. — Le diagnostic est facile quand la maladie est en pleine ■volution; les caractères si nets de l'érysipèle, sa rougeur luisante et foncée, sa narche envahissante, l'induration si profonde des téguments, une anomalie ■t un retard dans la dessiccation et la chute du cordon, l'aspect terne et ;risàtre de la plaie ombilicale, tout cela peut aider à reconnaître l'affection. Jn y songera d'autant plus qu'on se trouvera en milieu épidémique, qu'on ura constaté d'autres cas d'érysipèle, ou que la mère, atteinte d'affection luerpérale, sera soignée par la même infirmière ou la même garde que on enfant. Dans certains cas le diagnostic n'est point si aisé, et l'on peut e trouver en face de difficultés presque insurmontables.
L'eczéma rubrum peut simuler la plaque érysipélateusc par son aspect ouge luisant et tuméfié. Si l'on a pu assister au début de l'affection, on lotera des différences : l'eczéma rubrum ressemble dès son origine à un czéma banal, c'est-à-dire qu'il existe des vésicules, d'abord petites, qui leviennent plus volumineuses, pour constituer par confluence de vériables bulles; la desquamation se fait par longs lambeaux, enfin il n'est pas are de le voir envahir d'abord la figure et la tête, puis une autre région, es mains, les parties génitales, sans qu'il y ait extension de proche en proche, omrae on l'observe dans l'érysipèle.
On peut en dire autant de l'urticaire pigmentée, qui débute dans la prenière enfance, parfois quelques jours seulement après la naissance. Elle se aractérise par une éruption de plaques érythémateuses de quelques centinètres de diamètre, sur lesquelles se produisent soit des élevures d'un rouge if, soit des éléments d'urticaire avec centre blanchâtre surélevé, et zone tériphérique rouge. Les éléments s'affaissent et se pigmentent en prenant me teinte jaune clair, parfois brunâtre, pouvant alterner sur le thorax, e dos et l'abdomen avec des taches de nouvelle formation qui donnent à 'enfant un aspect caractéristique. La ressemblance avec l'érysipèle n'est tossible que lorsque sur le fond que nous venons de décrire il survient des toussées érythémateuses donnant aux plaques une rougeur foncée et livide [ui peut gagner les espaces intermédiaires de peau saine. La recherche des •renhers stigmates de l'affection rendra toute confusion impossible (Brocq).
(L RÉNON1
4i8 MALADIES INFECTIEUSES.
Les bulles de pemphigus, qu'il s'agisse du pemphigus syphilitinlK.
ou du pemphigus épidémique des nouveau-nés, ont un aspect tout parij. culier qui ne peut simuler que de très loin l'érysipèle. On note d'alxml une tache d'un rouge foncé ne disparaissant pas par la pression, puisl'êm. derme se soulève, et il se forme une bulle, en général volumineuse, qui se remplit de sérosité verdàtre : la bulle se rompt et laisse à sa place une surface rouge lisse, qui se dessèche peu à peu en se recouvrant d'un nuderme nouveau.
Lesérythèmes, l'érythème intertrigo, et surtout I'érythème simple, ressemblent peu à l'érysipèle. Ils siègent au niveau des plis cutanés, des plis inguinaux et en général dans la région fessière. Il se montrent soit sous forme de petites taches isolées et disséminées, soit sous forme de plaques plus ou moins étendues. Ils disparaissent au début par la pression du doigt, mais peuvent suinter, saigner facilement et parfois s'excorier : ils sont en sénéral liés à un vice d'alimentation de l'enfant.
L'œdème des nouveau-nés, bien décrit par Depaul1, s'observe peu de jours après la naissance, quelquefois dès le premier jour, au mollet, à la face postérieure des cuisses, aux mains et aux organes génitaux. La peauesl de couleur jaunâtre ou rouge violacé : elle est dure, tendue, difficilement dépressible, et peut ne garder qu'imparfaitement l'impression du doigt; la température n'est pas élevée comme dans l'érysipèle, mais au contraire abaissée.
Le sclérèmc des nouveau-nés de Parrot sera d'un diagnostic facile : survenant en général du deuxième au dixième jour après la naissance, il débute d'abord par les membres inférieurs, à leur partie postérieure, puis il atteinl le dos, la région lombaire et enfin tout le corps. A son niveau, la peau devient rigide, et fait complètement corps avec les parties profondes. gênant les mouvements de l'enfant : la coloration peut être blanc jaunâtre, ou bleuâtre et livide. On note également de l'abaissement de la température.
La lymphangite du cordon et le phlegmon péri-ombilical présentent avec l'érysipèle péri-ombilical des nouveau-nés une ressemblance d'autant plus grande qu'on a voulu identifier les deux affections : il est évident que dans l'espèce il ne s'agit que d'une question de degré, ressortissant d'une part au terrain plus ou moins débilité sur lequel la maladie se développe, et de l'autre à une variation de la virulence du streptocoque. Cliniquement on peut différencier ces affections les "unes des autres; mais leur pathogénie est identique, ainsi que le traitement à leur opposer.
Le diagnostic de l'érysipèle ombilical du nouveau-né bien établi, la lâcne du médecin n'est pas terminée. Il faut s'enquérir des conditions dans lesquelles il s'est développé, chercher s'il ne succède pas à l'infection de mère, ou s'il n'est pas dû à la contagion par un autre enfant. On conçoi toute l'importance d'une pareille enquête pour proléger les autres nouveaunés dans une Maternité.
(*) DEr,\iL. Dictionnaire encyclopédique (les sciences médicales.
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Traitement. — C'est en une sage prophylaxie que réside presque tout entier le traitement de l'érysipèle des nouveau-nés : sa gravité excessive, les moyens encore bien imparfaits que l'on possède pour le combattre, tout commande surtout de l'éviter. Par un pansement aseptique bien fait, par une désinfection soigneuse des mains des personnes chargées des soins du cordon et de la plaie ombilicale, on n'aura guère d'infection à déplorer. S'il existe des bourgeons suppurants, s'il s'écoule en grande abondance ces lochies ombilicales sur lesquelles insistait tant Lorain, des badigeonnages au nitrate d'argent, des solutions astringentes antiseptiques, telles que le permanganate de potasse, suffiront à prévenir tout accident par la suite.
En face d'un érysipèle confirmé, une alimentation régulière, soit par continuation des tétées, soit par gavage de l'enfant, permettra de soutenir l'état général. Localement des applications antiseptiques humides, telles que des compresses imbibées d'eau boriquée, peuvent rendre des services. On pourra tenter aussi l'emploi des injections salines qui donnent de si bons résultats chez l'adulte ; mais on conçoit combien il est peu facile d'utiliser d'une façon méthodique le lavage du sang chez le nouveau-né.
La question de la sérothérapie de cette forme d'érysipèle est à l'heure actuelle bien difficile à juger. L'influence des sérums anti-streptococciques sur les accidents puerpéraux est encore à l'étude : les résultats ne sont pas aussi encourageants que ceux observés sur l'érysipèle des adultes1. Chez le nouveau-né deux observations de guérisonpar cette méthode ont été publiées, l'une par Roger2, l'autre par Steele3; par contre MM. Bar et Tissier* ont constaté son impuissance dans quatre cas. On ne peut donc conclure encore sur la valeur de la méthode, qui a fait toutes ses preuves expérimentales, et qui légitimera, il faut le souhaiter, toutes les espérances qu'elle a fait naître.