RHUMATISME ARTICULAIRE ET POLYARTHRITES
PAR LE D' A. B. MARFAN
Agrégé, médecin des hôpitaux.
Dans la première moitié de ce siècle, on donnait le nom de rhumatisme à toute polyarthrite aiguë, subaiguë ou chronique, qui n'était pas d'origine traumatique. En vertu de cette conception très large, on admettait que le rhumatisme peut quelquefois suppurer; on admettait aussi que les arthropathies qui surviennent au cours de la scarlatine, de la blennorragie, sont de nature rhumatismale ; et que la maladie première a simplement mis en jeu une disposition diathésique préexistante. On conçoit combien cette doctrine engloba dans un même groupe de faits disparates. Une réaction était inévitable : elle se produisit, mais elle eut d'abord peu de succès. Ainsi, quelques auteurs, au premier rang desquels il faut citer J.-P. Tessier et plus tard Lasègue, séparèrent avec juste raison du rhumatisme vrai toutes les arthrites qui suppurent. Et cependant, sur la foi de Bouillaud, bien des médecins admirent longtemps encore que la suppuration est une des terminaisons possibles de l'arthrite rhumatismale. De plus, les idées de Bazin sur les diathèses, idées qui avaient peu à peu conquis le monde médical, faisaient voir l'arthritisme partout : aussi la nature rhumatismale des arthropathies blennorragiques, scarlatineuses, était-elle adoptée de la majorité des médecins et les auteurs qui s'élevaient contre cette manière de voir étaientils peu écoutés. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à relire la discussion sur le rhumatisme blennorragique qui eut lieu à la Société médicale des hôpitaux en 1866.
C'est à M. le professeur Bouchard qu'il appartenait de montrer nettement la vérité. Dans son cours de 1881, ce maître isola du rhumatisme vrai une série d'états morbides, présentant des déterminations d'apparence, non de nature rhumatismale. Ces états appartenant d'une façon manifeste au groupe des maladies infectieuses, M. Bouchard les désigna sous le nom de « pseudorhumatismes infectieux ». En 1885, M. Bourcy, son élève, reprit l'étude de la question, et, dans une excellente thèse, vulgarisa la doctrine de son maître. Depuis, les idées de M. Bouchard ne rencontrent que peu de contradicteurs. C'est ainsi qu'en 1886, M. de Lapersonne ayant à traiter au concours d'agrégation : Des arthrites infectieuses, les adopte pleinement. Moi-même je les ai exposées dans une Revue générale en 1888 '.
L'aphorisme suivantdomine et résume aujourd'hui cette question : « Toutes les maladies infectieuses peuvent présenter, parmi leurs manifestations con-
(') Les pseudo-rhumatismes infectieux. Gazette des Mpitaux, 18 février 1888.
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lingentes, des déterminations articulaires, distinctes du vrai rhumatisme cl relevant de l'infection générale de l'organisme. »
Mais en regard de ces polyarthrites secondaires, il faut placer une polyarthrite, aiguë ou subaiguë, primitive, ne succédant à aucune maladie infectieuse connue et qui se distingue des polyarthrites secondaires par certaines particularités : elle est mobile, c'est-à-dire qu'elle quitte assez facilement une articulation pour en atteindre une autreelle ne se termine jamais par la suppuration des articulations atteintes1 elle se complique très fréquemment de lésions des séreuses cardiaques (endocardite, péricardite) ; elle est très favorablement influencée par le salicylate de soude ; la polyarthrite aiguë primitive qui affecte ces caractères, c'est le rhumatisme articulaire aigu vrai, légitime.
Nous sommes donc conduit à admettre deux formes de polyarthrites aiguës ou subaiguës : une primitive, c'est le rhumatisme; d'autres secondaires, ce sont les polyarthrites de diverses maladies infectieuses. A côté des formes aiguës se place la polyarthrite chronique qu'on désigne sous le nom de rhumatisme articulaire chronique, progressif, déformant, noueux, osseux. Bien que cette opinion ne soit pas courante, je crois que la polyarthrite chronique succède en général à l'une des deux lormes de polyarthrites aiguës.
Les trois formes que nous venons d'indiquer s'observent chez les enfants avec une fréquence variable. Nous indiquerons les caractères qu'elles présentent quand elles se rencontrent avant la puberté. Nous étudierons :
1° Le rhumatisme articulaire aigu;
2° Les polyarthrites infectieuses secondaires (pseudo-rhumatismes infectieux) envisagées en général;
3° L'arthrite blennorragique en particulier;
4° L'arthrite cervicale (torticolis) qui peut être d'origine rhumatismale ou infectieuse;
5° La polyarthrite chronique déformante (rhumatisme noueux).