‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 66 sur 112 · RHUMATISME CERVICAL ET ARTHRITE CERVICALE · texte numérisé non relu

RHUMATISME CERVICAL ET ARTHRITE CERVICALE

(Le torticolis)

Chez l'enfant, le rhumatisme articulaire aigu atteint quelquefois une région presque toujours respectée chez l'adulte : les articulai ions des vertèbres cervicales. L'arthrite cervicale peut d'ailleurs s'observer ainsi bien dans les polyarthrites secondaires que dans le rhumatisme franc; ainsi on l'a vue survenir après la scarlatine et l'érysipèle. Elle peut aussi, nous le verrons, s'observer dans les polyarthrites déformantes chroniques.

Le. premier symptôme qui révèle l'arthrite cervicale, c'est l'immobilité de la tête. L'enfant tient sa tête immobile et son cou rigide. Si on veut imprimer un mouvement quelconque à ces parties, il se met à pousser des cris. La tête est souvent inclinée vers une épaule, et parfois il y a rolation du menton vers le côté opposé, c'est-à-dire qu'il y a torticolis. Si on explore la région, on constate qu'il existe à la pression une douleur très vive au niveau des apophyses épineuses et des apophyses transverses des vertèbres cervicales. Au contraire, la pression est indolore sur les muscles, au niveau du sterno-mastoïdien et du trapèze. Cependant, l'enfant raidit ses muscles pour immobiliser la tête et le cou et économiser sa douleur. Cette contracture, réflexe ou semi-volontaire, disparaît en partie ou en totalité quand le petit malade est dans le décubitus dorsal, et que sa tête et son cou sont bien appuyés et bien immobilisés1. Quand il existe de l'arthrite occipito-atloïdienne, la partie supérieure de la nuque se gonfle et la fossette sous-occipitale tend à s'effacer; la déglutition est douloureuse2.

L'arthrite cervicale peut être la première détermination d'un rhumatisme articulaire aigu, comme chez un enfant de 5 ans observé par M. A. Chauffard"; ailleurs, elle se développe en même temps que la fluxion des autres articulations; ailleurs enfin, elle peut être l'unique localisation articulaire de la maladie ; et alors sa nature est parfois démontrée par la coexistence d'une endocardite ou d'une endopéricardite.

L'arthrite cervicale doit être traitée énergiquement par les moyens que j'indiquerai tout à l'heure; car, contrairement aux autres déterminations articulaires du rhumatisme infantile, elle peut durer longtemps et aboutira l'ankylose du rachis cervical. Dans ces cas, l'immobilité de la tête et la nudité du cou deviennent permanentes; la douleur s'apaise peu à peu; mais la

(') Grarciibr. Rhumatisme cervical chez l'enfant. Leçon recueillie par Quevrat. nulkïm medio 1888, p. 282.

(!) Dallï. Torticolis occipito-atloîdien. Bull, de la Soc. de chirurgie, octobre 1875. (s) Cité par Grancher.

déformation persiste. Tantôt la tête est en flexion et rotation, tantôt en inclinaison latérale, tantôt en extension. La déviation de la tète et du cou entraine une série de déformations secondaires; la face semble de travers; le cou jiarait plus court; les épaules ne sont plus au même niveau; la colonne vertébrale présente des scolioses '. L'arthrite occipito-atloïdienne peut engendrer une subluxation de l'atlas sur l'occipital; et alors le doigt porté dans le pharynx fait constater la présence d'une saillie. UKj. Dans ces formes chroniques, la rigidité cervicale peut dépendre principalement soit de l'ankylose des articulations, soit de la contracture musculaire qui accompagne l'arthrite. Le torticolis de protection, comme disait Gubler, que nous avons signalé dans la période aiguë, est lié à une contracture réflexe du sterno-mastoïdien. ou du trapèze, ou des muscles de la nuque, nu de plusieurs de ces muscles, ce qui donne des attitudes variables. Lorsque l'arthrite passe à l'état chronique, la contracture peut devenir permanente ; alors, comme toutes les contractures chroniques, elle peut se compliquer de rétraction fibreuse.

Parfois, il arrive un moment où il est fort difficile de distinguer la part des articulations et la part des muscles dans l'immobilité de la tête et du cou. Or, cette distinction est importante à établir lorsque se pose la question d'une intervention chirurgicale ou orthopédique. Pour savoir si l'obstacle au redressement de la tête siège dans les vertèbres ou dans le muscle, on doit, comme l'a fait M. Cadet de Gassicourt, endormir l'enfant par le chloroforme ; si on peut alors faire fléchir et tourner le cou dans tous les sens sans la moindre difficulté, c'est que la contracture musculaire est la cause principale de la rigidité du cou. Dans le cas contraire, c'est qu'il existe une ankylose ou une rétraction fibreuse des muscles.

Le rhumatisme cervical peut avoir encore d'autres effets fâcheux.

L'inflammation des articulations vertébrales peut se propager à la duremère spinale et se compliquer de pachyméningite cervicale1. La phlegmasie peut même atteindre la moelle comme dans le cas suivant. Il s'agit d'une fillette qui, au cours d'une arthrite rhumatismale des vertèbres cervicales avec ankylose, a présenté une série de troubles reproduisant un tableau assez semblable à celui de la sclérose latérale amyotrophique de Charcot; au bout de quelques mois, ces troubles ont disparu en même temps que l'ankylose cervicale. L'histoire de cette fillette mérite d'être racontée avec quelques détails.

Fillette de 12 ans; ses antécédents héréditaires sont satisfaisants; mais il n'en

est pas de même de ses antécédents personnels. Elle est née à terme, elle a été

- élevée au biberon par sa mère; elle a eu la coqueluche à 1 an, la rougeole à 2 ans,

'a variole à 3 ans, la scarlatine à 8 ans; entre temps, elle a eu plusieurs poussées

5 Au mois de novembre 1891, à l'âge de 10 ans, elle est atteinte d'un rhumatisme articulaire qui frappe les articulations des membres. Au mois de mars 1892, elle a

(') Laitoelongue. Arthrite rhumatismale des vertèbres cervicales. Bull, médical, im,n° 28.- Rhumatisme des articulations vertébrales du cou et torticolis. Bull, médical, 1895, n° 67.

(s) Marfak. Du rhumatisme articulaire aigu chez les enfants et en particulier du rhumatisme cervical. ' Journal des praticiens, 1895, n* 15.

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une nouvelle atteinte de rhumatisme articulaire qui frappe les membres, mais nui atteint aussi le cou : le rhumatisme du cou se traduit par un torticolis doulourem qui l'empêche de remuer la tête; pendant cette nouvelle atteinte, l'enfant se plafo de céphalalgie ; la douleur du cou a duré fort longtemps ; ce n'est qu'au mois d'août ■1892 qu'elle s'est elfacée complètement.

Pendant cette évolution, la fillette a beaucoup grandi; elle a aujourd'hui une tailb bien au-dessus de la moyenne de la taille des enfants de son âge.

Lorsque les douleurs cervicales disparurent, l'enfant ne fut pas guérie; il lui resta une raideur du cou qui empêchait presque complètement les mouvements des vertèbres cervicales; et, vers le mois d'octobre, on s'aperçut que le bras gauche s'atrophiait; puis l'atrophie gagna le membre inférieur du même côté. C'est alors que les parents nous la conduisirent; elle fut admise à l'hôpital le 24 octobre 1892, et placée au n° 2 de la salle Parrot.

Examen du 26 octobre 1892. — L'enfant est maigre, grande : elle tient sa tête droite immobile; les mouvements volontaires du cou sont abolis; l'enfant ne peut faire ni les signes de l'affirmation, ni les signes de la dénégation; quand on prend la tête et qu'on cherche à la faire mouvoir à droite et à gauche, en avant ou en arrière, on est arrêté par la rigidité du rachis cervical; les vertèbres cervicales sdnl véritablement soudées entre elles. D'ailleurs, ni la pression sur les vertèbres cervicales, ni les mouvements provoqués ne causent de douleur. En nous appuyant sur l'histoire de la malade, nous affirmons qu'il existe une ankylose des articulations des vertèbres cervicales consécutive à une arthrite rhumatismale du rachis cervical.

On constate en outre de l'atrophie musculaire complète du membre supérieur et Ai membre inférieur du côté gauche. Cette atrophie ne s'accompagne pas de paralysie, mais elle est assez marquée pour entraver la marche et les mouvements du bras, si bien qu'à un examen superficiel on aurait pu penser à une hémiplégie gauche sans participation de la face.

Cette atrophie musculaire s'accompagne d'un certain degré de contracture et d'exagération des réflexes : au membre inférieur le réflexe patellaire est exagéré; au membre supérieur, une percussion des muscles de la face postérieure de l'avant-bras suffit à faire soulever énergiquement la main pendante.

Pour compléter cet examen, je dois ajouter qu'il n'existait aucun trouble de la sensibilité ni aucun trouble trophique.

En outre, l'auscultation du cœur laisse entendre un souffle systolique très intense dans la région de la pointe; il existe donc une insuffisance mitrale, conséquence d'une endocardite rhumatismale.

La découverte de cette affection cardiaque nous donna quelques hésitations quant au diagnostic. Vraiment, ne s'agissait-il pas là d'une hémiplégie consécutive à une embolie cérébrale explicable par l'insuffisance mitrale? Mais un certain nombre de phénomènes nous firent rejeter ce diagnostic.

D'abord, le début lent, progressif, sans ictus; dans l'embolie cérébrale, le début est brusque et marqué habituellement par une attaque d'apoplexie. Ensuite, l'intégrité de la face; l'hémiplégie de l'embolie frappe ordinairement la moitié inférieure de la face; enfin le défaut de paralysie réelle, l'impotence étant due surtout à l'atrophie €t à la contracture.

D'ailleurs l'évolution vint nous faire rejeter l'idée d'une embolie cérébrale.

Peu de jours après son entrée, la malade éprouve des fourmillements dans e membre supérieur droit, et, le 10 novembre, il est évident que l'atrophie gagne e bras droit. Le 20 novembre, elle gagne le membre inférieur du même côte . cette atrophie s'est produite très vite et a atteint en quelques jours un degré très elev

Après le 20 novembre, l'atrophie est généralisée aux quatre membres. Aux mains, l'éminence thénar est atrophiée; pouce de singe; les interosseux sont atrophies; es masses musculaires des avant-bras et des bras sont toutes atrophiées; de mer'!e deltoïde, le grand pectoral, le grand dentelé, les muscles sus et sous-épineux. La ior musculaire de la main est très diminuée; l'enfant ne peut porter la main a U ■ Les muscles du thorax sont très amaigris. Les muscles fessiers sont aplatis et e p

lessier a disparu; les muscles de la cuisse et ceux du mollet sont atrophiés notablement; l'enfant" marche les jambes écartées comme un canard. Tous les muscles sont atrophiés, durs, fibreux, rigides; la contracture est évidente; les réflexes sont très exagérés; pas de clonus pedis.

La sensibilité est intacte. En fait de troubles cutanés, nous constatons une cyanose très marcpiée des extrémités et de la dermographie.

Une pareille atrophie avec contracture et exagération des réflexes ne peut guère être expliquée que par des lésions analogues à celles de la sclérose latérale amyotrophique de Charcot (lésion du faisceau pyramidal et des cornes antérieures) ; on a signalé des troubles analogues dans les atrophies musculaires consécutives aux arthropathies; mais ici, en réalité, il n'y a aucune relation entre les muscles atrophiés et les articulations malades.

Comment ont pu se produire de pareilles lésions médullaires? On ne peut faire à ce sujet que des hypothèses. Mais, l'atrophie musculaire étant survenue au cours d'une arthrite rhumatismale ankylosante des vertèbres cervicales, nous avons admis entre la seconde et la première une relation de cause à effet; et, sur ce point, la marche de la maladie nous a donné raison.

Nous avons dirigé le traitement contre l'arthrite cervicale : des pointes de feu, des vésicatoires ont été appliqués à la nuque à de nombreuses reprises. A la fin de décembre, les mouvements du cou deviennent plus libres, plus faciles. Au mois de janvier, la jambe gauche est moins atrophiée et récupère sa motilité; en février, l'amélioration s'accentue; les muscles augmentent peu à peu de volume et de force.

Mais ce n'est qu'au mois de juillet que l'enfant a retrouvé la mobilité complète du cou; à la même époque, l'atrophie musculaire avait complètement disparu et l'enfant est sortie guérie de l'hôpital. Ces troubles avaient donc eu une durée de plus de C mois.

Le diagnostic du rhumatisme cervical peut offrir des difficultés sérieuses. On l'a confondu quelquefois avec une attitude vicieuse de la tête et du cou provoquée par une angine phlegmoneuse, une adénopathie, une méningite cérébro-spinale, voire même le tétanos. Mais il suffit de connaître la possibilité de ces erreurs pour les éviter.

,j Les deux difficultés véritables résident dans le diagnostic du rhumatisme cervical avec le mal de Pott sous-occipital et le torticolis. Le mal de Pott se distingue par l'absence d'un début brusque, fébrile et douloureux; il se développe peu à peu, d'une manière insidieuse; il ne s'accompagne pas de douleurs dans les autres jointures ni de déterminations cardiaques; en outre, si les mouvements de la tête sont pénibles et difficiles, cependant ils sont possibles à un certain degré; plus tard, les abcès ostéopathiques rétro-pharyngiens viennent montrer la nature du mal.

Le diagnostic du rhumatisme cervical avec le torticolis musculaire soulève un problème intéressant. Existe-t-il une affection musculaire primitive, causée par le froid et de nature rhumatismale, atteignant le sterno-mastoïdien, ou le trapèze, ou les autres muscles cervicaux, et pouvant entraîner une déviation de la tête et du cou? Je ne le crois pas. Voici un sujet qui est atteint d'un soi-disant torticolis musculaire rhumatismal aigu, frappant, selon l'habitude, le muscle sterno-cléido-mastoïdien; il a la tête inclinée du côté malade et la face tournée du côté opposé. Si, au début de l'affection, on examine les articulations des vertèbres cervicales, on les trouve douloureuses. Le spasme musculaire est donc secondaire; il a une origine articulaire, et c'est en ce sens qu'il est rhumatismal. D'ailleurs, il est certain que cette

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contracture peut ensuite prendre une place importante dans la genèse de la déformation, qu'elle peut être durable, et qu'elle peut aboutir à une rétraction fibreuse définitive qui perpétuera l'attitude vicieuse, alors que la lésion articulaire aura plus ou moins rétrocédé. Il n'y a donc pas de torticolis par myosite rhumatismale primitive1, ou tout au moins celui-ci est très rare et, dans la plupart des cas, il n'y a pas lieu d'établir le diagnostic entre l'arthrite cervicale et le torticolis rhumatismal, les deux affections coexistant et la seconde dérivant de la première.

Quand il existe du rhumatisme cervical, si la tête et le cou ne reprennent pas leur mobilité 4 ou 5 jours après le début du traitement par le salicylate de soude, il faut appliquer à la nuque des vésicatoires ou des pointes de feu, et renouveler la révulsion très fréquemment. Ainsi, on évitera l'ankyloseet les déformations définitives. Lorsque celles-ci se sont produites, lorsqu'elles existent depuis longtemps et que la période aiguë est bien passée, alors se pose la question d'une intervention chirurgicale ou orthopédique. Il faut d'abord rechercher avec le chloroforme la cause principale de l'attitude vicieuse. Celle-ci réside-t-elle dans une contracture des muscles qui disparaîl dans la narcose? L'application d'un collier-minerve pendant quelque temps suffira à redresser la tète. Réside-t-elle dans une rétraction fibreuse des muscles? La ténotomie sera alors indiquée. Mais, si la déformation et l'attitude vicieuse sont le fait d'une ankylose osseuse, le mieux est de s'abstenir; il faut se souvenir que le redressement forcé, préconisé par quelques chirurgies, a pu entraîner la mort subite par compression du bulbe.

POLYARTHRITE CHRONIQUE DÉFORMANTE

(Rhumatisme noueux)*

On rencontre chez les enfants des cas de polyarthrite chronique déformante reproduisant assez exactement le type du « rhumatisme noueux » de l'adulte, mais cependant avec quelques différences que nous allons indiquer3.

Etiologie. — Tandis que, chez l'adulte, le rhumatisme noueux estordi-

(') Cette opinion a été soutenue par Lannelongue, par MM. A. Robin et Londc dans un mémoire de II Revue de médecine, 189i, et par moi-même en 1895.

(*) Mo.ncorvo. Du rhumatisme noueux des enfants et de son traitement. Traduit par E. Mauriac, ParMj 1880. — R. Lacaze-Dori. Étude clinique sur le rhumatisme noueux chez les enfants. ïhise de tara, IBS (contient la bibliographie des travaux antérieurs). — H. Pei.ussié. Le rhumatisme articulaire chronrçil progressif chez l'enfant. Thèse de Paris, 1889. — G. Scumitt. Contribution à l'élude du rhumalun»

noueux chez les enfants. Rev. mens, des mal. de l'enfance, 1889, p. 520. — Perret. Ruumatis "'"»''

chez les enfants. Lyon médical, 1890, p. 689. — Diamotruigeb. Rhumatisme noueux chez les cnûM Thèse de Paris, 1891. — G. Variot. Rhumatisme articulaire chronique, ankylosant et défoi niant, ajan débuté dans l'enfance et continué son évolution pendant l'adolescence. Bull, et mém. de te *"'" . cale des hôpitaux de Paris, 1892, 8 juillet, p. 527. — P. Le Genure. Bull, et mém. de la Société '"™"™' hôpitaux de Paris, p. 551. — Kissel. Le rhumatisme noueux chez les enfants. Vratch, 189j, n"™v J Rev. mens, des mal. de l'enfance, 1891, p. 383 — Uaushalter. Un cas de polyarthrite chronique progre ■ infantile. Revue méd. de l'Est, n- 19, p. 581, 1893. — Ounto. Contribution à l'élude de la polj'J ' déformante chez l'entant. Revue mens, des mal. de l'enfance, 1893, p. 12. — Amelis. Maladie de La Beauvais chez l'entant. Thèse de Paris, 189G, n" 199. , . ,e j^

(') La monoarlhrite déformante ou arthrite sèche, dont le morbus coxœ senilis offre 1 exemp ^ caractéristique, et les nodosités d'Heberden ne s'observent pas dans le jeune lige. Les arthropa veuses ne se rencontrent pas non plus.

nairement primitif, chez l'enfant il succède assez souvent à une polyarthrite aiguë et l'on peut diviser les faits observés en trois groupes :

1° Il est des cas de rhumatisme noueux qui succèdent à un rhumatisme i , articulaire aigu ; j'en ai observé un tout récemment qui ne laissait aucun doute sur cet enchaînement des faits. Ces cas se distinguent par quelques particularités. Ils ne commencent pas par les petites articulations; ils ne les atteignent que tardivement; ils n'ont pas une marche centripète; ils se compliquent d'ordinaire de cardiopathie; ils finissent souvent par guérir.

2° 11 est des cas de rhumatisme noueux qui succèdent à une polyarthrite l infectieuse secondaire, particulièrement au rhumatisme scarlatin1. Ces cas paraissent aussi susceptibles de guérison.

5° Enfin, chez l'enfant comme chez l'adulte, il y a des cas de rhumatisme déformant qui paraissent primitifs. On invoque pour les expliquer l'action du froid humide, celle de l'hérédité arthritique sans preuves bien établies. Ces formes primitives paraissent beaucoup plus graves que les précédentes.

Description. — Le début peut avoir lieu de très bonne heure. M. P. Le Gendre a vu la maladie commencer à 18 mois; d'autres entre 2 ans et 5 ans; mais c'est après 5 ans qu'elle s'observe avec le plus de fréquence. Elle succède à une attaque de rhumatisme articulaire aigu ou à une polyarthrite infectieuse ; ou bien, elle s'établit progressivement, parfois à la suite d'un traumatisme articulaire. Tantôt, comme chez l'adulte, elle débute d'une manière symétrique par les extrémités, doigts et mains, orteils et pieds, et envahit les autres articulations en suivant une marche centripète. Tantôt, elle commence par les genoux ou les articulations du rachis cervical et „ n'atteint les extrémités que plus tard. Mais, une fois établie, la maladie prédomine aux extrémités, surtout aux mains où les doigts prennent l'aspect noueux caractéristique.

Il y a d'abord de la gène, de la raideur des articulations et de temps à autre des crises douloureuses avec tuméfaction. Puis surviennent des déformations persistantes et des attitudes vicieuses dues à l'augmentation de volume des extrémités osseuses (rhumatisme noueux ou osseux), à la rétraction scléreuse du tissu fibreux, à l'état des muscles qui sont à la fois contractures et atrophiés.

A la main, suivant la remarque de Charcot, les attitudes vicieuses relèvent de deux types principaux : le type de flexion (phalanges et phalangettes fléchies, phalansjines dans l'extension) et le type d'extension (phalangettes dans la flexion, phalanges et phalangines dans l'extension). Le poignet est presque toujours --tteint; il est fléchi sur l'avant-bras. L'avant-bras est dans la pronation et dans la flexion. L'épaule est immobile et le coude fixé à la poitrine. Au pied, nouures des orteils, gros orteil déjeté en dehors, épaississementdu tarse et valgus le plus souvent. Le genou est gros, déformé, immobile, fléchi et subluxé. La hanche est ankylosée. Les articulations de la colonne vertébrale peuvent être atteintes; alors il se produit une immobilité plus ou moins complète du rachis; la tête peut être penchée en avant

(') B. Diuban. Contribution a l'étiologie du rhumatisme chronique progressif. Polyarthrite chronique progressive consécutive au rhumatisme scarlatin. Thèse de Paris, 1895, n- 1 19.

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et le menton porté vers le sternum ; d'autres fois les courbures normales sont exagérées, le dos est voûté, l'ensellure lombaire très prononcée' au cou, on a constaté un élargissement notable à la partie postérieure (obs. de Stoïcesco, rapportée par Lacaze-Dori) .

Chez une fillette de 12 ans atteinte de rhumatisme chronique, Henocha relevé l'existence de fibromes rhumatismaux identiqucj à ceux qu'on voit dans le rhumatisme aigu.

MM. Chauffard et Ramond ont observé une notable tuméfaction des sanglions situés sur les voies lymphatiques au-dessus des articulations malades (adénopathies sus-articulaires) ; ils considèrent cette altération comme un témoignage de la nature infectieuse de la polyarthrite chronique1.

La polyarthrite déformante de l'enfant s'établit par une évolution rapide; les articulations se prennent en plus grand nombre et beaucoup plus vite que chez l'adulte. Les exacerbations, avec fièvre légère, douleur et gonflement articulaire, sont plus fréquentes aussi que chez l'adulte.

Sous l'influence de ces lésions, les malades deviennent plus ou moins impotents. Quand on essaie de mobiliser un article, on n'y peut parvenir, mais on provoque toujours une vive douleur et parfois des craquements. Si la maladie se généralise, les enfants deviennent des infirmes ; ils sont cloués dans leur lit, d'abord par les douleurs, plus tard par les déformations devenues permanentes. Alors le sujet s'amaigrit, pâlit et se cachectise peu à peu. Heureusement, chez les enfants, cette situation n'est pas toujours définitive. C'est une des particularités distinctives les plus intéressantes de la polyarthrite chronique déformante du jeune âge : après quelques mois, des années même (Daily), on peut voir rétrocéder des lésions qui semblaient définitives; on peut voir les articulations atteintes recouvrer graduellement leur mobilité, les déformations s'atténuer, puis disparaître, les tuméfactions osseuses ne pas laisser de traces; après la guérison, il reste parfois une laxité articulaire plus ou moins exagérée.

La maladie n'a donc pas la même gravité que chez l'adulte; elle ne mérite pas toujours l'épithète de progressive; pourtant il est des cas où elle a une marche envahissante et où elle devient incurable; Corail, Charcot, Variot ont soigné des adultes atteints de rhumatisme noueux qui avait débuté dans l'enfance.

Les localisations cardiaques ne sont pas rares dans le rhumatisme chronique de l'enfance. Si Lacaze-Dori n'a pu en relever que 2 cas sur 12, les observations se sont multipliées depuis 1882, et l'on peut dire aujourd'hui que les cardiopathies compliquent la polyarthrite déformante plus souvent chez l'enfant que chez l'adulte. Elles s'observent surtout dans les cas qui ont débuté par un rhumatisme articulaire aigu.

Diagnostic. — Le diagnostic de la maladie ne présente guère de difficultés; si, au début, elle a pu faire penser à une entorse, à la tétanie, a une arthrite tuberculeuse, voire même à la goutte d'ailleurs très rare chez le» enfants, quand son évolution se poursuit, il est impossible de ne pas la

(') Revue de médecine, 10 mai 1S96.

reconnaître à ses caractères habituels : douleur et gonflement articulaires, envahissant d'emblée ou au bout de peu de jours plusieurs articulations, commençant ou finissant par prédominer aux articulations des doigts et de la main; rétractions et atrophies musculaires précoces, fixité et symétrie des lésions articulaires. On n'a pas à s'occuper du diagnostic avec les arthropathies tabétiques, celles-ci n'existant pas avant la puberté.

Traitement. — Le traitement de la polyarthrite déformante est le même chez l'enfant et chez l'adulte : mutatis mutandis. Pendant les périodes aiguës : salicylate de soude ou antipyrine à l'intérieur; immobilisation des articles après onctions au baume tranquille et enveloppement ouaté. Dans l'intervalle, l'huile de foie de morue, l'iodure de fer, la teinture d'iode, l'arsenic, les alcalins à faible dose formeront la base de la médication interne ; les bains à température progressivement élevée (Lasègue), les bains sulfureux, le massage très prudemment pratiqué, enfin et surtout l'emploi de l'électricité galvanique seront les éléments de la médication externe. Pour l'électrisation, Boudet (de Paris) conseille d'appliquer le pôle positif sur la région cervico-dorsale ou dorso-lombaire et le pôle négatif dans un bassin de porcelaine plein d'eau tiède légèrement salée où l'on plonge les mains ou les pieds; on fait tous les jours une séance de 10 à 15 minutes, en employant des courants de 8 à 12 milliampères. C'est au traitement électrique que Moncorvo, Daily et Blache attribuent la guérison de leurs malades.

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