PADALYSIE DES MEMBRES SUPÉRIEURS
on lait contracter ensemble le deltoïde, le biceps, le coraco-brachial et les supinateurs.
Mais la paralysie peut être plus étendue et totale, comme dans ma troisième observation, qui est un type de paralysie radiculaire totale et bilatérale; dans ce cas, la sensibilité elle-même était abolie.
La plupart de ces paralysies ont un pronostic favorable et guérissent sans laisser de traces. Il est important de les traiter de bonne heure, le succès est souvent à ce prix. Quelques-unes, même traitées dès le début, ne manifestent aucune tendance à la guérison et aboutissent à Tatrophie.
J’ai revu récemment l’enfant que j’avais soigné il y a deux ans pour une paralysie radiculaire double ; il est âgé de trois ans, il n’est en retard ni pour la parole, ni pour l’intelligence, son corps est bien développé, ses jambes sont fortes ; mais ses deux membres supérieurs pendent inertes et en pronation le long du tronc, sans qu’il puisse faire aucun mouvement. Privé de ce balancier naturel, il ne peut marcher sans aide.
Enfin, il a des troubles vaso-moteurs dans le membre droit, sa main est constamment froide et violacée.
L’atrophie est complète sur tous les muscles de Pépaule, du bras et de l’avant-bras.
Diagnostic. — Les paralysies obstétricales du membre supérieur se reconnaissent facilement ; leur début dans les premiers jours de la naissance, à la suite d’un accouchement plus ou moins laborieux, qui a nécessité des manœuvres parfois violentes, la localisation de la paralysie dans certains muscles toujours les mêmes, l’attitude du membre paralysé, permettent de distinguer la paralysie obstétricale de la paralysie d’origine cérébrale et de la paralysie atrophique de l’enfance.
La paralysie d’origine centrale n’est que rarement
THAITÉ DES MALADIES DE l’ENFANCE
monoplégique, elle est hémiplégique et affecte en même temps le facial inférieur.
La paralysie atrophique ne survient jamais à une époque si voisine de la naissance, elle se localise très irrégulièrement sur les muscles d’un membre, elle occupe surtout le membre inférieur.
La pseudo-paralysie syphilitique (maladie de Parrot) affecte la même localisation que la paralysie obstétricale, mais ne se montre pas avant un, deux ou trois mois ; elle coïncide avec des syphilides et trouve sou explication dans une lésion osseuse (crépitation, hypérostose).
Restent les paralysies qui accompagnent les luxations et fractures obstétricales de l’humérus; on les reconnaîtra par l’examen attentif de l’épaule et du bras.
Traitement. — Outre les bains salés, les frictions stimulantes qu’on peut prescrire à tout hasard, on insistera surtout sur l’électrisation précoce des muscles [tara lysés. Les chances de guérison sont d’autant plus grandes que le traitement se fait moins attendre. La faradisation a donné des succès à Duchenne. Récemment, on a préconisé les f courants continus (10 à ±0 milliampères), le pôle positif au-dessus du point de Erb, le négatif sur les muscles paralysés.
On ne se découragera pas, on multipliera les séances, l’amélioration se faisant parfois attendre.
G. — ZONA, HERPÈS ZOSTElt.
Le zona est une névrite spéciale, essentiellement caractérisée par l’apparition de placards herpétüormes sur le trajet des nerfs sensitifs ou mixtes. L’unilatéralité de l’éruption, l’absence de récidive, font du zona une
ZONA, HERPES ZOSTER
alleclion propre et le rapprochent des maladies infectieuses (fièvre zostérienne de Landouzy).
Étiologie. — Le zona est une maladie relativement rare, à tous les âges de la vie ; mais il n’est pas plus rare chez les enfants que chez les adultes. D’après les observations que j’ai recueillies au dispensaire de la Villette, on rencontre, en mo)'enne, 1 zona sur 1,000 consultants pris au hasard.
Le zona m’a paru plus fréquent pendant la saison chaude (été) que pendant la saison froide (hiver).
Sur 33 cas, qui me sont personnels, je trouve 12 garçons pour 21 filles.
Quant à l’âge, le plus jeune de mes sujets avait huit mois ; je n’ai vu que 3 cas au-dessous de deux ans et 30 au-dessus de cet âge.
L’âge de dix ans a fourni 7 cas.
Parmi les causes provocatrices du zona, je citerai lè traumatisme : un garçon de douze ans et demi, ayant été mordu au bras droit par un cheval, a présenté,* trois semaines après, un zona de ce bras ; un autre, âgé de dix ans, a présenté un zona de l’épaule huit jours après l’opération de la vaccine.
Sur 33 enfants atteints de zona, 14 étaient bien portants, les 19 autres avaient présenté quelques troubles morbides, tels que nervosisme (6), dyspepsie (9), scrofule tuberculose (4).
Dreyfus a insisté sur le nervosisme des sujets; chez trois fillettes, j’ai relevé l’anesthésie du pharynx.
Le zona peut reconnaître, d’ailleurs, les causes les plus diverses, depuis les traumatismes directs jusqu’aux intoxications (oxyde de carbone), en passant par les maladies infectieuses (rougeole, coqueluche).
Le zona est-il transmissible et contagieux?
Si cette propriété lui était reconnue, sa nature zymo-
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tique ne ferait plus doute. Mais il est loin d’en être ainsi.
Tout en faisant des réserves sur la nature intime du zona, on peut s’en tenir à la formule de M. Bouchard (1). Le zona est la manifestation d’une névrite qui peut être infectieuse, mais également traumatique et de toute autre origine. Ce qu’il faut admettre, ce n’est pas la spécificité du zona, mais la spécificité de certaines névrites.
Anatomie pathologique. — Anatomiquement, les vésico-pustules du zona ont de l’analogie avec les pustules varioliques ; les cellules se multiplient dans la couche de Malpighi, la sérosité se répand dans un espace cloisonné et réticulé, elle contient de nombreux leucocytes, des hématies, etc.
Pfeiffer a trouvé, dans les vésicules du zona, comme dans celles de la varicelle et de la variole, des spores n’ayant aucun caractère spécifique.
Mais ce qui est intéressant, c’est la lésion des ganglions rachidiens, décrite par Bàrensprung, en 1863. Chez un enfant de vingt mois, tuberculeux, mort six semaines aj)rès le début d’un zona thoracique droit, il trouva les ganglions des sixième, septième et huitième nerfs intercostaux tuméfiés, injectés, enflammés.
L’inflammation ne s’étendait pas vers la moelle, mais vers la périjihérie.
Charcot et Cotard ont retrouvé la même lésion (1865) chez une femme atteinte de cancer des vertèbres et de zona ; les ganglions étaient malades et les nerfs qui en dérivaient, enflammés. La névrite a été rencontrée depuis lors par Lesser, Kaposi, Pitres et Vaillard, Dubler, Leudet, etc.
(I) Société clinique, 1883.
ZONA, HERPÈS ZOSÏEU
Sur 18 autopsies, les lésions des ganglions spinaux ou du ganglion de Gasser ont été trouvées 15 fois ; mais elles ont fait défaut 3 fois. La névrite, au contraire, s’est montrée constamment dans les cas récents. On peut donc affirmer que le substratum anatomique de 1 herpès zoster est une névrite spéciale, sinon spécifique.
Symptômes. — Le zona est peu bruyant chez les enfants, et sa découverte est souvent l’effet du hasard ; c’est en déshabillant l’enfant, qu’on s’aperçoit de 1 existence du mal. Parfois, il y a de légères démangeaisons qui attirent l’attention des parents.
Mais jamais on n’observe, dans l’enfance, ces douleurs vives, ces souffrances intolérables, qui avaient fait donner à la maladie le nom d’igiiis sacer.
Cependant, il peut y avoir des prodromes, un peu de fièvre, de l’embarras gastrique, du malaise, de l’anorexie.
Les troubles de la santé générale sont réduits à leur plus simple expression ou manquent totalement.
Les symptômes sont purement objectifs, et, quand on a vu naître, évoluer et disparaître les plaques herpétiformes, on connaît toute la symptomatologie du zona infantile.
MM. Hardy, Fabre (de Commentry) avaient été frappés déjà de l’indolence du zona chez les enfants. La douleur, la névralgie, ont complètement manqué chez les petits sujets que j’ai observés ; chez quelquesuns, après dix ans surtout, j’ai bien remarqué des phénomènes douloureux, mais incomparablement moins durables que chez les adultes et chez les vieillards.
L’indolence quasi absolue, voilà qui fait la caractéristique du zona infantile.
L’éruption est tout, et je vais l’étudier.
Cette éruption procède par groupes irrégulièrement
arrondis ou ovalaires, disposés en demi-cercle quand le zona est thoracique, ou en bandes, en éventail, quand le zona occupe les membres ou la face.
A la face, le zona siège dans le domaine du trijumeau, le seul nerf crânien muni de ganglion ; le zona ophthalmique, qui peut se compliquer de kératite sérieuse, est plus rare que le zona thoracique.
Chaque groupe est composé d’une plaque érythémateuse sur laquelle s’élèvent des vésicules herpétiformesen nombre variable.
Ces vésicules se touchent souvent, se confondent par leurs bords et forment des bulles plus ou moins grandesqui, d’abord claires, peuvent se troubler, devenir rougesou noires (zona hémorrhagique).
L’éruption ne respecte pas d’une façon absolue la ligne médiane, le sternum et la colonne vertébrale ; elle déborde un peu parfois sur le côté sain.
Tantôt, les vésicules sont très discrètes, les placards sont peu nombreux ou même uniques ; tantôt, ils sont contigus et forment une demi-zone sans intervalles de peau saine.
La pression des intervalles tégumentaires n’est pas douloureuse, elle est sentie; je n’ai relevé ni anesthésie ni hyperesthésie. Au bout de quatre à cinq jours, l’éruption se dessèche, les vésicules se flétrissent et font place à des croûtes. La dessiccation n’est pas complète en même temps partout, car tous les placards ne sont pascontemporains.
Quand les croûtes sont tombées, le zona atteste sa présence ancienne par des macules pigmentaires, quelquefois par du vitiligo ou même des cicatrices.
Il n’est pas rare de constater l’engorgement et 1 endolorissement des ganglions lymphatiques du voisinage.
Cette adénite disparaît sans laisser de traces; je n ai
ZONA, HERPÈS ZOSTER
'trailleurs pas eu l’occasion d’observer la moindre complication prochaine ou tardive. L’éruption guérie, tout était terminé, le retour à la santé se faisait d’emblée sans •convalescence, sans faiblesse ni anémie consécutives.
Sur 33 cas, le zona occupait 19 fois le côté gauche, 14 fois le côté droit. Le zona thoracique s’est montre ■dans près de la moitié des cas, soit 16 lois sur 33. J ai vu 8 fois le zona des membres, 5 fois celui de la face et •du cou, 4 fois le zona abdominal.
Deux fois j’ai vu une conjonctivite accompagner le ^ona du même côté que l’éruption.
Le pronostic du zona infantile est des plus bénins; la maladie n’ouvre la porte :|u’à de légères complications Inflammatoires (lymphangite, abcès) qu’on préviendra ■en protégeant l’éruption contre le grattage.
Diagnostic. — Le diagnostic est facile; la topographie •de l’éruption, la répartition des groupes herpétiques en demi-ceintures ou en traînées longitudinales, sur le frajet des nerfs, font immédiatement songer au zona.
Si l’éruption siège à la face, l’hésitation est permise ; on peut alors confondre le zona avec l’herpès fébrile. Celui-ci siège autour de la bouche, mais il peut aussi répandre ses groupes vésiculeux sur les joues, le front, les oreilles, le menton, etc.
Il coïncide souvent avec l’herpès buccal et guttural. J’ai vu un herpès zostéroïde de la joue gauche chez une fille' de treize ans, constitué par un placard unique de vingt éléments environ sur une base rouge ; cet herpès •apyrétique était récidivant (cinquième atteinte). On tiendra un grand compte de la fièvre, intense dans l’herpès, presque nulle dans le zona.
Traitement. — Le traitement est des plus simples : il consiste à protéger l’éruption contre les mains de l’enfant, trop porté à se gratter et à déchirer les
THAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE
vésicules. On saupoudrera le zona avec parties égales d’amidon et d’acide borique, on appliquera une bonne couche d ouate hydrophile et on ne lèvera le pansement qu’après quatre ou cinq jours. Alors, la dessiccation est commencée, et l’on peut traiter les croûtes par des applications de vaseline boriquée ou salolée. S’il y a un peu de fièvre, un peu d’embarras gastrique, on donnera un purgatif.