D. — TORTICOLIS SIMPLE
Le torticolis, maladie spasmodique, contracture des muscles du cou, appartient à la seconde enfance. Je n’étudierai que le torticolis simple du sterno-mastoïdien, dit encore a frigore ou rhumatismal.
Etiologie. — Cette maladie atteint surtout les enfants nerveux, impressionnables, les hystériques, les dégénérés. On le rencontre chez des sujets qui ont eu des convulsions dans l’enfance.
La frayeur, un refroidissement, peuvent en marquer le début.
Le froid donne lieu surtout au torticolis aigu ou rhumatismal.
On peut le voir apparaître au début des fièvres graves (Rilliet et Barthez), et je l’ai observé une fois dans la grippe. Il peut être intermittent et dériver de l’impaludisme.
Le torticolis chronique est plus commun chez les filles que chez les garçons.
11 peut être congénital, et Dielfenbach a vu cinq frères et sœurs qui en étaient atteints; chez tous, le torticolis siégeait à gauche.
Sur 64 observations, M. Guyon en cite 15 de congé-
TOliTICOLIS SIMPLE
nitales (l). On a incriminé les traumatismes obstétricaux, l’application du forceps, les tractions énergiques ; l’hématome du sterno-mastoïdien, consécutif à l’application du forceps est noté par Diefferibach et Stromeyer.
Mais cet hématome peut exister sans torticolis. Il faut, en elTet, que le nerf moteur soit sollicité.
On a vu le torticolis succéder à des accès convulsifs ; chez les enfants prédisposés, il peut être provoqué par une attitude vicieuse, contractée à l’école, ou par une maladie des yeux, un strabisme qui, en mettant l’enfant dans la nécessité d’incliner constamment la tête, finit par amener une rétraction durable du muscle sternomastoïdien (torticolis oculaire).
A l’occasion d’un mouvement brusque, d’un elfort violent, le torticolis peut apparaître subitement (torticolis spasmodique).
Anatomie pathologique. — Dans les rares autopsies qui aient été faites, on a trouvé le muscle sclérosé et fibreux dans les deux tiers, les trois quarts inférieurs ou dans sa totalité. Il paraissait raccourci, plus étroit, diminué dans sa largeur comme dans son épaisseur. Les vertèbres sont intactes, les vaisseaux peuvent présenter un rétrécissement de leur calibre, l’apophyse mastoïde est allongée, la clavicule plus incurvée que normalement. La lésion siège surtout à droite ; le chef sternal du muscle est plus atteint que le chef claviculaire. On manque de renseignements sur l’étaf <les nerfs.
Sgmptômes. — Dans la forme aiguë, le début est soudain ; l’enfant est pris, à la suite d’une course d’un elfort ou sans cause appréciable, d’une vive douleur, accompagnée parfois de fièvre, d’insommie, de sueurs'
(I) Dictionnaire Dechamore.
086 TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE
Quelquefois, ce n’est qu’au réveil qu’apparaît le torticolis.
La tête est inclinée sur le coté malade, le menton tourné du côté sain ; le cou est immobile et rigide, on arrache des cris à l’enfant quand on essaie de lui imprimer des mouvements. En palpant le cou, on sent une masse dure, formée par le sterno-mastoïdien raccourci.
Au bout de quelques jours, sept ou huit tout au plus, la maladie se termine par la cessation de la contractui-e musculaire. Mais le torticolis peut passer à la chronicité.
Dans le torticolis chronique, l’inclinaison s’exagère et s’accompagne de rotation ; l’oreille du côté malade tend à se rapprocher de l’épaule, le menton regardant l’épaule saine; la rotation est donc inverse de l’inclinaison. Une courbure de compensation s’établit dans les vertèbres cervico-dorsales. L’épaule du côté malade s’élève. Le sterno-mastoïdien fait relief, il est dur et tendu, et d’autant plus qu’on cherche à ramener la tête dans la rectitude. Du côté sain, le muscle paraît large et étalé. Tous les mouvements de la tête sont entravés.
A la longue, le crâne et la face du côté malade s’atrophient (Jules Guérin), le strabisme apparaît (Cuignet).
D’après Bouvier, la carotide externe serait diminuée (le calibre (1).
En somme, tout le côté malade se réduit à cause des entraves apportées à sa nutrition. La maladie marche lentement, mais progressivement, et l’on est obligé d’intervenir.
Je n’insiste pas sur la rétraction du peaucier du cou,
(I) Académie de médecine, 1831.
TORTlCüf.rS SIMPLE
(lu trapèze et sur les autres variétés de torticolis. Duchenne a bien étudié la contracture isolée du trapèze, Delore celle des muscles de la nuque (torticolis postérieur). Le torticolis spasmodique, le torticolis intermittent clonique et tonique, se traduisent par les mêmes déformations, mais elles sont passagères et curables médicalement.
Le pronostic est très variable, suivant toutes ces variétés. Bénin dans les formes aiguës, il l’est déjà moins dans les formes paroxystiques, et il est sérieux dans la forme chronique, qui impose une intervention chirurgicale.
Diagnostic. — Reconnaître un torticolis est chose facile; le rapporter à sa véritable cause ne l’est pas toujours. On examinera avec soin les vertèbres, le pharynx, pour éliminer le mal de Pott. On étudiera les ganglions, les abcès profonds, les tumeurs qui pourraient donner l’apparence du torticolis. Puis on concentrera son attention sur le muscle sterno-mastoïdien.
Traitement. — Après avoir essayé le massage, l’électricité faradique, galvanique, statique, les frictions sèches on alcooliques, les vésicatoires volants, on aura recours à la ténotomie, imaginée par Dupuytren (1822), pratiquée par Dielïenbach, etc.’ Après la section souscutanée du tendon, on appliquera un collier orthopédique, dit Minerve.
Morgan a préconisé la résection du nerf spinal (1861) ; sur sept cas, il y a eu cinq guérisons. L’élongation du nerf a donné un succès sur deux.
TRAITÉ DES MALADIES DE L’eNFANCE