‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 103 sur 145 · NÉVROSES · texte numérisé non relu

NÉVROSES

A. CONVULSIONS, ÉCLAMRSIE.

Les convulsions, ([ui ne sont liées ni à l’arémie ni à une lésion encéphalique, forment la principale névrose des enfants en bas àf^e.

Étiologie. — Avant d’énumérer les causes occasionnelles et accidentelles des convulsions éclamptiques, il faut faire une large part à la prédisposition innée on acquise.

• Il y a des familles décimées par les convulsions, et, quand on cherche l’originè de la maladie, on la trouve souvent dans une tare héréditaire, épilepsie, hystérie, alcoolisme, vésanies. J’ai vu une hystéro-épileptique qui avait perdu cinq enfants en bas âge dans les convulsions et ([ui me présentait un sixième enfant également atteint. Dans une autre famille dont le chef était mort d’alcoolisme, sur quinze enfants, trois seulement vécurent ; les douze autres sont morts, en bas âge, de convulsions.

L’hérédité neuro-])athologique, qui crée la prédisposition à l’éclampsie, domine l’histoire de cette névrose; si l’on ne perd pas de vue cette notion, on comprendra bien et la cause première des convulsions, et l’avenir ' réservé aux enfants qui en sont atteints. Parmi ceux

(;(IN\ ULSIONS', liCLAMI’SIl'J

qui survivenl, eu ell'et, l)eaiicoui) sont voués à l’épilepsic, à l’hyslérie, à l’aliénation mentale.

L’enfant, en dehors de toute inlluence héréditaire, est d’ailleurs ])rédisposé aux convulsions par le seul fait de l’excilabilité nerveuse qui appartient à son âge.

Chez les sujets prédisposés, la moindre cause })eut être suivie de convulsions, et cet état de convulsionna- Inlilé avait été souligné par Baumes.

L’âge propice aux convulsions est la })remière année de la vie; après deux ans, les convulsions essentielles deviennent rares. On a fait jouer â la dentition un très grand rôle dans la pathogénie des convulsions, et l’on a admis que toute irritation du Inbe digestif, depuis la bouche jusqu’à la terminaison de l’intestin, jjouvait se traduire par des convulsions réflexes chez les sujets ])rédisposés. Cela est vrai en principe et d’une laçon générale; les convulsions sont très communes chez les enfants atteints d’entérite, de diarrhée, de vomissements, de dilatation de l’estomac, chez ceux qui sont nourris au biberon; elles peuvent même se rencontrer chez les enfants au sein, quand la nourrice abuse des spiritueux.

Mais, pour le cas particulier de la dentition, je fais les l)lus expresses réserves ; les convulsions frappent la pluj)art des sujets avant la première dentition, avant six mois; le travail de la dentition est physiologique, et n’entraîne «[u’exceptionnellement de légers accidents ; pour ma part, je n’ai jamais vu de convulsions attribuables à la dentition ; et, chez tous les enfants éclampti(jues dont la dentition était incriminée par l’entourage, j’ai ordinairement pu trouver une autre cause plus vraisemblable (indigestion, gastro-entérite, etc.).

.l’admets cependant, et seulement par respect pour ro|)iiiion de quehjues maîtres autorisés, la possibilité

TnAITl:; DES MALADIES DE I, 'ENFANCE

Gao

«les convulsions dentaires chez des enfants prédisposés par l’hérédité nerveuse, (diez les enfants de cette catéfjjorie, toute cause d’excilalion, nicnie minime, un traumatisme, une contrariété, peiitaboutir aux convulsions. Les maladies aiguës (lièvres éruptives, pneumonie, etc.) peuvent s’annoncer par des convulsions.

Le sexe des sujets n’a pas d'influence et, en réalité, à l’âge de l’éclampsie infantile, il n’y a pas encore do sexe.

Les enfants affaiblis, nés avant terme, les avortons, sont prédisposés aux convulsions.

Toutes les causes qui entraînent la débilité et la cachexie (syphilis, athrepsie) sont de nature à provoquer les convulsions.

Le rachitisme est invoqué fréquemment par les auteurs; M. llénoch lui attribue la plupart des convulsions, Gee trouve 56 rachitiques sur 65 éclamptiques (1).

La proportion me parait forte, quoique la relation du rachitisme ou plutôt des troubles digestifs qui l’accompagnent avec les convulsions ne m’ait pas échappé.

Quant à Voccifmt mou ou cranio-labes, je l’ai observé maintes fois chez des enfants qui n’avaient pas de convulsions, et inversement.

Si, chez certains enfants, une émotion vive, la peur, la colère, peuvent être suivies de convulsions, il faut bien reconnaître que les convulsions réflexes ont pour point de départ une excitation périphérique plus souvent qu’une excitation cérébrale.

C’est ainsi qu’on a pu accuser une brûlure, une piqûre d’épingle, un vésicatoire, un sinapisme; du côté des muqueuses, on a vu les calculs rénaux, la rétention d’urine, le phimosis, les polypes du rectum, 1 iuvagina-

(I) St-BarUi. IJosp. Rép., 1867.

CONVULSIONS, UCLAMPSIE

tion inleslinale, les vers intestinaux, les corps étrangers des voies digestives, des oreilles, entraîner des convulsions. A signaler aussi rétranglement du testicule dans l’anneau.

Une intoxication, vapeur de charbon, peut donner <les convulsions (D’Espine).

Dans les maladies du tube digestil’ (constipation, diarrhée, dilatation de restoinac), les convulsions ne sont pas toujours réflexes; elles semblent résulter d une auto-intoxication, d’un empoisonnement. Cette explication se jirésente également pour les convulsions des maladies infectieuses. L’asphyxie, au contraire, nous rend compte des convulsions de la coqueluche, de la broncho-pneumonie, du croup.

Si je voulais passer en revue toutes les causes suscc[)tibles de donner des convulsions aux enfants, je signalerais les hémorrhagies abondantes, l’urémie scarlatineuse, les maladies cérébro-spinales (méningites, tubercules, hydrocéphalie, kystes, abcès du cerveau, tumeurs, hémorrhagies méningées, sclérose cérébrale, paralysie infantile, etc.).

Mais, quelle que soit la variété et la multiplicité des causes de convulsions, on peut les ranger sous trois chefs principaux : \°idiopallii(iues ; 2“ réflexes; 3° toxiques.

Toutes les excitations, pour produire les convulsions, doivent aboutir au pont de Varole (centre convulsif de Nothnagel) ; ce centre est proche du centre vaso-moteur, situé dans le bulbe.

Chez l’adulte, les convulsions vraies, non symptomatiques, sont très rares, parce que le pouvoir modérateur du cerveau est prédominant; chez le jeune enfant, ce pouvoir modérateur fait défaut ou est insuffisant et les influences convulsivantes agissent sans contrepoids.

TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNEANCE

Symptômes. — Les convulsions surviciincnl suhilemonl, soit en pleine santé, soit clans le cours d’états morbides variés. Tout à coup, les yeux de Tenfant deviennent fixes, puis se tournent en haut, à moitié cachés par les paupières, cjui ne laissent voir cjue le blanc sclérotical. Les globes oculaires sont souvent agités de mouvements saccadés dans le sens horizontal ou vertical; ils peuvent diverger (strabisme).

La pupille est dilatée ou contractée.

La lace, d’abord pâle, devient grimaçante, les commissures sont tirées en dehors et secouées à chaejuc instant avec un bruit particulier produit par l’entrée de l’air, une salive mousseuse humecte les lèvres et, cjuand l’enfant a des dents, cette écume peut être sanguinolente (morsure de la langue).

Parfois, la mâchoire inférieure est contractée (trismus) et les dents grincent.

La tête est renversée en arrière, parfois avec rotation latérale; il y a raideur de la nuc]ue.

Les doigts se fléchissent sur la main, le pouce dans la ]ironation; le poignet passe alternativement de la pronation à la supination et les avant-bras sont agités de secousses rapides. Les membres inférieurs sont raides.

Les mouvements prédominent quelquefois d’un coté; l’émission involontaire des urines et des matières est rare.

Cet état de convulsion tonique s’accompagne de i)erte complète de la connaissance et de la sensibilité cutanée.

La face, qui était pâle au début, ne tarde pas à devenir rouge, violacée, imbibée de sueur, par suite de la gêne respiratoire qu’entraine l’état convulsif.

La tête est chaude, les extrémités sont froides.

La respiration est bruyante ou même stertoreuse, le pouls très rapide.

Les convulsions peuvent être toniques ou cloniques; dans les grandes attaques, elles commencent par la tonicité pour finir par la clonicité.

Quand les convulsions sont partielles et limitées à une moitié du corps, à un membre, à la face, aux yeux, il n’y a ni écume à la bouche, ni fatalement perte de connaissance.

Si les convulsions sont généralement soudaines et imprévues, quelques auteurs, Brachet, Rillietet Barthez, ont observé parfois des symptômes prodromiques : insomnie nocturne, assoupissement diurne, irascibilité, pouls vibrant.

Les convulsions laissent à leur suite de la somnolence, de la mydriase, de la fixité dn regard, un état comateux. S’il persistait une contracture, une paralysie, on soupçonnerait quelque lésion des centres nerveux.

La durée d’une convulsion est courte; elle est de une à cinq minutes, mais elle peut se répéter coup sur coup, à intervalles plus ou moins longs. Il peut y avoir cinq, dix, vingt accès par jour ; ces accès peuvent être subintrants, formant un véritable état de mal convulsif qui peut durer plusieurs jours.

Les convulsions initiales des maladies aiguës sont ordinairement uniques. Celles des lésions cérébrales sont multiples. La mort peut résulter d’un seul accès ou d une série d’accès ; elle est à redouter quand les accès sont très violents et très rapprochés.

Diagnostic. — L’épilepsie a de grandes analogies avec 1 éclampsie, et, d’ailleurs, on voit des enfants qui entrent dans l’épilepsie par cette porte. Cependant, en présence d’un enfant atteint de convulsions, on n’est pas autorise a piononcer d emblée le mot d’épilepsie' ce n est que dans la seconde enfance qu’on pourra le faire. On tiendra compte, non seulement de l’âge, mais

TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE

du retour des accès, du stertor qui les accompagne, de la santé antérieure et des causes provocatrices.

En présence d’un accès convulsiT, il n’est pas loujourb lacile de icinonter a la cause. Si l’cnlant a moins de deux ans, s’il n’a ni fièvre, ni albuminurie, s’il entre facilement en convulsion, s’il est issu de parents névropathes, on admettra l’existence de l’éclampsie essentielle ou idiopathique, liée au tempérament de l’individu, et curable.

S’il existe une cause d’excitation externe ou interne, un traumatisme cutané, une entérite, des vers intesti- ■ nau.x, on pourra admettre la convulsion réflexe, et le diagnostic s’affirmera si le traitement de la cause présumée fait cesser les convulsions.

Les convulsions toxiques, celles qui sont liées à un mauvais régime, à l’usage des aliments grossiers, trop épicés, trop irritants (alcool, café), devront disparaître par le retour à un régime approprié et par l’antisepsie intestinale.

On soupçonnera une lésion encéphalique si les convulsions SC répètent, si elles alternent avec des paralysies, si elles s’accompagnent de vomissements et de constipation, etc.

Les convulsions initiales des maladies aiguës se reconnaissent à l’existence de la fièvre et à l’apparition prochaine de symptômes révélateurs de ces maladies (éruptions, signes stéthoscopiques).

Fronostic. — Quand les convulsions sont légères, non suivies de stertor, on peut porter un pronostic favorable. Il n’en est pas de même si elles se répètent avec intensité. Plus l’enfant est âgé, plus la signification des convulsions se précise ; un petit enfant entre facilement en convulsion ; il faut une cause sérieuse pour , donner des convulsions dans la seconde enfance.

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