CHORÉE DE SYDENHAM, DANSE DE SAINT-GUY
Il y a, en un mot, une véritable folie musculaire, qui peut être générale ou limitée à un côté, ou prédominante dans ce coté.
Cette localisation prédominante affecte surtout le côté gauche (hémichorée). Sur 273 cas, Rilliet et Barthez comptent 168 chorées bilatérales, 27 prédominant à gauche, 23 prédominant à droite, 29 limitées à droite, 26 à gauche. La chorée peut être partielle, monoplégique ou croisée. Tous les degrés d’intensité se rencontrent.
Dans les cas légers, et ils sont très nombreux, les enfants peuvent marcher et se servir de leurs mains ; tout se borne à quelques grimaces involontaires, à quelques secousses des bras ou des épaules; quand l’enfant se sent observé, ces mouvements s’exagèrent jiar l’émotivité.
Dans les cas graves, les chutes sont fréquentes et la marche peut devenir impossible; l’enfant reste couché, et alors il peut continuer à frapper avec violence sur son lit et sur les murs, au point de se blesser, de s’écorcher.
L’agitation cesse par le sommeil, et, à l’exemple de M. Joffroy, il faut savoir provoquer ce sommeil (narcotiques) quand il fait défaut.
Les réflexes tendineux, la contractilité électrique, sont conservés, sinon exagérés. En général, les muscles volontaires sont seuls atteints ; mais le diaphragme, les muscles de la glotte peuvent être pris (hoquet, aboiements involontaires). Le cœur lui-même participe parfois à l’agitation générale (palpitations, souflle anémo-spasmodique) .
L’agitation convulsive n’est pas le seul mode des troubles moteurs de la chorée ; la paralysie véritable, la chorée molle (lymp chorea de Wilks, Gowers), peu
TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNEANCE
précéder, accompagner ou suivre les mouvemenls désordonnés. Dans cette forme, bien étudiée par Ollive (1), on voit l’enfant traîner une jambe ou laisser pendre un bras.
Parfois, c’est une véritable paraplégie qui l’empêche de se tenir debout. Les muscles sont flasques, tantôt paralysés complètement, tantôt seulement parésiés ; les paralysies sont temporaires, guérissent toujours et n’aggravent en rien le pronostic de la chorée.
La chorée molle, quoiqu’en disent MM. Picot et d’Espine, ne m’a pas paru plus souvent rhumatismale que la chorée vulgaire. Les troubles de la sensibilité sont variés, mais inconstants; l’hémi-anesthésie sensitive et sensorielle existe, mais elle est très rare dans la chorée de Sydenham ; l’anesthésie pharyngée est beaucoup plus commune. On trouve aussi parfois de l’anesthésie par places et des points douloureux le long de la colonne vertébrale. Marie a rencontré l’ovarialgie. Les choréiques se [baignent souvent de douleurs osseuses ou articulaires, qui peuvent être rhumatismales, mais qui sont souvent nerveuses ou de croissance.
J’ai vu, assez souvent, l’association de la chorée avec l’incontinence nocturne d’urine, soit chez le même sujet, soit dans la même famille.
Les troubles psychiques sont, pour ainsi dire, constants. La véritaoietolie choréique (hallucinations, délire, mutisme, lypémanie, tendance au suicide) est rare (2). Marcé l’avait observf^e et il avait remarque que le' choréique était spectateur de son délire comme l’alcoo-
(1) Thèse de Paris, 1883.
(2) U as de Régis [Journal de médecine de Bordeaux, 20 juillet 1890].
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lique (l). Ce qui est plus fréquent, c’est l’inégalité d’humeur, le défant d’attention, la paresse intellectuelle, l’alfaiblisseinent de la mémoire.
West a vu l’aphasie dans un cas.
La chorée, à moins qu’elle ne soit très grave, ne trouble pas profondément la nutrition, elle ne donne pas de fièvre, l’appétit est conservé, les digestions sont suffisantes.
Mais, dans les formes intenses, l’amaigrissement et la cachexie sont à craindre.
L’anémie est une complication fréquente de la chorée, qu’elle précède souvent, et à laquelle elle survit. Cette anémie peut se traduire par un souffle de la base du cœur, avec propagation aux vaisseaux du cou.
Le cœur est souvent touché par la chorée ; sans parler des palpitations, il y a des péricardites et des endocardites qui surviennent dans le cours ou ù, la suite de la choi’ée, sans intervention rhumatismale quelconque. Il est possible que ces endo-péricarditcs soient infectieuses.
La pleurésie est beaucoup plus rare que les complicalions cardiaques. Les chorées graves s’accompagnent parfois d’eschares cutanées, d’abcès, d’ulcères, d’érysipèles, complications purement accidentelles et traumatiques, qui ne tiennent pas à l’essence de la maladie.
La durée de la chorée n’est pas en rapport avec l’intensité des cas, elle est généralement longue (trois mois en moyenne).
Un bon traitement peut réduire la durée à cinq ou six semaines, mais les récidives sont à redouter ; elles sont d’ailleurs plus fréquentes chez les filles que chez les garçons | sur 8o récidives, Rilliet et Barthez ont trouvé 77 filles.
(t) Académie do médecine, 18G9.
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La chorée guérit presque toujours,- mais il faut compter avec les complications (cardites, rhumatisme) qui assombrissent le pronostic.
Quoiqu’on ait exagéré beaucoup, suivant moi, les relations de la chorée avec le rhumatisme, je n’en suis pas moins réservé sur l’avenir des choréiques guéris' en apparence, mais exposés à l’endocardite. Enfin, la chorée atteste une tare nerveuse qui n’est pas à dédaigner.
Diagnostic. — Le diagnostic de la chorée est généralement facile; la chorée hystérique est rythmique, la chorée de Sydenham est désordonnée.
La chorée épidémique du Moyeu âge [chorea major) est une névrose disparue aujourd’hui, qui n’a rien à voir avec la chorée de croissance.
L’hémichorée post-hémiplégique et l’athétose restent localisées dans les mêmes muscles et durent indéfiniment; elles s’accompagnent de contracture.
La sclérose en plaques se distingue par ce fait que les mouvements désordonnés n’apparaissent qu’à l’occasion des mouvements voulus.
Los chorées électriques, vibratoires, saltatoires, sont caractérisées par des mouvements saccadés, analogues à des décharges électriques, qui les distinguent aisément de la chorée de Sydenham.
La maladie étant reconnue, il faut rechercher son origine, rhumatismale ou nerveuse, étudier les stigmates dont le sujet est porteur, s'informer des antécédents héréditaires et collatéraux (maladies nerveuses) afin de classer la chorée dans le groupe morbide qui est le sien.
Traitement. — : A titre de prophylaxie, on isolera les choréiques, afin d’éviter aux autres enfants les dangers de la contagion nerveuse. D’ailleurs, l’isolement sera
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d’im bon elfet moral sur le choréique lui-même, que les railleries de ses camarades, les ré])rimandes de se^ maîtres iie font qu’exciter et aggraver. Plus d’école, plus de lecture, plus d’écriture. Repos du cerveau et du système nerveux; pas de réprimandes, liberté absolue.
Si le cas est très grave, si le repos au lit est indispensable, on protégera les membres agités de l’enfant par un capitonnage soigné.
Aux cas légers suflisent la gymnastique suédoise ou les mouvements rythmés, l’hydrothérapie, la vie au grand air, les toniques et ferrugineux.
Dans les cas intenses, on aura recours à quelques médicaments dont les elï'ets sont éprouvés. L’antipyrine est du nombre, à la dose de 2 à 3 grammes par jour; elle abrège la durée de certaines chorées et elle atténue leur violence.
Le bromure de potassium (1, 2, 4 grammes, suivant l’âge des enfants) soulagera bon nombre de choréiques. Les pulvérisations d’éther sur la colonne vertébrale ont joui autrefois d’une certaine réputation. L’arsenic (liqueur de Boudin à 1/1000) donné aux enfants un peu grands, à doses croissantes (10, 15, 20, 25 grammes), est très efücace. West conseille le sulfate de zinc (10, 15, 20, 30, 50 centigrammes par jour). M. Voisin s’est bien trouvé de l’o.xyde de zinc (20 centigrammes) et de l’extrait de valériane, qu’on peut donner jusqu’à 5 ou 0 grammes. Le tartre stibié, qui avait réussi à Cdllette, est abandonné aujourd’hui. L’emploi du sulfate de strychnine, de l’ésérine, du chlorhydrate d’hyoscine (Magnan, 1 à 2 milligrammes en injection, solution à l/50j doit être très surveillé.
M. Jollroy emploie le drap mouillé et le chloral pour laire dormir profondément et longuement ses malades.
L’opium, le chloroforme, peuvent être donnés dans le même but.
Les bains sulfureux, les douches froides, le massage, l’électrotliérapie (courants induits et continus), pnt été également employés avec plus ou moins de succès, suivant les cas.
De même, la suggestion, les aimants, etc.
Avant de traiter un choréique, il faut s’assurer qu’il n’a pas de complication viscérale, pas d’endocardite, pas de péricardite ; l’hydrothérapie, dans ces cas, pourrait être contre-indiquée.
Quoique M. Germain Sée conseille le salicylate de soude pour les chorées rhumatismales, ce médicament est absolument impuissant contre la chorée de Sydenham, de quelque origine qu’elle soit.