ORGANES DES SENS
Je décrirai, dans celte section, non pas toutes les maladies des organes des sens, ce serait empiéter sur le domaine des spécialistes, mais seulement quelques affections des oreilles et des yeux qui se présentent avec une telle fréquence que tout médecin doit être 1 apte à les soigner. •'
A. — OTITES ET OTORRHÉES. ^
L’inflammation de l’oreille peut occuper le conduit auditif externe (otite externe) ou la caisse du tympan (otite moyenne).
1“ h’otite externe se présente assez souvent chez les ^ enfants du premier âge, chez les nourrissons, souvent sans cause occasionnelle appréciable. L’enfant devient tout à coup triste, criard ; il pleure sans cesse, il refuse le sein ou le demande trop souvent, quelquefois même il vomit. Il perd le sommeil, il présente tous les signes de l’agitation et de la souffrance. On cherche de tous côtés la cause de ce malaise indélinissable, quand , apparaît un écoulement d’oreille, qui donne le signal
OTITES ET OTOniuÎÉES
de l’apaisement et de la guérison. Tous les sj-mptômes, en eiïel. étaient dus à la formation d’un petit abcès dans le conduit auditif externe. Les médecins, gui ont 1 expérience de cette petite maladie, ne manquent pas d’explorer les oreilles et ils découvrent souvent une tuméfaction arrondie qui proémine dans le calibre de l’oreille. Si cet abcès tarde à s’ouvrir, on doit l’inciser avec la pointe d’un bistouri ou d’une lancette, et on constate alors l’écoulement d’un pus épais et de bonne nature.
Quelques injections d’eau boriquée tiède, un poudrage au salol, assurent promptement la guérison.
2“ Voûte moyenne est autrement- sérieuse, car elle intéresse les parties essentielles de- la fonction auditive.
Étiologie. — Elle est d’une fréquence extrême à toutes les périodes de l’enfance, elle se rencontre même chez les nouveau-nés. Une cause extérieure, un bouchon de cérumen, un corps étranger, la propagation d’un eczéma ou d’un impétigo du pavillon auriculaire, peuvent bien provoquer l’otite moyenne, mais cela est rare, à cause de la barrière tympanique qui protège l’oreille moyenne contre l’extérieur. Mais, si l’oreille moyenne est fermée au dehors par une membrane imperméable, elle s’ouvre largement au dedans, par la trompe d’Eustache, dans un carrefour qui peut recéler des microbes pathogènes. En fait, on voit les inflammations de la gorge et de l’arrière-cavité des fosses nasales se propager avec une déplorable facilité à la trompe et à la caisse, et l’otite moyenne est une complication habituelle des angines de toute nature, simples, spécifiques, aiguës, chroniques, etc. Un simple catarrhe naso-pharyngien peut donner lieu à l’otite moyenne, comme une angine scarlatineuse, morbil- Içuse, grippale, typhoïde, etc.
TRAITÉ DES MALADIES DE l’e.NFANCE
L’otite moyenne peut être aiguë ou chronique; parmi les causes d’otite chronique, il faut signaler les végétations adénoïdes du pharynx nasal. Enfin, toutes les otites aiguës, spécifiques ou non spécifiques, peuvent passer à l’état chronique.
L’otite moyenne aiguë, Netter l’a bien montré (1), n est pas une maladie unique, due toujours au même micro-organisme. Il y a plusieurs espèces d’otites, ayant chacune un microbe particulier. On peut, dès maintenant, distinguer quatre espèces : 1“ l’otite à streptocoques; 2" l’otite à pneumocoques; 3“ l’otite à bacille de Friedlander ; 4“ l’otite à staphylocoques. Dans l’otite chronique, qui devient souvent fétide, on trouve les organismes de la putréfaction et parfois le bacille de Koch.
L’otite à streptocoques semble être la plus fréquente des otites aiguës ; elle est tantôt primitive (on trouve, en effet, des streptocoques dans la gorge des sujets sains), tantôt secondaire à la fièvre typhoïde, à la rougeole, à la scarlatine, à la diphthérie ; elle est uni ou bilatérale.
L’otite à pneumocoques peut être également primitive (Zaufal, Netter), ou secondaire à la pneumonie, à la grippe, etc.
Les otites à bacille de Friedlander et à staphylocoques sont plus rares. Toutes ces otites sont dues à l’introduction par la trompe de microbes qui viennent de la gorge (maladies générales à déterminations pharyngées). La présence de ces micro-organismes dans les fosses nasales, dans la gorge (on les trouve chez beaucoup de sujets sains) n’est pas fatalement suivie d’otite ; il faut que leur virulence soit exaltée et que la résis-
(1) Annales des maladies de l'oreille et du larynx, octobre 1888,
OTITES ET OTORRIIÉES
tance du sujet soit amoindrie; ce double effet est obtenu par l’intervention des maladies infectieuses. L’arrivée des microbes par la voie sanguine ou lymphatique est exceptionnelle et l’otite métastatique est une rareté.
Dans tous les cas, les microbes pathogènes indiqués plus haut sont la cause même des otites et de toutes leurs complications.
Symptômes. — Le début peut être insidieux, l’écoulement de pus par l’oreille externe apparaissant comme le premier symptôme.
Ce début, ordinaire chez les nouveau-nés et chez les nourrissons, se rencontre également dans la seconde enfance. Mais l’otorrhée est souvent précédée d’une phase de douleurs, annoncée par des cris, par de l’agitation, même par des convulsions. Les enfants un peu grands indiquent le siège des douleurs, qui s’irradient, dans quelques cas, à toute la tête et s’accompagnent do vertiges, de sifflements, de bourdonnements insurmontables. En même temps, il y a un état fébrile, la langue est saburrale et les vomissements s’observent assez souvent.
A cette phase très douloureuse, qui dure plus on moins, suivant les cas (un, deux, trois jours), succède une détente qui coïncide avec la perforation du tympan et l’écoulement au dehors d’un liquide d’abord sanieux, puis purulent. Cet écoulement est éphémère ou durable.
Après quelques jours, une semaine dans les cas favorables (otite grippale par exemple), l’écoulement se tarit et la guérison est obtenue. Cette terminaison rapide s’observe surtout dans les otites à pneumocoques.
L écoulement peut récidiver et passer à la chronicité (surtout dans les otites à streptocoques). Alors, la fétidité est commune. J’ai vu des écoulements persister des mois, des années, jusqu’à dix et quinze ans, avec
TUAITÉ UES MALADIES DE l’eNFAXCE
des rémissions et des intervalles plus ou moins longs d’assèchement. Quand l’otorrhée est devenue chronique, il est bien rare que l’ouïe ne soit pas gravement compromise ou définitivement perdue.
Parmi les complications, il faut citer l’abcès mastoïdien, la suppuration des cellules mastoïdiennes, la méningite, l’abcès du cerveau, l’infection purulente.
Dans les formes chroniques, dans l’otite tuberculeuse en particulier, on observe la carie du rocher et consécutivement la paralysie faciale, la thrombose des sinus, etc. Ces complications, quoique rares, assombrissent singulièrement le pronostic des otorrhées anciennes.
Le pronostic est d’ailleurs variable suivant la cause de la maladie, la nature de l’écoulement (examen bactériologique).
Enfin, l’examen otoscopique indiquera le degré des lésions anatomiques, l’épaississement du tympan, son opacité, sa perforation, la destruction oul’ankylose des osselets, etc. Il servira à la fois au diagnostic et au pronostic.
Traitement. — Il faut autant que possible, dans toutes les maladies à déterminations pharyngées, c’est-à-dire dans toutes les fièvres éruptives et autres, prévenir la formation des otites en assurant l’asepsie de l’arrièregorge et des fosses nasales. Pour cela, on prescrira des irrigations nasales boriquées tièdes, des gargarismes ou des attouchements du pharynx avec des solutions saturées d’acide borique,, des insufflations d’acide borique en poudre, de salol, etc.
En présence de douleurs auriculaires vives, on sera conduit parfois à perforer le tympan, à trépaner 1 apophyse mastoïde, etc. Quand l’otorrhée sera constituée, on se hâtera de la traiter par des irrigations tièdes d’acide
Ol'HTHALMIES
borique à 4 pour 100, ou de sublimé à 1 pour 1000. Ces injections, faites tous les jours ou tous les deux jours, seront suivies de l’insufflation, dans le conduit auditif, d’acide borique en poudre ou de naphtol.
C’est ce dernier topique que j’emploie actuellement à mon dispensaire.
Après le poudrage du conduit auditif, on met un tampon d’ouate hydrophile, qu’on enlève à la prochaine irrigation.
Dans les formes chroniques, chez les enfants scrofuleux ou tuberculeux, on conseillera l’huile de morue, le sirop d’iodure de fer, le changement d’air (séjour à* la mer, à la campagne).
B. — OPIITIIALMIES.
Au point de vue général, qui est le mien, on peut distinguer deux catégories d’ophthalmies infantiles : celles des nouveau-nés et celles des enfants plus âgés.
1“ Oplithalmies des nouveau-nés.
Etiologie. — La conjonctivite des nouveau-nés résulte de l’inoculation des sécrétions vaginales, au passage de la tête, dans la majorité des cas ; elle peut aussi résulter de la contagion d’enfant à enfant, dans les crèches et les maternités.
La contagion par les organes maternels est directe, les cils s’imprègnent de matière virulente, et, quand l’enfant ouvre les yeux, à la naissance, le virus attaque la conjonctive. Il n’est pas nécessaire que l’accouchée ait une blennorrhagie véritable pour donner l’ophthalmie à son enfantj une leucorrhée simple en apparence
TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE
(les flueiirs blanches) peut avoir le même ellet ; mais^ suivant l’intensité et la virulence variable de l’écoulement vaginal, la conjonctivite des nouvêau-nés présentera des degrés nombreux d’intensité et de gravité.
Quand l’inoculation s’est faite au passage, la conjonctivite se déclare dès les premiers jours de la naissance ; si elle ne se développe qu’après le cinquième jour, on doit admettre que l’infection s’est faite après la naissance, par des linges, des éponges ou par les crevasses et abcès du sein, etc. Cette forme est généralement plus bénigne que les autres ; plus l’ophthalmie est précoce, plus elle est grave.
On a remarqué que les enfants chétifs, petits, nés ' avant terme, étaient plus exposés à l’ophtbalmie, et à I l’ophthalmie grave, que les enfants robustes.
L’agent virulent paraît être le gonocoque de Neisser.
Symptômes. — On doit distinguer au moins deux variétés cliniques d’ophthalmie des nouveau-nés : une i forme légère, une forme grave. ,
La première, survenant tard (à la fin de la première semaine on dans la seconde), présente les caractères d’une inflammation simple ; la conjonctive est rouge et sécrète un muco-pus floconneux qui flotte dans le champ pupillaire et unit lâchement les paupières entre elles. Quelques irrigations boriquées tièdes suffisent <à la guérison.
Mais la maladie peut rechuter ou récidiver et même devenir chronique chez les enfants chétifs et malingres.
Elle est uni ou bilatérale, suivant les cas.
La deuxième forme, plus grave, débute dans les trois premiers jours de la vie ; elle peut débuter par un léger catarrhe, comme la précédente, mais elle ne tarde pas à devenir purulente ; le pus est abondant, les paupières se gonflent et ne peuvent s’ouvrir spon-