LA SUETTE MILIAIRE
<lLiand on regarde obliquement les placards rouges des joues et les taches morbilliformes du menton, on aperçoit de petits points miliaires qui donnent, au toucher, une sensation d’àpreté et de rugosité. L’exanthème est donc grenu et les taches du corps comme celles de la face sont partout hérissées de petites saillies papuleuses.
Toutes les surfaces sont moites ou ruisselantes de sueur; les épistaxis se répètent, la constipation est hahiluelle. Dès le second jour de l’éruption, l’aspect granité primitif a fait place à de véritables vésicules miliaires. En même temps, dans quelques cas, l’éruption est devenue conlluente et des nappes scarlatiniformes remplacent les macules isolées du début. La desquamation est rapide, elle se fait non pas généralement en poussières .surfuracées, mais en collerettes, en lambeaux et, aux extrémités, en véritables doigts de gant; la langue est dépouillée dans son entier, comme à la suite de la scarlatine.
La fièvre est variable, elle peut être modérée (38‘‘), elle peut atteindre 40" et davantage, mais le danger n’est pas dans l’hyperthermie. Les symptômes inquiétants sont : des étoulTements paroxystiques sans lésion appréciable, une sensation de barre épigastrique, des palpitations, de l’ataxie et du délire.
Si la miliaire est un élément caractéristique de l’éruption, il faut bien reconnaître que l’exanthème qui lui sert de fond est très variable d’un malade à un autre, et, chez le môme malade, d’un jour à un autre. Outre l’exanthème rnbéoliforme et l’exanthème scarlatiniforme^ y U un exanthème hémorrhagique et purpurique.
Le voile du palais est souvent couvert d’un piqueté rouge et la gorge est également rouge.
Il peut y avoir plusieurs poussées, annoncées par un
TliAITK DES MALADIES DE L’E^•FA^■CE
redoublement dans la fièvre et les phénomènes généraux; on a observé également de véritables rechutes.
Quand l’efflorescence est accomplie, on constate une détente dans les symptômes réactionnels ; la fièvre, les sueurs, l’agitation, diminuent; le pouls se ralentit parfois au-dessous du taux physiologique.
L’auscultation révèle souvent, à cette période, des râles sonores et humides, disséminés; à côté des épistaxis, on a signalé quelques cas d’hémorrhagies intestinales. La convalescence est pénible et longue, même dans les cas bénins et de courte durée ; la maladie dure une semaine en moyenne, la convalescence dépasse trois et quatre semaines. Les enfants restent pâles et anémiques pendant quelque temps.
Le pronostic est en général bénin et la guérison est la règle; mais la mort survient encore trop fréquemment, elle peut être rapide (deuxième ou troisième jour) ; les cadavres se décomposent avec une extrême rapidité. Quand l’éruption est â son déclin, le danger semble conjuré, mais il faut se défier d’une rechute qui peut remettre tout en question. Il faut avouer, d’ailleurs, que la suette des enfants est beaucoup plus bénigne que la suette des adultes.
Diagnostic. — C’est surtout pour la suette infantile que le diagnostic olfre des difficultés ; dans quelques cas (et ces cas ont été très nombreux en 1887), la suette miliaire prend le masque de la rougeole par ses prodromes (coryza, toux, larmoiement) et par son exanthème (taches morbilliformes). Mais on remarquera que ces prodromes sont courts (un ou deux jours), que les taches rouges sont surmontées de miliaire, qu’il y a des sueurs, des étouffements, des vomissements. La desquamation par lambeaux étendus permet encore d’écarter l’idée de rougeole. Enfin, la suette frappe des
LA SUETTE MILIAIHE
enfanls attcinls aiitéricuremenl: de rougeole légitime.
L’apparence scarlatiniforme de l’exanthème, le dépouillement de la langue, pourraient faire songer aussi à la scarlatine ; mais il manque à ce tableau l’invasion, l’angine spéciale et l’évolution ultérieure. D’autre part, les caractères épidémiologiques sont là })Our lever les doutes qui pourraient subsister.
Thaitement et luioruYLAXiE. — Ne connaissant pas l’origine et la pathogénie de la maladie, nous ne pouvons faire qn’un traitement hygiénique, palliatif, qu’il est superflu d’e.xposerà nouveau; on traitera les enfants atteints de suette miliaire comme les enfants atteints de rougeole.
La prophylaxie re})Ose sur risolement des malades et sur la désinfection des objets et des locaux contaminés; l’isolement d’un enfant atteint de suette aura la même durée que celui d’un enfant atteint de rougeole. Quinze jours, comptés à jiartir de l’invasion, me paraissent suffisants dans les deux cas. Dans l’épidémie dn Poitou, M. Brouardel faisait désinfecter les objets à l’aide de lessives au sulfate de cuivre ou mieux à l’aide de l’étuve à vapeur. Les locaux peuvent être désinfectés par l’acide snlfureux.
TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNF’ANCE
impaludisme, fièvres intermittentes
L’infeclion palustre, exceptionnellement observée à Paris, n’épargne pas la population infantile des pays où elle prend naissance, et je dois indiquer l’aspect clinique qu’elle revêt dans le jeune âge.
Étiologie. — Si l’impaludisme est une maladie infectieuse et parasitaire, ce n’est pas une maladie transmissible par contagion d’un enfant malade à un enfani sain, quoique le sang des iialudiques puisse donner des inoculations positives. Elle résulte de l’absorption, par les voies respiratoires le i)lus souvent, des germes pathogènes que Laveran a rencontrés dans le sang des paludéens ; ces germes viennent du sol et l’impalu- ■disme est le type des maladies telluriques.
Ils ont la foiTue et la longueur moyenne d’un globule rouge du sang, ils sont garnis de filaments déliés, ou flagella, qui sont doués de mouvements rapides; à côté (le ces éléments caractéristiques, on jieut trouver des ■corps en croissant ou en rosace qui répondent à des jihases évolutives de ces parasites animaux qui onlreçu le nom ù.’ hématozoaires.
Ces parasites sont doués d’une grande légèreté, puis- (|ue l’infection palustre se transmet jirincipalement, et souvent à grande distance, par l’air atmosphérique.
L’enfance est aussi exposée que l’âge adulte à la malaria et, dans nos départements marécageux (Ain,
IMPALUDISME, FIÈVRES INTERMITTENTES
Loir-et-Cher, Landes), elle paie un lourd tribut à la maladie. On a vu des enfants naître avec une grosse rate, un gros foie et tous les stigmates de la cachexie palustre, quand les mères souffraient elles-mêmes de cette cachexie.
Symptômes. — Dans la seconde enfance, la fièvre des marais offre les mêmes caractères qu’à l’âge adulte, et il est inutile de refaire une description qu’on trouvera partout. Chez les nouveau-nés et les nourrissons, au <-ontraire, le tableau morbide présente des traits spéciaux qu’il faut bien connaître pour éviter les erreurs ■de diagnostic.
Il ne faut pas s’attendre à rencontrer, chez les jeunes sujets, les phases classiques de l’accès de fièvre intermittente. La fièATe est tantôt larvée, tantôt effacée dans son expression clinique : il n’y a ni frissons prolongés, ni sueurs profuses succédant à un stade de chaleur. On note seulement un certain degré d’abattement, avec cyanose de la face, refroidissement des extrémités (mains, pieds, oreilles, nez). Le thermomètre placé dans le rectum révèle alors une température de 39“, 40", 40",5 ; au bout d’une heure ou deux, l’enfant présente de la moiteur et l’accès se passe pour revenir le lendemain à la môme heure et les jours suivants. Oiielques enfants présentent des convulsions, des vomissements, du délire, d’autres ont des épistaxis, <iuelques-uns de la diarrhée.
Les types tierce et quarte sont rarement observés, souvent même la fièvre est plu.tôt rémittente que fran- •chement intermittente. J’ai vu un enfant de quinze mois dont les accès revenaient tous les huit jours; cet enfant habitait Paris, dans une rue voisine du canal Saint-Martin. Le parc Monceau a été cité comme un -autre foyer d’impaludisme.
TnAITÉ uns M.VLAUinS un i/enfancic
La dyspnée, sans phéiioinènes sléLlioscopiqucs, accompagne d’ordinaire les accès fébriles ; la rate est grosse dans tous les cas, son Aolmne n’est pas toujours facile à ap[)récier.
La fièvre est larvée quand elle prend le masque d’une aidre affection à caractère plus ou moins intermittent; chez les enfants, l’entérite cholériforme et la bronchopneumonie sont les deux principales expressions de cette intoxication larvée; en l’absence de toute cause pouvant expliquer ces maladies et grâce à la notion du milieu, on soupçonnera le j)oison tellurique et la médication quinique viendra Irancher la question dans les cas douteux.
Les petits enfants sont exposés, comme les grandes personnes, aux accidents pernicieux de l’impaludisme ; chez eux, on observe surtout la forme soporeuse ou comateuse, qui peut être mortelle dès le premier accès; la forme dysentérique a été signalée. M. J. Simon raj)porte des cas de bronchite, de torticolis, de dyspnée avec cornage, de selles sanglantes, à caractère périodique, guéris par la quinine {Itevue des maladies de l’enfance J 1883).
Les enfants, toujours moins résistants que les adultes, tombent rapidement dans la cachexie, quand la fièvre intermittente est méconnue ou quand elle n’est pas traitée avec promptitude et énergie.
L’amaigrissement, la pâleur terreuse du visage, l'anorexie, la diarrhée, le gonllement du ventre (gros foie, grosse rate), l’oedème des jambes, traduisent cette cachexie palustre.
Diagnostic. — Le diagnostic de la fièvre intermittente est toujours difficile chez les enfants à la mamelle ; si les accès sont nocturnes au lieu d’èlre diurnes, les difficullés sont encore plus grandes. On accordera une
IMPALUÜISMK, FIKVRES IXTERMITTEiNTES
grande valeur à Valgidilé subite qui s’emjjare de l’enfant : pâleur de la face, excavation des yeux, refroidissement des extrémités digitales.
Enfin, on tiendra un grand compte de la notion étiologique ; dans les pays à fièvre palustre, tout enfant malade sera suspect et la quinine devra lui être administrée. L’enfant sera suspect encore s’il est né, s’il a vécu dans un pays à malaria, s’il y a séjourné longtemps, s’il n’a fait que le traverser. J. Simon a vu la fièvre palustre masquée par un torticolis intermittent ; il l’a vue ailleurs simuler la méningite et la fièvre typhoïde; pour faire le diagnostic dans ces cas difficiles, il faut s’entourer de tous les renseignements et scruter avec soin les antécédents des petits malades. Enfin, dans les cas douteux, il faut donner la quinine, qui, du même coup, pourra désigner et guérir le mal.
Pronostic. — • Le pronostic de l’infection palustre est très grave chez les enfants, d’autant plus grave que la maladie sera méconnue. La fièvre intermittente prend volontiers chez eux le caractère pernicieux ; d’autre part, les rechutes sont fréquentes et les rappeh de fièvre intermittente, guérie en apparence, sont à craindre pendant des mois et des années, malgré le traitement, malgré les voyages à longue distance. L’anémie profonde qui succède aux accès est également très tenace et exige un long traitement.
Traitement. — Dès que la fièvre intermittente sera reconnue ou même soupçonnée, on prescrira le sulfate de quinine : 15, 20, ,50 centigrammes, en deux ou trois prises, dans du miel, de la confiture, du sirop, seront administrés par la bouche. Si l’enfant se refuse à l’ingestion du médicament, on ])eut le donner par le rectum ; on presci-ira un suppositoire, composé de 3 grammes de beurre de cacao et 20 eeiiligrammes de
(thlorhydralo de quinine; chez les enfants de deux à cinq on six ans, on peut donner le sulfate de quininedans le café sucré, ou même en cachets; on peut remplacer le sulfate par le bromhydrate de quinine.
S’il y a urgence (accès pernicieux), on fera avec la seringue de Pravaz, dans le tissu cellulaire sous-cutané <le l’abdomen, une injection de lactate de quinine, avec une solution contenant 20 centigrammes de sel pour 1 gramme d’eau distillée ; le chlorhydrate neutre d(' quinine sera employé aux mêmes doses.
On continuera l’administration de la quinine pendant plusieurs jours et on reprendra l’usage de ce précieux médicament au moindre retour morbide.
Pour combattre l’anémie et la cachexie palustre, on [jrescrira le sirop de quinquina, le sirop d’iodure de fer, l’arsenic (liqueur de Boudin, liqueur de Fowler, liqueur de Pearson), les bains de mer, l’hydrothérapie, ,1e changement d’air, l’ean de la Bourboule.