LA GRIPPE OU INFLUENZA
Les coraplicalions du côté de l’appareil respiratoire ont été exceptionnelles ; deux ou trois bronchites rebelles,, une broncho-pneumonie, c’est tout ce que j’ai observé de sérieux dans le cours de la grippe. Au contraire, l’anémie, l’amaigrissement, la perte des forces, l’anorexie, persistent longtemps après la guérison et rendent la convalescence longue, traînante, incertaine.
Parmi les accidents rares qui ont accompagné la grippe infantile, je mentionnerai un cas de fluxion articulaire tibio-tarsienne chez un garçon de quatorze ans et un cas d’ictère catarrhal chez une fille de six ans.
Marche, durée, tkrminaison. — Il faut distinguer plusieurs formes; pour ma part, j’en décrirai trois:
1“ Grippe ATTÉNUÉE ou abortive, influenza ambulatoria. — L’enfant est pris de nausées, d’anorexie, de fièvre, decéphalalgie ; mais ces symptômes ne l’obligent pas à prendre le lit, il continue à marcher, il traîne ainsi [lendant huit, dix, quinze jours ; tous les symptômes de la grippe existent, mais ils sont ébauchés. Cependant,, quand on prend la température de ces enfants, on constate, dans l’aisselle, 38° ou 38®, 5 ; j’ai relevé ce dernier chiflre chez un enfant iiarvenu au huitième jour de sa maladie; la durée de cette forme peut donc être aussi longue que celle des suivantes.
2® Grippe MOYENNE. — La durée de la période fébrile est de trois, quatre ou cinq jours; les enfants gardent le lit, sont abattus, incaiiables de se tenir debout ; les ]thénomèncs nerveux (céphalée, courbature, abattement) sont très prononcés; les troubles digestifs (vomissements, constipation, anorexie) sont des plus nets; la convalescence est lente et toujours plus longue que la période fébrile.
3® Grippe accompagnée ou compliquée. — Dans cette
ÏIÎAITK DES MALADIES DE l’E.NKANCE
l'onne, la com|)lieation fait loiilc la gravité de la maladie et commande le pronostic. L’otite moyenne avec jierforation du tympan, la conjonctivite, la bronchite et surtout la broncho-pneumonie sont les compli- <-ations les plus fréquentes et les jilus fâcheuses.
La terminaison de la grippe est presque toujours favorable chez les enfants, même chez ceux qui sont porteurs d’une autre maladie (coqueluche, bronchopneumonie, bronchite chronique, rachitisme) ; je n’ai (»as vu la grijipe })rendre des allures inquiétantes. Une fois même, chez un enfant ([ui toussait beaucoup et qui était convalescent d’une broncho-pneumonie double, j’ai vu l’intervention de la grippe faire cesser la toux et avoir une action favorable.
Les accès de coqueluche ne m’ont jias paru inlluencés par la grippe. Parmi les nombreux rachitiques soignés par moi, un seul a été mis (pielques jours en danger ]iar la grippe.
La durée de la période fébrile est de trois, quatre ou cinq jours; la convalescenciî est plus longue : elle est en moyenne de huit jours, elle jieut dépasser deux et trois semaines.
J’ai vu plusieurs enfants sortir de la grijijie alfaihlis, amaigris, anémiés (souille A'asculaire, pâleur de la face), dyspeptiques. L’anorexie j)ersiste longtemps et les digestions sont lentes et pénibles, on voit que l’estomac a été sérieusement touché.
Pronostic. — Somme toute, le pronostic n’est pas grave chez les enfants ; on l’a bien vu à Paris, dans l’épidémie de 1889-1890; au point do vue do la morbidité, pou de différence suivant les âges : presque autant d’enfants malades ((ue d’adultes et do vieillards: mais, pour la mortalité, quel contraste? tandis que la mortalité des adultes est triplée, celle des enfants est
LA GRIPPE Oü LNFLÜENZA
à peine influencée par l’épidémie ; chez les adultes, complications nombreuses et redoutables ; chez les enfants, peu ou pas de complications.
Diagnostic. — Le diagnostic de la grippe épidémique est des plus faciles. L’invasion brutale, les vomissements, les douleurs de tête, la fièvre, la constipation, pourraient faire songer à la variole; mais les enfants ont été vaccinés et ce diagnostic est écarté. La fièvre typhoïde n’a pas un début semblable ; la méningite ne procède pas avec cette soudaineté et ne marche pas aussi rapidement. Les éruptions scarlatiniformes ou rubéoliformes, quand elles existent, peuvent jeter dans un grand embarras ; cependant, leur étude attentive montrera qu’elles ne ressemblent ni à la scarlatine^ ni à la rougeole, qu’elles se rapprochent de la rubéole, qu’elles ne sont jamais suivies d’une desquamation franche et étendue. Quand les enfants prennent de l’antipyrine, on s’empresse d’attribuer l’éruption à ce médicament ; or, les malades atteints de grippe éruptive que j’ai observés n’avaient pas pris un atome de ce médicament.
Traitement. — On pourrait se borner à un traitement hygiénique et diététique : le repos au lit pendant sept ou huit jours, l’usage des tisanes sudorifiques, coupées <le lait tiède, un léger purgatif ou vomitif, quelques prises de quinine ou d’antipyrine (50 centigrammes de chaque, en trois ou quatre fois) suffisent pour les cas ordinaires. S’il y a une complication pulmonaire, une broncho-pneumonie, on usera des ventouses sèches, du vésicatoire, et fon donnera une potion gommeuse contenant 15 à 20 grammes de cognac. Le docteur Alison [Archives de Médecine, 1889) vante le tannin, à la dose de 40 à 60 centigrammes, en cachets ou en lavements.