LE CHOLÉRA ASIATIQUE
Symi-tùmes. — Voici les symptômes présentés par ces petits malades : la diarrhée, les vomissements, les crampes sont habituels chez les enfants comme chez les adultes. Les vomissements alimentaires, puis bilieux et enfin riziformes durent un jour en moyenne ; la diarrhée ne dure pas plus de deux jours dans les cas légers, pour se prolonger trois jours dans les cas moyens et sept jours dans les cas graves. Dans ces <lerniers cas, les vomissements durent trois jours.
Sous rinfluence de ces évacuations abondantes et soudaines, les enfants tombent dans Talgidité, leurs extrémités sont froides et violacées, leur pouls est insensible, leurs urines se suppriment, la voix s’éteint. Cependant, la température centrale n’est pas très abaissée, elle oscille entre et 37°. Au moment
<le la réaction, la température ne dépasse pas 38“ ou 38‘>,5. Sur 8 enfants gravement atteints, Duflocq a trouvé la température au-dessous de 37" chez 4, entre 37“ et 38" chez 3, au-dessus de 38’ chez un seul (chiffres recueillis au moment de l’entrée des malades à l’hôpital).
Chez les enfants, l’albuminurie est très rare. Duflocq ne l’a rencontrée qu’une fois, il a rencontré une fois également la glycosurie.
L’anurie, qui est la règle pour les cas graves, dure en moyenne un jour et demi chez les enfants ; dans les cas légers, les urines ne se suppriment pas entièrement. Le sang a été trouvé, il fallait s’y attendre, très épaissi et contenant, par millimètre cube, 6 millions de globules rouges : d’où l’indication des injections salées pratiquées par M. Hayem.
Quand le cas est mortel, on voit les yeux s’excaver, la face prendre une teinte terreuse, la cyanose gagner tout le corps et surtout les extrémités; la peau perd son
TRAITÉ DES MALADIES DE l’ENFANCE
('lasticilé et conserve les plis qu’on détermine par le [lincement.
Puis, la température centrale baisse, la cornée se dessèche, l’enfant prend l’aspect cadavérique et meurt doucement, sans agitation, sans secousses convulsives.
La réaction présente, chez certains enfants, une forme que M. Mesnet avait décrite en 1865, sous le nom de réaction pseudo-méningitique.
Les petits malades accusent une céphalalgie intense qui annonce le début de la réaction ; puis, la peau devient chaude en même temps que la cyanose disparaît; le visage se colore, la diarrhée diminue, l’enfant reste abattu, fait entendre des gémissements et pousse des cris quand on le remue. Sa langue est rouge, sèche, fuligineuse. Enlin, il tombe dans le coma et meurt sans reprendre connaissance, offrant l’aspect de la méningite à sa dernière période. Sur cinq enfants ayant présenté cette forme de réaction, Dullocq compte cinq morts; un si.xième enfant ayant en une forme atténuée, sans perte de connaissance, a guéri.
Les cas légers se terminent rapidement par la guérison, ne laissant à leur suite qu’un peu d’embarras gastrique. Dans les cas moyens, la guérison est encore fréquente, mais la mort peut succéder à la réaction typhoïde : sur huit enfants, six ont eu la réaction simple, suivie de guérison rapide, deux ont eu la réaction typhoïde, un est mort.
Les cas graves ont fourni 30 p. 100 de guérisons.
Un enfant de quinze ans, tuberculeux au troisième degré et atteint d’une forme grave, n’en a pas moins guéri rapidement.
En somme, le choléra asiatique, toutes choses égales d’ailleurs, ne paraît pas plus grave chez les enfants que
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chez les adultes; il est toujours plus grave au début de l’épidémie qu’à la fin.
Diagnostic. — En temps d’épidémie, le diagnostic est des plus faciles et il n’est pas permis d’hésiter; cependant, il existe, chez les petits enfants, une maladie cholériforme, sorte de gastro-entérite infectieuse qu’on a nommée choléra infanlile, à cause de l’analogie qu’elle présente avec le choléra asiatique. Cette maladie, qui sévit surtout en été, frappe seulement les enfants nourris au biberon ou alimentés prématurément avec les substances liquides ou solides mauvaises pour leur âge. Les vomissements, la diarrhée, ne contiennent pas ces grains riziformes propres au choléra, les selles ne contiennent pas de bacilles virgules.
Traitement. — Donner, par petites quantités, des boissons glacées ou gazeuses, du thé au rhum, pour remplacer les liquides perdus incessamment par les vomissements et les selles, est une indication qui s’impose chez les enfants comme chez les adultes. M. Hayem a voulu introduire directement dans le sang, par la phlébotomie et même par l’artériotomie, une solution sulfatée et chlorurée sodique dont il a publié la formule. La transfusion de ce sérum artificiel a fourni, même chez les enfants, quelques succès. Elle ne dispense pas d’agir vigoureusement sur la peau pailles frictions stimulantes, de combattre l’algidité par des boules d’eau chaude, etc. L’antisepsie intestinale, essayée par M. Bouchard, ne lui a pas donné tous les résultats qu’il en espérait; c’est pourtant une médication rationnelle à instituer à la première occasion.
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