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CHAPITRE II

DVSTUOriUKS ACQUISES

LES ANÉMIES

Si l’on décrit, sous le nom à’anémie, un état morbide caractérisé essentiellement par des lésions du sang et par des symptômes multiples, dont le plus saillant est la décoloration des téguments, il faut reconnaître que cette maladie est fréquente chez les jeunes sujets. Mais l’anémie n’est pas une maladie univoque, dont la description soit applicable à tous les cas. H y a des anémies diverses, dont toutes les variétés ne sont peutêtre pas connues, et rieu n’est plus propre à faire comprendre encore les difficultés et la complexité de cette question, que les travaux de M. Ilayem et de ses élèves (I).

(1) Ilayem, Du sang et de ses altérations anatomiques, 1889. — Luzet, Étude sur les anémies de la première enfance (Thèse de l’aris, 1891). — Article de Gilbert sur la chlorose et l’anémie pernicieuse {Gazette hebdomadaire, 1890-91).

TRATTli DIÎS .MALADIES DE l’E.NFANCE

Pour sim])li(ier la dosci-iptioii, jo classerai sous le litre général iVanémie toutes les variétés d’anémies, symptomati([ue, accideulelle, essentielle, observées dans renfance, k l’exception de la chlorose; après (pioi j’étudierai rapidement l’histoire de celle dernière maladie, qui se distingue aisément de ses congénères et qui forme non seulement un type crmi(pie, mais aussi une eidité morbide.

1“ l’anémie

L’anémie des enfants est caractérisée par la décoloration des téguments et des miujueuses accessibles à la vue, par la diminution des forces, par l’atonie des fonctions digestives et par la production fréquente de souffles vasculaires à la base du cou.

Étiologie. — Los causes des anémies de l’enfance sont très nombreuses : l’enfant peut devenir anémique à tout âge; il peut même porter en naissant les marques de l’anémie; l’anémie héréditaire frappe surtout les enfants issus de parents tuberculeux ou syphilitiques.

Les nourrissons peuvent devenir anémiques sous l’influence de causes multiples ; les unes relèvent de l’hygiène (allaitement artificiel, insuffisance d’alimentation, alimentation grossière) ; les autres de la pathologie (diarrhée, athrepsie, syphilis héréditaire, impaludisme, bronchite, rachitisme).

De toutes ces causes, il n’en est pas qui agisse plus rapidement et plus prolondément que les diarrhées infectieuses et plus particulièrement le choléra infantile, qui peut faire tomber le chiffre des hématies à un million par millimètre cube et même au-dessous.

Toutes les maladies aiguës (fièvre typhoïde, grippe.

LES ANÉMIES

rougeoIC; scai-lalinc, coqueluche, diplilhérie) peuveiil laisser l’anémie à leur suite ; cette anémie, passage r(> dans la plupart des cas, est durable surtout quand la, maladie a été très grave, très longue, (juand la convalescence a été i)énible, traversée par des complications, j)ar des rechutes, comme le cas s’observe si souvent dans la fièvre typhoïde. Mais les anémies durables s’observent surtout dans le coui'S des maladies chroniques ; tuberculose pulmonaire, tumeurs blanches suppurées, diarrhées chroniques, syphilis. La dyspepsi<; est également une cause d’anémie que j’ai renconti-é(‘ Iféquemment dans la seconde enfance; cette dyspepsie* avec dilatation de l’estomac se traduit jear l’inappétence, des vomissements, la soif, etc.

Une mauvaise hygiène, la })rivation d’air et de* lumière, l’insuffisance de l’alimentation, fencombi'ement et la sédentarité scolaires, le surmenage physique et cérébral, etc., peuvent conduire les enfants à l’anémie.

En dehors do ces causes en (piel(|ue sorte banales, on rencontre dos anémies spéciales, encore peu étudiées, telles que Vanémie pernicieuse progressive el Vanémie pseudo-leucémique. L'anémie })ernicieuse progressive, dont MM. Picot et d’Espine ont cité seulement si.v exemples [Revue de médecine., 1890), est très rare chez les enfants; les auteurs précédents incriminent les troubles digestifs et parlent d’une auto-inloxication d'origine gastro-intestinale .

Quant à l’anémie infantile pseudo-leucémique [anœmia infantum pseudo-leucemica de Pou ^aÆscA, 1889), elle est également très rare (six cas connus seulement dans la thèse de Luzet) ; elle frappe surtout la première enfance et succède souvent aussi à des troubles gastro-

intestinaux.

' TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANGE

Anatomie patrologioue. — Dans l’anémio, qucllo qu’en soit la cause, le sang est toujours altéré. Les globules rouges jou hématies, dont le chilTre normal est (le 3 millions ]iar inillimèlre cube, s’abaissent à 2,000,000, à 1,500,000, à 1,000,000, à 800,000 parfois.

Non seulement ils diminuent en nombre, mais aussi en ([ualité ; l’hémoglobine, le pouvoir colorant des globules, tombe au.v deux tiers, à la moitié de l’état physiologique, et la capacité d’absorption de l’o.xygène est amoindrie proportionnellement. Voilà la lésion essentielle de l’anémie, celle qui explique la plupart des symi)tômes et des accidents de la maladie. Quant aux leucocytes, ils changent peu; dans quelques cas (anémie pseudo-leucémique), ils s’accroissent en nombre, sans atteindre la proportion rencontrée dans la leucocythémie.

Chez les nourrissons, M. Ilayem (Société des Hôpitaux, 1889) a constaté des inégalités très marquées dans le diamètre des globules rouges : les globules de grande taille, les globules géanls^ deviennent rapidement très nombreux, taudis que, chez les adultes, ils n’apparaissent ([lie dans les anémies très prononcées. Une autre [larticularité anatomique observée chez les adultes, seulement dans les états les plus graves, se montre facilement dans l’anémie des nourrissons : c’est l’apparition, en quantité notable, de globules rouges à noyau, c’est-à-dire le retour à l’état embryonnaire.

Plus l’enfant est jeune, moins il est nécessaire que l’anémie soit grave pour l’apparition de ces globules à noyau.

Dans beaucoup d’anémies infantiles, et particulièrement dans l’anémie pernicieuse et dans l’anémie pseudo-leucémique, la rate est hypertrophiée ainsi

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que le foie, et ce dernier peut être atteint de dégénérescence graisseuse. Tous les organes héinato-poiétiques, dans cette forme d’anémie, foie, rate, moelle des os, contiennent beaucoup de cellules rouges ou globules à noyau et présentent des signes d’activité exagérée ; la lésion est au maximum dans la moelle des os.

Symptômes. — Il y a, dans les états anémiques de l’enfance, comme dans ceux des autres âges, des symptômes objectifs et des symptômes subjectifs. Les premiers sont lés plus saillants et les plus caractéristiques, ils constituent le faciès de la maladie, ils permettent de la reconnaître à distance. Je veux parler de la pâleur des téguments du visage, jilus ou moins prononcée, suivant le degré de l’anémie. Tantôt, la décoloration est générale, elle s’étend de la peau à la muqueuse des lèvres, des gencives, des yeux; tantôt, elle est bornée à la surface tégumentaire. Quelques enfants ont le faciès d’un blanc mat, d’autres prennent la teinte du parchemin ou de la cire.

Chez les petits enfants hérédo-syphiliti(|ues, dont 1 anémie est accusée, le visage prend un asiiect ridé et terreux tout à fait caractéristique. Chez les athrepsiques, les rides sont encore plus prononcées, mais la couleur n est pas bistrée, elle est plus claire. En même temps <|ue les changements de coloration, on remarque un état de maigreur parfois très accusé ; tous les anémiques sont maigres, à l’exception des chlorotiques

Les symptômes subjectifs sont ceux qu’éprouve le malade : ils consistent dans la faiblesse générale, l’inertie musculaire, les troubles digestifs (anorexie’ dyspepsie, gastralgie), la dyspnée d’elfort avec battements de cœur, etc. Les douleurs névralgiques ou névralgiformes ne sont pas rares, la céphalée surtout

TRAITK DKS MARAfirKS DE I/eATANEE

Dsl liabitiiello, la névralfïio iiilcrcoslalc osl moins commune.

Comme signes pliysiqnes, il faut, noter ceux que donne I aiiscnltation dn cœur et des gros vaisseaux de la hase <ln cou. Généralemenl. il n’y a pas de souffle an cœur, il lanl que l’anémie soit ti'cs prononcée, pour qu’on perçoive un souffle à la base du cœur. Mais les souffles «‘ervicau.x sont habituels; tantôt, on entend, eu plaçani le pavillon du stéthoscope entre les deux chefs du sterno-mastoïdien, un souffle systolique, tantôt ce souffle est continu avec redoublement au moment de la systole. Parfois, le souffle est musical. Ces variations dépendent du degré de l’anémie et de la pression exercée par le stéthoscope.

La marche de l'anémie varie suivant les causes qui lui ont donné naissance, et son pronostic est lié à celui de la maladie ])rimitive ; si l’anémie est liée à la dyspepsie, elle s’amendera, s’aggravera ou guérira en même temi)s que cette dernière. Si elle résulte d’une maladie aiguë, elle sera de courte durée; si elle accompagne une maladie chronique (tuberculose pulmonaire), elle sera interminable. Si la cause est accidentelle ^encombrement, sédentarité), il suffira de déplacer l’enfant pour mettre un terme à l’anémie.

Reste à étudier l’évolution de V anémie pernicieuse et de Y anémie pseudo-leucémicjue.

Dans l’anémie pernicieuse progressive, il y a des 1 roubles gastro-intestinaux (vomissements, diarrhée), des hémorrhagies (épistaxis, pétéchies), de l’œdème des membres inférieurs. La peau est d’une extrême pâleur. Lhiand on examine le sang, on trouve une diminution notable des globules rouges et des hématoblastes. La marche est progressive et la terminaison toujours mortelle.

LES ANÉMIES

L’anémie pseudo-leucémique est spéciale aux nourrissons, alors que la précédente est plus fréquente chez les adultes. Elle se caractérise aussi par une pâleur très ^u-ande des téguments, mais l’anémie s’accompagne d’une augmentation do volume de la rate et du foie. Quand on examine le sang, on y trouve des cellules rouges ou globules à noyau en grand' nombre avec augmentation modérée des globules blancs, diminution notable des hématies.

Chez les enfants atteints d’anémie pseudo-leucémique, on note de l’abattement, de la stupeur, parfois des vomissements et de la diarrhée ; le ventre est gros et proéminent. La mort est la terminaison habituelle, elle peut être précipitée par l’intervention d’une bronchopneumonie ou d’une diarrhée cholériforme.

Ces deux dernières formes d’anémie sont donc extrêmement graves. Quant aux autres, elles sont curables, et leur pronostic est lié à l’âge de l’enfant, à la caïue de l’anémie, au degré de la maladie. Grave chez les nourrissons athrepsiques ou syphilitiques, à cause de l’état cachectique des sujets et de leur peu de vitai lité, l’anémie est moins redoutable chez les enfants plus âgés, chez les rachitiques, chez les dyspeptiques, et le ! traitement de ces états morbides la fait souvent dispa-

I raître.

Diagnostic. — Le diagnostic repose à la fois sur ' l’aspect extérieur du malade, sur sa pâleur et sa fai-

II blesse, sur la constatation des souffles vasculaires, et enfin sur l’examen microscopique du sang. Cet examen

I du sang, quand il est complet, quand il porte à la fois I sur le nombre des globules blancs et rouges, sur leur V volume, sur leur pouvoir colorant, permet de reconnaître i l’anémie, ses principales variétés, ses degrés d’intensité.

' 11 permet d'éliminer la leucocythémie, qui s’accuse par

TRAITÉ DES .' MALADIES DE l’eNFANCE

une augmentation considérable des globules blancs. Quant au diagnostic de la cause, il sc tii’e principalement de la notion des antécédents morbides et des phénomènes concomitants. La dyspepsie, la diarrhée, la syphilis, le rachitisme,- la tuberculose, la plupart des ■ maladies aiguës et chroniques sont autant de causes d’anémie qu’il faudra déceler pour bien diriger l’action thérapeutique.

Traitement. ^ — La première chose à faire, en présence d’un enfant anémique, c’est déporter remède à la cause productrice de l’anémie; s’il s’agit d’un enfant à la mamelle, on cherchera du côté de l’alimentation, qui est insuffisante ou impropre; on conseillera l’allaitement naturel exclusif, on proscrira les aliments indigestes qui conduisent à l’anémie par la gastro-enlérilo qu’ils provoquent.

Si la syphilis héréditaire est en cause, on instituera d’emblée le traitement mercuriel ; les frictions avec l’onguent napolitain seront, en pareil cas, le meilleur remède à opposer à la fois à l’anémie et à la syphilis.

Si les enfants sont plus âgés, on pourra faire une thérapeutique plus active et plus variée. L hygiène a une grande importance dans le traitement des anémiques : donner à l’enfant l’aliment qui convient à son âge, l’air, la lumière, l’exercice dont il ne peut se passer sans dommage, combattre les efi'ets de l’encombrement urbain, de la sédentarité, du surmenage scolaire, de la croissance, par le séjour a la campagne, au boid de la mer,- par l’usage des bains salés, sulfureux, dos douches, des frictions stimulantes, de la gymnastique^ des jeux en plein air, etc., telles sont les indications qui conviennent à lagénéralité des cas. Les eaux chlo Furées sodiques de Salins-du-Jura, Salins-Moutieis, Salies-de-Béarn, la Bourboule sont très recommaii-

LES ANÉMIES

fiables dans la plupart des cas. Faut-il, sous prétexte de l'ortifier les enfants et d’enrayer l’anémie, jirescrire le yin de quinquina et les vins généreux dont on abuse parfois? Je ne le crois pas. L’alcool ne convient pas •aux anémiques de tout âge, encore moins aux enfants ; le vin de quinquina ne fait qu’irriter l’estomac, ac- •croître la dyspepsie et, loin d’amender l’anémie, il est •de nature à l’aggraver.

Il peut être remplacé avantageusement- par le sirop de quinquina et les autres sirops reconstituants en usage dans la thérapeutique infantile (sirop d’iodure de fer, •de raifort iodé, iodo-tannique, antiscorbutique, de phosphate de chaux, etc.) L’huile de foie de morue, ■(|uand elle est bien tolérée, quand elle ne donne pas la •diarrhée, peut rendre de très grands services. L’arsenic, sous forme de liqueur de Fowler, à la dose de deux à six gouttes par jour, convient surtout aux formes pernicieuses et pseudo-leucémiques de l’anémie; l’arséniate de fer (2 à 4 milligrammes par jour) peut être également prescrit dans ces cas.

On usera de ces médicaments actifs avec j)rudence, ■en ayant soin d’interrompre de temps à autre, pour ■éviter les dangers de l’accumulation.

Je parlerai avec plus de détails du traitement ferrugineux à propos de la chlorose.

Le régime alimentaire doit être celui des convalescents : aliments très riches, très faciles à mâcher et à digérer, laissant très peu de résidus. Je citerai : les soupes épaisses, le lait condensé, les crèmes, les œufs, les purées de viande, les purées de légumes secs, les poissons, les poudres de viande quand elles sont bien supportées, les fruits cuits, etc. Il faut donner peu de boissons; l’abus des liquides entretient la dyspepsie et 'agit défavorablement sur l’anémie. Les enfants très

jpunes ne boiront que du lait; les autres [)rcndront seulement 150 à 200 grammes d’eau rougie par repas. Rien (‘utre les repas, si les enlants sont déji\ grands; si la soit dans l’intervalle des repas est très vive, on permettra une tasse de lait.

En somme, alimentation réparatrice, mais repas réguliers, choix des aliments, rationnement des liquides, pour éviter toute surcharge stomacale, pour prévenir la dyspepsie ou la combattre, quand elle existe.

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