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MALADIES DE LA BOUCHE A. — LA PERLÈGHE

Cette affection, décrite pour la première fois par le docteur J. Lemaistre (Limoges, 1886), est propre à l’enfance; c’est une sorte de stomatite chronique qui a pour siège exclusif les commissures labiales.

Étiologie. — La perlèche, appelée aussi bridou (en Limousin), est très commune chez les enfants des écoles, aussi bien à Paris qu’en province. A la Villette, j’ai observé très fréquemment cette affection chez les enfants des écoles primaires de la Ville de Paris. L’habitude de boire au même gobelet, au même robinet de

TRAITÉ DES MALADIES DE L’eINFANCE

fontaine, explique la propagation et la niultijilication d’une maladie aussi nettement parasitaire et contagieuse que la perlèche. Les enquêtes faites par M. Lemaistre sont très concluantes : non seulement il a pu établir la contagion, mais encore il a pu isoler et cultiver un microbe, qui serait l’agent pathogène de la maladie. Ce microbe, dans les cultures, se présente sous forme de chaînettes, de streptocoques entrelacés les uns dans les autres, d’où le uom de streplococcus p/icalilis, proposé par M. Lemaistre.

Ce n’est pas seulement sur la lésion labiale que le microbe a pu être recueilli, mais encore dans les récipients suspects et dans les fontaines contaminées.

*Le microbe de la pei’lèche, étant anaérobie, ne peut se développer que dans les plis commissuraux, et encore avec peine. Aussi la maladie reste étroitement localisée et ne s’étend jamais aux parties voisines.

Les cellules épithéliales et leurs interstices sont envahis par les colonies microbiennes; le dorme de la muqueuse n’est pas atteint.

Symptômes. — Les symptômes sont purement objectifs, car la gêne qui résulte de la lésion est insignifiante ; l’enfant a de la tendance à porter la langue sur les commissures labiales, à se pourlécher incessamment, mais aucune fonction (parole, mastication) n est troublée.

La maladie n’est pas douloureuse, elle n’est presque jamais compliquée d’inflammation, d’adéno-lymphite ; le pronostic est des plus bénins, quoique la durée du mal, en l’absence de soins, soit très longue, et que les récidives soient habituelles.

L’aspect extérieur de la perlèche est caractéristique . au lieu de la netteté de forme, de couleur, de contour des commissures labiales, ou voit une surface opaline.

LA PERLÈCHE

plissée, épaissie, qui défigure les coins de la bouche. On dirait une surface épithéliale épaissie, macérée ou altérée par la cautérisation. L’altération s’étend aux cellules voisines de l’épiderme cutané, de sorte que la maladie est toujours visible sans faire ouvrir la bouche des enfants.

Quelquefois, il y a de légères fissures qui rappellent les rhagades syphilitiques.

Diagnostic. — Le seul diagnostic dilîérentiel à étudier est celui des plaques muqueuses, si fréquentes chez les enfants hérédo-syphilitiques.

On remarquera d’abord que la perlèche est, avant tout, une maladie scolaire, une maladie de la seconde enfance; ensuite, qu’elle frappe un grand nombre d’enfants de la même collectivité, qu’elle ne se propage pas aux adultes, qu’elle reste enfin absolument cantonnée dans la région commissurale. Les plaques muqueuses s’observent chez les nouveau-nés; elles s’accompagnent de syphilides buccales, de fentes profondes, médianes commissurales, dispersées, de coryza, etc., etc.

Les plaques muqueuses donnent un épaississement plus considérable, plus fendillé, plus gênant, plus douloureux ; en dernière analyse, le traitement et les anamnestiques lèveront les doutes.

Traitement et prophylaxie. — On touchera les commissures tous les jours avec la teinture d'iode^ Vacide lactique ou le sulfate de cum^e. On se rendra maître aisément et en peu de temps de la maladie ; mais elle récidivera, si l’on ne prend pas la précaution cle nettoyer par l’eau bouillante les seaux, cruches et autres réceptacles contaminés, et si l’on n’interdit pas f usage commun et direct de ces ustensiles.

Quant aux sources suspectes, on devra les abandonner momentanément ou définitivement.

B. — LA DESQUAMATION LINGUALE.

Celle aflDCtion, qui .se rencontre aussi chez les adultes, ■est d’une fréquence extrême dans la premièi’e enfance ; ■elle est caractérisée par l’épaississement et la chute de l’épithélium lingual ; elle a été encore dénommée : glossite épithéliale, glossite desquamative, desquamation en aires, langue géographique, eczéma de la langue (Besnier).

Etiologie. — Parrot a vainement cherché à établir l’origine syphilitique de cette lésion ; sur vingt-huit ■observations personnelles [Revue des maladies de l'enfance, 1888), je n’ai pas trouvé une seule fois la syphilis. Sevestre, Louis Guinon, de Molènes et la plupart des auteurs qui ont écrit depuis Parrot n’hésitent pas à repousser l’origine syphilitique de la maladie. !

C’est pendant la première dentition, de six à trente mois, qu’on rencontre le plus de desquamations lin- | guales ; les enfants au sein ne sont qu’exceptionnelle- i ment atteints ; les enfants au biberon sont ti’ès exposés.

Peut-être la maladie est-elle parasitaire, comme la perlèche et le muguet; c’est un point à éclaircir.

Symptômes. — La maladie est ordinairement latente | ■et dépourvue de symptômes subjectifs; il est très rare que les enfants accusent de la douleur ou de la gêne pendant la succion ou la mastication.

La lésion occupe la surface dorsale et les bords de la I langue ; elle est tantôt limitée à une petite surface, i tantôt serpigineuse, tantôt diffuse.

Au début, on constate un épaississement blanchâtre ' de la muqueuse, une sorte de glossite hyperlropkianle. L’épithélium, épaissi et altéré, ne tarde pas à tomber ')

LA DESQUAMATION LINGUALE

et la muqueuse apparaît alors dépouillée, vernissée, lisse. Cette desquamation de la muqueuse n’est pas uniforme et générale ; elle procède par étapes, par petits arcs limités par un liséré saillant, formant une découpure géographique; les arcs primitifs, unis à leurs extrémités, finissent par se confondre en s’agrandissant et la surface de la langue est dépouillée dans une grande étendue, parfois même dans sa totalité. La marche serpigineuse de la maladie — guérison des plaques anciennes, formation de plaques nouvelles — est la règle. Dans quelques cas, la configuration de la desquamation est très irrégulière et la forme cerclée des lésions manque totalement.

La desquamation linguale est une maladie essentiellement chronique, dont le début échappe souvent, dont la fin est impossible à prévoir. Réserve faite de cette question de durée, la maladie est des plus bénignes, elle ne marche qu’en surface, jamais en profondeur ; elle n’entraîne aucune réaction générale, aucune douleur locale, elle n’entrave aucune fonction.

Diagnostic. — Il est très facile de reconnaître la desquamation linguale ; aucune variété de stomatite ne saurait imiter et reproduire ces découpures cerclées du revêtement épithélial de la langue. Il suffira de penser au muguet, aux dépôts pultacés, aux ulcérations syphilitiques, à l’herpès, à la stomatite ulcéreuse ; les dillérences qui les séparent de la desquamation linguale sont grossières, il est inutile d’y insister.

Traitement. — Le traitement de la maladie est à trouver ; aucun collutoire, aucun topique ne m’a donné de bons résultats. On veillera à la propreté de la bouche (lavages boriqués) et au bon fonctionnement des voies digestives.

TMAIÏÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE

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