MALADIES DU PHARYNX A. — ANGINE HERPÉTIQUE
Ce que j’ai dit déjà de la fièvre herpétique et de 1 heipès buccal me dispense d’être long sur ce chapitre. L’angine herpétique, en effet, n’est qu’une localisation
ANGINE HERPÉTIQUE
<le la maladie générale qui se traduit par l’efflorescence herpétique.
L’enfant est pris brusquement de fièvre, courbature, ■céphalalgie, et, après cette invasion plus ou moins brutale, il accuse de la douleur ou de la dysphagie.
L’examen du fond de la gorge montre une rougeur ililfuse des piliers, des amygdales, du pharynx; les amygdales surtout sont turgescentes, augmentées de volume et recouvertes partiellement d’un exsudât blanchâtre. Il est bien rare, mais possible, d’observer la présence de vésicules opalines et arrondies sur les amygdales ; ce qu’on voit généralement, c’est un semis de petits amas blanchâtres, isolés, circulaires, qui laissent deviner la vésiculation et l’ulcération herpétiques. Ces amas, qui peuvent être épais, confluents au point de simuler une fausse membrane [angine couenneuse commune et diphtéroïde) , sont dus en grande partie à la des- ■({uamation inflammatoire de l’épithélium.
Enfin, la présence de vésicules d’herpès au niveau de la langue ou des lèvres vient encore attester la nature de l’angine. Au bout de quatre ou cinq jours, les phénomènes angineux disparaissent, la fièvre est tombée et la guérison certaine.
Je renvoie à l’article diphthérie ce qui concerne le diagnostic différentiel des angines simples.
Le traitement est local et général : localement, on fera des badigeonnages antiseptiques (naplitol camphré) , ■des pulvérisations phéniquées (1 p. 100) ; pour combattre l’état suburral, on donnera un vomitif ou un purgatif; pour restreindre la fièvre, on fera prendre 20 À 40 centigrammes de sulfate de quinine. Régime lacté.
TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE
B. — ANGLNE CATARRHALE ET PULTACÉE.
Je ne parlerai pas de Tangine catarrhale qui accompagne certaines maladies infectieuses (scarlatine, fièvre typhoïde, grippe) ; je décrirai seulement l’angine aiguë primitive, qui tantôt évolue simplement à la manière d’un catarrhe a frigore et tantôt se présente comme une maladie infectieuse à manifestations viscérales possibles (albuminurie et néphrite).
Les enfants sont pris de fièvre, d’anorexie, de mal de gorge, et l’invasion ressemble à celle de la plupart des maladies aiguës.
L’examen du pharynx montre une rougeur diffuse, avec traînées miico-purulentes sur la paroi postérieure du pharynx. Les amygdales peuvent être lisses, rouges, elles peuvent aussi présenter des dépôts blanchâtres, dits pultacés et qui sont formés par des amas épithéliaux et des micro-organismes. Ces amas n’adhèrent pas à la muqueuse et s’enlèvent au moindre frottement, mais ils peuvent se reproduire sur place. Les ganglions angulo-maxillaires sont parfois engorgés, mais modérément, sans participation évidente du tissu cellulaire voisin. Cependant, on peut voir les ganglions suppurer, même dans les angines les plus simples en apparence.
Les urines sont rouges, rares, chargées d’urates, elles contiennent parfois de l’albumine. Bouchard a trouvé, dans les urines de certains malades, des microorganismes qui témoignent de l’infectiosité et de la généralisation possibles des angines aiguës, dites simples ou catarrhales. Dans ces formes graves, la fièvre est vive, il y a des vomissements, de l’agitation, du délire;
ANGINE PHLEGMONEUSE
la mort peut survenir, la convalescence est longue.
Il est donc prudent de traiter sérieusement ces manifestations angineuses, de conseiller le repos à la chambre, d’éviter les refroidissements, de faire des lavages antiseptiques. Les purgatifs, vomitifs et gargarismes sont indiqués comme dans la forme précédente.
La durée de l’angine catarrhale est courte, cinq on six jours en moyenne ; le pronostic, réserve faite de certains cas exceptionnels, est bénin ; il faut craindre la transformation purulente, la néphrite, l’endocardite.
G. — ANGINE PHLEGMONEUSE.
Cette variété d’angine peut, en effet, succéder à la forme catarrhale, et cela ne doit pas nous surprendre. Les amygdales présentent une large surface toujours humide, souvent excoriée, sur laquelle peuvent se déposer les microbes qui traversent incessamment la gorge. De la surface, ils peuvent gagner la profondeur, à travers un riche réseau lymphatique, et la formation d’abcès araygdaliens on péri-amygdaliens est toujours A redouter.
Dans l’angine phlegmoneuse, la réaction locale est intense, l’amygdale se tuméfie outre mesure, refoulant en avant le pilier correspondant et le voile palatin ; toutes ces parties sont gonflées, œdémateuses, violacées. La douleur est atroce, la déglutition presque impossible ; le pus se fait jour au dehors vers le septième ou huitième jour, et une véritable détente se manifeste ; le bistouri peut abréger la durée du mal et mettre fin aux élancements douloureux de la collection purulente ; on fera précéder cette intervention par des badigeonnages ^ de chlorhydrate de cocaïne à 1 p. 20.
traité des maladies de l’enfance
D. — ARCÈS RÉTRO-PIIARYNCIEN.
L’abcès rétro-pharyngien ou pharyngite phlegmoneuse n’est pas rare chez les enfants en bas âge, et son diagnostic présente quelques difficultés. Je ne parlerai pas des abcès froids symptomatiques de la tuberculose des vertèbres cervicales. En général, l’abcès rétropharyngien sui’vient spontanément, sans avoir été précédé par une influence pathogénique appréciable.
Il m’a semblé que les enfants chétifs, mal nourris, allaités artificiellement, étaient plus exposés que les autres à cette grave maladie.
La présence, à l’état physiologique, de ganglions rétro-pharyngiens expliquerait la fréquence de ces abcès qui succèdent à un véritable adénophlegmon ; le point de départ de l’adénite doit être cherché à la surface de la muqueuse pharyngée, et les pharyngites superficielles qui accompagnent certaines fièvi’es éruptives (scarlatine, rougeole) expliqueraient alors la relation qui unit les maladies antérieures à l’abcès rétro-pharyngien.
L’abcès, tantôt petit et limité, tantôt volumineux, dilîus, peut siéger à la partie supérieure, à la partie moyenne, à la partie inférieure du pharynx. Il siège ordinairement à la partie moyenne et se présente directement à l’observateur, quand il abaisse la langue de l’enfant.
Abandonné à lui-même, l’abcès ne s’ouvre pas toujours, il peut fuser sur les côtés du pharynx, ou en bas jusque dans le médiastin.
Le début est des plus insidieux, il peut échapper et la dysphagie, parfois même la sufl'ocation, sera le
ABCÈS BÉTBO-PH AR Y N G lEN
prGmiBr accident appréciable. Avant la gêne extrême de la déglutition et la dyspnée, on saisit cependant une phase angineuse, caractérisée par la dysphagie légère et la raideur du cou. L’enfant prend le sein avec avidité, puis il rend le lait aussitôt, quelquefois par le nez.
La respiration est toujours entravée, à moins que l’abcès ne siège très haut; la dyspnée s’accompagne assez souvent d’un sifflement inspiratoire, d’un cornage qui rappelle l’œdème de la glotte ou le croup; la voix est nasonnée, rauque, ou même éteinte. Des accès do suffocation se montrent surtout au moment des examens et des tentatives d’ingestion. Mais rien, dans tous ces symptômes, n’est caractéristique et le diagnostic ne repose que sur les constatations de visu.
Quand on fait ouvrir la bouche de l’enfant, on voit que la paroi postérieure du pharynx est avancée, partiellement ou totalement, jusqu’au niveau du voile du palais ; cette voussure arrondie obture l’isthme du gosier. Si l’éclairage est insuffisant, si l’enfant se prête mal à l’exploration, si l’abcès est situé trop haut, on peut, par le toucher, s’assurer de sa présence.
L’index promené du haut en bas renseignera sur l’existence d’une tumeur fluctuante et sur sa situation.
Dans les cas aigus, la fièvre, la prostration, la pâleur •ou la cyanose de la face, les lipothymies ou les syncopes forment un ensemble symptomatique grave et inquiétant. A côté de ces cas bruyants, il y a des formes chroniques et latentes; on a vu la durée de 'l’abcès rétro-pharyngien, en dehors de toute lésion vertébrale, atteindre cinq mois.
La guérison spontanée de l’abcès rétro-pharyngien est exceptionnelle; l’ouverture de f abcès peut avoir
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la trachée; les fusées purulentes peuvent ulcérer la carotide et entraîner rapidement la mort.
En dehors des morts subites, l’enfant peut mourir de suffocation ou d’inanition.
Le diagnostic est très important, car le pronostic est presque fatal dans les cas où la maladie est méconnue. Pour faire ce diagnostic, il faut y penser, et d’ailleurs ne doit-on pas, dans toutes les circonstances, examiner systématiquement la gorge des enfants malades ? L’examen direct, qui est toujours de rigueur, permet de distinguer facilement l’abcès rétro-pharyngien des maladies qui peuvent le simuler, et en particulier du croup et de V œdème de la glotte.
Le traitement est capital, il consiste à ouvrir l’abcès aussitôt qu’il est reconnu.
On prend un bistouri pointu, dont la moitié postérieure est entourée de diachylon, et on l’enfonce hardiment au point le plus bombé de la tumeur, jusqu’à la colonne vertébrale. A peine le bistouri est-il retiré, qu’un flot de pus jaillit dans la bouche de l’enfant ; on facilitera l’expulsion de ce pus en inclinant en avant et en bas la tête du patient.
Quelques auteurs ont conseillé d’ouvrir l’abcès à l’aide du trocart, pour éviter la pénétration du pus dans le larynx. Or, la pratique montre que cet accident est très rare.
Avec l’incision précoce de la collection purulente, la mortalité de l’abcès rétro-pharyngien est très faible; elle est très forte, au contraire, si l’intervention est tardive ou nulle.