F. — ANGINES CHRONIQUES
1® Hypertrophie des amygdales.
Cette maladie, très commune chez les enfants, mérite d’attirer notre attention. Les amygdales, on le sait, sont formées d’un tissu adénoïde, c’est-à-dire de follicules
TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE
clos, réunis par un stroma conjoncti!. Les follicules clos forment entre les deux piliers, de chaque côté, deux amas considérables; mais ils ne sont pas limités aux amygdales, on les retrouve à la base de la langue, sur la paroi postérieure du pharynx, dans l’arrièrecavité des fosses nasales, autour des trompes d’Eustache. On peut dire que le pharynx tout entier est tapissé de tissu adénoïde; jusqu’à un certain point, ces amas sont solidaires et leur hypertrophie peut être générale. Vues dans leur ensemble, les angines chroniques de l’enfance ont pour substratum anatomique l’hypertrophie des follicules clos de la cavité pharyngienne.
Anatomie pathologique. — M. Cornil (Société médicale des Hôpitaux, 1881) a donné une description anatomique complète de l’hypertrophie des amygdales. Ce qui frappe, dans les préparations d’ensemble, c’est l’augmentation considérable du tissu réticulé des follicules et du tissu conjonctif interfolliculaire et sousmuqueux.
Les follicules arrondis ou ovoïdes, à bords nets, sont tous d’égal volume. La muqueuse est étalée et repoussée par l’hypertropbie, et les papilles manquent, d’où l’aspect lisse et poli de l’amygdale. Le chorion muqueux est épaissi, non par infiltration leucocytique, mais par accroissement des travées fibreuses enchevêtrées.
Cette sclérose de la muqueuse se voit aussi sur les dépressions ou cryptes ; l’épithélium de revêtement est normal.
L’hypertrophie de tout le tissu réticulé et des follicules clos est telle que les cavités amygdaliennes sont rétrécies et ne présentent pas, comme chez l’adulte, ces kystes et loges caséeuses si communes.
ANGINES CllIiONIOUES'
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Le tissu réticulé sous-muqueux est mêlé de faisceaux conjonctifs qui enserrent les vaisseaux (sclérose périvasculaire) ; les fibrilles des follicules ne sont pas notablement modifiées.
Les cellules contenues dans les mailles fibrillaires des follicules sont parfois granuleuses et contiennent des molécules de graisse.
En résumé, l’bypertropbie de l’amygdale est due à l’augmentation de volume du tissu réticulé et des follicules et à la formation nouvelle de faisceaux conjonctifs : c’est une inflammation chronique scléreuse.
Étiologie. — Les enfants scrofuleux, lymphatiques, ou issus de parents scrofuleux et tuberculeux, sont prédisposés à l’hypertrophie amygdalienne. Cependant on la rencontre aussi chez des enfants vigoureux et bien portants. Les atteintes répétées d’amygdalite catarrhale préparent le terrain à l’hypertrophie. La maladie est parfois héréditaire, elle peut être une manifestation arthritique.
Sywpiômes. — Quand on fait ouvrir la bouche à un enfant atteint d’hypertrophie amygdalienne, on voit <jue l’isthme du gosier est en partie obstrué par la double saillie arrondie que font les amygdales, qui semblent s’avancer l’une vers l’autre, refoulant la luette, écartant les piliers, chassant toutes les parties molles qui les entourent. Leur surface est lisse, d’un rose pâle, leurs cryptes sont rétrécies et à peine visibles. Derrière les amygdales, à travers la fente qu’elles laissent entre elles, on voit parfois la paroi du pharynx rouge, anfractueuse, tapissée de mucosités.
L’enfant a souvent la bouche ouverte, surtout pendant le sommeil; il est, en général, pâle et amaigri ; on a attribué à l’hypertrophie amygdalienne un retard
TRATTK nES MALADIES DE l’eNFAXCE
(l’évolution et un rétrécissement du thorax (Dupuytren) que, pour ma part, je n’ai jamais vus.
La toux sèche, quinteuse, est habituelle ; elle s’accompagne d’une sensation de gêne et de sécheresse dans la gorge.
Les enfants accusent, en outre, une dysphagie plus ou moins marquée; beaucoup sont durs d’oreille et quelques-uns sont sourds. La voix est nasonnée, dite amxjgdalienne ; la respiration est gênée et, dans quelques cas, la dyspnée va jusqu’au tirage. Aux accès de toux, souvent nocturnes, peuvent s’ajouter des nauséeset même des vomissements.
La durée de la maladie est indéfinie; sa marche, essentiellement chronique, est modifiée par de fréquentes exacerbations qui rendent les symptômes plus pénibles et accroissent finalement l’hypertrophie. Sans compromettre jamais l’existence, l’hypertrophie amygdalienne gêne trop sérieusement les enfants pour être laissée à elle-même.
Traitement . — Outre le traitement général (huile de morue, séjour à la mer et dans les stations thermales, chlorurées sodiques et sulfureuses), on insistera sur le traitement local ; les gargarismes astringents, les badigeonnages iodés, les pulvérisations sulfureuses ne sont que des palliatifs. La cautérisation au thermo ou au galvano-cautère peut amener la régression des amygdales après de nombreuses séances. L’extirpation aA'ec le bistouri boutonné ou l’amygdalotome reste Yullima ratio.
2“ Pharyngite granuleuse.
L’hypertrophie, l’inflammation chronique du tissu adénoïde, qui tapisse la paroi postérieure du pharynx, sont très communes chez les enfants, et il s’en faut de