‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 47 sur 145 · B. — LA CONSTIPATION · texte numérisé non relu

B. — LA CONSTIPATION

La constipation existe parfois, chez les enfants, à l’état d’isolement; elle peut être considérée comme une maladie ou une disposition maladive.

Étiologie. — La constipation peut se montrer dès les premiers jours de la vie ; il y a des nouveau-nés qui ne rendent pas spontanément leur méconium et qu’on est obligé de purger pour obtenir une première évacuation. Mais le cas est rare. Ce qui est commun, c’est de voir la constipation de la première comme de la seconde •enfance liée à une mauvaise alimentation.

Des tetées trop abondantes ou trop répétées déterminent habituellement des régurgitations et de la diarrhée, quelquefois cependant elles se traduisent par de la constipation. L’allaitement artificiel, l’usage du biberon, des bouillies, des aliments indigestes, donnent presque toujours de la diarrhée ; chez certains enfants, il détermine la constipation. J’ai vu nombre d’enfants nourris au biberon n’avoir des selles spontanées que tous les deux ou trois jours et chez lesquels on était obligé de recourir incessamment aux lavements.

Chez quelques nouveau-nés, une fissure à l’anus serait la cause de la constipation.

Chez les enfants plus âgés (seconde enfance), le nervosisme, la vie sédentaire, la scolarité, l’abus des aliments sucrés, expliquent un grand nombre de constipations. La dyspepsie par abus des liquides, la dilatation de l’estomac, le rachitisme, sont très souvent accompagnés de constipation ou d’alternatives de diarrhée et de constipation.

Enfin, quelques enfants présentent une tendance

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naturelle à la constipation; ce tempérament morbide est souvent héréditaire et se rencontre dans les familles arlhritiqucs.

Symptômes. — Chez les nouveau-nés, les matières expulsées conservent leur couleur jaune, mais elles sont plus consistantes, plus sèches, parfois argileuses ou terreuses ; elles forment des scybales qui ne sont rendues spontanément qu’avec les plus grandes difficultés et à de longs intervalles (deux, trois, quatre jours).

L’enfant a des coliques, qu’il traduit par des cris incessants, des contorsions ; il dort mal, il est nerveux, agité et peut présenter des convulsions.

Le ventre est généralement ballonné, et dans quelques cas on sent l’accumidation des matières au niveau de la fosse iliaque gauche. Les efforts faits par l’enfant à chaque défécation peuvent favoriser l’issue de l’intestin à travers les orifices naturels et l’invagination de la dernière portion de cet intestin.

Les hernies ombilicales et inguinales, le prolapsus rectal, sont des complications possibles de la constipation rebelle. Quand les enfants sont assez grands pour se plaindre, ils accusent des maux de tête, du dégoût pour les aliments, de la soif, de l’insomnie, des cauchemars. Les efflorescences cutanées, miliaire, eczéma, lichen aigu, prurigo, urticaire, sont fréquentes chez les enfants constipés.

La constipation habituelle, chez les nourrissons, se traduit encore par des vomissements qui se répètent i après chaque tetée et par des éructations continuelles. ^

J’ai vu un enfant de trois ans dont la constipation sc traduisait par des vomissements incoercibles, de la lièvre (38%5) ; un suppositoire de glycérine solidifiée, en provoquant des selles abondantes, a mis fin a i 0S|j accidents inquiétants.

LA CONSÏIl^U'lON

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Toutefois, il est rare que la coustipation, chez les enfants, trouble [)rolondément la santé générale , sa gravité n’est en rien comparable à celle delà diarrhée; elle ne doit pas inspirer les mêmes inquiétudes, elle n’exige pas une thérapeutique aussi active.

Dans la seconde enfance, l’arrêt des matières peut aller jusqu’à l’obstruction intestinale; une petite fille de douze ans, habituellement constipée, meuit d occlusion intestinale ; l’S iliaque était remplie de matières et formait une tumeur qu’on sentait dans la fosse iliaque ; l’estomac était dilaté (1).

Traitement. — Avant de recourir à la pharmacie, on rectifiera les erreurs de régime qui causent souvent la constipation, on réglera les tetées, on surveillera le régime des nourrices, on prescrira les promenades au grand air; on rationnera les liquides chez les enfants plus âgés.

Chez les nouveau-nés, on sera sobre de ces purgatifs dont on abuse sans raison (sirop de chicorée, huile de ricin) et qui peuvent substituer à une constipation inoffensive une diarrhée redoutable. On donnera les lavements glycérinés (une cuillerée à café dans 50 ou 100 grammes de véhicule) et mieux les suppositoires à la glycérine (50 centigrammes à 1 gramme de glycérine par suppositoire). Les suppositoires simples au beurre de cacao (2 à 3 grammes) suffisent chez les enfants très jeunes. Dans le peuple, on donne quelquefois des suppositoires au savon de Marseille, qui sont de simples morceaux de savon taillés en cônes plus ou moins imparfaits.

L’introduction d’une sonde molle dans le rectum permet aussi de triompher aisément de la constipation des nouveau-nés.

(1) Gaume, Revue des maladies de l'enfance, 188G.

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Tous ces petits moyens, qui agissent localement sur la muqueuse du rectum et provoquent des contractions réflexes de l’intestin, doivent être préférés aux purgatifs, qui irritent l’estomac, amènent la diarrhée, et aux lavements, qui distendent et paralysent le gros intestin.

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