‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 5 sur 145 · HYGIÈNE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE

Soins à donner aux nouveau-nés. — Le cordon ombilical ayant été lié et coupé aseptiquement, on plonge l’enfant dans un bain tiède, pour le débarrasser des matières gluantes qui enduisent son corps ; l’usage du savon facilitera beaucoup cette première toilette. On lavera les yeux avec soin avec de l’eau boriquée tiède, et, si l’on craint l’ophtbalmie, on instillera entre les paupières deux gouttes de collyre au nitrate d’argent (1/100). On peut donner un bain tous les jours, d’une courte durée (2 à 5 minutes). Cependant, il suffit de baigner les nouveau-nés une ou deux fois par semaine. Les lotions doivent être employées plus fréquemment, chaque fois que l’enfant est souillé par ses déjections. Après chaque lotion, on saupoudrera les parties avec la poudre d’amidon, de lycopode, de talc, etc. Après avoir essayé toutes les poudres usitées, je donne la préférence à la poudre de lycopode, à cause de sa légèreté, de sa ténuité et de la propriété qu’elle a de ne pas former de grumeaux. L’enfant ne sera emmailloté que la nuit.

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pour éviter les refroidissements, en laissant toujours libres les membres supérieurs; il ne portera pas de bonnet. Il dormira dans son berceau, jamais dans le lit de sa nourrice. On mettra, à ses pieds. et sur les côtes du corps, des boules d’eau chaude pour empêcher le refroidissement. Les enfants délicats, nés avant terme, etc., peuvent être placés dans la couveuse imaginée par M. Tarnier.

La chambre dans laquelle couche l’enfant sera convenablement aérée et chauffée; on en interdira l’accès aux fumeurs et on proscrira les poêles à combustion lente. Les uns et les autres répandent des émanations nuisibles aux enfants.

Sorties et promenades . — Si l’enfant est bien portant e.t si la saison est douce, on sera autorisé à le sortir pendant une heure ou deux, vers le huitième jour; s’il fait froid, on reculera cette première sortie au quinzième jour. Les promenades quotidiennes sontexcellenteset ne sauraient être trop recommandées; on no les suspendra ■que si le temps est trop mauvais, et encore faut-il savoirque les bébés s’aguerrissentvite etpeuvent braver impunément les intempéries. L’enfant sera porté dans les bras de sa nourrice, jamais dans ces petites voitures, dont l’usage est malheureusement si répandu; ces véhicules, très commodes pour les parents, enlèvent à l’enfant la possibilité de tout mouvement et ne le défendent pas contre le refroidissement.

Hygiène alimentaire. ■ — L’hygiène alimentaire a, dans la première enfance, une importance ca[)itale ; c’est d’elle, en résumé, que dépend la vie et la santé des nourrissons.

Quand l’enlant a été baigné, essuyé et convenablement emmailloté, quand il a été placé dans un berceau bien bassiné, il s’endort. Au bout de quelques heures,

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il se réveille et pousse des cris. On peut très bien alors lui donner le sein; on peut également attendre douze, vingt-quatre, trente-six heures, sans craindre qu’il ne meure de faim. Beaucoup de personnes ont l’habitude mauvaise de donner aux enfants de l’eau sucrée; on ne saurait trop blâmer cette pratique. Il ne faut rien donner au nouveau-né, rien, que le sein de la mère ou de la nourrice !

Les premiers jours, d’ailleurs, l’enfant ne tette que quelques grammes d’un lait imparfait (colostrum) qui le purge plus qu’il ne le nourrit; et ce n’est que vers le troisième jour, alors que se fait la montée du lait, qu’il commence à s’alimenter. Si je blâme l’usage de l’eau sucrée, je blâme avec non moins d’énergie l’usage du sirop de chicorée qu’on donne, dans certains milieux, à tous les nouveau-nés sans exception. Cette purgation systématique est aussi dangereuse qu’inepte.

Très rapidement, quand on veut, on habitue le nouveau-né à ne teter que toutes les deux heures; au bout de quelques mois, il est également très facile de diminuer le nombre des tetées.

En général, l’enfant ne doit teter que toutes les deux ou trois heures le jour; la nuit, il tette une seule fois ou même pas du tout, soit six ou sept tetées par vingtquatre heures.

Le premier jour, l’eidant ne prend que 3 ou 4 grammes par tetée, soit en tout 23 à 30 grammes de colostrum. Le second jour, il prend 10 à 13 grammes par tetée et 100 à 130 grammes en vingt-quatre heures. Les jours suivants, il arrive à retirer 400 à 300 grammes de lait du sein de sa nourrice (40 à 50 grammes par tetée). Après la première semaine et jusqu’à un mois, il tette 600 grammes de lait par jour. Lé troisième mois, cette quantité monte à 700 grammes (80 grammes par tetée).

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A quatre et cinq mois, l’enfant prend 800 grammes (100 grammes par tetée). Plus tard, et jusqu’à douze mois, il prend 150 grammes par tetée et 950 à 1,000 grammes par jour. La durée d’une tetée, quand l’enfant est vigoureux, est de dix à quinze minutes ; si l’enfant est vorace, s’il tette trop longtemps, s’il vomit après la tetée, on raccourcira la durée de celle-ci.

Quand les enfants sont venus avant terme, quand ils sont atteints de débilité congénitale, ils n’ont pas la force de prendre le sein, et l’on est obligé parfois de les gaver à l’aide d’une petite sonde en caoutchouc. C’est pour ces enfants que la couveuse de Tarnier est indispensable.

Je vais étudier brièvement les différents modes (l’alimentation de l’enfant, depuis sa naissance, jusqu’à la fiu de la première dentition.

Allaitement naturel. — L’allaitement naturel, c’est-àdire l’allaitement au sein de la mère ou d’une nourrice, est incomparablement le meilleur. Toute mère qui a du lait (et c’est la règle), qui n’est pas malade (tuberculose, maladie infectieuse, maladie chronique), devrait allaiter son enfant. C’est un devoir pour toutes les mères et c’est un avantage pour la plupart; beaucoup qui, avant l’allaitement, étaient pâles, délicates, dyspeptiques, deviennent, sous l’influence de cette fonction physiologique, fraîches, grasses et bien portantes. Il est bien vrai que des femmes, avec la meilleure volonté du monde, n’arrivent pas à parfaire l’allaitement de leur nourrisson; mais combien, qui pourraient faire d’excellentes nourrices, n’essaient même pas !

J’ai dit plus haut la quantité de lait prise par l’enfant à chaque tetée et le nombre des tetées qu’il doit faire eu vingt-quatre heures. Quelques mots sur l’hygiène de la nourrice.

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Celle-ci doit manger de bon appétit et boire à sa soif; lioiir cela, il est nécessaire qu’elle prenne de l’exercice et qu elle sorte tous les jours en promenade. Tous les aliments lui sont.permis (viandes, légumes, etc.), exceptés ceux qui, tels que l’ail, les oignons, les asperges, les salades, peuA eut donner au lait un goût qui déplaise à 1 enfant ou une qualité qui lui soit préjudiciable. L eau rougie, la bière, sont les boissons habituelles; le vin pur, le café, les liqueurs fortes seront interdits à la nourrice, car l’alcool éliminé aA^ec le lait pourrait rendre 1 enfant malade (agitation, insomnie, coiiA’ulsions). La menstruation n’est pas une contre-indication absolue à l’allaitement, et l’on A"oit des nourrices avoir, quoiqu’elles soient réglées tous les mois, d’assez beaux enfants. Quant à la grossesse, son intervention est très redoutée. Or, il n’est pas fréquent de voir, sous cette influence, la sécrétion lactée se tarir ; cependant il y a, pour la nourrice, une double cause d’affaiblissement cjui légitime la cessation de l’allaitement.

L’allaitement naturel doit être continué jusqu’à seize ou dix-huit mois, s’il n’y a pas d’empêchement du fait (le la mère, car il ne peut pas y en avoir A'enant de l’enfant. Plus l’allaitement sera prolongé, plus l’enfant prospérera. L’allaitement sera exclusif jusqu’à huitmois, si la nourrice est suffisante ; ce n’est qu’à partir de six ou huit mois qu’on sera autorisé à donner quelques •aliments. On les choisira faciles à digérer, liquides ou semi-liquides : lait d’animal, œufs au lait, crèmes, panades légères, tapioca au lait, riz au lait, etc. D’ailleurs, il faudra toujours consulter le goût des ■enfants et leur donner, parmi les aliments du genre des précédents, celui qu’ils préfèrent. On ne donnera ni vin, ni eau rougie, ni café; le lait sera leur boisson ordinaire, non seulement pendant toute la

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durée de l'allaitement, mais encore longtemps apres le sevrage.

Allaitement mixte. — Quelques femmes qui n’ont pas assez de lait, ou qui croient n’en avoir pas assez pour allaiter leurs enfants, compensent cette insuffisance naturelle par l’addition de lait d’un animal (vache, ànesse, chèvre). L’allaitement mixte est inférieur à l’allaitement naturel et, s’il vaut mieux que l’allaitement artificiel, il n’est pas sans danger pour les nourrissons.

Dans le cas d’accouchement gémellaire, si la mère ne peut prendre une nourrice mercenaire, elle est bien obligée de recourir à l’allaitement mixte. Dans les grandes Tilles, à Paris notamment, un grand nombre <le femmes sont obligées d’aller en journée, pour gagner leur vie, tout en continuant l’allaitement. Elles donnent le sein à l’enfant pendant la nuit, et, pendant le jour, elles le confient à une garde ou à une crèche ; pendant l’absence de la mère, l’enfant reçoit du lait au biberon, quand il n’est pas soumis à une alimentation plus défectueuse. Il en résulte une série de maladies graves ou mortelles : gastro-entérite, atbrepsie, rachitisme.

Quelquefois, la mère, travaillant dans un atelier peu •éloigné de son domicile, revient chez elle à midi, pour donner le sein à son enfant. Dans ce cas, qui se présente habituellement, je crois que l’allaitement naturel exclusif doit être essayé; seulement, la proportion des tetées de jour et de nuit sera renversée, l’enfant tétant cinq ou six fois la nuit et une ou deux fois le jour. Il vaut mieux, suivant moi, nourrir l’enfant dans ces conditions, que de l’exposer aux dangers de l’allaitement mixte. Sans doute, l’intervalle des tetées sera trop long pendant le jour, on cherchera à tromper l’attente du nourrisson en le berçant, en le plaçant dans une pièce •obscure pour l’engager au sommeil.

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Si rallaitement mixte ne peut être évite, on recommandera de ne donner à l’enfant que du lait stérilisé par l’ébullition, au verre, à la cuiller, à la tasse, au biberon sans tube ; on proscrira impitoyablement les biberons à long tube. Tous les ustensiles qui serviront aux repas de l’enfant seront préalablement plongés dans Teau bouillante. On défendra l’usage de tout aliment autre que le lait, en particulier les bouillies, potages ou bouillons gras, légumes, etc., à moins que l’enfant n’ait dépassé l’âge de six mois. Dans ce cas, on pourra lui donner les aliments que j’ai indiqués plus haut. i

Allaitement artificiel. — L’allaitement artificiel est le , plus mauvais et le plus dangereux de tous les modes d’allaitement ; il se fait généralement ail moyen du 1 biberon. On cherchera à remplacer partout le biberon à long tube par le biberon sans tube, qui est plus facile à stériliser et qui, par conséquent, est moins dangereux. On pourra également donner le lait préalablement bouilli, au verre, au gobelet, à la cuiller, tous ces instruments ayant été également purifiés par l’eau bouillante. On s’inspirera, pour l’allaitement artificiel, des mêmes règles que pour fallaitement naturel, rela- i tivement au nombre des repas et à la quantité nécessaire à chaque repas. ]

Le lait d’ânesse conviendrait spécialement aux enfants i très jeunes (Tarnier) 5 mais le lait de vache est le plus employé. Quelques enfants le prennent pur et le digèrent bien ainsi ; pour d’autres, on est obligé de le couper avec l’eau bouillie (1/2, 1/4, 1/5), suivant 1 âge du nourrisson 5 on sucre ce coupage avec de la saccharose, ou mieux de la lactose, car le lait de femme est plus sucré que celui de vache. L’allaitement au ])is d un animal (ânesse, jument, chèvre, brebis, cbienue)

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

niérito des essais, surtout a la campagne où ils sont souvent faciles. Les résultats obtenus avec l’ânesse à Paris sont encourageants.

C’est surtout pour les enfants hérédo-syphilitiques, .auxquels on ne peut donner une nourrice mercenaire, que ce mode d’allaitement serait avantageux. Ce qui rend l’allaitement artificiel dangereux, c’est la difficulté d’assimilation que le lait de vache présente aux nourrissons. Celait ne peut être digéré pur, on le coupe d’eau, l’enfant en prend une quantité double ou triple de celle qu’il prendrait s’il était au sein, d’où distension de l’estomac, dilatation, gastro-entérite et rachitisme.

L’allaitement artiflciel donne des résultats moins défavorables à la campagne qu’à la ville; à la campagne en effet, outre l’influence bienfaisante de l’air pur, l’enfant reçoit un lait toujours frais et sans mélange frauduleux. Il risque, moins qu’à Paris, de mourir de diarrhée infectieuse, mais il devient rachitique avec autant de facilité que le nourrisson de la ville. On peut dire que le rachitisme est presque fatal chez les enfants allaités artificiellement, quel que soit le mode de cet allaitement, et c’est le moins qui puisse leur arriver. Près du tiers des enfants parisiens sont condamnés à ce mode d’allaitement. On peut juger par là du nombre de ses victimes.

Sevrage. — Le sevrage est une époque critique pour le nourrisson ; si le sevrage est prématuré, s’il est opéré avant douze mois, à plus forte raison avant dix mois, s’il est brutal, il expose aux plus grands dangers. On ne devrait jamais, sans raison majeure, essayer le sevrage avant quinze mois.

Si l’on est dans la saison chaude, surtout en ville, il laut reculer l’époque du sevrage, quel que soit l’àge de 1 eiilant. C’est en hiver, à la fin de l’automne, au coin-

TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE

mencemeiit (lu pi-inlemps, qu’il Tant sevrer les eufauts. Jamais le sevrage ue devra être brutal, c’est-à-dire qu’il ue faudra pas brusquemeut, du jour au leudeinain, supprimer complètement le sein. On commencera par espacer les tetées; de six ou sept, ou les réduira graduellement à cinq, à quatre, à trois, à deux ]iar jour. Puis on ne donnera plus qu’une tetée de temps à autre; enfin, au bout de huit ou dix jours, on cessera définitivement l’allaitement. Pendant ce temps, l’enfant aura reçu, en plus forte proportion que d’habitude, le lait d’animal, les laitages, les œufs, les panades, les fécules qui déjà entraient pour une large part dans son alimentation. Il n’éprouvera donc pas, grâce à cette transition insensible, un contre-coup fâcheux pour sa santé ; la privation du sein, ainsi fractionnée, sera aisément supportée. Quelquefois, pour faire oublier le sein à l’enfant et amener le dégoût, on pourra enduire le mamelon de moutarde ou autre substance désagréable; pris une fois, le bébé n’y reviendra plus.

Alimentation après le sevrage. — Le lait et les laitages doivent faire la base de l’alimentation de l’enfant jusqu’à trois ans ; il ne faut pas se hâter de donner la viande, il faut proscrire les crudités, les fruits, les salades, qui sont difficiles, longs à digérer et ne conviennent pas à des estomacs habitués au régime lacté. On insistera sur l’usage des panades faites avec la croûte de pain ou la biscotte, des potages au lait, au tapioca, à la semoule, au riz, aux pâtes alimentaires; les œufs, sous toutes les formes, rendront de grands services. On donnera aussi les purées de légumes secs (haricots, pois, lentilles), les pommes de terre en moindre quantité. Les confitures, les pâtisseries, les sucreries, malgré le goût très vif qu’elles inspirent aux enfants, seront emi)loyées avec discrétion. Les repas.

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

au nombre de quatre ou cinq par vingt-quatre heures, seront séparés par des intervalles égaux (trois heures en moyenne). On habituera de bonne heure les enfants à ne rien prendre la nuit.

Comme boissons, on renoncera au lait le plus tard possible; on ne donnera ni vin, ni bière, ni café. L’eau, que l’enfant prendra toujours en petite quantité, sera préalablement stérilisée par la chaleur ou par le filtre.

La quantité des boissons sera surveillée avec soin ; beaucoup d’enfants contractent l’habitude de boire incessamment, même la nuit. Il en résulte des troubles digestifs, de la diarrhée parfois, de l’anorexie toujours, un état dyspeptique souvent rebelle avec dilatation de l’estomac. Il faudra donc résister aux sollicitations les plus pressantes des enfants et rationner leurs boissons.

Les enfants qui ont été' élevés au biberon, qui sont devenus rachitiques, sont généralement polydipsiques et polyphagiques ; on s’opposera à des excès alimentaires qui leur sont nuisibles.

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