LES CORYZAS
commensaux liabituels, deviendraient pathogènes sous l’influence du refroidissement (Ch. Bouchard). Déjcà Lasègue [Éludes 7nédicales, II, p. 474) agitait le problème de la transmission du coryza par des agents organisés.
Symptômes. — Avant l’apparition des signes caractéristiques du coryza, on peut quelquefois noter des prodromes caractérisés par un malaise général, des frissonnements, de la céphalalgie. Puis, l’enfant éprouve un sentiment d’ardeur et de sécheresse, suivi d’éternuements plus ou moins répétés. Parfois, le coryza est précédé par un léger mal de gorge qui traduirait la rhinite postérieure ; généralement, c’est la partie antérieure des fosses nasales qui est prise tout d’abord, et le coryza postérieur n’est que consécutif. Bientôt, dès le premier jour, apparaît un écoulement pituiteux, plus ou moins abondant, avec sensation d’obstruction partielle des fosses nasales, qui porte les enfants à se moucher incessamment.
Les yeux sont larmoyants, les conjonctives injectées, par propagation au canal lacrymo-nasal. L’écoulement peut être mêlé de sang et parfois une véritable épistaxis, qui peut se répéter, vient compliquer l’écoulement pituiteux. Pendant la nuit, les mucosités s’amassent dans les fosses nasales, entravent le passage de l’air et l’enfant ne peut dormir sans respirer bruyamment par la bouche, qui reste ouverte.
Il se réveille souvent en sursaut, en proie aux cauchemars, à la dyspnée ou à un accès de laryngisme striduleux.
L’état général cependant est peu atteint; il y a bien de la céphalalgie, de la somnolence, de l’inaptitude à, tout travail, mais la fièvre est nulle ou insignifiante et l’appétit est conservé.
TRAITii DES MALADIES DE l’ENFANCE
Au boni de trois ou quatre jours pour les cas bénins, huit jours pour les cas intenses, le coryza diminue d’intensité, l’écoulement s’épaissit, se tarit, et la guérison est acquise.
Quelquefois, l’inflammation s’étend à l’arrière-cavité des fosses nasales, gagne les trompes d’Eustaclie el l’oreille moyenne- l’otite aiguë peut compliquer le coryza.
L’abondance et l’àcretédu liquide qui s’écoule incessamment sur la lèvre peut l’ulcérer, la fendiller, l’hypertrophier d’une façon durable. Mais c’est surtout dans les cas de coryza récidivant ou chronique, chez les enfants strumeux, que l’eczéma et l’engorgement de la lèvre se rencontrent.
La complication la plus fréquente du coryza aigu, chez les enfants de tout âge, c’est la bronchite. Combien de fois ne voyons-nous pas les bronchites aiguës, voire les broncho-pneumonies, débuter par un coryza? Cette marche descendante du coryza aigu est toujours à craindre chez les jeunes sujets et le pronostic s’en trouve assombri.
Chez le nouveau-né, le coryza aigu tire, de l’âge et de l’allaitement, une gravité spéciale, sur laquelle Billard avait jadis insisté. Ayant vu mourir des enfants en trois ou quatre jours, il était porté à exagérer la gravité du pronostic.
La plupart des nouveau -nés qui contractent le coryza en guérissent parfaitement. Mais, chez eux, la maladie est plus tenace que dans la seconde enfance et elle donne parfois des symptômes inquiétants.
La sécrétion étant abondante et les narines très él roi tes, l’obstruction de ces dernières ne peut être prévenue que par l’éternuement. Impossible de moucher des sujets si jeunes. La respiration est entravée
LES CORVZAS
6t l'Gnf&nt 6st obligé d^Rvoir l<i boucliG consluiniïiBnt ouverte. Il en résulte qu’il ne peut prendre le sein et teter qu’o-vec les plus grandes difficultés. S il fait un mouvement de succion trop prolongé, il est menacé d’asphyxie et il lâche immédiatement le mamelon; il ne tette que par saccades et souvent, découragé par la gêne qu’il éprouve, il refuse obstinément le sein et ne prend qu’à la cuiller.
Bouchut dit avoir vu des menaces d’asphyxie par renversement de la langue.
Diagnostic. — Il est aisé de reconnaître le coryza à première vue. La marche de la maladie dira si elle est aiguë ou chronique. Cependant, chez les nourrissons, il est parfois difficile de se prononcer sur la nature d’un coryza.
Voici un enfant âgé de quelques semaines ou de quelques mois, il est atteint d’un écoulement pituitaire plus ou moins abondant: est-ce un coryza a frigore, est-ce un coryza syphilitique?
En général, chez le nouveau-né syphilitique, le coryza n’est pas isolé, .il est accompagné de plaques labiales ou anales, de cachexie, etc. Mais le coryza peut être la seule manifestation de la syphilis héréditaire, du moins pendant un certain temps.
Il faudra donc suspendre son jugement pour les cas douteux et penser toujours à la syphilis.
Traitement. — Dans les cas légers, pas de traitement autre qu’une bonne hygiène ; on maintient l’enfant à j la chambre, on lui prescrit un léger purgatif s’il est I constipé, des bains de pieds sinapisés s’il a mal à la ( tête.
Si le coryza est intense, on fera inhaler des vapeurs .1 d’eau chaude ou de teinture d’iode, ou bien on introi! duira dans les narines des poudres astringentes (tannin
et alun), on badigeonnera la muqueuse avec une solution de nitrate d’argent à 1/50. Chez les nouveau-nés, on cherchera à déboucher les narines avec des irrigations boriquées, avec une canule en argent (Bouchut), une sonde molle, une plume d’oiseau ou un pinceau trempé d’huile. On fera, en somme, le cathétérisme des fosses nasales ; Valleix conseillait même la trachéotomie !
2“ Coryza chroniqve
Étiologie. — Très fréquent à toutes les périodes de l’enfance, le coryza chronique reconnaît deux causes puissantes : la syphilis et la scrofule. En dehors de l’hérédo-syphilis et de la scrofulose, il peut s’observer ehez les enfants dont la charpente nasale est mal faite, dont la cloison est déviée, dont les cornets sont irréguliers ; la présence de polypes ou de corps étrangers peut aussi entretenir le coryza chronique.
En un mot, toute cause permanente de rétrécissement des fosses nasales peut amener une inflammation chronique.
La déformation dite nez camard, qui s’accompagne si souvent de coryza chronique et d’ozène, est parfois héréditaire, sans relever ni de la syphilis, ni de la scrofule. Le coryza aigu peut tourner à la chronicité, le coryza chronique peut succéder à la rougeole; il peut être l’expression d’un eczéma des fosses nasales.
Symptômes. — Quand le coryza chronique est d’origine syphilitique, il s’observe chez des enfants très jeunes, qui présentent d’autres manifestations caractéristiques, et il cède assez facilement au traitement mercuriel.
Il ne s’accompagne d’aucune déformation du nez. il