‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 58 sur 145 · LES CORYZAS · texte numérisé non relu

LES CORYZAS

intéresse les deux narines à la fois et l’écoulement qu’il donne amène l’érosion de la lèvre supérieure.

A un âge plus avancé, le corj za chronique n’affecte généralement qu’une narine, celle qui est déformée ou rétrécie ; l’écoulement est épais, irrégulier, la surface interne de la pituitaire, épaissie et gonflée, est tapissée decroùtesqui se détachent difhcilementetdontla chute s’accompagne parfois à'éyistaxis. Parfois, de véritables ulcérations et même des caries osseuses sont observées. C’est dans cette forme que la lèvre supérieure est souvent tuméfiée, dure, recouverte d’une éruption eczémateuse persistante.

Les ailes du nez peuvent aussi présenter ces eczémas symptomatiques. Quand il y a une odeur fétide, et le cas est fréquent, on dit qu’il y a ozène ou punaisie.

La respiration est ordinairement gênée, il y a de i’enchifrènement, du ronflement pendant le sommeil, du nasonnement; l’enfant dort presque toujours la bouche ouverte et présente de la pharyngite chronique. L’odorat peut être diminué ou aboli.

La marche de la maladie est variable ; il y a des cas légers qui s’amendent aisément ou guérissent radicalement. 11 y en a d’autres qui persistent indéfiniment et durent autant que la vie, avec cette manifestation si désobligeante pour l’entourage qu’on appelle ozène. La maladie expose à des complications, à l’érysipèle de la face, qui récidive souvent. Les os du nez peuvent être atteints et la charpente de l’organe est exposée à un effondrement complet.

Des rémissions, des rechutes viennent troubler l’évolution de cette maladie essentiellement chronique et torpide.

Quand le coryza chronique est postérieur, ce qui n’est pas rare, il donne un écoulement pharyngé qui irrite

TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE

la muqueuse et amène riiypertropliic des l’oUicules clos ; la pharyngite glanduleuse peut ainsi être provoquée et entretenue parl’ozène. Le pronostic est fâcheux, non seulement par le mauvais terrain que la maladie révèle, mais surtout par cette infirmité repoussante désignée sous le nom de pimaisie, qui rend la vie commune presque impossible aux malades. La marche et la durée du mal révèlent sa chronicité; les commémoratifs, le traitement, diront si la syphilis est en cause ; la rhinoscopie antérieure et postérieure précisera le siège, l’étendue, la nature des lésions et fera reconnaître les ulcères, polypes, caries osseuses qui pourraient exister.

Traitement . — Le traitement doit être général et local; général, il s’adresse au tempérament scrofuleux, à la syphilis, c’est-à-dire à la cause présumée de la localisation morbide. Après avoir essayé le mercure et l’iodure de potassium, si la maladie résiste, on aura recours à l’huile de foie de morue à haute dose, aux eaux sulfureuses, chlorurées sodiques, aux bains de mer, etc. Localement, on peut faire beaucoup : l’odeur infecte exhalée par les malades révèle la présence d’agents' infectieux qu’il faut s’appliquer à détruire par des irrigations antiseptiques. Je me suis bien trouvé des irrigations de sublimé à 1 p. 5000, des pulvérisations boriquées, naphtolées, salolées. Les douches nasales, faites tous les jours, amènent une grande amélioration ; on peut les faire avec l’eau de Challes, d’Uriage, d’Enghien; il faut faire passer dans les narines 4 ou 5 litres de liquide. Dans les cas de coryza antérieur (eczéma de l’entrée des narines), je me suis bien trouvé de l’usage, matin et soir, de vaseline boriquée. Hénoch conseille les badigeonnages de nitrate d’argent à 1 p. 30.

LES ÉPISTAXIS

B. — LES ÉPISTAXIS.

L’épistaxis, ou saignement de nez, constitue, chez les enfants, un syndrome très commun et généralement très bénin.

Étiologie. — Il y a des causes locales (traumatismes, coryzas, polypes, corps étrangers) et des causes générales (gi'ippe, rougeole, fièvre typhoïde, diphthérie, coqueluche, impaludisme, purpura, maladies du cœur' qui donnent naissance aux diverses variétés d’épistaxis symptomatique. Je n’y insisterai pas.

J’ai surtout en vue l’épistaxis simple, primitive, idiopathique, qu’on observe surtout dans la seconde enfance. Les jeunes filles aux approches de la puberté, les enfants qui grandissent vite, ceux qui deviennent pâles et anémiques, les surmenés, les arthritiques, les hémophiles sont prédisposés aux épistaxis. C’est au printenips et en été, plutôt qii’en hiver, qu’on observe le plus grand nombre de ces hémorrhagies.

Symptômes. — Annoncée par quelques prodromes, céphalalgie, bouffée de chaleur à la face, l’hémorrhagie se fait par une narine, goutte à goutte, ou en jet presque continu. Quelquefois, le sang s’écoule dans le pharynx, est dégluti et rendu ensuite par les crachats, les vomissements ou dans les garde-robes. C’est surtout pendant le sommeil que l’issue dans le pharynx se produit.

D’ordinaire, l’épistaxis est peu abondante et de courte durée; mais elle peut se reproduire, et j’ai été Iréquemment consulté pour des enfants qui présentaient des saignements de nez pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines de suite.

THAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE

A la longue, ces perles de sang finissent par alTaiblir les enfants, et l’anémie peut en être la conséquence.

Il est bien rare que l’épistaxis idiopathique soit inquiétante par son abondance et menace la vie.

Cependant, il faut prévoir la possibilité d’une syncope et de la mort.

Diagnosiic. — Le diagnostic de l’épistaxis est des plus faciles, quand le sang s’écoule par l’orifice antérieur des narines. Dans le cas contraire, on peut se méprendre sur l’origine de l’hémorrhagie et croire à une hémoptysie, aune hématémèse, aumélœna. Pour faire le diagnostic, on examinera avec soin les narines de l’enfant, on fera pencher la tête en avant, on se servira d’un abaisse-langue pour voir si le sang coule sur la paroi du pharynx.

Pour reconnaître la cause de l’hémorrhagie, on examinera la constitution de l’enfant, ses antécédents personnels et héréditaires.

Traitement. — On cherchera à arrêter l’hémorrhagie et à en prévenir le retour. Si l’épistaxis est accidentelle et peu abondante, rien à faire. Si elle inquiète par sou abondance ou sa répétition, on cherchera à l’arrêter par l’élévation du bras, par les irrigations très chaudes ou glacées, par l’introduction d’un tampon de charpie ou d’ouate, imbibé de perchlorure de fer ou de cocaïne à 1 p. 20, au besoin par le tamponnement méthodique et complet de la fosse nasale.

Pour prévenir le retour des hémorrhagies, on prescrira le quinquina, la quinine, l’ergotihe, les ferrugineux, l’huile de foie de morue. Si le surmenage scolaire et la croissance sont en cause, on prescrira le repos physique et intellectuel, le séjour à la campagne.

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