B. — BRONCHITE CHRONIQUE
J’ai décrit, sous le nom de bronchite chronique chez les enfants [Prog^'ès médical^ 1884 ; Archives de médecine, i8S6), une variété qui n’a rien de commun avec la bronchite emphysémateuse des personnes âgées. Elle en dilfère par ses causes, par ses symptômes, par sa bénignité relative.
Etiologie. — La bronchite chronique simple est commune à toutes les périodes de l’enfance. Elle peut succéder à une bronchite aiguë négligée ; elle peut survenir spontanément et d’une façon insidieuse (chronique d’emblée). Souvent, elle succède à la rougeole ou à la coqueluche, plus rarement à la fièvre typhoïde ou à la grippe. Elle n’est pas rare chez les enfants athrepsiés nourris au biberon, chez les hérédo-syphilitiques, chez tous les enfants cachectiques; mais elle est surtout commune chez les enfants lymphatiques, scrofuleux ou issus de parents scrofuleux et tuberculeux. L’influence de la scrofule est signalée par Bazin, par Barth, par Cadet de Cassicourt.
THArn': des maladies de l’enfance
Les rackiliques sont assez souvent atteints de bronchite chronique.
Anatomie pathologique. — Aucun des malades que j’ai observés n’est mort, et je ne puis donner les caractères anatomiques de la bronchite chronique infantile. Les bronches sont-elles dilatées, leur muqueuse est-elleépaissie, vascularisée, ulcérée, y a-t-il emphysème pulmonaire? Autant de questions à résoudre. Mais, si ces lésions existent, elles ne sont pas irrémédiables^ car les enfants guérissent presque tous.
Symptômes. — Le début varie suivant la cause. Ou bien c’est une bronchite aiguë simple qui, pour une raison ou pour une autre (négligence, misère, faiblesse native ou acquise), passe à l’état chronique; ou c’est une bronchite symptomatique qui a persisté après la guérison de la maladie primitive (coqueluche, rougeole). Les enfants sont peu touchés; ils vont et viennent, conservent l’appétit, les forces, fréquentent l’école. La fièvre est nulle. Il y a simplement de la toux et des crachats abondants, purulents, quand le sujet est assez grand pour cracher.
Quand la bronchite simple est devenue chronique, voici les allures qu’elle prend : oppression nulle ou insignifiante, aucune gêne, bon état général, tantôt embonpoint, tantôt pâleur et amaigrissement ; toux fréquente, courte, sèche ou quinteuse, coqueluchoïde parfois, mais sans reprise. Les quintes sont fréquentes, surtout la nuit et le matin au réveil. Elles redoublent en hiver et par les temps humides; elles s’atténuent en été.
Quand il y a des crachats, ils sont abondants, épais, jaunâtres.
L’examen du thorax montre la persistance de la sonorité plessimétrique, quelquefois l’exagération de
BnONCIIITE CimONIOUE
celle sonorilé (emi)hysème). Mais les vibralions locales sonl intactes et il n’y a pas de déformations, à moins que l’enfant ne soit rachitique.
A l’auscultation, on trouve des râles plus ou moins nombreux, ronflants, sibilants, sous-crépitants, avec prédominance unilatérale dans quelques cas.
Ces râles varient suivant les rémissions ou les recrudescences de la maladie. Il n’y a ni souffle, ni fine crépitation; aucun signe de congestion ou d’induration pulmonaire.
La durée de la maladie est indéfinie; j’ai suivi des enfants atteints de bronchite chronique pendant plusieurs années, sans les voir péricliter. J’en ai vu un récemment qui a mis près de sept ans pour guérir.
Généralement, la maladie s’atténue pendant la belle saison, pour s’aggraver pendant l’hiver.
Ce qui assombrit un peu le pronostic, c’est la crainte de voir la tuberculose se grelfer un jour sur la bronchite chronique. J’ai vu cette terminaison deux ou trois fois seulement. Le pronostic quo ad est bon dans presque tous les cas.
Diagnostic. — Quand on a constaté la présence des râles, de la toux,' qui persistent pendant de longs mois, on reconnaît aisément la bronchite chronique. La tuberculose pulmonaire se distingue par la prédominance des signes aux sommets, ceux de la bronchite prédonnnant aux bases, et par la cache.xie qui l’accompagne.
L’adénopalhie trachéo-bronchique, avec ses paro.xysmes de toux et de dyspnée, et ses signes plessimétriques au niveau du sternum et de la région interscapulaire, se sépare de la bronchite chronique.
La coqueluche a une toux spéciale caractéristique, mais la bronchite chronique peut lui succéder et simuler ses quintes.
Traitement. — On fera de la révulsion locale (ventouses, leinlure d’iode, vésicatoires); on donnera les siiops calmants cités plus haut pour combattre les paroxysmes. Mais on insistera surtout sur le traitement généial, sur 1 amélioration du terrain (huile de morue, sirop d’iodure de fer, eaux sulfureuses). On recommandera le changement d’air et la vie à la campagne.