E. — PNEUMONIE
La pneumonie franche, pneumonie lobaire, pneumonie fibrineuse, n’est pas commune chez les eufants; elle est même très rare dans la première enfance, avant deux ans. D’autre part, elle est beaucoup plus bénigne (pie chez les adultes et les vieillards.
Étiologie. — C’est surtout dans la seconde enfance, après quatre ou cinq ans, qu’on est exposé à rencontrer la pneumonie franche; cependant, Ilénoch l’a observée dès l’âge de six mois et il existe dans la science plusieurs observations de transmission héréditaire de la pneumonie; le pneumocoque est alors porté au fœtus par la voie sanguine. L’enfant meurt peu de jours après sa naissance, avec une hépatisation plus ou moins étendue :1).
Sur 406 cas, Rilliet et Barthez en comptent 242 entre deux et six ans, 164 entre sept et quatorze ans. Tandis que la broncho-pneumonie est presque toujours secondaire, la pneumonie est primitive.
Le froid est une cause souvent invoquée, et à juste titre ; il agit surtout pendant les changements de saison, au printemps, en mars, avril, mai. Mais, outre le refroidissement, il faut faire la part de la contagion; on voit de petites épidémies de famille et de maison qui l’attestent.
En elfet, la pneumonie est une maladie infectieuse dont l'agent pathogène est bien connu aujourd’hui, grâce aux travaux de Talamon (1883), de Frankel, de Weichselbaum, etc.
Dès 1879, Pasteur avait trouvé dans la salive d’un (1) Courtois-Suffit (Thèse de Paris, 1891).
ÏMAITÉ DES MALADIES DE l’eMFANCE
eiiraiiL un diplocoqiie (point double) qui n’élail autre que le microbe de la pneumonie, et Netter, plus tard, a montré la présence de ce microbe dans la salive do beaucoup d’individus indemnes de pneumonie.
A Talamon revient le mérite d’avoir le premier affirmé et démontré la valeur pathogéniqne de ce microbe, auquel il donne le nom de coccus lancéolé de la pneumonie lobaire fibrineuse (1). Mais il n’a pas vu la capsule qui entoure ce diplocoque. Netter a insisté sur la multiplicité des manifestations et sur la généralisation du pneumocoque, qu’il a trouvé dans les méningites, les olites, les pleurésies, etc. (2). Quant au diplobacille encapsulé de Friedlander, il n’est pas l’organisme de la pneumonie, mais il peut être l’agent de la broncho-pneumonie.
La pneumonie peut récidiver. Elle jieut être secondaire (grippe, fièvre typhoïde).
Anatomie pathologique. — Chez Tenfant comme chez l’adulte, quoique l’occasion s’en présente moins souvent, on a pu observer les trois phases anatomiques classiques : engouement, hépatisation rouge, hépatisation grise.
L’hépatisation est constituée par la présence d’exsudats fibrineux et de leucocytes dans les alvéoles; chaque lobule distendu par l’exsudât forme une petite granulation qui se voit à la coupe et qui est à la limite des objets visibles à l’œil nu. Chez l’enfant, la granulation est moins grosse (un tiers environ) que chez l’adulte, car les alvéoles sont plus grands chez ce dernier.
La terminaison par suppuration, par abcès, gangrène, induration, est très rare dans l’enfance. Au contraire,
(1) Société anatomique, 30 novembi'e 1833.
(2) Archives de médecine, 1887.
r.XEUMONIE
la pleurésie est une complication fréquente, et en particulier la pleurésie purulente reconnaît souvent pour origine la pneumonie franche.
La péricardite, la méningite cérébrale ou cérébrospinale, l’otite suppurée, sont autant de complications assez communes.
Le sommet du' poumon est plus souvent atteint que chez l’adulte, le sommet droit plus souvent que le gauche; quand la pneumonie est à la base, c’est à gauche qu’on la rencontre d’ordinaire; elle peut être double. Quand on e.vamine les exsudais pulmonaires, on trouve le pneumocoque, tantôt isolé, tantôt associé à d’autres microbes, et en particulier au streptocoque pyogène.
Symptômes. — Le début, quelquefois précédé de bronchite, est généralement soudain ; il est marqué par des frissonnements ou un frisson quand l’enfant est âgé, par des vomissements alimentaires et bilieux, de la diarrhée, des convulsions.
La céphalalgie, l’épistaxis, peuvent se montrer.
La peau est très chaude, les joues sont colorées et parfois la rougeur s’étend comme un rash sur tout le corps.
Tantôt, l’enfant est agité et ne peut tenir en place dans son lit; tantôt, il est somnolent et abattu. La température atteint d’emblée 40“, 41“ et reste à ce niveau sans rémissions notables.
Le point de côté est moins fréquent et moins violent que chez l’adulte; il l’est d’autant moins que l’enfant est plus jeune. M. Cadet de Gassicourt a noté sa présence dans la moitié des cas.
La toux est sèche, parfois quinteuse. Les crachats, qui manquent totalement chez les tout jeunes sujets, sont, chez les autres, plus souvent striés de sang que rouillés.
Dans la première enlance, on ne peut se guider que sur la dyspnée, le battement des ailes du nez, la fréquence des respirations (70, 80) et du pouls (130, 130, 160). L’herpès labial marque souvent l’invasion de la maladie; chez une fdlette de six ans, observée le 11 avril 1888, j’ai vu un herpès du menton, de la joue et de la région sous-mentonnière précéder de trois jours le point de côté, la toux, le souffle perçu dans l’aisselle droite. L’herpès est plus souvent postérieur à l’invasion ; chez une fillette de deux ans (3 août 1887) qui venait d’être sevrée, l’herpès apparut à la lèvre supérieure et sur les narines le troisième jour de l’invasion, qui avait été marquée par des vomissements, de la somnolence, des sueurs abondantes.
La somnolence est souvent diurne et remplacée, la nuit, par de l’agitation et du délire.
Chez la petite fille de deux ans, il n’y avait pas de point de côté, mais du souffle, des râles crépitants, de la matité à la base gauche.
On observe quelquefois la bronchophonie, le skodisme sous-claviculaire, mais il ne faut pas compter sur les vibrations thoraciques.
Le souffle tubaire est, chez l’enfant, moins accusé eue chez l’adulte, son timbre est moins déchirant, les râles qui l’accompagnent sont moins fins, moins secs. Ce souffle est encore plus éphémère. La défervescence est rapide et précoce, elle se fait vers le sixième ou septième jour. M. Cadet de Gassicourt a vu la défeivescence se faire brutalement en deux heures ; le theimomètre, qui marquait 40», 2, tomba, dans ce court laps de temps, à 36“, 1 ; l’enfant était dans une sorte de collapsus, de syncope, il paraissait mourant, il était guéri. A ce moment, il peut y avoir des phénomènes critiques (épistaxis, sueurs, diurèse).