‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 75 sur 145 · F. — CONGESTION PULMONAIRE · texte numérisé non relu

F. — CONGESTION PULMONAIRE

La congestion pulmonaire, si elle est rarement isolée, joue cependant un rôle important dans la plupart des maladies du poumon, aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte. Nous devons à M. Cadet de Gassicourt une étude complète de cette maladie ; d’autre part, M. Grancher a décrit, sous le nom de spléno-pneumonie, une forme de congestion plus durable qui peut simuler la pleurésie. Entre ces deu.v variétés pourrait prendre place la congestion pleuro-pulmonaire de M. Duflocq (1).

Étiologie. — La congestion pulmonaire est presque toujours un élément secondaire, surajouté, qui vient compliquer la bronchite, la broncho-pneumonie, la pneumonie, la pleurésie, la tuberculose pulmonaire.

Mais elle peut être aussi isolée et primitive, congestion simple aiguë. Dans ce cas, elle résulte souvent du refroidissement, le corps étant en sueur. A côté du coup de froid, il faut citer le rhumatisme, la fièvre typhoïde et les autres maladies infectieuses.

D’après M. Cadet de Gassicourt, la congestion primitive apparaîtrait surtout dans la seconde enfance; il ne l’a pas obsei'vée au-dessous de quatre ans. C’est au printemps, au mois de mai, qu’elle se rencontre.

M. Ilénoch n’admet pas cette forme, qui ne repose sur aucune autopsie ; pour lui , c’est de la pneumonie abortive.

Symptômes. — Le début est brutal : vomissements, i frissons, point de côté, convulsions, céphalalgie, délire, t dyspnée, battement des ailes du nez, ascension rapide ,

(1) Paris, 1889. |

CONGESTION PULMONAlBE

du Ihermomèlre (40“, 41°). Tout annonce la pneumonie. Mais ces symptômes bruyants, inquiétants, sont éphémères. Au bout d’un, deux, trois jours au plus, tout a disparu.

Gomme signes physiques, on note la submatité, le souffle doux, les râles fins. Il y a de la toux et parfois des crachats gommeux.

Si la congestion est centrale, il n’y a pas de souffle, mais seulement de la rudesse respiratoire.-

On peut constater deux poussées séparées par un intervalle apyrétique, mais toujours l’iiyperthermie est peu durable et la défervescence brusque. La durée totale des cas les plus prolongés n’excède pas quatre ou cinq jours; elle atteint exceptionnellement huit jours.

Le siège de prédilection de la congestion, pour Duflocq, serait le hile du poumon. Dans un tiers des cas, M. Cadet de Gassicourt signale la présence de l’herpès labial.

Le pronostic est bénin dans tous les cas de congestion primitive, et cette sorte de fluxion de poitrine légère guérit toujours. Au contraire, dans les cas secondaires, la congestion est plus grave et peut contribuer à la terminaison fatale.

La spléno-pneumonie de M. Grancher diffère, pour la marche et pour la durée, des formes précédentes ; elle partage les allures de la pleurésie.

Diagnostic. — Le diagnostic de la congestion pulmonaire primitive est très difficile, car aucun des signes qu’elle donne n’est pathognomonique. Lamarche seule et la courte durée de la maladie sont caractéristiques. Cependant, même dans les cas les moins douteux, se pose la question de la pneumonie abortive, d’autant plus que le pneumocoque a été rencontré dans cette forme par Picot et d’Espinc.

TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFAXCE

Dans la spléno-pneumonie, l’en-eiir esl fréquente, on croit à la pleurésie et on fait une iionction qui reste blanche. Quelquefois il y a une e.xjjectoration gommeuse (jui fait pencher la balance.

Dans les bronchites, les broncho-pneumonies, les pneumonies, les pleurésies, la congestion se traduit par des symptômes qui ont été e.xposés dans l’étude de ces maladies.

Traitement. — Le ti’aitement de la congestion pulmonaire simple pourrait se borner à l’expectative. On réservera le vésicatoire pour les cas plus durables; on aura recours au cataplasme sinapisé, on appliquera les ventouses sèches sur toute la poitrine et scarifiées sur le point douloureux. Si l’asphyxie prédomine, on aura recours à l’ipéca, aux inhalations d’oxygène.

G. — G.\NGHÈNE l'ULMOXAIRE.

Étioiofiie. — Sur 34 cas de la thèse de Louisa Aldus (1), 17 concernaient des enfants de moins de six ans.

La gangrène pulmonaire n’est jamais primitive chez les enfants et ne se rencontre (sauf les corps étrangers) que chez ceu.x qui sont atlaiblis ou épuisés par une maladie antérieure, aiguë ou chronique. Ce sont surtout les enfants mal nourris, mal tenus, mal logés, atïaiblis par la maladie, par la diète, par 1 encombrement nosocomial, qui sont prédisposés à la gangrène. Elle succède alors à une pneumonie ou à une broncho- ])neumonie.

Parfois cependant elle débute par un point de côté,

(1) Zurich, 1812.

C ANC n lîNli l>ULMONAir>E

<?omme si elle était })rimitivc 5 elle peut aussi succéder à un traumatisme, à une chute (llilliet et Barthez).

La rougeole est au premier rang des maladies iulautiles qui exposent à la gangrène pulmonaire, comme au noma, comme à la gangrène vulvaire, et ces localisations extérieures })euvent précéder la localisation interne.

La gangrène pulmonaire est beaucoup plus rare à la suite des autres maladies infectieuses (diphthéric, coqueluche, variole, tuberculose, pneumonie, fièvre typhoïde, etc.).

Cependant, sur :26 cas, llilliet et Barthez ont compté 13 tuberculeux. Quelle que soit la maladie antérieure, la gangrène pulmonaire résulte de la pénétration d’éléments infectieux venus du dehors ou émanés d’nn foyer gangreneux périphérique (embolies seiitiques). M. Hénoch a vu la carie du rocher précéder la gangrène du poumon.

A7ialomie pathologique. ■ — Chez l’enfant, la lésion est généralement circonscrite et lobulaire, parce qu’elle a ])i’is naissance dans les foyers disséminés d’une bronchopneumonie. On trouve, au milieu de ces foyers inflammatoires, de petits abcès putrides, de petites cavités 1 remplies de masses verdâtres, difflnentes, d’odeur I repoussante. Dans ces masses informes (putrilage I humide, bourbillon gangreneux), il est impossible de I reconnaître ancnn tissu. Pai'fois on voit do petites |i cavernes traversées par des filaments, des brides, et |t contenant des débris alvéolaires, des fibres élastiques, des cristaux d’acides gras. Au voisinage de ces foyers, il on peut trouver l’hépatisation, la carnisation ; les I: ganglions du hile peuvent être gangrenés.

I Dans lin cas observé par llilliet et Barthez, la gan- I grène était limitée à la bronche gauche. C’est surtout

TRAITE DES MALADIES DE l’ENFANCE

clans les lobes iiilérieurs et à droite c|ue la gangrène prédomine.

Le sphacèle peut être superficiel, intéresser la plèvre et se compliquer alors de pleurésie purulente ou de pyo -pneumothorax.

Symptômes. — Il y a des cas latents qui ne se révèlent ({u’à l’autopsie (liilliet et Barthez). Les symptômes généraux, toujours graves, n’ont cependant rien de caractéristique : pâleur terreuse de la face, abattement, fièvre intense, pouls rapide, langue sèche, anorexie, diarrhée, amaigrissement, dyspnée.

Les signes stéthoscopiques ne sont pas davantage caractéristiques : râles muqueux, râles cavitaires, gargouillement, souffie. Seule, la fétidité de l’haleine et des crachats est pathognomonique et le diagnostic repose sur l’odorat.

Si. on môme temps que la gangrène pulmonaire, il y a noma ou stomatite ulcéreuse, la fétidité de l’haleine pourrait être rapportée à ces lésions. Ce n’est que dans les cas d’intégrité de la bouche et du pharynx que la fétidité indique le sjihacèle pulmonaire.

Quand l’enfant sait cracher, on constate que sou e.xpectoration est abondante, extrêmement fétide et (|ue ses crachats grisâtres contiennent du pus et des déhris alyéolaires.

Ces crachats, après un court séjour dans le crachoir, y forment trois couches (Traube) : une couche inlérieure, épaisse, purulente, jaunâtre ; une moyenne, séreuse et claire ; une supérieure, mousseuse et jaune vert.

ün trouve, dans ces crachats, des vibrions, le leptothrix pulmonalis, des acides gras lormant des • grains analogues à la semoule. i

L’hémoptysie s’observe , d’après Rilliet et Barthez,

EM Pli Y SÈM E PU LMON A I HE

I l'ois sur 4. La toux est variable, souvent quinteuse ; la dyspnée est intense et accompagnée parfois d’un point de côté.

La maladie dure de quelques jours à deux ou trois semaines, et aboutit à la mort presque constamment. La mort est le résultat de l’épuisement, de l’infection, du collapsus, quand elle n’est pas précipitée par l’intervention d’une hémoptysie ou d’un pneumothorax.

Le pronostic est moins funeste dans la gangrène par corps étrangers des voies aériennes. Enfin, Rilliet et Barthez ont obtenu la guérison chez une fillette de six ans, atteinte de rougeole et de pneumonie du sommet, terminée par gangrène.

Trailement. — On fera inhaler l’essence de térébenthine; on donnera le sirop de térébenthine, à la dose de 20 à 30 grammes, la teinture d’eucalyptus, à la dose de 1 à 2 grammes. Les inhalations d’oxygène, les pulvérisations phéniquées et créosotées sont à recommander. En même temps, on prescrira un régime réparateur et tonique, la quinine, l’alcool, le lait, la poudre de viande.

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