LES OREILLONS
entravait la mastication; il y a souvent quelques douleurs d’oreille et un peu de surdité passagère.
Chez cet enfant et chez une petite fille de neuf ans, observée trois mois après, il existait une stomatite érythémateuse qui pouvait être considérée comme un énanthème ourlien (I). Je n’ai observé cette stomatite ourlienne que deux fois; elle était accompagnée d’une abondante salivation, qui rougissait le papier de tournesol; la fièvre était assez forte dans ces deux cas.
Les oreillons sont presque toujours doubles, le côté gauche est en général envahi le premier ; la terminaison par résolution est une règle presque sans exception. Au bout de six ou sept jours, la fluxion ourlienne disparaît et la guérison est acquise sans retour. La marche des oreillons est simple et favorable chez les enfants. Il n’en est pas toujours ainsi chez les adolescents et les adultes, exposés à des métastases (orchite, mammite, bartholinite) et à des accidents viscéraux parfois très inquiétants. L’atrophie des testicules et l’infécondité peuvent être la suite des oreillons ; l’albuminurie a été aussi observée chez les adultes.
Diagnostic. — Un peu d’attention suffit à assurer le diagnostic dans la plupart des cas; l’adénite pré-auriculaire se présente sous forme d’une petite masse arrondie, dure, douloureuse, sans fluxion périphérique comparable à la fluxion ourlienne. De plus, elle ne naît ])as sponlanément, elle succède à une lésion cutanée de voisinage. L’adénite sous-maxillaire pourrait être confondue avec l’oreillon de la glande salivaire sousmaxillaire ; elle s’en distingue par la réaction inflammatoire et par l’origine (carie dentaire, périostite, lésion cutanée, scrofule). Si le diagnostic ne pouvait
(1) Guénean de Mussy a également noté ce fait.
TlîArrÉ DES MALADIES DE L'ENFANCE
être fait immédiatement, l’évolution de la maladie viendrait bientôt lever tous les doutes.
La parotidite, qui succède à certaines maladies infectieuses, est nettement inflammatoire, elle aboutit à la suppuration (ce qu’on ne voit jamais dans les oreillons), elle est unilatérale (ce qu’on voit très rarement dans les oreillons). Pour toutes ces raisons, sans parler de la coïncidence des maladies primitives, le diagnostic différentiel est facile.
Traitement. — La plupart des enfants atteints d’oreillons vont et viennent, comme s’ils n’avaient aucune maladie. Il est bon de les tenir éloignés de l’école, de les garder à la maison, sinon au lit,' et d’entourer les parties malades d’une couche d’ouate maintenue par un bandeau peu serré. Diète lactée ou alimentation solide modérée, léger purgatif si la langue est saburrale. Quand peut-on permettre à un enfant atteint d’oreillons de rentrer à l’école ? Quinze jours, comptés à partir de l’invasion, me paraissent suffisants.
A COQUELUCHE
LA COQUELUCHE
La coqueluche est une maladie infectieuse, dont le microbe pathogène n’est pas encore bien connu, dont la-fréquence et la contagiosité sont très grandes. Elle frappe presque exclusivement les enfants et se caractérise cliniquement par une ioux quinteuse avec reprise sifflante, qn’il suffît d’entendre une seule fois pour la reconnaître toujours.
Étiologie. — La contagion est la cause unique de la coqueluche, tous les médecins d’enfants, Blache, Rilliet et Barthez, Trousseau, Roger, Cadet de Gassicourt l’ont prouvé. 11 n’est pas besoin de contacts prolongés et immédiats entre un enfant malade et un enfant sain pour transmettre la coqneluche de celui-là à celui-ci : une rencontre de quelques minutes suffît parfois, le germe contagieux est très diffusible et très puissant. Le docteur Filatov (de Saint-Pétersbourg) déclare que la coqueluche traverse rarement un corridor ponr passer d’une salle à une autre : la contagion ne s’exerce qn’à une petite distance.
D’autre part, la réceptivité des enfants est sans limite et l’immunité naturelle exceptionnelle à l’égard de la coqueluche. On s’explique ainsi les épidémies de famille, de maison, d’école, de quartier, de ville, de district. La coqueluche, dans un cas donné, est d’autant
IIG
TnAITÉ DES MALADIES DE l’EiNFANCE
[)lus contagieuse qu’elle est plus récente et plus forte; à mesure que les quintes convulsives s’éloignent et s’éteignent, la contagiosité est moindre ; cependant, il ne faut pas exposer des enfants sains au contact d’nne coqueluche vieille de deux ou trois mois ; nous ne savons pas exactement pendant combien de temps la coqueluche reste virulente.
Le médecin qui visite les coquelucheux, les personnes qui les soignent, les objets qui leur servent peuvent-ils véhiculer le contage ? La question se pose, elle n’est pas résolue ; on ne saurait prendre trop de précautions contre ces contagions médiates par les objets et par les personnes ; mais, sans nier absolument le danger, il faut reconnaître qu’il est minime [)Our la coqueluche comme pour la plupart des autres maladies contagieuses de l’enfance.
Des faits rares, mais avérés, établissent la possibilité de la contagion intra-utérine, car on a vu des enfants, nés de mères coquelncheuses, jirésenter les accès caractéristiques dès les premiers jours de leur naissance. Les enfants à la mamelle ne sont pas aussi exposés que les enfants plus âgés aux atteintes de la coqueluche ; mais ce privilège ne tient pas tant à une réceptivité moindre qu’à une moindre fréquence de i-apports (écoles, jeux en commun) entre les nourrissons et les autres enfants. Toutefois, il est admis généralement que les nouveau-nés sont moins aptes à contracter les maladies infectieuses que les enfants plus âgés.
C’est de deux à cinq ans que la coqueluche présente son maximum de fréquence ; passé cet âge, elle devient moins commune et les adultes, même en temps d épidémie, échappent presque tous à la contagion, les uns parce qu’ils sont vaccinés par une première atteinte,
LA COOLELUCllE
les aulres parce qu’ils possèdent, l’immunité naturelle.
Sur 557 cas de coqueluche que j’ai observés, je note 118 enfants ayant moins de deux ans, dont 46 au-dessous d’un an et 7 au-dessous de six mois ; 302 entre <leux et cinq ans, 96 entre cinq et sept ans, 37 seulement au-dessus de cet âge.
lAâge de trois ans est celui qui m’a fourni le plus de cas (116 cas); viennent ensuite l’àge de quatre ans (98 cas) et l’âge de deux ans (88 cas).
La température, le climat, la saison, autant de causes invoquées pai‘ les anciens observateurs, ne jouent aucun rôle dans l’étiologie de la coqueluche. Cette maladie règne sous toutes les latitudes, elle visite les campagnes (’omme les villes, mais elle est endémique dans celles-ci, tandis qu’elle ne frappe celles-là que sous forme d’épidémies plus ou moins répétées, succédant à des importations accidentelles.
A Paris, la coqueluche est surtout fréquente dans la population ouvrière, dont les enfants nombreux et entassés dans des maisons qui sont de véritables casernes vivent dans une promiscuité fâcheuse qui assure la multiplication et la dilfusion de toutes les maladies contagieuses ; les écoles, les asiles, les crèches des faubourgs sont aussi dos foyers de contagion, toujours ardents, jamais éteints.
Aussi faut-il ])erdre l’espoir de voir jamais disparaître la coqueluche, qui, si j’en juge par les notes que j’ai recueillies à la Villette, serait la plus fréquente de toutes les maladies iufectieuses de l’enfance.
L’anatomie pathologique no nous renseigne pas sur la nature de la coqueluche et ne nous donne pas la clef de sa pathogénie (1). En etfet, sauf des lésions
(1) M. Grifülhs a Irouvù une ploiiiaïne clans les urines des ,<'uquelucheux (Académie des Sciences, 29 février 1892),
Tn.MTÉ DES MALADIES DE l’ENFANCE
liypérémiqiics du pharynx, du larynx et des bronches, qui n’apjiartiennent pas en jiropre à la coqueluche et qui n’ont rien de spécifique, l’anatomie jiathologique est nulle quand il n’y a pas de complications (emphysème,, broncho-pneumonie).
Les cliniciens, et Trousseau à leur tête, distinguent deux éléments dans la coqueluche : un catarrhe des. premières voies respiratoires, qui explique la toux et le rejet des mucosités, et un spasme, qui explique le caractère violent et quinteux de cette toux. Les uns ont jilacé le siège de la maladie dans les nerfs pneumogastrique, phrénique, laryngé supérieur (Rosenthal) et ont fait de la coqueluche une névrose; Noël Guéneau de- Mussy fait intervenir la compression des récurrents par les ganglions bronchiques, et la coqueluche devient un cas particulier de Vadénopalhie trachéo-bronchique ; les autres considèrent la coqueluche comme une bronchite spasmodique ; Gendrin n’y voit qu’une inflammation de la muqueuse laryngée. Trousseau, toujours éclectique, fait la part égale entre le catarrhe et la névrose ; tout cela est fort bien, à condition qu’on veuille admettre la spécificité, nous dirions aujourd’hui V infectiosité de la coqueluche.
Cependant, malgré les recherches de Letzerich, Tschamer, Afanassielf, le microbe delà coqueluche est à déterminer.
Afanassielf (Saint-Pétersbourg, 1887) a trouvé, cultivé et inoculé un bacille court, lin, mobile, qu il donne comme pathogène de la coqueluche. Un de ses élèves, Semlschenko, a annoncé que ce bacille existait dans les crachats dès le quatrième jour et disparaissait avec les quintes (1888).
La coqueluche ne récidive pas; les quintes coqueluchoïdes que les enfants peuvent présenter plusieurs.
LA COQUELUCHE
mois ou plusieurs années après la guérison ne sont pas dues à une nouvelle invasion ; elles sont une conséquence tardive de la première et nnique atteinte.
Symptômes. — L'incubation de la maladie, plus longue que celle de la scarlatine, plus courte que celle de la rougeole, est d’une semaine en moyenne ; sa durée exacte est d’ailleurs difficile à apprécier, puisque la coqueluche débute comme un rhume, comme une bronchite simple.
On peut diviser la maladie en trois périodes : la première purement catarrhale, la seconde quinteuse et spasmodique, la troisième régressive, avec atténuation des quintes et du catarrhe.
1“ La toux, premier symptôme de la coqueluche, n’a d’abord rien de caractéristique, et elle conserve sa banalité pendant huit ou dix jours ; mais alors, loin de s’amender, comme dans le cas d’un rhume, d’une trachéo-hronchite vulgaire, elle s’exaspère, devient saccadée, violente, nocturne. Déjà l’état général est atteint, il y a du malaise, un peu de fièvre, de l’anorexie.
L’auscultation, à cette période, révèle la présence de quelques ronchus disséminés ; de temps à autre, il y a des quintes pénibles qui s’accompagnent de l’expulsion de quelques mucosités épaisses et filantes et parfois même de vomissements. Dès cette jiériode, on peut soupçonner, sinon affirmer la coqueluche par les caractères de la toux, qui est bruyante, qui trouble le sommeil, qui est suivie de crachats.
La durée de la première période est variable ; Archambault l’évalue à dix ou douze jours en moyenne.; elle serait plus courte dans la première enfance que dans la seconde, plus longue au commencement et àu déclin qu’au fort des épidémies.
TnAIÏK DES MALADIES DE L’ENEANCE
2® Mais la toux va ju-océder par accès, clic est spasmodique et bientôt, à la suite d’une série d’expirations bruyantes et saccadées, on perçoit un sifflement, un hoquet terminal qui doit donner l’éA^eil; la quinte de coqueluche est ébauchée, elle ne tardera pas à être typique. L’enfant qui, en dehors des accès, ne manifeste aucun trouble morbide, sent venir la quinte, il cherche un j)oint d’appui, il est pâle et respireà peine, puis il est pris de secousses violentes qui traduisent autant de saccades expiratoires, avec cyanose de la face, turgescence oculaire, anxiété extrême, menace d’asphyxie ; après chaque série d’expirations, une reprise sifflante se fait entendre : c’est l’inspiration libératrice qui vient sauver l’enfant de l’asphyxie.
Dans les coqueluches très fortes, le visage de l’enfant reste bouffi, les paupières sont gonflées, même dans l’intervalle des quintes, et ce gonflement persistant l»ermet de reconnaître la coqueluche. Quand les quintes sont violentes, la langue est projetée hors de la bouche et sa face inférieure, portant sur le bord tranchant des incisives, finit par être entamée; cette ulcération traumatique du frein de la langue, qui donne lieu parfois à un saignement plus ou moins abondant, est importante pour le diagnostic de la coqueluche.
Après chaque quinte, l’enfant qui, dans les bronchites ordinaires, ne crache pas et déglutit ses mucosités bronchiques, rend des matières épaisses et filantes ; les vomissements alimentaires, moins fréquents que ces pituites, ne sont toutefois pas très rares. Quand la quinte est terminée, et l’expulsion des mucosités l’indique, l’enfant est soulagé, et, s’il e;:t au lit, il s'endort d’un profond sommeil. Quand la coqueluche est simple, l’enfant reste gai, dispos, dans l’intervalle des quintes; s’il est triste, abattu, s’il ne mange pas, on doit redou-
LA COQUELUCHE
tor et chercher la com])lication broncho-pulmonaire.
La quinte peut être simple, elle est constituée par une série d’expirations bruyantes, suivies d’une seule reprise 5 en général, elle est composée de plusieurs séries expiratoires, séparées les unes des autres par les reprises inspiratoires ; on a compté jusqu’à vingt et même trente reprises dans la même quinte ; le chiffre de huit ou dix reprises est ordinaire. La quinte n’est terminée qu’après la dernière reprise ; elle peut durer vingt, trente, soixante secondes et davantage.
La longueur des quintes, leur fréquence, servent de mesure à l’intensité de la maladie; si les quintes sont rares (cinq à dix par vingt-quatre heures), la coqueluche est légère; s’il y a quinze ou vingt quintes par Jour, la coqueluche est de moyenne intensité; elle est grave et dangereuse quand le nombre des quintes dépasse trente par jour.
Quand il n’y a pas de complications, la respiration est, normale dans l’intervalle des quintes; mais, dans les formes intenses, le catarrhe ne fait jamais défaut, et, si l’on ausculte l’entant avant sa quinte, on entend <les râles sibilants et muqueux, qu’on ])ourra, il est vrai, ne pas retrouver après l’accès.
Le pouls, très fréquent pendant et a})rès la quinte (je l’ai vu dépasser 150 chez un enfant de quatre ans), conserve une fréquence moindre, quoique anormale, <lans les périodes intercalaires; il y a toujours en elfet, pendant l’acmé de la maladie, c’est-à-dire pendant quinze jours ou trois semaines, un léger état fébrile.
3® Au bout de deux ou trois semaines de quintes .spasmodiques violentes, la coqueluche entre dans sa période de, déclin; alors on voit les accès diminuer de nombre et d’intensité. Cette diminution n’est pas toujours continue et régulière, elle peut être traversée par
THAITÉ DKS ' MALADIES DE l’eNFANCE
des exacerbations soudaines qui ramènent momentanément les quintes à leur taux antérieur.
Mais la lièvre a cédé complètement, il n’y a plus le moindre vomissement, l’appétit est excellent et la convalescence s’établit francbementj la guérison peut encore être compromise ou retardée par un refroidissement, par une imprudence qui réveillera la maladie assoupie, mais non éteinte ; ces rechutes de la coqueluche sont très communes.
Enfin, les enfants qui ont eu la coqueluche peuvent,, dans la suite, présenter, à l’occasion d’une bronchite, des quintes coqueluchoïdes, qui ne sont pas l’expression d’une véritable récidive et qui n’olfrent aucun danger de contagion.
Accidents et complications. — Au nombre des accidents de la quinte, je signale, sans y insister, lesmiclions et défécations involontaires, les Qiombilicales, les vomissements qui, lorsqu’ils sont incessamment répétés, constituent un véritable danger. Archambault a remarqué que ces vomissements étaient plus fréquents et plus redoutables chez les enfants dyspeptiques, souffrant déjà de l’estomac, que chez les autres..
Le prolapsus rectal peut aussi, chez les petits enfants, être la conséquence des quintes de coqueluche ; s’il' a précédé la maladie, il deviendra, sons son infiuence,. [)lus tenace et plus difficile à réduire.
De la quinte de coqueluche résulte aussi Vépistaxis^ tantôt légère, tantôt grave et pouvant nécessiter la tamponnement des fosses nasales ; c’est l’hémorrhagie la plus fréquente. J’ai vu une fillette de cinq ans et demi, atteinte d’otorrhée droite ancienne, présenter, sousl’in- Ihience des quintes de coqueluche, une véi’itable hémorrhagie par le conduit auditif externe de ce côté ; cette olorrhagien’Qwi d’ailleurs pas de suites fâcheuses. Chez
LA COQUELUCHE
une fillclle de trois ans ayant, des quintes très fortes, je conslalai sur le milieu du front \\n piqueté hémorrhagique qui rappelait un i)liénomène analogue observé chez les épileptiques.
Quant aux hémorrhagies buccales, sur lesquelles on a beaucoup disserté, elles sont bien dues aux accès de toux, mais elles ont pour siège Vulcération traumatique du frein de la langue que je vais décrire.
L’ulcération sublinguale n’appartient pas à tous les cas de coqueluche; elle exige la présence, chez le petit malade, des incisives médianes inférieures et encorene se produit-elle que si les accès sont assez nombreux et assez forts pour amener la projection de la langue en avant.
Le frein de la langue, rencontrant à chaque quinte le bord tranchant des incisives, finit par se déchirer en son milieu et sur ses parties latérales ; ce traumatisme, par sa répétition incessante, donne lieu à une ulcération circonscrite, bourgeonnante parfois, diphtbéroïde dans quelques cas, facilement saignante. Cdiez unelillette de vingt mois, qui avait une coqueluche très forte et dont les incisives inférieures étaient tranchantes, je constatai la présence de deux ulcérations : la première au lieu d’élection, sur le frein delà langue, la seconde à un centimètre en avant, sur la face inférieure de l’extrémité linguale elle-même. Autour de ces ulcérations existait une réaction inflammatoire assez vive. L’ulcère du frein de la langue a une grande valeur diagnostique; chez un enfant qui tousse et dont la toux n’a pas semblé caractéristique aux parents ou n’a ])as été entendue par le médecin, la simple constatation de cette lésion peut lever les doutes. Mais son absence ne peut avoir la moindre signification, car elle est plusfréquente que sa présence.
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TnAIÏI^: DES MALADIES DE l’eM-'ANCE
Un accitlenl moins fréquent, mais non moins caractéristique (le la coqueluche et de la violence de ses accès, est la production de ces hémoi'rhagics sous-conjonclivales qui donnent une teinte rouge aux bulbes oculaires et qui d’ailleurs n’ont pas do gravité; j’ai vu (pielqiiefois cet accident, mais je ne l’ai pas encore vu suivi de ces Im'ints de sang, signalées par quelques auteurs. L’inliltration sanguine n’est pas limitée à la conjonctive bulbaire, elle s’étend aux paupières et laisse après elle des ecebymoses diiïuses. Les hémoptj/sies consécutives à la quinte de coqueluche soni cxce[)tionnelles, eu tant qu’elles expriment une hémorrhagie broncho-pulmonaire ; mais le crachement de sang peut être la conséquence de l’hémorrhagie buccale ou nasale.
hématémèse et le jnelæna ont généralement la même origine que l’bémoptysie en question.
L’emphysème intei vésiculaire et V emphysème souscul ané, accident aussi rare que grave, peuvent résulter de la violence des accès.
Du Castel a rapporté, dans sa thèse, quelques cas de mort subite par suffocation ou par syncope; le spasme de la glotte, [’ inhibition , penweiû expliquer ces accidents exceptionnels. Dans un fait dû à Cazin {Gazette des Hôpitaux, 1882), la mort subite était due à la production d’une hémorrhagie entre le crâne et la dure-mère.
Les convulsions, plus fréquentes (jue ces accidents, traduisent la congestion et parfois l’hémorrhagie des méninges ou du cerveau. Elles sont d autant plus Iré- (|uentoset plus graves que les enfants sont plus jeunes; lorsqu’elles se répètent intenses et généralisées, elles Eont presque toujours mortelles.
Les complications principales de la coqueluche ont pour siège l’appareil respiratoire : la bronchite légère.
LA COQUELUCHE
et apyrétique marque le début de la maladie et lui survit souvent-; quand elle est intense, elle ajoute une note grave à l’évolution morbide, la fièvre en est accrue et l’état général ébranlé.
Quand la coqueluche est simple, l’auscultation de la poitrine révèle à peine, et de temps à autre, quelques sibilances disséminées. Quand elle est compliquée de bronchite, les râles sibilants, ronflants, sous-crépitants, deviennent nombreux et persistants.
Ces bronchites de la coqueluche peuvent se résoudre rapidement ; elles peuvent aussi se fixer, s’étendre, passer à la chronicité.
La bronchite capillaire ou catarrhe suffocant^ complication des plus redoutables, peut s’observer dans quelques épidémies et chez des enfants très jeunes.
La broncho-pneumonie, qui se caractérise, non seulement par des râles bullaires, mais aussi par du souffle, est, de toutes les complications de la coqueluche, la plus meurtrière et la plus commune dans certains milieux et dans certaines épidémies.
Parmi les très nombreux coquelucheux qui viennent demander des soins au dispensaire de la Yillette, je n’ai presque jamais foccasion d’observer la bronchopneumonie. Ces enfants, qui vont et viennent, qui sont traités chez eux, qui ne vivent pas en groupes compacts avec d’auU’es enfants atteints du même mal, sont, en somme, dans des conditions hygiéniques satislaisantes, et la coqueluche ne présente, chez eux, aucune gravité.
A 1 hôpital, au contraire, la broncho-pneumonie décime les coquelucheux comme elle décime les morbilleux. M. Roger, sur 431 cas observés en huit ans à l’hôpital des Enfants, a constaté 68 cas de bi’oncho-pneumonie, dont 51 mortels.
TRAITÉ ni-:s MALADIES DE l’eNFANCE
Il est probable que celte broncho-pneumonie, qui vient noircir les i^tatistiques, est une infection secondaire, nosocomiale, qui n’a rien à voir avec le germe de la coqueluche ; elle est due généralement au streptocoque, elle peut aussi avoir pour origine le staphylocoque doré, si l’on en croit M. Ilaushalter (Ai’cAiües de médecine expérimentale, l" septembre 1890. Trois cas d’infection par le staphylocoque doré dans le cours de la coqueluche).
C’est à la période d’état de la maladie qu’intervient ordinairement la broncho-pneumonie ; on voit alors la fièvre s’accroître, le pouls redoubler, la dyspnée aller jusqu’au tirage, les quintes diminuer d’intensité, la reprise s’atténuer ou disparaître. La percussion ne donne pas de résultats constants ; mais l’auscultation révèle la présence d’un foyer et quelquefois de deux foyers, râles sous-créjiitants groupés en un point fixe, souffle doux, voilé et parfois rude. Quand la maladie s’aggrave, l’enfant est abattu, anhélant, cyanosé, et il succombe dans un état comateux, après la disparition des quintes spéciales. M. Roger a observé le passageà l’état chronique de la broncho-pnéumonie de la coqueluche.
La broncho-pneumonie guérit quelquefois, et l’on voit même des cas dans lesquels son intervention a paru abréger la durée de la coqueluche.
V emphijsème vésiculaire, noté chez les enfants qui ont succombé, est l’effet naturel des quintes violentes, et répétées ; mais il n’est pas durable et les enfants n’en présentent aucun signe après la guérison. Lo pneumothorax n’a été observé que très rarement.
Quand la rougeole est associée à la coqueluche, et lefait est assez commun à l’hôpital, le danger est gi'and et la broncho-pneumonie est à redouter. L’association
LA COQUELUCHE
de la diphthérie à la coqueluche est moins fâcheuse, en ce sens que le pronostic de la diphthérie, toujours mauvais, n’est pas sensiblement aggravé par l’intervention de la coqueluche.
Pronostic. — Malgré la série des complications que je viens de passer en revue, la coqueluche ne me semble pas avoir une gravité comparable à celle de la diphthérie, de la rougeole et même de la scarlatine. Le pronostic, si l'enfant a dépassé l’âge de deux ans, s’il est soigné en dehors de l’hôpital, est presque toujours favorable; la coqueluche est d’autant plus redoutable que l’enfant est plus jeune ; elle fait plus de victimes pendant la première année que pendant la seconde, plus pendant la seconde que pendant la troisième ; après dix ans, elle n’est qu’exceptionnellement mortelle. En 1889, la coqueluche a fait,, à Paris, 520 victimes, dont : 13 de 0 à un mois; 207 d’un mois à un an; 142 d’un an â deux ans; 142 de deux à cinq ans; 16 de cinq à dix ans; au-dessus de dix ans, pas un seul décès.
Pendant une période de dix ans (1880-89) il y a eu, à l’Hôpital des Enfants-Malades, 847 entrées pour coqueluche, 593 sorties, 252 décès, soit 29.25 p. 100 de mortalité, ce qui donne une idée de la gravité de la coqueluche hospitalisée. En dehors des conditions relatives au jeune âge, à la faiblesse originelle ou acquise du sujet (allaitement artiliciel, rachitisme), au milieu (hôpital), la coqueluche n’est grave que par sa longueur,, par les souffrances qu’elle cause, par la durée de l’isolement qu’elle nécessite.
Diagnostic. — Avant l’apparition des quintes sjiéciales, le diagnostic est très difficile et l’on ne peut avoir que des soupçons basés sur la coexistence d’autres cas de coqueluche. A la période d’état, il suflit d’entendre 1 accès de toux pour reconnaître la maladie. Si
TItAITÉ DES MALADIES DE l’ENFANCE
Ifi médecin n’a pas entendu cet accès, mais s’il a pu constater l’existence des ecchymoses conjonctivales et surtout de l’ulcération sublinguale, cela suffit. Cependant, l’ulcération sublinguale n’est pas pathognomonique, elle peut s’observer dans la simple bronchite; j’en ai publié un cas, et je ne suis pas le seul à avoir fait cette constatation. L’auscultation, quand elle est négative chez un enfant qui a des quintes de toux accompagnées de turgescence du visage, de rejet de mucosités, de vomissements, etc., indique également la coqueluche. Si cette auscultation est positive, elle a moins de valeur, car certaines bronchites, avec ou sans adénopathie trachéo-bronchique , se manifestent par <les quintes coqueluchoïdes qui peuvent jeter dans l’embarras. En somme, le diagnostic de la coqueluche n’est difficile qu’au début.
Traitement et profuylaxie. — La prophylaxie est indiquée suffisamment par la contagiosité extrême de la maladie; il faut isoler les coquelucheux, mais il ne faut pas les entasser dans les hôpitaux, où ils vont porter la maladie dont ils sont atteints et contracter des complications souvent mortelles. L’idéal serait d’avoir, à la campagne, un établissement spécial, entoui'é d’arbres et de jardins, où les petits malades pourraient respirer le grand air et faire les promenades qui leur sont nécessaires. Dans ces conditions hygiéniques particulièrement favorables, la maladie suivrait son cours naturel et guérirait sans complication et sans intervention thérapeutique; l’isolement doit être de deux mois en moyenne. On ne permettra la rentrée des entants à l’école qu’après la disparition complète des quintes. Le remède spécifique de la coqueluche esta trouver; nous avons prise sur’ certains symptômes, mais nous ne pouvons atteindre la maladie ellemiême. Archambault veut
LxV COQUELUCHE
que les eoqueluclieux gardent la chambre, le lit même, s’ils ont de la fièvre, car il redoute beaucoup les elTots du refroidissement. Je crois cependant que, si la coqueluche est dénuée de complications et si le temps est beau, on doit autoriser les promenades au grand air.
Pour les cas simples, je donne uniformément aux petits malades du dispensaire l’ipéca (50 centigrammes à 1 gramme, une ou deux fois par semaine) et le siroj» de belladone (deux, trois ou quatre cuillerées à café par jour).
L’oxymel scillitique, à la dose de 10 à 20 grammes, abrégerait, d’après Netter (de Nancy), la durée de la maladie. On prescrira des boissons chaudes, des tisanes de lichen, de mauve, de violette, édulcorées avec du sirop de Tolu ou de gomme, coupées de lait.
Comme potions calmantes, on peut prescrire encore :
Julep gommeux fiO grammes.
Sirop de Heurs d’oranger 13 —
Eau de laurier-cerisp ) „
Sirop diacode ) ^ g^-ammes.
Une cuillerée à café d’heure en heure.
Archambault conseille l’atropine :
Eau distillée 10 grammes:
Sulfate d’atropiuc 1 centigramme.
Irois gouttes dans du lait à partir d’un an, six ou dix gouttes après cet âge.
M. Labric cherche à atténuer les quintes et à en restreindre le nombre en touchant le fond de la gorge avec un pinceau trempé dans une solution de chlorhydrate de cocaïne à 1/20; ces attouchements seront répétés plusieurs fois par jour.
L’antipyrine (1 à 3 grammes dans une potion) a été essayée avec des chances diverses.
TnAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE
S’il survient une complication broncho-pulmonaire inquiétante, on suspend les vomitifs, on fait de la révulsion locale (teinture d’iode, cataplasme sinapisé, vésicatoire petit et appliqué deux ou trois heures seulement) et l’on donne une potion alcoolisée (julep gommeux, 50 grammes ; cognac, 10 grammes), une cuillerée à café d’heure en heure.
Si les quintes sont très violentes, on pourra essayer le bromure de potassium, seul ou associé au chloral (50 centigrammes de chaque), l’infusion de café noir, les inhalations de chloroforme (Roger) ou d’éther (Cadet de Gassicourt). Ces derniers médicaments peuvent également être i)rescrits en potion : 10 à 20 gouttes de chloroforme, 10 à 20 grammes de siroj) d’éther dans un julep. La teinture d’aconit, la teinture de drbsera, sont des médicaments infidèles, souvent inertes. Je ne parlerai pas du traitement par le gaz d’éclairage, il est mauvais ; l’air comprimé ne vaut pas mieux.
Quand la coqueluche est à son déclin, le changement d’air hâte la guérison ; ce changement d’air peut être conseillé même à la période aiguë, quand la situation est inquiétante et quand tous les remèdes ont été impuissants. Si les vomissements sont trop fréquents, on aura soin de ne donner les aliments qu’après une forte quinte; on sera conduit parfois à la nécessité des lavements nutritifs (lait, œufs, peptones) ; un spasme de la glotte inquiétant indiquera les frictions stimulantes (alcool, vinaigre, baume de Fioravanti), la flagellation, l’électrisation.
A la période de convalescence, quand l’enfant est affaibli et anémié, on conseillera le fer, l’arsenic (teinture de mars, de 5 à 10 gouttes; liqueur de Fowler, 2 à 4 gouttes dans le lait), les Eaux-Bonnes (quelques
LA FIÈVRE typhoïde
cuillerées à soupe par jour avec le lait), le sirop d’iodure de fer, l’huile de foie de morue, LaBourboule, le Mont-Dore.