MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE ÉPIDÉMIQUE
Cette maladie, dont les irruptions épidémiques sont rares, n'est pas spéciale aux enfants, mais elle les frappe avec prédilection.
Étiologie. — L'histoire des épidémies de la méningite cérébro-spinale, de ses migrations à travers les villes et les garnisons, rappelle la marche du choléra et démontre sa nature infectieuse et contagieuse ; son microbe pathogène est bien déterminé. On a incriminé le. pneumocoque, retrouvé souvent en effet dans les exsudats ; mais c'est un microbe banal qu'on est étonné de rencontrer dans une maladie aussi rare. Weichselbaum, Jaeger, Heubner, ont décrit d'autres microbes, rappelant le gonocoque (1) : diplocoques élargis, entourés d'une capsule, souvent associés par quatre. L'injection des cultures dans les méninges rachidiennes de la chèvre a donné la méningite cérébrospinale (Heubner, l^r juin 1896). Ce microbe porte le nom de méningocoque.
Habituellement, la méningite procède par épidémies localisées, limitant ses coups à une caserne, à un régiment, à une maison ; elle est quelquefois même sporadique. Dans un cas sporadique que jjai traité en novembre et décembre 1905, la maladie s'était déclarée chez un nourrisson au sein de cinq mois quatre jours après une vaccination de génisse à bras. Cependant (l'épidémie Scandinave de 1854-59 en est la preuve) elle peut étendre ses ravages à des provinces entières et faire des milliers de victimes. Tantôt la méningite sévit sur la garnison d'une ville, sans atteindre la population civile ; tantôt elle frappe celle-ci à l'exclusion de celle-là ; tantôt, enfin, elle se transmet de l'une à l'autre. Dans la population civile, elle frappe surtout les enfants et les adolescents. T. Wistar White (Arch. of PM., mai 1917) a vu un enfant de 29 jours guéri par le sérum, mort à 11 mois d'hydrocéphalie ; une négresse de 39 jours morte. C. Pelfort [Arch. Lat. Amer, de Ped., mars-avril 1916) a guéri par le sérum (6 injections de 10 ce.) un enfant de 3 mois 1 /2. Sur 31 cas [Arch. de Méd. des Enf., mars 1910) il y a 8 enfants de quatre mois à un an, 5 entre un et deux ans, 9 de deux à quatre ans, 9 de cinq à quinze ans. A la Nouvelle-Orléans, elle était plus commune chez les nègres que chez les blancs, La saison froide, la misère, l'encombrement, favorisent son développement.
La maladie semble devenir plus fréquente en Amérique, et même en Europe. A New- York, jusqu'en 1903, on ne comptait guère plus de 200 cas mortels de méningite cérébro-spinale par an ; en 1904, ce chiffre s'est élevé à 1.010. En 1905, il a même été dépassé (910 morts du l^r janvier au 15 avril). Le méningocoque a été souvent trouvé dans le mucus nasal, et on a pensé qu'il pouvait de là envahir les méninges par la base du crâne (lame criblée de l'ethmoïde). L. Pizzini (// Policlinico, 1917) fait jouer un rôle aux poux dans la propagation de la méningite épidémique, d'après 77 cas observés à Pergame. Ce n'est pas l'opinion de S. Flexner{Rev. Gén. des Arch.de Méd. des Enf., 1919) qui incrimine avant tous les porteurs de germes.
Ânatomie pathologique. — Quand la mort a été rapide, quand la maladie a
(1) M. A. PiNTO {Journ.de Phys. elPalh. Gén., 15 novembre 1904) a bien montré les analogies morphologiques et biologiques qui existent entre le méningocoque et le gonocoque.
été foudroyante, les lésions spéciales de l'axe cérébro-médullaire peuvent manquer, et tout se borne à des congestions plus ou moins étendues. En général, il y a une exsudation purulente en nappe qui tapisse la convexité et la base des hémisphères, et qui se prolonge sur la moelle principalement à sa face postérieure. Le pus se forme très rapidement, et l'on cite des cas où il a été observé en abondance après trente-six et même vingt-quatre heures.
Les lésions ne sont pas limitées aux centres nerveux, et l'on note, dans les protocoles d'autopsie,. avec un certain degré de fréquence, des collections purulentes dans la caisse du tympan, dans les articulations et les gaines tendineuses, des noyaux de broncho-pneumonie, des épanchements pleuraux, des amygdalites suppurées, des péricardites. Dans quelques cas, il faut admettre une véritable septicémie à méningocoques mise en relief par les complications (arthrites à méningocoques) et l'hémoculture. Triboulet, R. Debré et Paraf {Soc. Méd. des Hop., 15 nov. 1912) ont soigné un enfant de cinq mois nourri au sein. Le 7 octobre dans la soirée, il présente du purpura 3t du muco-pus dans la gorge. La ponction lombaire donne un liquide trouble à polynucléaires et méningocoques. Pendant trois jours de suite, on injecte 30 centimètres cubes de sérum de Dopter. Amélioration, puis rechute nécessitant do nouvelles injections. L'hémoculture donne le méningocoque.
Symptômes. — L'invasion est brutale dans la plupart des cas ; elle s'annonce par des frissons, par une céphalalgie violente, par des convulsions, plus rarement par des vomissements. La douleur de tête est le plus important de ces symptômes ; de la région frontale, où elle siège habituellement, elle peut s'étendre à l'occiput, à la nuque, au cou, aux mâchoires ; elle arrache des cris alternant avec des crises délirantes et des phénomènes comateux.
La raideur de la nuque [mal de nuque) est pour ainsi dire constante ; elle s'étend à toute la colonne vertébrale, et la pression digitale est très sensible sur toute la longueur de l'axe spinal. Parfois les petits malades sont en opisthotonos, et, quand le trismus se joint à la contracture des muscles du tronc, on a l'image du tétanos. Quand ces phénomènes persistent sans rémission, le malade tombe dans le coma, son visage se couvre de sueurs, et il meurt asphyxié. La constipation et la rétention d'urine sont relevées dans la plupart des observations. Cependant la polyurie n'est pas rare, comme l'ont montré Lœper et Gouraud {Presse Médicale, 1^^ février 1905).
On a beaucoup parlé, ces derniers temps, du signe de Kernig (impossibilité d'allonger les jambes dans la position assise) ; ce signe, habituel dans la méningite cérébro-spinale, manque dans la plupart des cas de méningite tuberculeuse. Un autre symptôme qui a bien sa valeur doit être recherché avec soin, car, s'il manque souvent, sa présence assez fréquente peut éclairer le diagnostic : je veux parler de V herpès, qui se montre sur la face cutanée des lèvres, parfois sur le menton, les joues, les oreilles. Je l'ai même vu envahir la muqueuse buccale. Le purpura n'est pas rare ; M^^® Blanchier {Thèse de Paris, 1918) décrivant les formes purpuriques de la méningococcémie, montre que les méningites avec purpura sont plus graves que les autres. A .Netter {Arch. de Méd. des Enf., fév. 1919) insiste sur les rechutes tardives (un à deux mois), rares d'ailleurs : 1 1 /2 pour 100.