TUBERCULOSE CRANIENNE
La tuberculose des os du crâne est aussi rare que la tuberculose des méninges et de l'encéphale est commune. Cependant les médecins et chirurgiens d'enfants sont exposés à la rencontrer de temps à autre, et il convient de l'étudier à cause de ses connexions avec les lésions plus profondes de la tête. On doit distinguer plusieurs régions : 1° la voûte ; 2^ la cavité orbitaire ; 3^ la cavité nasale ; 4° le rocher.
1^ Tuberculose de la voûte crânienne. — Les pariétaux, l'occipital, le temporal dans sa portion écailleuse, le frontal peuvent être atteints primitivement ou secondairement à une lésion méningo-encéphahque. D'après un travail publié par Ménard et Bufnoir [Rev. d'Orih., nov. 1897), la tuberculose envahirait le frontal 10 fois sur 12 cas. Le rebord orbitaire, à son extrémité externe, était malade six fois. Les foyers peuvent être multiples ; on en a compté 29 dans un cas, et il est fréquent de trouver 4 ou 5 foyers disséminés sur le même os ou sur des os différents. On constate des ulcérations ouvertes en dedans ou en dehors, parfois dans les deux sens, sans hypérostoses ni
ostéophytes, avec ou sans séquestres. On trouve ces lésions chez des enfants ayant déjà d'autres localisations tuberculeuses. Après une période latente ou de douleurs sourdes, un abcès du cuir chevelu apparaît : il s'ouvre et laisse une fistule qui se tarit à la longue, laissant une cicatrice adhérente ù l'os. Si l'abcès se développe en dedans, il peut comprimer le cerveau et entraîner des paralysies limitées, du strabisme, des convulsions, du coma. Dans un cas, les abcès étaient pulsatiles et soulevés par les battements encéphaliques. L'état général est en rapport avec les autres localisations : mal de Pott, coxalgie. Pas de symptômes méningés en général ; une seule fois, il y a eu de la méningite tuberculeuse résultant non d'une propagation directe, mais d'une diffusion bacillaire. « La tuberculose des os du crâne n'est donc pas en général grave par elle-même, et le pronostic en serait bénin, si elle ne se trouvait pas chez des tuberculeux avérés. »
S'il y a une fistule persistante, il faut évider, gratter le foyer, enlever les séquestres. Si la fistule est minime et récente, on s'abstiendra ; de même si l'état général est mauvais et s'il y a des lésions viscérales.
Dans un travail postérieur à celui de Ménard, le D^* Feder [Jahrh. f. Kind., 1899) a réuni 113 cas de tuberculose des os plats du crâne, dont 5 personnels. Plus récemment encore le D^ Villemin [Tuberc. Inf., 15 fév. 1901) a pubhé 12 cas nouveaux de tuberculose de la voûte crânienne, et le D^ A. Soulé lui a consacré sa thèse (Paris, 25 avril 1901).
2^ Tuberculose orbitaire. — Dans cette localisation, l'œil est menacé, et des troubles graves peuvent s'observer ; une fille de quatre ans (Boudet, Soc. Anat., déc. 1840) présente une exophtalmie gauche au cours d'une méningite tuberculeuse. A l'autopsie, on trouve, sous la paupière supérieure, une fistule communiquant avec une masse tuberculeuse qui, rongeant la paroi orbitaire, avait pénétré dans le crâne, recouvrant la fosse sphénoïdale et la selle turcique, détruisant la glande pituitaire, comprimant le nerf optique, déjetant le nerf olfactif en dedans. Le foyer tuberculeux, perforant la dure-mère, s'étalait sous la pie-mère ; il y avait de la matière caséeuse dans le sphénoïde.
30 Tuberculose nasale. — Les tubercules peuvent attaquer les os propres du nez, la lame criblée de l'ethmoïde, désorganiser les fosses nasales, pénétrer dans le crâne. On constate un écoulement purulent et fétide, avec effondrement de la charpente nasale ; puis viennent des convulsions, de l'amaurose, le coma. A l'autopsie, on voit la lame criblée détruite par la matière tuberculeuse qui s'étale sur le plan supérieur de la base du crâne, comprime les nerfs optiques, le cerveau.
40 Tuberculose du rocher. — La tuberculose ou carie du rocher est relativement fréquente, et elle succède le plus souvent à une otite moyenne avec écoulement purulent de date ancienne. Le tympan est détruit, l'oreille interne et moyenne est convertie en un foyer de pus et d'esquilles. On ne reconnaît plus les organes constitutifs de l'ouïe ; le nerf auditif et le nerf facial peuvent être conservés. Assez souvent le facial est détruit. Quelquefois la dure-mère est épaissie, décollée, fongueuse, semée de tubercules jaunes. On peut trouver aussi des tubercules isolés dans le rocher, des fistules s'ouvrant à l'extérieur, une suppuration des cellules mastoïdiennes, une phlébite des
HÉMORRAGIES MÉNINGÉES 737
sinus, des foyers de méningite ou d'abcès cérébraux proches ou distants. Le premier symptôme marquant est l'otorrhée, qui devient chronique, fétide, dure des mois et des années, avec des rémissions et des exacerbations. Au bout d'un certain temps, le nerf facial est comprimé ou détruit, et la distorsion des traits vient révéler la paralysie faciale. Quand une otite s'accompagne de ce symptôme, on doit en conclure que l'os est atteint.
Le pronostic est grave, car, outre la paralysie faciale, la surdité, on peut observer la thrombose veineuse, la méningite, l'abcès du cerveau, l'hémorragie veineuse et artérielle.
Le traitement a pour but de stériHser le foyer par les irrigations, la trépanation, l'évidement de la mastoïde.