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FOLIE

Si un enfant, dont l'intelligence était relativement saine auparavant, présente des troubles psychiques accusés et durables, on dit qu'il est atteint de folie. Les frontières de la folie, de l'aliénation mentale, sont indécises, et l'on éprouve parfois, surtout dans l'enfance, les plus grandes difficultés à les délimiter.

Étiologie. — Autant l'idiotie est commune, autant la folie est rare chez les enfants. Cependant tous les aliénistes ont eu l'dccasion d'observer, dans la seconde enfance, des cas de manie, d'hypocondrie, d'hallucinations, d'impulsions, suicides ou homicides, et il faut bien savoir que le jeune âge ne met pas absolument à l'abri des grandes perversions intellectuelles que l'âge mûr, avec ses tares acquises et héréditaires, ses excès, ses malheurs, ses luttes, ses secousses morales, porte à leur summum de développement et d'expression.

Si l'on consulte le livre du D^" P. Moreau (de Tours) : De la folie chez les enfants (Paris, 1888), on voit que les principaux ahénistes de ce siècle ont mentionné la folie des jeunes sujets. Esqùirol a soigné trois maniaques de huit ans, neuf ans (garçons), quatorze ans (fille), et un mélancoHque de onze ans. Joseph Frank a vu un maniaque de deux ans et un autre de dix ans. Aubanel et Thore, en 1839, ont trouvé, à Bicêtre, 8 cas de manie et 1 de mélancoHe chez des sujets de huit à dix-huit ans. La monomanie homicide, le suicide peuvent se montrer de très bonne heure ; de même les hallucinations. A la suite des maladies aiguës, du rhumatisme, de la pneumonie, de la scarlatine, de l'érysipèle, de la fièvre typhoïde en particuher, on peut voir, même chez des enfants très jeunes (j'ai cité un cas chez un garçon de trois ans), des manifestations délirantes, des états vésaniques, temporaires le plus souvent, parfois durables.

Les causes occasionnelles sont multiples. Outre les maladies infectieuses, il faut citer les émotions morales vives, l'émulation, le surmenage intellectuel, la frayeur, les traumatismes, les mauvais traitements, l'onanisme, l'alcoolisme, le coup de soleil. Mais toutes ces causes n'agissent que sur les terrains prédisposés, et il faut faire intervenir l'hérédité, la dégénérescence. L'enfant n'acquiert pas la foHe, il l'hérite. Quand on scrute les antécédents héréditaires des vésaniques, on trouve chez les ascendants l'aliénation mentale, la chorée, l'hystérie, l'épilepsie, l'alcoolisme, la goutte. Que l'hérédité soit similaire ou dissemblable, elle a toujours la même valeur pathogénique : rien ne se fait sans elle.

Quant aux antécédents personnels de l'enfant, ils ne sont pas moins significatifs. Je parle plus bas de l'excitation cérébrale du premier âge, qui prélude souvent à des névroses bien caractérisées de l'âge mûr. On trouvera encore les convulsions, la chorée, l'incontinence d'urine, le spasme nutant, les tics, l'onychophagie, le somnambuhsme, les terreurs nocturnes, l'onanisme, la nymphomanie, les pleurs et rires sans raison, la jalousie, la colère.

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Symptômes. — Les formes que peut revêtir l'aliénation mentale sont variables. On connaît les impulsions irrésistibles qui portent un enfant aux actes de violence, au suicide, à l'homicide, à l'incendie. Le suicide n'est pas rare dans la seconde enfance, et les causes qui y conduisent les sujets sont souvent futiles (réprimande, déception, irritation). De même pour l'homicide ; on a vu des enfants de quatre ans, de cinq ans, de dix ans, tuer leurs frères plus jeunes avec le plus grand sang-froid et la plus parfaite inconscience. Chez certains enfants, le meurtre est pour ainsi dire instinctif. D'autres mettent le feu aux maisons, aux meules de paille (pyromanie). Quand on cherche dans les antécédents de ces précoces criminels, on trouve l'hérédité neuro-pathologique.

Les hallucinations ne sont pas rares chez les enfants, et elles sont généralement terrifiantes (animaux féroces, hommes armés) ; elles n'affectent pas seulement la vue, elles peuvent atteindre l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher. Quelquefois ce sont des contes effrayants qui ont provoqué l'hallucination ; d'autres fois ce sont des cérémonies religieuses plus ou moins émouvantes, ou bien des intoxications (belladone). On peut voir encore les hallucinations dans le cours des maladies aiguës (chorée, scarlatine, pneumonie, fièvre typhoïde).

L'enfant dont j'ai présenté l'observation à la Société médicale des Hôpitaux (20 nov. 1896), âgé de trois ans, était entré à l'hôpital au huitième jour d'une fièvre typhoïde accompagnée de délire. Défervescence complète le dixseptième jour. Dès le commencement de la convalescence, agitation insolite, crise nerveuse, délire, cris ; l'enfant veut se précipiter hors du lit ; on est obligé de l'attacher. Regard effaré, il ne reconnaît pas ses parents ; il a l'air de voir des animaux effrayants, il veut toujours fuir devant ses visions ; on lui donne du trional à diverses reprises (25 centigrammes) pour le faire dormir. Comme il est faible, pâle, amaigri, on l'alimente avec du lait, des potages, des soupes, qu'il prend sans appétit. Au bout de quinze jours, il était guéri.

T.-F. Weisse (1848) a signalé Vaphasie transitoire à la suite de la fièvre typhoïde ; cette aphasie, spéciale à l'enfance, apparaîtrait dans la convalescence, ne s'accompagnerait pas d'hémiplégie et guérirait en trois semaines. J'ai vu plusieurs fois le mutisme prolongé à la période aiguë de la maladie chez des enfants de souche nerveuse. L'enfant entend, comprend ce qu'on lui dit, mais ne répond que par signes, sans vouloir articuler une seule parole (D^* Dieuzaide, sur les Psychoses de ta fièvre typhoïde, thèse de Paris, 1903).

Heinemann {Arch. f. Kind, 1903) a rapporté 6 observations de psychoses transitoires avec mutisme ou aphasie, délire, manie, mélancolie, après la pneumonie (4 cas) ou la fièvre typhoïde (2 cas). D'Espine et Picot ont parlé de l'expression stupide de certains petits convalescents. Le D^ Samuel Adams [Arch. of Pedialrics, nov. 1896), sous le nom de Temporary insanity following typhoïd fever, a décrit des accidents analogues chez des enfants de sept ans (2 cas), neuf ans, douze ans. Le D^" Crandall a vu une fillette présenter, dans les mêmes circonstances, des hallucinations terrifiantes (elle voyait des animaux). Ces auteurs croient que l'inanition est pour quelque chose dans les accidents vésaniques temporaires de la fièvre typhoïde.

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