‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 143 sur 342 · FOLIE · texte numérisé non relu

FOLIE

Au point de vue de la forme morbide, on a noté : ïaphasie transitoire, les haltucinations, la mélancolie, le délire maniaque.

La confusion mentale, caractérisée par la confusion dans les idées, la perte de l'orientation avec ou sans délire, hallucinations ou illusions, est plus fréquente chez les filles que chez les garçons. Elle fait partie des psychoses de la puberté, bien étudiées par Voisin (1900) et plus récemment par Dalché et Mue Francillon dans leurs monographies sur la puberté chez la femme (Paris, 1906).

Les détires systématisés ne sont pas aussi fréquents dans l'enfance que plus tard. Cependant on observe quelquefois la manie raisonnante, la typémanie. Delasiauve a bien étudié la manie chez les enfants, constituée, comme chez l'adulte, par un délire général avec loquacité, incohérence, surexcitation, mouvements incessants. « Les malades, dit P. Moreau (de Tours), crient, courent, rient, chantent, brisent, déchirent, se déshabillent, et tout cela sans but, sans discernement. Les forces musculaires sont doublées, et on est stupéfait de voir des jeunes enfants franchir des obstacles, soulever des fardeaux pesants avec une facilité extraordinaire. » Sensibilité émoussée : coups, blessures, chaleur, froid non perçus. Accès de fureur (colère du maniaque, manie). Au bout de quelques jours, l'enfant se calme, présente des intervalles lucides de plus en plus longs jusqu'à la disparition complète du délire. Assez souvent on] rencontre la manie à forme extatique, avec hallucinations en rapport avec les extases.

Quelle que soit sa forme, la manie aiguë est curable ; les enfants guérissent rapidement, mais il faut craindre les rechutes ; les enfants sortent de leurs accès excitables, impressionnables, versatiles ; ils doivent être surveillés de très près.

On aura à distinguer la manie aiguë des accès délirants de la méningite ; dans cette dernière maladie, il y a de la fièvre, des modifications du pouls, des troubles oculaires qui manquent dans la manie. Dans la pneumonie, la fièvre typhoïde et les autres maladies aiguës, on peut rencontrer des délires maniaques, que leur coïncidence avec les autres symptômes permettra de classer à part.

Après la manie, on rencontre Vliypocondrie, le délire de persécution fort rare, la mélancolie ou typémanie pouvant porter au suicide, la stupeur avec mutisme, qui s'en rapproche, la folie à double forme, les fugues (enfants qui quittent leur domicile et vont au loin sans but et sans conscience).

Le D^ E. Dupré a insisté sur la manie qu'ont beaucoup d'enfants de mentir, d'inventer des fables, d'accuser faussement. Cette myttiomanie ne doit pas être perdue de vue par les médecins légistes et par les magistrats, car elle a été et elle pourrait être encore la source de regrettables erreurs judiciaires. A. Trannoy {Ttièse de Paris, 3 mai 1906) n'a pas recueilli moins de 22 observations de cette mythomanie.

Quel est l'avenir des enfants ayant présenté ces différents troubles psychiques ? Nous avons vu que les accès aigus et francs de déhre ont un pronostic favorable. Ceux qui surviennent dans la convalescence des maladies infectieuses, qui sont provoqués par la faiblesse et l'inanition, sont également

temporaires et curables. Mais, même dans ces cas favorables pour le présent, il est impossible de prévoir l'avenir lointain des sujets. Il faudra consulter les antécédents personnels, l'hérédité, les stigmates de dégénérescence : déviation de la face, asymétrie crânienne, strabisme, tics, bégaiement, dentition vicieuse, déformations palatine et auriculaire, anomalies génitales. L'enfant indemne de toute hérédité peut guérir définitivement ; l'enfant entaché d'hérédité morbide est exposé aux rechutes et à la chronicité.

Traitement. — Le traitement du délire aigu, de la manie paroxystique, est le suivant : bains tièdes prolongés (trois, quatre, cinq, six heures) et quotidiens, au besoin affusions froides sur la tête, purgatif salin deux fois par semaine, chloral et bromure de potassium, pour assurer le sommeil ; ne pas employer l'opium, la digitale, la jusquiame, la belladone. Delasiauve prescrivait concurremment la glace sur la tête et le sulfate de quinine en lavement. Dans quelques cas, la manie est intermittente, et la quinine est alors particulièrement indiquée. Dans toutes les formes de vésanie, on doit isoler l'enfant de son milieu habituel, le placer dans une maison de santé, interdire les visites de ses proches.

Dans-toutes les formes d'aliénation mentale chez l'enfant, il faut être sobre de médicaments et avoir recours surtout à l'hydrothérapie (douches, affusions, drap mouillé, bain prolongé). On fera appel aux jeux, aux exercices en plein air, à la gymnastique, à la bicyclette, dans les cas de mélancolie, lypémanie. Le travail cérébral sera écarté dans les formes aiguës ; dans les autres, il y aura intérêt à attirer l'attention sur la littérature, les beaux-arts, et à donner une occupation intellectuelle. En tout cas, pas de surmenage cérébral. Tout héréditaire, tout candidat à la folie devra suivre une hygiène spéciale, vivre à la campagne, cultiver le corps avant l'esprit.

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