‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 15 sur 342 · CORYZAS · texte numérisé non relu

CORYZAS

mieFGb€6, qui sont nos commensaux habituels, deviendraient pathogène» sous l'influence du refroidissement (Gh. Bouchard). Déjà Lasègue [Études médicales, II, p. 474) agitait le problème de la transmission du coryza par les agents organisés. On a trouvé, dans le coryza aigu des nouveau-nés, le gonocoque et surtout le streptocoque ou le staphylocoque. Le bacille de Lœffler se rencontre assez souvent dans certains coryzas purulents.

Symptômes. — Avant l'apparition des signes caractéristiques du coryza, on peut quelquefois noter des prodromes caractérisés par un malaise général, des frissonnements, de la céphalalgie. Puis l'enfant éprouve un sentiment d'ardeur et de sécheresse, suivi d'éternuements plus ou moins répétés. Parfois le coryza est précédé par un léger mal de gorge, qui traduirait la rhinite postérieure ; généralement c'est la partie antérieure des fosses nasales qui est prise tout d'abord, et le coryza postérieur n'est que consécutif. Bientôt, dès le premier jour, apparaît un écoulement pituiteux, plus ou moins abondant, avec sensation d'obstruction partielle des fosses nasales, qui porte lies enfants à se moucher -incessamment. Les yeux sont larm>oya{n.ts, les conjonctives injectées, par propagation au canal lacrymo-nasal. L'écoulement peut être mêlé de sang, et parfois une véritable épistaxis, qui peut se répéter, vient compliquer l'écoulement pituiteux. Pendant la nuit, les mucosités s'amassent dans les fosses nasales, entravent le passage de l'air, et l'enfant ne peut dormir sans respirer bruyamment par la bouche, qui reste ouverte. Il se réveille souvent en sursaut, en proie aux cauchemars, à la dyspnée ou à un accès de laryngisme striduleux. L'état général cependant est peu atteint ; iJ y a bien de la céphalalgie, de la somnolence, de l'inaptitude à touit travail; mais la fièvre est nulle ou insignifiante et l'appétit conservé.

Au bout de trois ou quatre jours pour les cas bénins, huit jours pour les cas intenses, le coryza diminue d'intensité, l'écoulement s'épaissit, se tarit, et la guérison est acquise. Quelquefois l'inflammation s'étend à l' arrière-cavité des fosses nasales, gagne les trompes d'Eustache et l'oreille moyenne ; l'otite aiguë peut compliquer le coryza.

L'abondance et l'âcreté du liquide, qui s'écoule incessamment sur la lèvre supérieure, peuvent l'ulcérer, la fendiller, l'hypertrophier d'une façon durable. Mais c'est surtout dans les cas de coryza récidivant ou chronique, chez les enfants strumeux, que l'eczéma et l'engorgement de la lèvre se rencontrent.

La complication la plus fréquente du coryza aigu, chez les enfants de tout âge, c'est la bronchite. Combien de fois ne voyons-nous pas les bronchites aiguës, voire les broncho-pneumonies, débuter par un coryza! Cette marche descendante du cor^'^za aigu est toujours à craindre chez les jeunes sujets, et le pronostic s'en trouve assombri. Chez le nouveau-né, le coryza aigu tire, de l'âge et de l'allaitement, une gravité spéciale, sur laquelle Billard avait jadis insisté. Ayant vu mourir des enfants en trois ou quatre jours, il était porté à exagérer la gravité du pronostic.

La plupart des nouveau-nés qui contra'ctent le coryza en guérissent parfaitement. Mais, chez eux, la maladie est plus tenace que dans la seconde enfance, et elle donne parfois des symptômes inquiétants. La sécrétion étant abondante et les narines très étroites, l' obstruction d>e ces dernières ne peut

être prévenue que par réternuement. Impossible de moucher des sujets si jeunes. La respiration est entravée, et l'enfant a la bouche constamment ouverte. Il ne peut prendre le sein et téter qu'avec les plus grandes difficultés. S'il fait un mouvement de succion trop prolongé, il est menacé d'asphyxie, et il lâche le mamolon ; il ne tette que par saccades; découragé par la gêne qu'il éprouve, il refuse le sein et ne prend qu'à la cuiller. Bouchut dit avoir vu des menaces d'asphyxie par renversement de la langue. Dans ces rhinites de nouveau-nés, dont il souligne la gravité, von Torday [Jahrb. f. Kind., 1906) a trouvé le streptocoque virulent. Jeannin {L'Obstétrique, 1906) et Hybord [Thèse de Paris, 1907), sous le nom de coryza purulent citrin des nouveau-nés, décrivent un coryza à staphylocoques dorés d'une haute gravité : 15 morts sur 20 cas.

J3sse R. Gcrslley [Arch. oj Ped., sept. 1916) parle de diarrhées résultant des rhumes, coryzas, bronchites infantibs : infections para-entériques.

Diagnostic. — Il est aisé de reconnaître le coryza à première vue. La marche de la maladie dira si elle est aiguë ou chronique. Cependant, chez les nourrissons, il est parfois difficile de se prononcer sur la nature d'un coryza. Voici un enfant âgé de quelques semaines ou de quelques mois ; il est atteint d'un écoulement pituitaire plus ou moins abondant ; est-ce un coryza a frigore, est-ce un coryza syphilitique? En général, chez le nouveau-né syphilitique, le cor^^za n'est pas isolé ; il est accompagné de plaques labiales ou anales, de cachexie. Mais le coryza peut être la seule manifestation de la syphiHs héréditaire, du moins pendant un certain temps. Il faudra suspendre son jugement pour les cas douteux et penser toujours à la syphihs.

Roig-Raventos (Bev. de Ci. Méd. de Barcelona, oct. 1916) insiste sur la gravité spéciale des rhiiites aiguës de la première enfance. L'enfant peut s'infecter au passage, pendant l'accouchement : coryzas à gonocoques, à streptocoques, à tréponèmes, à bacilles de Lœffler,

Traitement. — Dans les cas légers, pas de traitement autre qu'une bonne hygiène ; on maintient l'enfant à la chambre, on lui prescrit un léger purgatif s'il est constipé, les bains de pieds sinapisés s'il a mal à la tête. Si le coryza est intense, on fera inhaler des vapeurs d'eau chaude ou de teinture d'iode, ou bien on introduira dans les narines des poudres astringentes (tanin et alun), des prises antiseptiques (acide borique, 10 grammes ; cocaïne et menthol, ââ 25 centigrammes) ; on badigeonnera la muqueuse avec une solution de nitrate d!argent à 1 p. 50. Chez les nouveau-nés, on cherchera à déboucher les narines avec des instillations huileuses. Avec une cuiller à café, on versera dans chaque narine 5 à 6 gouttes trois fois par jour de :

Huile d'olive stérilisée 20 grammes.

Résorcine ou goménol 0 gr., 20

On emploiera la pommade au dermatol ou au goménol à 1/20, mais non au menthol,pour éviter la suffocation chez les petits enfants.

2° Coryza chronique. — Étiologie. — Très fréquent à toutes les périodes de l'enfance, le coryza chronique reconnaît deux causes puissantes : la syphilis

Page 1