CORYZAS
et la scrofule. En dehors de l'hérédo-syphilis et de la scrofulose, il peut s'observer chez les enfants dont la charpente nasab est mal faite, dont la cloison est déviée, dont les cornets sont irréguliers ; la présence de polypes ou de corps étrangers peut aussi entretenir le coryza chronique. En un mot toute cause permanente de rétrécissement des fosses nasales peut amener une inflammation chronique.
La déformation dite nez camard, qui s'accompagne si souvent de coryza chronique et d'ozène, est parfois héréditaire, sans relever ni de la syphilis, ni de la scrofule. Le coryza aigu peut tourner à la chronicité, le coryza chronique peut succéder à la rougeole ; il peut être l'expression d'un eczéma des fosses nasales.
Symptômes. — Quand le coryza chronique est d'origine syphilitique, il s'observe chez des enfants très jeunes, qui présentent d'autres manifestations caractéristiques, et il cède assez facilement au traitement mercuriel. Il ne s'accompagne d'aucune déformation du nez ; il intéresse les deux narines à la fois, et l'écoulement qu'il donne amène l'érosion de la lèvre supérieure.
A un âge plus avancé, le coryza chronique n'affecte généralement qu'une narine, celle qui est déformée ou rétrécie ; l'écoulement est épais, irrégulier • la surface interne de la pituitaire, épaissie et gonflée, est tapissée de croûtes qui se détachent difficilement et dont la chute peut être suivie d'épistaxis. Parfois de véritables ulcérations et même des caries osseuses sont observées. C'est dans cette forme que la lèvre supérieure est souvent tuméfiée dure recouverte d'une éruption eczémateuse persistante. Les ailes du nez peuvent aussi présenter ces eczémas.
S'il existe une odeur fétide, et le cas est fréquent, on dit qu'il y a ozène ou punaisie.
La respiration est ordinairement gênée ; on note de l'enchifrènement du ronflement pendant le sommeil, du nasonnement ; l'enfant dort presque toujours la bouche ouverte et présente de la pharyngite chronique. L'odorat peut être diminué ou aboli.
La marche de la maladie est variable ; il y a des cas légers qui s'amendent aisément ou guérissent radicalement; d'autres qui persistent indéfiniment et durent autant que la vie, avec cette manifestation si désobligeante pour l'entourage qu'on appelle ozène. La maladie expose à des compHcations, à l'érysipèle de la face, qui récidive souvent, à la conjonctivite à la kératite chronique. Les os du nez peuvent être atteints, et la charpente de l'organe est exposée à un effondrement complet. Des rémissions des rechutes viennent troubler l'évolution de cette maladie essentiellement chronique et torpide.
Quand le coryza chronique est postérieur, ce qui n'est pas rare, il donne un écoulement pharyngé qui irrite la muqueuse et amène l'hypertrophie des foHicules clos ; la pharyngite glanduleuse peut ainsi être provoquée et entretenue par l'ozène.
Le pronostic est fâcheux, non seulement par le mauvais terrain que la maladie révèle, mais surtout par cette infirmité repoussante désignée sous le nom de punaisie, qui rend la vie commune presque impossible aux malades. CoMBY. : — Maladies de l'Enfance. 3g
La marche et la durée du mal révèlent sa chronicité ; les commémora tifs, le traitement, diront si la syphilis est en cause ; la rhinoscopie antérieure et postérieure précisera le siège, l'étendue, la nature des lésions, et fera reconnaître les ulcères, polypes, caries osseuses, qui pourraient exister.
Traitement. — Le traitement doit être général et local ; général, il s'adresse au tempérament lymphatique ou à la syphilis, c'est-à-dire à la cause présumée delà localisation morbide. Après avoir essayé le mercure et l'ioduredepotassium si la maladie résiste, on aura recours à l'huile de foie de morue à haute dose, aux eaux sulfureuses, chlorurées sodiques, aux bains de mer. Localement, on peut faire beaucoup : l'odeur infecte exhalée par les malades révèle la présence d'agents infectieux qu'il faut s'appliquer à détruire par des irrigations antiseptiques. Je me suis bien trouvé des irrigations de subHmé à 1 p. 5.000, des pulvérisations boriquées, naphtolées, salolées.
Les douches nasales amènent une grande améhoration; on peut les faire avec de l'eau de Ghalles, d'Uriage, d'Enghien ; on fera passer dans les narines 4 ou 5 Utres de liquide. Dans les cas de coryza antérieur (eczéma de l'entrée des narines), je me suis bien trouvé de la vaseline boriquée., Henoch conseille les badigeonnages de nitrate d'argent à 1 p. 30.
3° Catarrhe naso-pharyngien. — On dit qu'il y a rhino-pharyngite, catarrhe rhino ou naso-pharyngien, quand la partie postérieure des fosses nasales et lé pharynx supérieur sont enflammés.
Étiologie. — Cette affection est extrêmement commune chez les enfants de tout âge. Le catarrhe naso-pharyngien peut s'observer chez les nouveaunés et nourrissons, à la suite d'un simple refroidissement et d'un coryza aigu vulgaire ayant évolué vers la chronicité. Mais il est surtout fréquent après le sevrage, à deux, cinq, six ans. L'influence du froid et de l'humidité sur la production et l'aggravation du catarrhe est évidente, et les symptômes de la maladie sont toujours plus marqués en hiver qu'en été. La prédisposition peut venir d'un nez mal conformé, d'une cloison déviée, d'une hypertrophie de la muqueuse, de l'hérédo-syphilis, des végétations adénoïdes, des polypes muqueux ou fibreux, nasaux ou naso-pharyngiens. Enfin il faut accorder au tempérament lymphatique un rôle important.
Certains enfants de souche arthritique, tuberculeuse ou scrofuleuse, présentent un développement insolite de leur système lymphatique : leurs ganglions sous-cutanés sont gros, leurs chairs molles et comme gorgées de lymphe, leurs organes lymphoïdes (amygdales, follicules clos) hypertrophiés. La muqueuse qui revêt et entoure ces amas de tissu adénoïde est elle-même épaissiç, molle, et se laisse aisément enflammer. Le catarrhe naso-pharyngien est donc l'attribut des enfants lymphatiques ; mais toutes lés causes héréditaires ou acquises d'irritation locale du nez et de la gorge suffisent à le produire.
Symptômes. — Les symptômes du catarrhe naso-pharyngien s >nt de deux ordres ou du moins affectent deux organes différents, quoique solidaires l'un de l'autre, le nez et la gorge.
Au nez, nous trouvons les symptômes d'un coryza plus ou moins net : signes d'obstruction incomplète, enchifrènement, éternuement, difficulté
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de respirer et de dormir la bouche fermée, ronflement. Tantôt il y a un écoulement extérieur (coryza antérieur), tantôt un écoulement latent se faisant en arrière (coryza postérieur). Pour saisir la présence de ce coryza postérieur, il suffit de faire ouvrir la bouche et d'abaisser la langue; on voit alors le pharynx tapissé de mucosités purulentes qui descendent de l'arrièrecavité des fosses nasales, qui viennent irriter l'épiglotte et les replis aryténo-épiglottiques. On comprend alors les symptômes pharyngés, la ioux pharyngée du D^ Millon, la toux nocturne émétisanie du D^* Gaston. Les enfants atteints de catarrhe naso-pharyngien, en effet, toussent beaucoup ; ils toussent d'autant plus que leur pharynx est plus encombré de mucosités ; et c'est pourquoi les paroxysmes sont notés pendant la nuit, le matin au réveil, c'est-à-dire quand l'enfant a gardé la position horizontale, qui lui a permis d'accumuler dans son pharynx supérieur tous les produits du catarrhe. Cette provision se vide quand il y a trop plein ou quand il prend la position assise et debout. C'est alors qu'on assiste à des accès de'toux coqueluchoïde, nauséeuse, émétisante.
La déglutition incessante de mucosités purulentes expose à des gastroentérites et entéro-colites, sur lesquelles Aviragnet a appelé l'attention. De plus il y a là une porte ouverte qui peut être le point de départ d'infections viscérales à distance (endocardite, néphrite).
Si l'on ausculte la poitrine, à aucun moment on ne saisit la présence de râles, de souffle, de modification quelconque de la respiration. Les bronches et les poumons sont indemnes ; ce caractère négatif est à retenir, il permet de faire le diagnostic par élimination.
L'évolution du catarrhe naso-pharyngien tient plus des maladies chroniques que des maladies aiguës. Les enfants toussent pendant des semaines et des mois. Si on les soigne comme il convient, par un traitement local nasopharyngien, on obtient une atténuation, une guérison temporaire ; mais les répétitions, les récidives sont fréquentes. Car il y a un point d'appel, des granulations de la gorge, des végétations adénoïdes, du coryza postérieur. Le moindre refroidissement ramène le catarrhe sur ce terrain tout préparé.
Le pronostic, à tout prendre, n'est pas grave ; même négligé et méconnu, le catarrhe naso-pharyngien ouvre peu la porte aux complications, aux infections secondaires. Ce qu'on doit craindre, c'est l'otite moyenne par propagation à la trompe d'Eustache, la laryngite striduleuse, la bronchite, la broncho-pneumonie peut-être. Mais, comme les enfants sont déjà grands, ils sont peu exposés à la redoutable complication broncho-pneumonique. Quant à la tuberculose, elle manque dans l'immense majorité des cas.
Le catarrhe naso-pharyngien est une maladie tenace, mais bénigne.
Diagnostic. — Comme j'ai eu l'occasion de le dire plus haut, le diagnostic repose sur l'examen direct. Un enfant tousse d'une façon habituelle ou intermittente ; la première idée qui se présente est celle de bronchite. On ausculte donc le petit malade, et on ne trouve rien. On peut supposer l'exis? tence d'une adé.iopathie bronchique latente, et c'est à ce diagnostic que se rattachent la plupart des médecins qui ignorent le catarrhe naso-pharyno-ien. Or c'est en vain que j'ai cherché les signes de cette adénopathie supposée.
Pour arriver à la vérité, il faut penser au nez et à la gorge. L'examen direct des narines, les commémoratifs, au besoin la rhinoscopie, diront si la muqueuse pituitaire a été atteinte et si elle est en souffrance. Souvent le simple examen direct de la gorge bien éclairée et bien ouverte suffira pour donner une opinion coaforme à la réalité des choses.
Quand nous aurons vu des amygdales plus ou moins grosses et fongueuses, des granulations pharyngées, une muqueuse rouge et tomenteuse, et surtout des écoulements muco-purulents dans l'arrière-gorge, notre religion sera éclairée. J'ai bien souvent montré à mes élèves, à l'Hôpital des Enfants, des exemples frappants de cette affection ; à chaque consultation, nous voyions des enfants dont la toux inquiétait leurs parents ; après les avoir auscultés en vain, j'affirmais que la toux était d'origine pharyngée, et l'examen sommaire avec l'abaisse-langue mettait le fait hors de doute.
Traitement. — Le traitement ne présente pas plus de difficultés que le diagnostic ; il doit être général et surtout local.
Le iraiiemenl général s'impose chez les enfants pour la plupart maigres, pâles, lymphatiques ; on leur donnera de l'huile de foie de morue, du sirop iodo-tannique, une bonne ahmentation, la cure d'air et de soleil, quand cela sera possible.
Le iraiiemenl local consiste dans la toilette des cavités nasales et pharyngiennes. Il faut nettoyer la muqueuse des sccre tions purulentes qui l'encombrent et modifier sa surface par des antiseptiques. Je ne suis pas pour le siphon de Weber, qui me paraît avoir plus d'inconvénients que d'avantages et qui risque d'infecter l'oreille moyenne par le refoulement des produits septiques dans la trompe d'Eustache. Mais on peut utihser les vaporisations, les pulvérisations naso-buccales avec l'eau boriquée, les eaux sulfureuses d'Enghien, Eaux-Bonnes, la Bassère,Ghalles. Les pulvérisations, faites avec un petit appareil à vapeur, seront répétées matin et soir. Elles sont bien tolérées et n'ont pas d'inconvénients. On peut aussi, comme le veut Gaston, introduire dans les fosses nasales de la vaseline boriquée avec ou sans antipyrine. Mais ce qui me semble plus efficace, c'est l'instillation de quelques gouttes d'huile mentholée à 1 p. 200, dans chaque narine, la tête de l'enfant étant renversée en arrière :
Huile d'amandes douces ' 10 grammes.
Menthol 5 centigr .
Quand le menthol est trop irritant, on peut le remplacer par le goménol (1/25) ou la résorcine et formuler ainsi :
Huile d'olives stérilisée 25 grammes.
Résorcine 0 gr. 50
Essence de menthe II gouttes.
Introduire matin et soir 1 demi-centimètre cube de cette mixture dans chaque narine avec une seringue nasale ou une petite cuiller.
Quant au pharynx, on peut se borner aux pulvérisations indiquées plus haut, ou faire des irrigations, ou encore des attouchements avec un collu-
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toire borate, salicylé. Mais le traitement par le nez doit être préféré et mis en première ligne.