TUMEURS DE LA MOELLE
Les tumeurs de la moelle épinière peuvent prendre naissance dans les méninges, dans la moelle, dans le tissu cellulaire sous-méningé, dans les os.
P Tubercules. — La tuberculose frappe les méninges spinales et la moelle plus souvent qu'on ne le croit, car on ne se donne que rarement la peine d'ouvrir le canal rachidien, dans les méningites tuberculeuses. On trouve, dans ce cas, des granulations pie-mériennes et arachnoïdiennes plus ou moins abondantes. Dans le mal de Pott, il se fait un travail de pachyméningite externe avec épaississement qui agit par compression de la moelle (Charcot et Michaux). En dehors du mal de Pott, on peut voir aussi des masses caséeuses se développer dans la pie-mère et déterminer les symptômes de la compression médullaire. Enfin on voit quelquefois de gros tubercules solitaires se former dans la moelle comme dans le cerveau, quoique moins fréquemment. Ces tubercules, habituellement secondaires, peuvent être aussi primitifs ; ils siègent dans la substance grise ou dans les cordons blancs, à différentes hauteurs. Leur volume varie (pois, noisette), leur forme est ronde, ovalaire ou aplatie, leur consistance ferme ou friable. Au voisinage de la tumeur, la moelle est ramollie, déprimée, étranglée ; parfois elle présente un foyer d'hématomyélie ; on peut trouver de la phlébite pie-mérienne, des dégénérescences secondaires, de la méningite spinale.
2'Syphilomes. — La syphihs héréditaire peut frapper la moelle de l'enfant sous forme de méningo-myélite diffuse, de gommes affectant le tissu nerveux, ou, de préférence, les méninges. Il y a parfois pachyméningite avec adhérences des méninges entre elles et de la moelle avec les méninges. Gasne a vu des masses fibreuses diffuses enserrant la moelle (méningo-myélite syphilitique), la déformant, la comprimant, la rendant méconnaissable.
3*^ Sarcomes. — Les tumeurs malignes peuvent atteindre la moelle et ses enveloppes, les méninges et le canal osseux. Elles sont parfois exubérantes, débordant de tous côtés leur foyer d'origine et formant des tumeurs fongueuses en dehors de l'axe spinal.
G. Peacocke [Brit. Journal of Children's Diseases, juillet 1909) a vu une fillette de onze ans mourir le jour même de son entrée à l'hôpital. Cinq semaines auparavant, elle avait éprouvé une douleur du cou avec raideur et inclinaison de la tête à gauche ; puis vint la paralysie du bras droit, la réten-
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tion d'urine, l'hypothermie. A l'autopsie, gliome hémorragique de la moelle cervicale.
4"' Lipomes. — Le lipome peut se rencontrer dans la première enfance et môme chez les nouveau-nés. Il naît dans le tissu cellulaire extra-méningé, ou même dans la pie-mère et l'arachnoïde. Il peut s'étendre en hauteur sur plusieurs vertèbres ; il est ordinairement encapsulé et altère peu la moelle. Son siège de prédilection est la région sacro-lombaire. Il fa t souvent saillie au dehors, à la face postérieure.
D'autres tumeurs ont été rencontrées, mais à titre exceptionnel : abcès de la moelle, kyste hydatique.
Toutes ces tumeurs peuvent être latentes, l'autopsie seule en révélant l'existence : ou bien leurs symptômes sont masqués par ceux des lésions cérébrales concomitantes (méningite). Cependant, quand elles sont volumineuses, elles donnent des symptômes qui leur sont propres : douleurs par compression des racines nerveuses, fourmillements, anesthésie, crampes, secousses, contractures, opisthotonos, paralysie progressive, quelquefois paraplégie subite, flasque d'abord, puis accompagnée de contractures, d'escarres, d'amyotrophie. La mort est habituelle. Ces symptômes sont assez caractéristiques pour faire reconnaître une compression de la moelle. La maladie de Little respecte les sphincters et se borne à une rigidité spasmodique sans troubles trophiques. L'hystérie a des stigmates. La myélite aio-uë a une évolution rapide avec troubles trophiques précoces.
La compression médullaire admise, reste à déterminer sa cause (tuberculose, syphiHs, sarcome).; on peut la présumer en étudiant les circonstances au milieu desquelles les symptômes médullaires sont apparus. On fixera le siège en hauteur d'après les symptômes présentés par les malades. Quand les symptômes sont unilatéraux, on doit penser qu'une moitié de la moelle est seule intéressée.
Comme traitement, il faut toujours essayer le mercure et l'iodure de potassium ; s'ils échouent, on se bornera à la médication symptomatique. Cependant on a fait quelques tentatives chirurgicales, qui n'ont pas toujours été infructueuses.