‹ Traité des maladies de l'enfanceChapitre 189 sur 342 · CONVULSIONS. — ÉCLAMPSIE · texte numérisé non relu

CONVULSIONS. — ÉCLAMPSIE

expresses réserves ; les convulsions frappent la plupart des sujets avant la première dentition, avant six mois ; le travail de la dentition est physiologique et n'entraîne qu'exceptionnellement de légers accidents ; pour ma part, je n'ai jamais vu de convulsions attribuables à la dentition ; et, chez tous les enfants éclamptiques dont la dentition était incriminée par l'entourage, j'ai ordinairement pu trouver une autre cause plus vraisemblable (indigestion, gastro-entérite, choléra infantile). J'admets cependant la possibilité des convulsions dentaires chez des enfants prédisposés par l'hérédité nerveuse. Chez les enfants de cette catégorie, toute cause d'excitation, même minime, un traumatisme, une contrariété, peut aboutir aux convulsions.

Les maladies aiguës (fièvres éruptives, pneumonie, méningite cérébrospinale, poliomyélite) peuvent s'annoncer par des convulsions. La grippe surtout expose grandement aux convulsions. Le sexe des sujets n'a pas d'influence et, en réalité, à l'âge de l'éclampsie infantile, il n'y a pas encore de sexe. Les enfants affaiblis, nés avant terme, les avortons, sont prédisposés aux convulsions. Toutes les causes qui entraînent la débilité et la cachexie (syphilis, athrepsie) sont de nature à provoquer les convulsions.

Le rachitisme est invoqué fréquemment par les auteurs ; Henoch lui attribue la plupart des convulsions ; Gee trouve 56 rachitiques sur 65 éclamptiques (1). La proportion me paraît forte, quoique la relation du rachitisme ou plutôt des troubles digestifs qui l'accompagnent avec les convulsions ne m'ait pas échappé. Quant à Voccipul mou ou craniotabes, je l'ai observé maintes fois chez des enfants qui n'avaient pas de convulsions, et inversement. Il ne joue aucun rôle pathogénique.

Si, chez certains enfants, une émotion vive, la peur, la colère, peuvent être suivies de convulsions, il faut bien reconnaître que les convulsions réflexes ont pour point de départ une excitation périphérique plus souvent qu'une excitation cérébrale. C'est ainsi qu'on a pu accuser une brûlure, une piqûre d'épingle, un vésicatoire, un sinapisme ; du côté des muqueuses, on a vu les calculs rénaux, la rétention d'urine, le phimosis, les polypes du rectum, l'invagination intestinale, les vers intestinaux, les corps étrangers des voies digestives, des oreilles, entraîner des convulsions. A signaler aussi l'étranglement du testicule dans l'anneau. Une intoxication (vapeurs de charbon) peut donner des convulsions (D'Espine).

Dans les maladies du tube digestif (constipation, diarrhée, dilatation de l'estomac), les convulsions ne sont pas habituellement réflexes ; elles semblent résulter d'une auto-intoxication, d'un empoisonnement. Cette exphcation se présente également pour les convulsions des maladies infectieuses. L'asphyxie, au contraire, nous rend compte des convulsions de la coqueluche, de la broncho-pneumonie, du croup. Pour Mya {La Pediairia, 20 janvier 1894), l'éclampsie serait due à une auto-intoxication par insuffisance du foie. Le mal est dans l'intestin, mais le danger est au foie. Chez les nourrissons, l'invasion d'une maladie aiguë (pneumonie, fièvre éruptive, grippe) est

(1) Sl.-Barlh. Hosp. Rep., 1867.

assez souvent marquée par des convulsions ; l'hyperthermie, quelle qu'en soit la cause, est de nature à provoquer des convulsions. Si je voulais passer en revue toutes les causes susceptibles de donner des convulsions aux enfants, je signalerais les hémorragies abondantes, l'urémie scarlatineuse, les maladies cérébro-spinales (méningites, tubercules, hydrocéphalie, kystes et abcès du cerveau, tumeurs, hémorragies méningées, sclérose cérébrale, paralysie infantile, et surtout encéphalite aiguë). L'encéphalite aiguë des jeunes enfants débute le plus souvent par des convulsions qu'on n'attribue que rarement à cette cause.

Mais, quelles que soient la variété et la multiplicité des causes de convulsions, on peut les ranger sous trois chefs principaux : 1^ idiopaihiques ; 2° réflexes ; 3° toxiques. Toutes les excitations, pour produire les convulsions, doivent aboutir au pont de Varole (centre convulsif de Nothnagel) ; ce centre est proche du centre vaso-moteur, situé dans le bulbe. Chez l'adulte, les convulsions vraies, non symptomatiques, sont très rares, parce que le pouvoir modérateur du cerveau est prédominant ; chez le jeune enfant, ce pouvoir modérateur manque, et les influences convulsivantes agissent sans contrepoids.

Symptômes. — Les convulsions surviennent subitement, soit en pleine santé, soit dans le cours d'états morbides variés. Tout à coup les yeux de l'enfant deviennent fixes, puis se tournent en haut, à moitié cachés par les paupières, qui ne laissent voir que le blanc sclérotical. Les globes oculaires sont souvent agités de mouvements saccadés dans le sens horizontal ou vertical ; ils peuvent diverger (strabisme). La pupille est dilatée ou contractée. La face, d'abord pâle, devient grimaçante ; les commissures sont tirées en dehors et secouées à chaque instant avec un bruit particulier produit par l'entrée de l'air ; une salive mousseuse humecte les lèvres, et, quand l'enfant a des dents, cette écume peut être sanguinolente (morsure de la langue). Souvent la mâchoire inférieure est contracturée (trismus) et les dents grincent. La tête est renversée en arrière, parfois avec rotation latérale ; il y a raideur de la nuque. Les doigts se fléchissent sur la main, le pouce dans la pronation ; le poignet passe alternativement de la pronation à la supination, et les avant-bras sont agités de secousses rapides. Les membres inférieurs sont raides. Les mouvements prédominent quelquefois d'un côté ; l'émission involontaire des urines et des matières est rare. Cet état de convulsion tonique s'accompagne de perte complète de la connaissance et de la sensibilité cutanée.

La face, qui était pâle au début, ne tarde pas à devenir rouge, violacée, imbibée de sueur, par suite de la gêne respiratoire qu'entraîne l'état convulsif. La tête est chaude, les extrémités sont froides. La respiration est bruyante ou même stertoreuse, le pouls très rapide. Les convulsions peuvent être toniques ou cloniques ; dans les grandes attaques, elles commencent par la tonicité pour finir par la clonicité. Quand les convulsions sont partielles et limitées à une moitié du corps, à un membre, à la face, aux yeux, il n'y a ni écume à la bouche, ni fatalement perte de connaissance.

Si les convulsions sont généralement soudaines et imprévues, quelques

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